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mercredi 7 juin 2017

Le garçon au pyjama rayé (2008)



Tiré d'un roman destiné à la jeunesse (il est souvent au nombre de ceux donnés aux collégiens), "Le garçon au pyjama rayé" est forcément un film dont il sera difficile de dire du mal, tant son sujet est sensible, tant son intention est noble. Ce n'est pas pour autant qu'il faut le regarder sans un œil critique. L'exercice est donc malaisé, que celui d'évoquer ce film finalement moins connu que son matériau d'origine. Évoquant à hauteur d'enfant l'un des grands drames du vingtième siécle, "Le garçon au pyjama rayé" mérite-t-il plus que son faible succès ?

Bruno, fils d'un officier nazi, apprend un jour qu'il doit déménager vers la Pologne, car son père a reçu une promotion et va désormais diriger un camp. Dans sa nouvelle maison, le jeune garçon s'ennuie et regrette Berlin et ses amis. Il découvre un jour derrière l'habitation familiale, d'étranges baraquements, peuplés de gens vêtus d'étranges pyjamas rayés. 
Malgré l'interdiction de son père, Bruno va retourner voir ces baraquements et se faire un ami, de l'autre côté des barbelés. 


Comme dit en exergue de cet article, il est délicat de parler de ce film si c'est pour pointer ses défauts. Malheureusement, ces derniers sont plus nombreux que ses qualités, il faut bien l'admettre. la réalisation, sans grande audace, pourrait être pardonnée, au vu du sujet plus que délicat abordé par ce film (et du public visé, plutôt jeune). Mais il y a hélas beaucoup d'incohérences dans l'histoire contée dans "Le garçon au pyjama rayé", au point qu'on a l'impression d'avoir plus affaire à une fable. Ce reproche, qui pouvait également être adressé à "La vie est belle" (le film de Roberto Begnini), n'est cependant pas le seul qu'on pourra faire à ce film, hormis son évident manque de moyens.

Du côté de la mise en scène, le parti-pris de froideur joue en défaveur du film également. Tenu à distance des personnages, le spectateur pourra se sentir indifférent aux péripéties de Bruno et de ses parents. Puis, il y a la touche mélodramatique, fortement appuyée, surtout en ce qui concerne le personnage de la mère du petit héros, qui nuit à l'intensité du sujet. 

Il y a cependant quelques scènes superbes (et particulièrement difficiles, notamment vers la fin) dans ce film, dont l'interprétation est remarquable. Si la prestation du jeune Asa Butterfield est saisissante (quoique le doublage français ne lui rende pas justice), celle de David Thwelis l'est tout autant, une fois de plus avec cet immense acteur.  

En passant outre ses défauts majeurs, "Le garçon au pyjama rayé" mérite cependant d'être vu, ne serait-ce que pour sensibiliser un jeune public à cette période des plus sombres de l'histoire. Eu égard au sujet traité, l'indulgence est de mise. 



lundi 3 mars 2014

La stratégie Ender (2013)


Bien qu'étant l'auteur de plusieurs séries de romans de science-fiction ("Alvin le faiseur" et le cycle d'Ender, par exemple), le mormon Orson Scott Card avait jusqu'à présent été épargné par la frénésie d'adaptations cinématographiques. L'an dernier, après des années de négociation et de travail de préproduction, "La stratégie Ender" prit corps, devant la caméra de Gavin Hood (qui commit il y a quelques années "X-Men origins : Wolverine"). Le romancier ayant été très tôt été impliqué dans le projet (il est d'ailleurs au rang des producteurs), on avait tout lieu de croire à la réussite du projet. Il faut, hélas, croire que public et critiques ne furent pas de cet avis puisque le film fut une des nombreuses déceptions de 2013.

Cinquante ans plus tôt, la Terre a failli périr sous l'assaut des Doryphores, une race extraterrestre belliqueuse qui n'échoua que grâce à Mazer Rackham, qui assura la victoire des humains.
Pour que la prochaine guerre contre les Doryphores ne sonne pas le glas de l'espèce humaine, le Colonel Graff a en charge la formation de ceux qui défendront la Terre. Parmi eux, le jeune Ender Wiggin a des dispositions hors du commun. Graff voit en lui le futur sauveur de l'humanité. A force d'entraînement et de simulations, il va s'efforcer d'en faire le commandant des forces armées destinées à sauver la Terre, lorsque les Doryphores reviendront...

Quel curieux film de science-fiction que celui là ! L'essentiel de "La stratégie Ender", en effet, ne se déroule pas en plein espace, mais dans la station spatiale où les cadets recrutés par le Colonel Graff subissent un entraînement qui (par moments) n'a rien à envier à celui décrit dans "Full metal jacket". Amateurs de space opera flamboyant et de lasers étincelants , vous pouvez donc passer votre chemin.

L'évolution du personnage d'Ender, poussé par son mentor à devenir un officier implacable et prêt à tout face à l'ennemi qui approche, est surtout un parcours initiatique, même si le cadre en est futuriste. On pourrait longtemps gloser sur l'idéologie évoquée dans "La stratégie Ender" et les multiples controverses dont Orson Scott Card fait l'objet : en d'autres temps, "Starship troopers" fut également accusé de mille maux, à tort. Faute de recul, le film de Gavin Hood n'a pas un propos aussi critique que celui de Paul Verhoeven. C'est sans doute son plus grand défaut, et il est majeur.

Du côté de la réalisation, après le très mitigé "X-Men Origins  Wolverine", on pouvait craindre le pire. Gavin Hood se contente du minimum syndical et réussit à ne pas perdre le spectateur, sans cependant l'enthousiasmer et sans prendre le risque de porter un regard cynique sur ce qu'il filme. Là aussi, c'est regrettable.

Il fut un temps où la simple présence d'Harrison Ford dans un film suffisait pour assurer son succès. Depuis plusieurs années, cependant, le nom de celui qui incarna entre autres Indiana Jones ou Han Solo n'est plus synonyme de triomphe assuré. Dans un rôle important, mais secondaire, Harrison Ford joue tout en sobriété et réussit à s'affirmer face au jeune Asa Butterfield, assez remarquable pour son âge. Embarqué dans un conflit qui le dépasse, l'interprète du jeune Ender s'en sort avec les honneurs.

Alors, qu'est-ce qui laisse chez le spectateur cette impression d'échec, alors que tout est réuni, ou presque, pour obtenir un grand film de science-fiction ? Sans doute s'agit-il d'un simple malentendu : "La stratégie Ender", loin d'être un film de space-opera, décrit l'éducation militariste d'un jeune cadet pris au piège de son destin de guerrier. Sans prendre le recul nécessaire, Gavin Hood laisse (sciemment ou non) son spectateur faire la part des choses.

Malgré la froideur apparente du film, malgré ses scènes souvent vides d'émotion et d'implication, on pourra trouver dans "La stratégie Ender" un véritable propos qui aurait mérité d'être plus développé et un regard critique. faute d'aller plus loin, Gavin Hood ne fait que frôler la réussite et laisse une cruelle impression de rendez-vous manqué.