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samedi 12 mars 2016

La vie très privée de Monsieur Sim (2015)


Il est des films qu'on va voir les yeux fermés (oui, cette expression est mal choisie), parce qu'ils sont portés par une équipe dans laquelle on fonde énormément d'espoirs. "La vie très privée de Monsieur Sim", réalisé par Michel Leclerc, auteur d'une des dernières comédies françaises dignes de ce nom ("Le nom des gens", qui réussissait à faire rire et réfléchir, prouesse semblant dater d'une autre époque), et mettant en scène Jean-Pierre Bacri, l'un des plus grands acteurs français (les habitués de ces colonnes ont l'habitude de ce genre de déclaration enflammée) n'a pourtant pas séduit les spectateurs ni les critiques. Il est sans doute temps de revenir sur ce film.

Monsieur Sim n'a rien de remarquable. Il serait même plutôt du genre à générer un ennui mortel. Solitaire, dépressif, il a le sentiment d'avoir tout raté, de sa carrière professionnelle à sa vie familiale. 
Quand on lui propose d'aller vendre des brosses à dents écologiques (en poil de sanglier) à travers la France, avec pour seul compagnie un GPS, Monsieur Sim va se lancer dans un voyage à rebours, et redécouvrir son existence, sous de nouveaux angles...

Adaptation du roman de Jonathan Coe, "La vie très privée de Monsieur Sim" n'est pas une comédie, que les choses soient claires. Si les mésaventures et les maladresses du héros peuvent prêter un temps à sourire, on se rend très vite compte qu'il est malheureux, notre pauvre Monsieur Sim, même s'il n'a pas toujours conscience de cela. Guidé par la voix de son GPS, duquel il tombera un temps amoureux, à la manière du héros de "Her", c'est un voyage intérieur qu'il va entamer et mener jusqu'à son terme. Alors que le spectateur découvre ce qu'il a été et ce qu'il est devenu, Monsieur Sim prend conscience de ses échecs : la démarche est douloureuse, mais remarquablement mise en scène et interprétée. La délicatesse qu'on avait déjà apprécié dans les précédents opus de Michel Leclerc est là : le road-movie-thérapie de ce pauvre Monsieur Sim est vibrant d'humanité et de douceur. Seulement, ce n'est pas pour autant que c'est un bon film. "La vie très privée de Monsieur Sim" est même plutôt raté. 

Hésitant entre le sourire et l'émotion, la mélancolie et la tristesse, le spectateur suit les pérégrinations de Monsieur Sim plein de perplexité. On comprend peu à peu où va le héros de cette épopée en soi-même (ou plutôt d'où il vient), mais on s'y attache assez peu, parce que le chemin qu'il emprunte est souvent fait d'impasses et qu'on est souvent contraint au demi-tour. Le GPS qui oriente ce voyage initiatique a quelques bugs qui donnent souvent l'envie de le jeter par la fenêtre. 

Il reste, heureusement, le magnifique Jean-Pierre Bacri, qui mérite à lui seul le visionnage du film, et les nombreux seconds rôles qui viennent lui porter main forte dans cette entreprise : qu'il s'agisse de la délicieuse Vimala Pons, de Mathieu Amalric, de Valeria Golino (qu'on est bien contents de revoir au cinéma), de Vincent Lacoste, d'Isabelle Gélinas, tous représentent le plus bel atout d'un film qui a oublié d'avoir une histoire solide à raconter.

J'aurais aimé aimer "La vie très privée de Monsieur Sim", parce qu'il disposait de quelques-uns des ingrédients qui font qu'au fond, j'aime le cinéma français. Malheureusement, force est de constater que ce film ne tenait presqu'aucune de ses belles promesses. Dommage...



mardi 1 septembre 2015

Entre amis (2015)


Les retrouvailles entre amis, voilà un grand classique. On ne compte plus les films, réussis ou non, utilisant ce point de départ pour bâtir une histoire chorale, où est célébrée la très belle notion d'amitié. En général, le groupe en question y est mis à l'épreuve, souvent parce que le passé resurgit, mais en sort renforcé. Olivier Baroux, l'ex-compère de Kad Merad, et devenu réalisateur, a proposé il y a quelques mois sa version du film choral avec "Entre amis" (on notera la très grande honnêteté du titre). C'est hélas l'insuccès qui fut au rendez-vous, malgré l'affiche haut-de-gamme. Ce film a-t-il cependant le potentiel pour devenir, avec le temps, une référence en la matière ?

Amis depuis longtemps, Richard, Philippe et Gilles se retrouvent cet été à Marseille, accompagnés de leurs compagnes respectives. Sous l'égide de Richard, ils vont embarquer à bord d'un superbe voilier à destination de la Corse. Mais, entre les personnalités des six voyageurs, les éléments parfois contraires et ce qui remonte à la surface en pareilles circonstances, la croisière ne sera pas de tout repos. Qu'importe : ils sont entre amis...

On ne va pas se mentir, comme disait l'autre : le film d'Olivier Baroux n'est pas de celui qui fera date dans le cinéma hexagonal. Dans le registre du "film de potes", certaines pépites déjà anciennes (les habitués de ce blog ne s'étonneront pas de me voir citer une nouvelle fois "Mes meilleurs copains", qui aura un jour droit à un billet en ces colonnes) surpassent haut la main la plupart des tentatives récentes. Mais le véritable problème de ce film ne vient pas de sa mise en scène, aussi pauvre soit-elle. La véritable question qui se pose en fin de projection est multiple. On s'interrogera sur ce qui en constitue le scénario, puisqu'il est visiblement écrit à l'aveuglette, tentant tant bien que mal d'arriver à une conclusion sans surprise après avoir traversé quelques péripéties dont on soupçonne qu'elles ne soient là que pour occuper la longueur du film. 

On pourra aussi rester perplexe devant les personnages sensés porter haut l'amitié, et dont on se
demande comment ils sont devenus proches et ont réussi à le rester. Pour incarner ces caricatures, les six acteurs qui tiennent l'affiche cabotinent à outrance : Daniel Auteuil, ancien sous-doué devenu acteur de talent, et plus agité que jamais, semble tenté par un retour aux sources, François Berléand et Gérard Jugnot s'en sortant mieux que lui avec des rôles plus secondaires. Du côté des filles, ça n'est guère mieux. Malgré son immense charme, Mélanie Doutey n'arrive pas à faire croire en son personnage, tandis que Zabou Breitman en fait des tonnes et qu'Isabelle Gélinas limite les dégâts. Une nouvelle question se pose, concomitante à la précédente : comment de pareils acteurs ont-ils pu accepter de tels rôles et un tel scénario ?

Pour parachever le naufrage, je pourrais citer la bande originale de Martin Rappeneau (le fils de Jean-Paul Rappeneau, qui fit les beaux jours de la comédie française du temps où celle-ci avait encore un sens) et le montage qui aggrave la platitude de la mise en scène. Ce serait planter les derniers clous du cercueil. Il n'empêche que, non content de ne pas faire rire, cette comédie française aurait plutôt tendance à affliger son spectateur. Alors que nombre de médias débordent de créativité (je songe évidemment aux séries télévisées, mais également à la bande dessinée, par exemple), le septième art, quand il ne se contente pas de décliner des univers ad nauseam, semble être devenu incapable de créativité et d'innovation. En cela, "Entre amis" est révélateur de l'état désastreux d'un certain cinéma, celui qui s'est vendu aux chaînes télé. Faudra-t-il attendre que le bateau coule ?



samedi 22 août 2015

Les gens en maillot de bain ne sont pas (forcément) superficiels (2001)


Si j'évoque les vacances en club, les gentils animateurs, les aventures amoureuses estivales, nul doute que vous allez songer aux "Bronzés", l'un des piliers de la comédie française. A l'occasion, je suggérerais bien une minute de silence à la mémoire de ce registre cinématographique, au vu de la piètre qualité des œuvres s'en réclamant, ces dernières années. 
Pour en revenir à nos vacanciers, ceux dont je vais évoquer le sort ne sont pas sortis de l'imagination de la troupe du Splendid. Les gens en maillot de bain dont il est question ont été filmés par Eric Assous et n'avaient guère intéressé le public.

Pour échapper à la grisaille parisienne, ils sont nombreux à s'être offert un voyage aux Antilles. Il y a le père de famille, qui vient avec ses deux enfants, mais dont la maîtresse l'a suivi jusqu'au club où il compte bronzer tranquillement. Il y a le couple de lesbiennes, qui va croiser le chemin de l'ex d'une d'elles. Il y a la célibataire esseulée, persuadée de trouver l'amour sous les palmiers. Il y a les deux frères fauchés, à qui l'on a offert ce voyage inattendu. Pour amuser tout ce monde, il y a aussi Jimmy, l'animateur, beau gosse et incorrigible dragueur.

A lire le petit résumé que je viens d'en faire, vous devez vous demander si ce n'est pas un catalogue de clichés que ce film nous invite à feuilleter. C'est effectivement le cas. Eric Assous, remarqué dans ses œuvres radiophoniques et télévisuelles, livre ici, pour son premier long métrage, une accumulation de poncifs. Pourtant, tracer le portrait de ces vacanciers sur le mode caricatural aurait pu fonctionner, si le ton du scénario avait été plus virulent, acerbe, assumé. Hélas, ce scénario hésite sans cesse entre un ton comique, qu'il n'atteint jamais, et la chronique douce-amère, sans jamais en trouver le moyen. En résulte un film boiteux, que sa réalisation achève de condamner. 

Que dire de son interprétation ? Il faut croire que les interprètes ont signé pour le voyage en
Guadeloupe, et sans réellement regarder le script qu'ils étaient censés jouer. Certes, leurs dialogues tombent souvent à plat, certes, leurs rôles accumulent les clichés, sans doute ont-ils été mal dirigés, mais tous donnent l'impression d'être épouvantablement mauvais (pour certains, c'est d'ailleurs sans doute le cas). Qu'il s'agisse de Gad Elmaleh (des années avant de cachetonner pour une certaine banque), d'Isabelle Gelinas, d'Agnès Soral, de Serge Hazanavicius, et des autres, c'est une épreuve, pour qui aime les comédiens, de voir leurs piètres prestations. 

Enfin, on ne pourra que déplorer la laideur de l'affiche, qui a du être le repoussoir final pour les spectateurs potentiels de ce film grandement évitable.