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vendredi 5 juin 2020

Paranoïa (2013)



Le monde des affaires est impitoyable et certains films se sont attachés à en décrire les mécanismes destructeurs, dans des thrillers parfois réussis, parfois moins. Dans "Paranoïa", Robert Luketic, réalisateur de "La revanche d'une blonde" ou de "Kiss and kill" s'aventurait dans ce registre, nouveau pour lui. Avec un casting royal, on pouvait penser que ce film attirerait forcément des cohortes de spectateurs. Il n'en fut rien et "Paranoia" sortit en VOD dans bien des pays (dont l'hexagone). Depuis, la plupart des films de Luketic (dont le reboot de "Barbarella") sont restés dans les cartons. Cet échec, sanctionné par le gel d'une carrière de réalisateur, était-il mérité ?

Jeune employé sûr de lui, Adam Cassidy est employé par Wyatt Telecom et est persuadé qu'une grande carrière s'offre à lui. Hélas, il commet une erreur, extrêmement coûteuse pour son employeur. Ce dernier, ne reculant devant rien pour réussir, lui propose alors un marché qu'il ne pourra refuser : en échange de l'indulgence de Nicholas Wyatt, Adam va devoir infiltrer le concurrent de celui-ci, Jock Goddard, qui fut aussi son associé, autrefois. 
N'ayant pas le choix, Adam cède et met le doigt dans un engrenage dont il aura du mal à se sortir indemne. 

Adaptation du ramona de Joseph Finder, "Paranoia" est de ces films dont le héros est, dans un premier temps, soumis à des événements, avant de reprendre le contrôle de sa vie et d'en sortir grandi. Le parcours est classique et ici agrémenté de nombreux retournements. Faux semblants, mensonges et intérêts divergents viennent également enrichir l'intrigue ou la rendre, si le dosage est maladroit, illisible. C'est malheureusement la deuxième option que choisit Luketic, héritant probablement d'un scénario dense et passablement bancal. 

Se perdant dans un décorum où luxe et haute technologie écrasent tout, intrigue et personnages, le film devient vite une vitrine pour produits de luxe et gadgets high-tech. Navigant dans les hautes sphères des affaires, le jeune héros fait souvent preuve d'une naïveté confondante, aidé en cela par un scénario multipliant les invraisemblances et les failles. Oubliant le fond au profit de la forme, Robert Luketic signe ici un pseudo-thriller dont l'intérêt (déjà limité au départ) fond comme neige au soleil. Et ce n'est pas la présence d'énormes stars au casting qui peut sauver le film, au contraire. Qu'il s'agisse de Liam Hemsworth (jamais crédible dans son rôle), du grand Harrison Ford (dont on se demande comment il a pu aller jusqu'à se donner pareil look pour ce film), de Gary Oldman (nous ayant habitués à mieux), d'Amber Heard (dans un rôle plus esthétique qu'autre chose), c'est la perplexité qui règne devant ce film portant les tares des années 90 et les ambitions des années 2000. 

Très vite, on décroche et on perd tout intérêt à visionner "Paranoïa", malgré sa cohorte de stars et ses décors sortis de catalogues haut-de-gamme. Au delà des belles images et d'acteurs qu'on aime d'ordinaire retrouver à l'écran, les producteurs et le réalisateur de ce jouet coûteux ont oublié qu'il faut, accessoirement, raconter une histoire digne d'intérêt au spectateur.




vendredi 18 mai 2018

Droit de passage (2010)


Les frontières semblent se fermer, ces temps-ci. Que ce soit en Europe ou de l'autre côté de l'Atlantique, des murs se dressent face à ceux que la misère pousse à tout faire pour une vie meilleure. Naturellement, le cinéma s'empare de cette thématique pour évoquer le sort de ceux qu'on nomme migrants ou réfugiés. Il y a eu, par exemple, le saisissant "Welcome", tout près de nous. Mais c'est fortuitement que j'ai découvert "Droit de passage" (traduction française indigne de "Crossing over"), un film qui avait été snobé à l'époque par pas mal de critiques.

A Los Angeles, les hommes et les femmes se croisent. Venus du Mexique pour tenter de gagner leur vie, résidant ici depuis toujours ou depuis peu, en quête de l'autorisation qui leur assurera la citoyenneté américaine, toutes et tous craignent l'expulsion, parfois arbitraire. Face à eux, l'autorité peut prendre différents visages : il y a de la bienveillance, de la violence, de la corruption.  Il y a ce policier qui veut encore croire en l'humanité, quitte à s'abîmer. Il y a ce fonctionnaire corrompu, qui abuse de ses prérogatives. Il y a tant d'hommes et de femmes qui se croisent, aiment, souffrent...
A la vision de ce film, dont on a parfois décrié le côté bancal (que je reconnais) ou les méthodes racoleuses (mais je préfère lui accorder le bénéfice du doute, les critiques étant parfois de mauvaise foi), on peut frémir : le thème qu'il évoque est devenu mondial et nous touche forcément tous, à des degrés et des modes différents. Même si son traitement peut faire douter le spectateur, "Droit de passage" a au moins le mérite d'aborder de front un thème difficile, et de le faire sans adoucir le trait. Sa production problématique, ses maladresses et son entêtement à faire passer le visa américain pour l'ultime sésame en font un film maladroit, dont les bonnes intentions semblent passées au second plan. Wayne Kramer, le réalisateur de cette mosaïque ayant pour thème les frontières entre les hommes, semble parfois dépassé par l'ampleur de la tâche qui lui est attribuée, mais, filmant à hauteur de femme et d'homme, assure jusqu'au bout et livre un film sans doute sincère. 

Dans un film choral, ce sont les personnages qui sont le ciment de l'ensemble. Dans le cas présent, les acteurs sont remarquables. L'immense Harrison Ford, en flic bienveillant et humaniste, apparaît fatigué et désabusé, comme l'homme qu'il est l'est sans doute. Ray Liotta, particulièrement botoxé, démontre qu'il aurait pu avoir une carrière digne de ce nom s'il avait fait de meilleurs choix. On pourrait aussi évoquer les prestations, plutôt justes, de Cliff Curtiss (désormais connu comme le héros de la série "Fear the walking dead"), Jim Sturgess, Ashley Judd, Alice Eve, donnant vie à cet instantané parfois juste, parfois pataud. S'il avait été moins balourd (parce qu'il l'est, au point, pour certains critiques, d'être contre-productif), "Droit de passage" aurait été un beau et grand film. A défaut, c'est un regard sur ce qui se passe de l'autre côté de l'Atlantique (et qui ressemble fort à ce qui se passe pas si loin de chez nous). 

Les Etats-Unis, nation composée à partir d'un beau melting-pot, ont oublié bien vite qu'ils étaient riches de leur diversité. Maladroit, ce film, pour peu qu'on prenne un peu de recul et qu'on ne lui fasse pas de procès d'intention, peut éveiller chez son spectateur une saine colère.

Ce film a été vu dans le cadre du Movie Challenge 2018, pour la catégorie 
"Un film qui t'a mis en colère" (par son thème)

jeudi 19 février 2015

Hollywood homicide (2003)



Quand on a interprété des rôles devenus mythiques, est-il encore possible d'apparaître dans des films sans être méjugé ? D'immenses acteurs, à l'instar de Robert de Niro, dont les choix actuels peuvent laisser pantois, doivent se poser la question. Harrison Ford, qui a endossé le rôle de personnages passés dans la mythologie collective, suit un parcours qui a de quoi surprendre, parfois. Ces dernières années, on a pu le voir dans le décevant quatrième volet d'Indiana Jones, par exemple, mais aussi dans des films où le public ne le suivit pas : "Cowboys et Envahisseurs", "Expendables 3", ou "Hollywood homicide", pour n'en citer que quelques-uns.

Deux policiers, une jeune recrue et un vétéran à qui on ne la raconte plus, sont chargés d'une enquête dans le milieu du rap, à Hollywood. Tandis qu'ils doivent, de front, mener une enquête dangereuse, ils s'efforcent de poursuivre leurs activités personnelles : l'un donne des cours de yoga, l'autre tente de vendre des demeures hors de prix. Leurs personnalités vont s'affronter, et les balles fuser au-dessus de leurs têtes. 
Hollywood est décidément un endroit bien dangereux...



Le buddy-movie est un genre qui fit les beaux jours d'Hollywood dans les années 1980 (je ne vais pas me lancer dans une liste d'exemple, tant ils sont nombreux). C'est clairement ce genre qu'exploite "Hollywood homidice". Il est évidemment bien difficile de surprendre qui que ce soit avec ce genre usé jusqu'à la corde. Alors, pour tenter d'épaissir l'intrigue, Ron Shelton et son co-scénariste Robert Souza ont cru bon d'ajouter d'ajouter quelques couches de peinture sur chacun des personnages, comme si cela pouvait faire illusion. Cependant, on avait bien compris dès les premières séquences que les deux personnages principaux avaient moult différences : le premier est un flic expérimenté et sûr de lui, divorcé trois fois et qui réussit à mener de front une carrière d'agent immobilier. Le second, jeune recrue doutant de sa vocation, croit encore en l'amour et donne également des cours de yoga en plus de ses heures de travail. Le procédé, en plus d'être lourd, cache mal sa maladresse et la vacuité réelle du film.

Au centre de "Hollywood homicide", le duo d'acteurs qui tient l'affiche fait, il faut le reconnaître, plus pitié qu'envie. Le jeune premier Josh Hartnett, décidément bien peu convaincant, a du mal à sortir de l'ombre d'Harrison Ford, dont le seul nom est sensé servir de caution à ce médiocre polar, mais qui semble régulièrement se demander ce qu'il fait là et pourquoi il a accepté ce rôle. 

Réalisé sans aucun talent, en plus de disposer d'un scénario dont l'évolution finit par insupporter le spectateur, "Hollywood homicide" est un buddy-movie comme on n'en fait plus, fort heureusement. Voir Harrison Ford se fourvoyer dans pareil chantier peut faire de la peine. Quand on admire cet acteur, subir ce film est un calvaire. Si l'on cherche juste un film d'action de piètre qualité, on peut, à la rigueur, supporter le visionnage de ce qui est au niveau d'un mauvais épisode de série policière.


mardi 7 octobre 2014

Mosquito Coast (1986)



L'australien Peter Weir a, dans sa filmographie, quelques oeuvres mémorables. Citons, par exemple, "Le cercle des poètes disparus", "The Truman show", "L'année de tous les dangers" ou "Witness". Il a également à son tableau de chasse quelques films qui marquèrent moins les mémoires, comme le délicieux "Green card" ou "Mosquito Coast". Ce dernier, tourné dans la foulée de "Witness", avec dans le premier rôle Harrison Ford, à l'époque au sommet de sa gloire, fait partie de ses échecs commerciaux et critiques. A le revoir aujourd'hui, on peut se poser la question : cet insuccès était-il mérité ?

Allie Fox, inventeur de génie et idéaliste passionné, n'en peut plus de ce qu'est devenu le rêve américain. Un jour, il décide de quitter les Etats-Unis et d'aller s'installer, avec femme et enfants, au cœur de la jungle du Honduras, pour y retrouver la vraie vie.
Là, tel des Robinson modernes, la famille Fox va tenter de commencer une nouvelle vie. Cependant, cette nouvelle existence est loin d'être sans dangers.

"Mosquito Coast" n'est sans doute pas le plus grand film de Peter Weir, mais il porte néanmoins nombre de thèmes forts. Tiré du roman de Paul Théroux, qui participa d'ailleurs à l'écriture du scénario aux côtés du grand Paul Schrader, "Mosquito Coast" résonne un peu plus fort, près de trente ans après sa sortie. La colère d'Allie Fox face à ce qu'est devenu son pays et, par extension, le monde en général, est communicative. Lorsqu'il va jusqu'au bout de ses idées et décide de jeter les bases d'une nouvelle civilisation, entraînant dans sa croisade sa femme et ses trois enfants, on peut se prendre à l'encourager, parce qu'il réalise le rêve de bien de bon nombre d'entre nous.

C'est là la grande force de "Mosquito Coast", que de faire partager au spectateur l'enthousiasme de son héros, sous l’œil admiratif, puis critique de son fils aîné. Remarquable observateur, Peter Weir pose un regard sur le parcours de la famille Fox sans cependant juger leur expérience, laissant au spectateur le soin de se positionner. Il fut un temps, semble-t-il, où le contenu des films n'était pas pré-mâché et où les metteurs en scène faisaient confiance au public pour aborder leurs œuvres sans en livrer toutes les clés.

En plus de la remarquable réalisation de Weir et d'une très belle bande originale signée Maurice Jarre (excusez du peu !), le film est sublimé par des acteurs remarquables. Harrison Ford, qui aurait à l'époque pu se contenter de surfer sur ses rôles les plus connus (Indiana Jones et Han Solo, pour ne citer qu'eux), donne toute l'étendue de son immense talent, en incarnant un personnage tour à tour admirable et détestable, et a rarement été aussi bon. Face à lui, on notera l'immense Helen Mirren et le regretté River Phoenix (qui retrouvera d'ailleurs Ford dans le troisième volet des aventures d'Indiana Jones, avant de disparaître prématurément).

L'interprétation habitée de Harrison Ford (dont ce film est souvent considéré comme étant son préféré) n'y fit rien : "Mosquito Coast" fut boudé par le public et massacré par pas mal de critiques. Avec le recul, on peut regretter que ce film n'ait pas rencontré le succès en son temps. Il n'est pas trop tard pour entendre le message qu'il portait alors : il est toujours d'actualité.





lundi 3 mars 2014

La stratégie Ender (2013)


Bien qu'étant l'auteur de plusieurs séries de romans de science-fiction ("Alvin le faiseur" et le cycle d'Ender, par exemple), le mormon Orson Scott Card avait jusqu'à présent été épargné par la frénésie d'adaptations cinématographiques. L'an dernier, après des années de négociation et de travail de préproduction, "La stratégie Ender" prit corps, devant la caméra de Gavin Hood (qui commit il y a quelques années "X-Men origins : Wolverine"). Le romancier ayant été très tôt été impliqué dans le projet (il est d'ailleurs au rang des producteurs), on avait tout lieu de croire à la réussite du projet. Il faut, hélas, croire que public et critiques ne furent pas de cet avis puisque le film fut une des nombreuses déceptions de 2013.

Cinquante ans plus tôt, la Terre a failli périr sous l'assaut des Doryphores, une race extraterrestre belliqueuse qui n'échoua que grâce à Mazer Rackham, qui assura la victoire des humains.
Pour que la prochaine guerre contre les Doryphores ne sonne pas le glas de l'espèce humaine, le Colonel Graff a en charge la formation de ceux qui défendront la Terre. Parmi eux, le jeune Ender Wiggin a des dispositions hors du commun. Graff voit en lui le futur sauveur de l'humanité. A force d'entraînement et de simulations, il va s'efforcer d'en faire le commandant des forces armées destinées à sauver la Terre, lorsque les Doryphores reviendront...

Quel curieux film de science-fiction que celui là ! L'essentiel de "La stratégie Ender", en effet, ne se déroule pas en plein espace, mais dans la station spatiale où les cadets recrutés par le Colonel Graff subissent un entraînement qui (par moments) n'a rien à envier à celui décrit dans "Full metal jacket". Amateurs de space opera flamboyant et de lasers étincelants , vous pouvez donc passer votre chemin.

L'évolution du personnage d'Ender, poussé par son mentor à devenir un officier implacable et prêt à tout face à l'ennemi qui approche, est surtout un parcours initiatique, même si le cadre en est futuriste. On pourrait longtemps gloser sur l'idéologie évoquée dans "La stratégie Ender" et les multiples controverses dont Orson Scott Card fait l'objet : en d'autres temps, "Starship troopers" fut également accusé de mille maux, à tort. Faute de recul, le film de Gavin Hood n'a pas un propos aussi critique que celui de Paul Verhoeven. C'est sans doute son plus grand défaut, et il est majeur.

Du côté de la réalisation, après le très mitigé "X-Men Origins  Wolverine", on pouvait craindre le pire. Gavin Hood se contente du minimum syndical et réussit à ne pas perdre le spectateur, sans cependant l'enthousiasmer et sans prendre le risque de porter un regard cynique sur ce qu'il filme. Là aussi, c'est regrettable.

Il fut un temps où la simple présence d'Harrison Ford dans un film suffisait pour assurer son succès. Depuis plusieurs années, cependant, le nom de celui qui incarna entre autres Indiana Jones ou Han Solo n'est plus synonyme de triomphe assuré. Dans un rôle important, mais secondaire, Harrison Ford joue tout en sobriété et réussit à s'affirmer face au jeune Asa Butterfield, assez remarquable pour son âge. Embarqué dans un conflit qui le dépasse, l'interprète du jeune Ender s'en sort avec les honneurs.

Alors, qu'est-ce qui laisse chez le spectateur cette impression d'échec, alors que tout est réuni, ou presque, pour obtenir un grand film de science-fiction ? Sans doute s'agit-il d'un simple malentendu : "La stratégie Ender", loin d'être un film de space-opera, décrit l'éducation militariste d'un jeune cadet pris au piège de son destin de guerrier. Sans prendre le recul nécessaire, Gavin Hood laisse (sciemment ou non) son spectateur faire la part des choses.

Malgré la froideur apparente du film, malgré ses scènes souvent vides d'émotion et d'implication, on pourra trouver dans "La stratégie Ender" un véritable propos qui aurait mérité d'être plus développé et un regard critique. faute d'aller plus loin, Gavin Hood ne fait que frôler la réussite et laisse une cruelle impression de rendez-vous manqué.




mercredi 12 septembre 2012

Cowboys et envahisseurs (2011)



Les plus observateurs l'auront remarqué : l'adaptation de comics est à la mode. Nos super-héros préférés (ou pas) ont l'honneur de maints longs métrages et les transpositions d'oeuvres en provenance du monde de la BD (à prendre au sens large) envahissent nos écrans (ad nauseam, irais-je jusqu'à dire). Au milieu des poids lourds que représentent les licences Batman, Spiderman, The Avengers ou Superman (dont le reboot signé par Snyder ne saurait tarder), quelques transpositions plus mineures permettent de donner un coup de projecteur sur des oeuvres moins connues du grand public. Parmi elles, on citera "Kick-Ass",  "Green Lantern" ou "Jonah Hex", par exemple. "Cowboys et envahisseurs" fait indéniablement partie de cette catégorie d'oeuvres graphiques dont l'adaptation profite de cette grande vague. Mis en scène par Jon Favreau, à qui l'on doit les deux premiers "Iron Man", ce film n'a pas eu l'heur de séduire le large public qu'on pouvait penser.

Annoncé avec moult battage médiatique, ce téléscopage improbable entre western et science-fiction aurait pu cartonner, au box-office. Il n'en fut rien et ce film a vite quitté l'affiche, à peine rentabilisé par le marché international. Pourtant, le casting était des plus alléchants : Daniel Craig (le nouveau James Bond, pour ceux qui auraient passé les dernières années dans le coma) et Harrison Ford (plutôt mal inspiré en matière de choix de rôles ces dernières années) mènent le bal. Et on pouvait espérer que le pitch audacieux donnerait un divertissement de bonne facture, voire un grand film.

A propos de pitch, je vais être bref : un amnésique se réveille en plein désert, avec au bras un étrange bracelet. Son chemin va le mener à Absolution, ville sous la coupe de l'inquiétant Colonel Dolarhyde. Face à des menaces venues d'ailleurs, tous vont devoir unir leurs forces.

Comme je le signalais, il y a de l'audace dans le postulat de base. Il est dommage que la mise en oeuvre ne soit pas à la hauteur. Inutile d'y aller par quatre chemins : le film ne tient pas ses promesses. Qu'il s'agisse du scénario qui n'exploite pas la richesse potentielle de l'univers, ou de la réalisation qui hésite entre western et science-fiction sans réussir à choisir l'un ou l'autre, "Cowboys et envahisseurs" se révèle être un film d'action sans intérêt.

Jon Favreau, qui avait pourtant réussi son coup avec "Iron Man", se révèle ici un piètre metteur en scène, se contentant d'une réalisation digne d'un téléfilm de deuxième partie de soirée. Incapable d'entraîner le spectateur dans l'aventure, et ne disposant pas d'une histoire suffisamment emballante, il se satisfait du minimum syndical.

Côté casting, là aussi, les promesses ne sont pas tenues. On a  beau adorer Harrison Ford (à qui le chapeau va très bien) et Daniel Craig (excellent James Bond, mais je m'égare), force est d'avouer que "Cowboys et envahisseurs" n'est qu'un film bien mineur dans leur carrière et qu'ils semblent s'en rendre compte, tant et si bien qu'on a maintes fois l'impression que ces deux stars remplissent leur contrat, point barre.
A leurs côtés, le reste du casting fait de son mieux, mais sans la conviction nécessaire : on notera la présence, dans des petits rôles, de Paul Dano (vu dans "Little Miss Sunshine"), de Clancy Brown (le Kurgan de "Highlander", aperçu aussi dans "Pathfinder"), de Sam Rockwell ou d'Olivia Wilde (dans un rôle assez "plastique", il faut le reconnaître).

Alors, certes, "Cowboys et envahisseurs" est plutôt bien filmé, il n'est pas trop mal joué, et les effets spéciaux sont à la hauteur. Simplement, à aucun moment, l'histoire ne surprend le spectateur qui finit par s'ennuyer et n'évite de sombrer dans le sommeil que parce que ce film fait beaucoup de bruit....pour rien.