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jeudi 6 février 2020

Vincent n'a pas d'écailles (2014)




D'ordinaire, lorsqu'on évoque les super-héros au cinéma, on pense aux films à effets spéciaux et à gros budget, domaine dans lequel le septième art français s'est peu aventuré jusqu'à présent. Avec "Vincent n'a pas d'écailles", Thomas Salvador, sportif et cinéaste, fit une proposition originale au public français. Celui-ci n'y accorda que peu d'intérêt, à l'époque. Alors, sommes-nous passés à côté d'une belle tentative ?

Vincent, sans emploi, est un jeune homme réservé qui ne se sent bien que dans l'eau et ne travaille qu'à contrecœur. Nageant tel un poisson, il a un secret : au contact de l'eau, il voit ses capacités multipliées. Alors qu'il rencontre la jolie Lucie, à qui il confie son secret, le voilà bien encombré par ce drôle de pouvoir, qui le condamne d'ordinaire à la solitude.
Quand les événements se précipitent, Vincent va devoir faire appel à ses capacités hors du commun.
Que fera Lucie ?

Étrange film que ce "Vincent n'a pas d'écailles", au croisement improbable entre comédie, drame et conte fantastique. Sans doute doté d'un budget équivalent à celui d'une journée de tournage du moindre opus estampillé Marvel, ce film, le premier de son réalisateur (et également scénariste et interprète principal) peut laisser froid ceux qui ne sont pas clients du cinéma français indépendant. C'est là son plus grand défaut : à l'instar de son héros bien encombré avec son pouvoir, Thomas Salvador ne sait que faire de son idée de base et accumule les séquences, certaines intéressantes, d'autres vaines et donnant l'impression d'être là pour faire du remplissage.

La structure habituelle des films de super-héros ne s'applique pas à "Vincent n'a pas d'écailles" et, pour une fois, sortir des sentiers battus (et rebattus) ne réussit pas à l'entreprise. Le personnage principal n'hérite pas de son "pouvoir" par accident et ne se trouve pas face à un ennemi que lui seul peut affronter. Pire encore, si on veut s'affranchir de ce schéma éculé, on peut considérer que le héros de "Vincent n'a pas d'écailles" ne sort pas changé des épreuves qu'il traverse. Alors, admettons, dans ce cas, que nous n'avons pas affaire à un film de super-héros, quoi qu'en dise la promotion de l'époque (ironiquement, cela dit) et jugeons ce film sous un autre angle. En effet, si on enlève à ce film la composante fantastique, il n'est guère différent et n'est rien d'autre qu'un énième petit film narrant une rencontre et des événements fâcheux.

Thomas Salvador, réalisateur et acteur principal de "Vincent n'a pas d'écailles", a sans doute voulu réaliser un film où il pourrait faire montre de son habileté à sauter dans tous les sens et à grimper là où le commun des mortels aurait le vertige. Cela ne suffit pas à remplir toutes les cases et il y a fort à parier que cela ait joué en défaveur de ce film lors de sa sortie.

Il y a cependant de jolies choses dans "Vincent n'a pas d'écailles", notamment une fraîcheur et une simplicité bienvenues, qu'on aimerait parfois trouver dans certains longs métrages. Et puis, il y a Vimala Pons, dont le charme et le talent évident irradient chaque scène où elle apparaît.  A elle seule, elle justifie le visionnage du film (mais je ne suis pas totalement impartial, j'avoue).

Si "Vincent n'a pas d'écailles" fut un coup d'épée dans l'eau, c'est surtout faute d'épaisseur et parce qu'il n'exploite pas son idée de base comme il aurait pu le faire. A défaut, il reste un petit film, vite vu, et vite oublié.


dimanche 24 décembre 2017

La loi de la jungle (2016)



Avec "La fille du quatorze juillet", Antonin Peretjatko avait attiré quelques curieux et eu bonne presse. Son deuxième film, "La loi de la jungle", revendiquant l'absurde et le burlesque, fut moins suivi. Il mettait pourtant en vedette quelques uns des nouveaux visages du cinéma français (Vimala Pons et Vincent Macaigne), autant que des "vieux routards" (Jean-Luc Bideau et Mathieu Amalric). Parce qu'il faut rester curieux et, surtout, ne jamais laisser passer une occasion de passer un bon moment, penchons-nous sur ce film.

Stagiaire au Ministère de la Norme, Marc Chataîgne est missionné en Guyane, afin de vérifier la conformité du projet Guyaneige : la construction d'une piste de ski en pleine jungle, dont la construction doit relancer le tourisme. Arrivé tant bien que mal là-bas, il se voit confié aux bons soins d'une autre stagiaire : Tarzan. Sa partenaire, en plus d'être charmante, a un sacré caractère et, lorsque tous deux se retrouveront perdus en pleine jungle, Marc Chataîgne va en voir de toutes les couleurs...

Dans les premières scènes, on songe aux comédies de naguère, celles qui mettaient en vedette un admirable clown tombé de la lune, sur lequel la malchance s'acharnait pour notre plus grand plaisir de spectateur : j'évoque évidemment le grand Pierre Richard. Mais ce n'est pas la seule influence qu'on peut trouver dans "La loi de la jungle". Et, surtout, Antonin Peretjatko s'affranchit de ses aînés pour offrir une comédie qui a son propre ton, même si ce ton peut laisser pantois, parfois. 

C'est burlesque, souvent, absurde la plupart du temps, et parfois même drôle. Surtout, avec des bouts de ficelles et des effets plutôt simples, "La loi de la jungle" fait souvent mieux que pas mal de comédies françaises (suivez mon regard). C'est déjà pas mal. Mais ce n'est pas parfait, loin de là : en se targuant d'être critique, voire d'avoir une portée politique, Antonin Peretjatko a sûrement des prétentions qui sortent du cadre de son film.

Mais heureusement, il y a les acteurs. Ne ménageant pas leur peine, grimpant aux arbres, plongeant dans l'eau pas toujours claire des rivières guyanaises, barbotant jusqu'aux cuisses dans la boue, la jolie Vimala Pons et l'étonnant Vincent Macaigne font de leur mieux. Derrière eux, une ribambelle de comédiens chevronnés (Pascal Légitimus, Mathieu Amalric ou Jean-Luc Bideau, par exemple) ou moins connus (Rodolphe Pauly ou Fred Tousch, pour ne citer qu'eux) traversent les séquences, souvent brillamment. 

Partant à fond la caisse et jouant de l'absurde autant que du visuel, "La loi de la jungle" ne tient pas la distance, hélas et perd vite son souffle. C'est dommage, la ballade, bien déjantée, commençait bien et augurait de quelque chose de différent dans le paysage de la comédie actuelle. Il faudra sans doute regarder attentivement de ce côté-ci du cinéma français pour trouver, un jour, la drôlerie qu'on y cherche souvent en vain.


jeudi 9 mars 2017

Marie et les naufragés (2016)


Le cinéma français, en particulier dans le registre de la comédie, aura été source (pour moi, tout au moins) de nombreuses déceptions, ces dernières années. Mais je ne peux m'empêcher d'y revenir, espérant toujours y trouver la pépite qui sera l'objet de la réconciliation. La présence au casting de "Marie ett les naufragés" de Vimala Pons et d'Eric Cantona fut le motif de visionnage de ce film de Sébastien Betbeder (déjà évoqué dans ces colonnes pour "2 automnes, 3 hivers"). Ce petit film, passé sous les radars de pas mal de spectateurs, faisait-il partie de ceux à sauver ? 


Siméon, journaliste au chômage et père divorcé, erre dans Paris quand il croise le chemin de Marie, dont il trouvé le portefeuille dans la rue. Elle est dangereuse, à en croire Antoine, écrivain à la dérive, et ancien compagnon de la jeune femme. Sous les yeux d'Oscar, son colocataire, musicien somnambule, Siméon va pourtant suivre Marie, jusqu'à l'île de Groix. 

Les naufragés du titre sont les hommes qui gravitent autour de Marie, toute aussi naufragée dans sa vie, d'ailleurs. Déboussolés, les personnages de ce film le sont, un peu comme l'étaient déjà ceux de "2 automnes, 3 hivers". Sébastien Betbeder confirme avec ce long métrage son identité et sa touche personnelle, en grande partie parce qu'il se penche avec une belle tendresse sur des personnages un peu fracassés. Les filmant au plus près, au point qu'on se sente parfois juste à côté d'eux, il leur donne vie de jolie manière dans un drôle de petit film doux-amer, malgré quelques moments de pédalage à vide.

On pourra pointer les quelques moments de creux du scénario, dont on aurait aimé qu'il comporte plus de rebondissements et de moments forts. Dans le voyage initiatique et parfois foutraque de Siméon, suivant le sillage de Marie, et suivi par Oscar (j'espère que vous me suivez), l'impression d'improvisation et de remplissage se fait parfois sentir. Cela dit, le ton du film rend ces lacunes bien mineures, alors qu'elles auraient été impardonnables sur d'autres longs métrages.

Ce sont essentiellement les acteurs qui sont le capital charme de ce drôle de petit film. La Marie du titre, incarnée par Vimala Pons, à la fois vénéneuse et vulnérable, est le plus bel atout du film. Vimala Pons, à cette occasion, prouve une nouvelle fois qu'elle est un des grands espoirs du cinéma français (et qu'elle n'a pas forcément besoin de passer la moitié d'un film dans la tenue d’Ève pour le rendre attrayant). Face à elle, c'est surtout Eric Cantona que l'on a plaisir à revoir, incarnant remarquablement un homme au fond du trou, J'avoue avoir été moins convaincu par les prestations de Pierre Rochefort et de Damien Chapelle. Enfin, le temps de quelques scènes, l'indispensable Wim Willaert marque de son empreinte le film, même s'il s'agit plus d'une apparition que d'un véritable rôle.

Aussi modeste soit-il, "Marie et les naufragés", avec son ton doux-amer et, surtout, ses personnages profondément humains perdus dans leurs propres existences, méritait une plus large audience, sans cependant être inoubliable.

Ce film a été vu dans le cadre du Movie Challenge 2017, catégorie "Film avec un prénom dans le titre".


samedi 25 juin 2016

Je suis à vous tout de suite (2015)



La comédie française, genre sinistré, fut la cause de maintes lamentations dans ces colonnes. Dans le naufrage entamé depuis que les films y sont essentiellement calibrés pour remplir le cahier des charges destiné à leur assurer la diffusion du dimanche soir sur TF1, il y a peu de rescapés à sauver. Parmi ces miracles, revient souvent "Le nom des gens" de Michel Leclerc (qui ne confirma hélas pas l'essai). Sa coscénariste, Baya Kasmi, nous offrit l'an dernier "Je suis à vous tout de suite", traitant du multiculturalisme, de la famille et de la religion, mais n'attirant pas le public en salles. 

Hanna est trop gentille, c'est inscrit dans ses gènes. A l'instar de son père, un épicier qui ne peut refuser de faire crédit à ses clients, et de sa mère, une psy qui accepte de soigner gratuitement ses patients, cette responsable des ressources humaines à toutes les peines du monde à licencier ses employés. Quand son frère Hakim annonce qu'il doit subir une greffe de rein et qu'il souhaite partir en Algérie, le pays de ses ancêtres, la famille d'Hanna est en plein désarroi

Au scénario de "Je suis à vous tout de suite", on retrouve le tandem Michel Leclerc - Baya Kasmi, rapidement identifiable par son ton à la fois humaniste et critique. Personne n'est tout blanc, ni tout noir dans cette chronique familiale, finalement assez loin de la comédie. Les personnages ont leurs failles et leurs forces, acceptables ou non, et cela les rend d'autant plus humains, plus proches de nous. Ce sont eux les grands atouts de ce petit film sorti dans l'ombre de l'actualité morose de ces derniers mois.

Alors qu'a-t-il manqué à ce film pour être une vraie réussite, un vrai succès ? Sans doute une colonne vertébrale moins lâche, c'est-à-dire un scénario plus rigoureux, qui aurait maintenu l'édifice de façon plus stable. On a ici l'impression que tout tient debout plus par miracle que par raison, même si rien ne se casse jamais la figure.
Le ciment qui maintient l'ensemble, ce sont, je me répète, les personnages qui incarnent cette drôle de famille finalement comme tant d'autres, dont les généreuses intentions d'une génération sont torpillés par le destin de la suivante, mais qui se bat pour garder espoir. Percuté de plein fouet par une actualité cruelle et dramatique, "Je suis à vous tout de suite" et ses belles intentions pêche par excès de brouillon. C'est dommage, car il porte une énergie salutaire, même si elle n'est pas suffisante à assurer sa réussite.

Cette belle énergie est en grande partie amenée par ses interprètes (la formidable Vimala Pons en tête), tous impeccables : Ramzy joue un épicier débordant d'humanité, aux côtés d'une Agnès Jaoui encore une fois exceptionnelle, tandis qu'on notera l'apparition canaille d'Anémone, en grand-mère immorale (les moments les plus drôles du film), et que l’interprétation de Mehdi Djaadi, en frère s'emmurant dans la religion est d'une belle justesse.

Très imparfait, "Je suis à vous tout de suite" a cependant d'immenses mérites. En plus d'être une très juste photographie de l'air de son temps, il déborde d'une humanité que bon nombre de films ont oublié, par mépris ou par bêtise. A ce titre, il mérite un visionnage.



samedi 12 mars 2016

La vie très privée de Monsieur Sim (2015)


Il est des films qu'on va voir les yeux fermés (oui, cette expression est mal choisie), parce qu'ils sont portés par une équipe dans laquelle on fonde énormément d'espoirs. "La vie très privée de Monsieur Sim", réalisé par Michel Leclerc, auteur d'une des dernières comédies françaises dignes de ce nom ("Le nom des gens", qui réussissait à faire rire et réfléchir, prouesse semblant dater d'une autre époque), et mettant en scène Jean-Pierre Bacri, l'un des plus grands acteurs français (les habitués de ces colonnes ont l'habitude de ce genre de déclaration enflammée) n'a pourtant pas séduit les spectateurs ni les critiques. Il est sans doute temps de revenir sur ce film.

Monsieur Sim n'a rien de remarquable. Il serait même plutôt du genre à générer un ennui mortel. Solitaire, dépressif, il a le sentiment d'avoir tout raté, de sa carrière professionnelle à sa vie familiale. 
Quand on lui propose d'aller vendre des brosses à dents écologiques (en poil de sanglier) à travers la France, avec pour seul compagnie un GPS, Monsieur Sim va se lancer dans un voyage à rebours, et redécouvrir son existence, sous de nouveaux angles...

Adaptation du roman de Jonathan Coe, "La vie très privée de Monsieur Sim" n'est pas une comédie, que les choses soient claires. Si les mésaventures et les maladresses du héros peuvent prêter un temps à sourire, on se rend très vite compte qu'il est malheureux, notre pauvre Monsieur Sim, même s'il n'a pas toujours conscience de cela. Guidé par la voix de son GPS, duquel il tombera un temps amoureux, à la manière du héros de "Her", c'est un voyage intérieur qu'il va entamer et mener jusqu'à son terme. Alors que le spectateur découvre ce qu'il a été et ce qu'il est devenu, Monsieur Sim prend conscience de ses échecs : la démarche est douloureuse, mais remarquablement mise en scène et interprétée. La délicatesse qu'on avait déjà apprécié dans les précédents opus de Michel Leclerc est là : le road-movie-thérapie de ce pauvre Monsieur Sim est vibrant d'humanité et de douceur. Seulement, ce n'est pas pour autant que c'est un bon film. "La vie très privée de Monsieur Sim" est même plutôt raté. 

Hésitant entre le sourire et l'émotion, la mélancolie et la tristesse, le spectateur suit les pérégrinations de Monsieur Sim plein de perplexité. On comprend peu à peu où va le héros de cette épopée en soi-même (ou plutôt d'où il vient), mais on s'y attache assez peu, parce que le chemin qu'il emprunte est souvent fait d'impasses et qu'on est souvent contraint au demi-tour. Le GPS qui oriente ce voyage initiatique a quelques bugs qui donnent souvent l'envie de le jeter par la fenêtre. 

Il reste, heureusement, le magnifique Jean-Pierre Bacri, qui mérite à lui seul le visionnage du film, et les nombreux seconds rôles qui viennent lui porter main forte dans cette entreprise : qu'il s'agisse de la délicieuse Vimala Pons, de Mathieu Amalric, de Valeria Golino (qu'on est bien contents de revoir au cinéma), de Vincent Lacoste, d'Isabelle Gélinas, tous représentent le plus bel atout d'un film qui a oublié d'avoir une histoire solide à raconter.

J'aurais aimé aimer "La vie très privée de Monsieur Sim", parce qu'il disposait de quelques-uns des ingrédients qui font qu'au fond, j'aime le cinéma français. Malheureusement, force est de constater que ce film ne tenait presqu'aucune de ses belles promesses. Dommage...



dimanche 22 novembre 2015

Comme un avion (2014)



A chaque décennie sa crise, semble-t-il. A celle de la quarantaine, déjà maintes fois illustrée au cinéma, succède maintenant la crise de la cinquantaine. Bruno Podalydès, frère de Denis, a, il y a peu, raconté sa version de cette étape de vie. Néanmoins, bien qu'encensé par la critique (pour une fois quasiment unanime), "Comme un avion" n'a pas rencontré un franc succès dans les salles. Alors, avons-nous assisté là à un schisme entre public et critique ? Ce ne serait ni la première, ni la dernière fois. 

Michel, infographiste, a toujours aimé les avions, mais n'a jamais osé prendre son envol. Au hasard d'un palindrome, il découvre le kayak qui, avec son fuselage quasi-aérien, lui donne envie de partir pour un voyage en solitaire. Alors, il s'embarque au fil de l'eau, laissant sa femme sur la rive.
Il rencontrera des pêcheurs à la ligne, d'autres kayakistes, mais s'arrêtera sur un curieux îlot, où semblent l'attendre une veuve énergique, une jeune fille romantique et des artistes agités : bref, un autre monde, une autre vie.

Il est clairement deux ou trois choses que l'on peut reprocher au cinéma de Bruno Podalydès. Tout d'abord, à rester dans l'ombre de la capitale, on pourrait tiquer sur son apparent parisianisme, a priori renforcé par l'adulation que lui portent les critiques parisiennes, justement. Comme pour affirmer son amour pour Paris et sa couronne, Podalydès narre une histoire où il n'arrive pas à s'éloigner de plus de quelques kilomètres. Au passage, il montre qu'en restant dans sa zone de confort à lui, il réussit tout de même à dérouler son scénario et à partir en voyage, fût-ce à petite échelle. 

Un des autres reproches que l'on pourrait faire à Bruno Podalydès est de faire du cinéma uniquement pour ceux qu'on qualifie aisément de "bobos" (parisiens ou non), ou plus largement de rester dans un entre-soi un brin hermétique. Ce sentiment prédomine ici une fois de plus, comme c'était déjà le cas dans "Bancs publics". Le petit monde décrit ici n'est pas celui de la vraie vie et nombreux sont ceux
qui peuvent ne pas se sentir concernés par la navigation du héros. Le fait que le réalisateur se soit entouré de ses acteurs fétiches ne peut que renforcer cette impression, sans doute pas étrangère au peu de succès du film de l'autre côté du périphérique.

Cela dit, il faut rendre cependant justice à "Comme un avion", qui est avant tout un joli petit film où le temps s'écoule au rythme du courant de la rivière que suit Michel. Cette ballade douce-amère, s'embourbant parfois dans des scènes où l'ennui affleure, regorge cependant de moments amusants, voire franchement drôles.  Et, surtout, ce film est porté par des comédiens épatants. Autour de Bruno Podalydès, gravitent les toujours remarquables Agnès Jaoui (qu'on n'avait pas vue aussi épanouie depuis belle lurette), Sandrine Kiberlain (dont la seule présence suffit à magnétiser n'importe quelle scène), Vimala Pons (découverte dans ce film avec un rôle tout en sensibilité), mais aussi Michel Vuillermoz, Denis Podalydès, Jean-Noël Brouté, et Pierre Arditi (dans une apparition inattendue).

Si "Comme un avion" n'est pas le chef d'oeuvre cinématographique qu'ont annoncé les critiques emphatiques, ce petit film regorge pourtant de bons moments. Pour peu qu'on soit enclin à se laisser porter par cette histoire simple et légère, la ballade peut être agréable...