Bienvenue sur "Deuxième Séance", blog consacré au cinéma, et plus précisément aux films n'ayant pas connu le succès (critique ou public) lors de leur sortie (à tort ou à raison)...
Les remakes sont devenus monnaie courante, depuis quelques années. Il n'est pas de mois où n'en est annoncé un nouveau, aussi improbable soit-il. Si certains se révèlent intéressants, c'est bien souvent l'inquiétude que génère pareil projet chez les cinéphiles. Quand Kenneth Brannagh décida de réaliser "Le limier" et donc de refaire le grand classique de Joseph L. Mankiewicz, il y eut des sueurs froides chez les adorateurs du film original (dont je fais partie). Étaient-elles justifiées ?
Le jeune Milo Tindle, comédien sans le sou, se rend chez le célèbre Andrew Wyke, richissime auteur de romans policiers. Amant de l'épouse du romancier, Tindle se voit proposer un drôle de marché par Wyke : cambrioler la maison de celui-ci, afin qu'il touche la prime d'assurance. En échange, Milo pourra vivre avec l'épouse de Wyke, une fois leur divorce prononcé.
Entre le riche vieil homme et le jeune amant, commence un trouble jeu, fait de duperie et de fascination, de manipulation et de séduction .
Mais qui manipule qui ?
Adapté d'une pièce de théâtre, le film de 1972 réussissait, en mettant face-à-face deux acteurs prodigieux (Laurence Olivier et Michael Caine) à être aussi fascinant qu'inattendu, subversif et délicieux. Cette nouvelle mouture, dont on peut douter de la nécessité, prend le parti de se différencier du matériau d'origine, tout en espérant en garder la puissance et l'intensité. C'était ambitieux, et pas forcément utile. C'est surtout raté.
Là où le film de Mankiewicz utilisait comme décor une bâtisse remplie d'un capharnaüm improbable, Brannagh choisit une architecture épurée et fait appel à la technologie plus souvent qu'à son tour. Soit, après tout. Mais l'autre différence avec le film de 1972, et elle est plus regrettable, c'est qu'il remplace la subtilité du "Limier" original par une lourdeur qui se fait de plus en plus présente que le film avance. Si, dans le premier acte, on pouvait espérer en la réussite de l'entreprise, on en doute rapidement avant de devoir se rendre à l'évidence, sans grande surprise : ce remake est un ratage.
On a beau apprécier Michael Caine et comprendre son désir de revivre le duel phénoménal au cours duquel il affronta l'immense Laurence Olivier, on est bien embêté pour lui de le voir se fourvoyer dans pareille entreprise. Quant à Jude Law, son jeu est bien trop excessif pour l'exercice, surtout dans le dernier acte, où il devient carrément outrancier et souvent ridicule.
Avant de voir "Le limier", version 2007, on peut douter de l'utilité de pareil remake. Une fois qu'on l'a vu, on est fixé : il était inutile et, pire encore, irrespectueux, de revisiter l'immense classique originel. A force de balourdise et de maladresse, Kenneth Brannagh n'obtient pour seul résultat que de donner envie de revoir le film original.
Il est des films dont on pense, avec le recul, qu'ils ont forcément connu un gros succès lors de leur sortie en salles. En revisionnant tout récemment "Good morning England", il me semblait évident que ce film avait reçu un bel accueil public et critique en 2009. Il n'en fut rien, puisqu'il fut un échec au Royaume-Uni, sa patrie d'origine, et dans le monde, et que les critiques pointèrent nombre de ses défauts. Alors, par la grâce des années passées, "Good morning England" aurait-il gagné la patine qui confère à certaines œuvres une aura si particulière ?
1966 : le rock anglais est à son apogée. Pourtant, bien peu de radios diffusent cette musique nouvelle. Pour l'entendre, les citoyens de Sa Gracieuse Majesté doivent se tourner vers des stations pirates, dont Radio Rock, qui émet depuis un bateau mouillant en Mer du Nord. A son bord, huit animateurs diffusent 24 heures sur 24, sept jours sur sept. Il y a à bord le Comte, un DJ américain doté d'un énorme ego. le sarcastique et érotomane Dave, Simon le Simple, Angus, Mark le noctambule (l'homme le plus sexy de la planète, à en croire Quentin, qui dirige la radio), Kevin le cerveau, et j'en passe. Tous ont la passion du rock et des femmes. Le jeune Carl, envoyé sur ce bateau par sa mère, va découvrir ici un mode de vie qu'il ne soupçonnait pas.
Pendant ce temps, Sir Dormandy, représentant la Chambre des Communes, a juré la perte des radios pirates. La lutte sera sans pitié, mais sur le navire Radio Rock, c'est la liberté qui émet.
Richard Curtis, le réalisateur de "Quatre mariages et un enterrements", "Love Actually", et "Il était temps" (pour ne citer que ces films), a chois en 2009, de porter à l'écran une partie de ses souvenirs d'enfance, puisque le film s'inspire en grande partie du périple de Radio Caroline, une station qui émit envers et contre tout depuis la Mer du Nord dans les années 1960. Maîtrisant à merveille la comédie romantique à l'anglaise et les histoires à personnages multiples, Curtis se lance ici dans un film d'où le romantisme est finalement peu présent. Éloge de la subversion, "Good morning England" (titre français pour "The boat that rocked") célèbre la musique rock, l'amour libre et l'amitié : autant dire qu'on est en pleine nostalgie d'un âge d'or. The times, they are changin', comme disait un certain poète.
On pourra reprocher à "Good morning England" de tourner parfois en rond, faute d'une véritable histoire (le prétexte de la lutte entre radios pirates et gouvernement tombe à l'eau), et une dernière demie-heure plutôt faiblarde, en particulier une conclusion bâclée. Mais, malgré ses défauts, ce film continue de porter un gros capital de sympathie, grâce à plusieurs raisons. Tout d'abord, ce film est la peinture enthousiasmante d'une époque révolue, où toutes les générations se retrouvaient pour écouter une musique subversive, en pleine libération sexuelle, dont les apôtres sont ici les joyeux animateurs d'une radio comme on en fait plus (avez-vous déjà tenté d'écouter la soi-disant musique entre deux spots de publicité sur certaines bandes FM ?). Ensuite, ces personnages sont portés par des interprètes remarquables, au point qu'on aimerait passer quelque temps sur ce navire de la liberté. Qu'il s'agisse du regretté Philip Seymour Hoffman, de Nick Frost, du toujours classieux Bill Nighy, de Rhys Ifans (le colocataire gallois de Hugh Grant dans Notting Hill, remarquable), de Tom Sturridge, de Kenneth Brannagh (qui semble bien s'amuser dans le rôle d'un politicien coincé dans sa morale), mais aussi des moins connus, comme Rhys Darby, Chris O'Dowd ou Katherine Parkinson, et j'en oublie. Célébrant la musique, le sexe et la drogue, les héros de "Good morning England" portent le film à eux seuls, exhumant une période qui paraît aujourd'hui bien lointaine, et générant forcément la nostalgie.
J'ajouterais, à titre personnel, le ton so british du film, inimitable, et qui fait toujours mouche, dans le registre de la comédie. Enfin, la bande originale du film est évidemment (et c'était inévitable) de toute beauté, au point qu'elle mériterait d'être remboursée par la Sécurité Sociale. En plus de comporter nombre de standards absolus, elle a le mérite d'exhumer quelques pépites des sixties qui font un bien fou à l'âme.
Au regard des quelques défauts du film (notamment sa dernière partie, qui prend l'eau autant que le navire qui lui tient lieu de décor), ces multiples atouts font que "Good Morning England"(avez-vous remarqué que je vous ai épargné mon habituelle diatribe sur les traductions de titres à la va-comme-je-te-pousse ?) est un chouette feel-good movie, certes un brin boiteux et chaotique, mais diablement enthousiasmant et généreux.
L'oeuvre dont il est question aujourd'hui dans ces colonnes n'est jamais sortie en salles. Pour cause : il s'agit d'un téléfilm, coproduit par la BBC et la chaîne câblée HBO (qui fait régulièrement le bonheur des amateurs de série), finalement sorti en vidéo, mais jamais (à ma connaissance) diffusé sur les chaînes françaises à des heures de grande audience (son dernier passage eut lieu sur Arte, le 23 janvier 2010... à minuit !). Pourtant, au vu du thème que "Conspiration" aborde, une diffusion digne de ce nom serait méritée.
Hiver 1942 : la Seconde Guerre Mondiale est à son paroxysme. Le Reich, plus fort que jamais, se heurte à son premier véritable obstacle en Russie. Sous l'égide de Reinhard Heydrich, Gouverneur Général de Bohême-Moravie, une conférence va réunir de hauts dignitaires nazis, dans une propriété située à Wannsee, dans la banlieur de Berlin. Là, se décidera la mise en oeuvre de la "solution finale au problème juif". Si des gazages ont déjà eu lieu (notamment à Chelmno, dans des camions à gaz), Heydrich, à qui Göring a donné carte blanche, envisage de passer à une toute autre dimension dans l'horreur.
La réunion de Wannsee dura environ deux heures et décida du sort de six millions de Juifs, avec toute la barbarie que l'on sait. Alors qu'elle aurait du rester secrète jusqu'au bout, elle fut révélée lorsqu'on découvrit le compte-rendu destiné à Martin Luther, et désormais connu sous le nom de Protocole de Wannsee, seule preuve écrite de la tenue de cette conférence (les autres exemplaires ayant été détruits).
Le téléfilm réalisé par Frank Pierson (qui réalisa en 1976 un remake du film "Une étoile est née" mais participa aussi aux scénarios de "Luke la main froide" ou "Cat Ballou") se concentre sur la réunion des différents chefs nazis, dans une unité de temps et de lieu propres aux grands drames. Après une nécessaire phase présentation des forces en présence (entre les idéologistes du parti nazi, les juristes, les militaires et les représentants de la SS), l'intrigue insiste sur le caractère secret de la réunion pour ensuite dérouler le fil des décisions sinistres qui y furent prises.
Le casting haut de gamme qui tient le haut de l'affiche est remarquable. Loin des excès qui sont parfois les siens en matière d'interprétation, Kenneth Branagh est glaçant dans le rôle du terrifiant Heydrich, tandis qu'à ses côtés, Stanley Tucci, en donnant à Adolf Eichmann toute la "banalité du mal", livre sans doute une de ses meilleures prestations. Véritable comptable d'un enfer à venir, Eichmann, qui ne fut finalement capturé que dans les années 1960 par le Mossad, est sans doute le personnage le plus effrayant de tous, par sa banalité justement. En face d'eux, une quinzaine d'autres dignitaires tentent de faire valoir leurs points de vue, avant de finalement céder, au nom du Reich et de l'hitlérisme, et d'approuver la terrible machinerie qu'ils mettent en place. Tous sont interprétés de façon remarquable par des acteurs plus ou moins connus (on notera la présence de Colin Firth en juriste effaré par la décision qu'il entérine), mais tous parfaitement justes.
Sans sombrer dans l'ornière de la docu-fiction, la réalisation, sobre et élégante, se fait suffisamment discrète pour que le spectateur n'ait pas l'impression d'assister à un ennuyeux cours magistral. Le film est une reconstitution historique, mais est suffisamment vivant pour qu'on le suive avec grand intérêt. Il est donc assez étonnant que "Conspiration" ait été si mal programmé et soit si peu accessible. "Le ventre est encore fécond, d'où a surgi la bête immonde", disait Brecht.
Une fois n'est pas coutume, la vidéo qui accompagne cet article permet de visualiser l'intégralité du film. On remerciera donc Internet grâce auquel on peut avoir accès à certaines œuvres, dont la diffusion reste (hélas) confidentielle.