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vendredi 1 février 2019

Photo de famille (2018)


La famille, voilà un thème qui n'a pas fini de nourri les cinéastes. Qu'elle soit traditionnelle, recomposée, dysfonctionnelle, mafieuse ou que sais-je encore, cette structure a alimenté, directement ou non, quantité de films dont l'énumération prendrait des pages. Cécilia Rouaud, dont le très joli "Je me suis fait tout petit" avait été une agréable surprise, s'est penchée sur les liens qui unissent une fratrie dans "Photo de famille", l'an dernier. Puisqu'au casting se trouvait (entre autres) un acteur que j'apprécie particulièrement (Monsieur Jean-Pierre Bacri), il m'était impossible de laisser filer ce film, à côté duquel pas mal de monde est passé. 

Bien que frère et soeurs, Gabrielle, Elsa et Mao ne se fréquentent pas. Leurs parents, séparés depuis des années, n'ont jamais rien fait pour que cette fratrie soit plus unie. En se retrouvant tous pour l'enterrement de leur grand-père, ils vont être confrontés à la vie qui passe. Qui prendra en charge leur grand-mère, qui commence à perdre l'esprit ? Et s'il n'y avait que cela ...

Après "Je me suis fait tout petit" (où elle dirigeait déjà Vanessa Paradis), Cécilia Rouaud se penche une nouvelle fois sur la cellule familiale. Et, encore une fois, le ton qu'elle emploie pour aborder des sujets graves, voire lourds, est souvent celui de la comédie. Quelques répliques bien senties ponctuent des scènes qui auraient pu devenir lourdingues, tandis que les comédiens sont au diapason et maintiennent un équilibre que nombre de films n'arrivent pas à atteindre. C'est sans doute parce que les péripéties de cette famille finalement assez ordinaire sonnent vrai que le film fonctionne et touche le spectateur (souvent en plein cœur). 

Je le signalais plus haut : les acteurs de "Photo de famille" sont parfaits, tout simplement. Qu'il s'agisse de Vanessa Paradis (et j'ai eu plus d'une fois des réserves à son sujet), de Camille Cottin (décidément étonnante) ou de Pierre Deladonchamps, pour les plus jeunes, de Chantal Lauby ou de Jean-Pierre Bacri dans le rôle des parents, tous donnent remarquablement vie à leurs personnages, des êtres humains aux liens distendus, mais finalement solides. 

Les parcours des membres de la famille photographiée par Cécilia Rouaud peuvent amuser, mais toucheront à coup sûr les spectateurs. Filmé avec tendresse, "Photo de famille", avec sa très belle interprétation, est de ces films attachants qu'on n'oublie pas de sitôt. On aurait aimé qu'il soit mieux reçu lors de sa sortie.



lundi 14 novembre 2016

Vicky (2015)


La comédie familiale est un genre à part entière. En général, on y voit l'éclatement d'une famille, à la faveur (ou la défaveur, plutôt) d'un événement sortant de l'ordinaire. De "Devine qui vient dîner" à "Qu'est-ce qu'on a fait au Bon Dieu" (ces deux références forment, vous le noterez, un grand écart culturel), on ne compte plus les films, réussis ou non, exploitant cette niche. "Vicky", scénarisé et interprété par Victoria Bedos, fait partie de ceux qui n'atteignirent pas leur public, l'an dernier. A tort ou à raison ?

Alors qu'elle devait se marier et échapper à sa famille, véritable concentré d'egos et de célébrité, entre son père acteur et son frère, animateur d'une émission à succès, Victoire Bonhomme renonce devant l'autel et retourne chez ses parents. A la faveur de rencontres, Victoire va découvrir l'alcool, le sexe, la musique et s'émanciper rapidement. Mais il est difficile de grandir d'un coup, si tard, si vite...

Il y a sans doute beaucoup d'autobiographie dans "Vicky", film mettant en scène Victoria Bedos, fille de et sœur de. Dans l'histoire de cette jeune femme s'émancipant à l'aube de la trentaine, tournée sous la forme d'une comédie souvent déjantée, on reconnait sans peine quelques personnages, à peine cachés sous le masque. Ce peut être gênant, surtout si le spectateur est venu simplement pour s'amuser : qu'on lui donne une introspection personnelle en lieu et place d'un moment de rigolade pourrait mal passer. Mais, si l'on accepte le deal, on peut continuer le visionnage...ou pas, si on l'impression d'assister à un règlement de comptes familial.

Hormis ce choix, ce qui pêche le plus, dans "Vicky", c'est le manque de rythme et de constance. Démarrant à plein régime, le film s'essouffle vite, avant de carrément faire du sur-place dans sa deuxième partie. Là où les dialogues et certaines situations réussissaient à faire mouche au début du film, c'est l'ennui qui s'installe. Malgré la sincérité de l'interprétation (notamment celle de Victoria Bedos et de l'épatante Chantal Lauby, particulièrement en forme), on a du mal à s'intéresser à cette famille et à son devenir. Tout au plus pourra-t-on se laisser porter par la musique, très présente dans le film et qui donne l'occasion de ré-entendre La Souris Déglinguée, Benjamin Biolay ou certaines chansonnettes bien plaisantes écrites pour l'occasion. 

C'est le premier long métrage de Denis Imbert, réalisateur et coscénariste de "Vicky", jusqu'alors connu pour avoir participé à la série "Platane". Gageons qu'il aura l'occasion d'infirmer ce départ raté, à l'occasion d'un autre film. 





lundi 16 juin 2014

Prêt à tout (2014)



Un seul et même pitch peut donner lieu à maints traitements différents, selon les sensibilités et les cultures. Celui de "Prêt à tout", traité à la façon britannique, aurait sans doute donné une comédie sociale comme on sait les produire de l'autre côté de la Manche. Il aurait pu aussi déboucher sur une comédie romantique à l'américaine (dont certaines figurent parmi les canons du genre), assumant dans ce cas son affiche façon "Pretty Woman". Choisissant une troisième voie, Nicolas Cuche (à qui l'on devait déjà "La chance de ma vie") a, semble-t-il, fait un choix qui n'a pas séduit les spectateurs.


Tombé sous le charme de la belle Alice, Max a échoué, lorsqu'il était à l'Université, dans sa tentative de séduction. Les années se sont écoulées, Max est devenu millionnaire grâce à Internet, mais n'a pu oublier Alice. Alors qu'il aurait pu couler une existence paisible, l'actualité va lui rappeler son amour de jeunesse. Prêt à tout pour la séduire, Max va racheter l'usine où Alice travaille, pour éviter sa fermeture. Et comme il est vraiment prêt à tout, il va aller jusqu'à y travailler comme simple manutentionnaire, sans lui dire ce qu'il est vraiment. 

Ce qu'il y a de bien, avec les comédies romantiques (et je crois l'avoir dit maintes fois dans ces colonnes), c'est que l'on sait pertinemment, dès le début, ce que sera la fin. Seul le chemin pris pour arriver à l'inévitable conclusion peut varier. Dans le cas de "Prêt à tout", ce chemin semble tout tracé, à tel point que le scénario doit multiplier les embûches sur la route du héros, quitte à ce que ces péripéties paraissent too much. C'était déjà le cas sur "La chance de ma vie", scénarisé lui aussi par Laurent Turner. Ce sont sans doute ces rebondissements excessifs qui sont le plus grand défaut de ce film.

Entre la nonchalance souvent agaçante de Max Boublil (qui semble bloqué dans le même personnage quelque soit le film) et le charme de la belle Aïssa Maïga, à qui l'on pardonnera beaucoup, l'interprétation est loin d'être exceptionnelle, hélas, et représente l'autre défaut du film. Cependant, une fois n'est pas coutume, ce sont les rôles secondaires qui sont la bonne surprise du film : Chantal Lauby, Lionnel Astier et Patrick Timsit (pour une fois tout en retenue) donnent à leurs personnages la profondeur qui relève le niveau de certaines scènes. Une mention toute particulière sera attribuée au jeune Idriss Roberson, particulièrement touchant et juste. 

Essentiellement parce qu'il est dénué de cynisme et de vulgarité, "Prêt à tout" porte une fraîcheur salutaire, qui fait passer pas mal de ses défauts. Malgré son histoire qui ressemble parfois à une succession de sketches assemblés tant bien que mal, et l'interprétation agaçante de son acteur principal, ce film a un charme auquel seront sans doute réceptifs les aficionados du genre.