Affichage des articles dont le libellé est Zabou Breitman. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Zabou Breitman. Afficher tous les articles

mercredi 5 août 2020

Narco (2004)


La narcolepsie, maladie des plus handicapantes, est mal connue et est souvent l'objet d'idées préconçues. Je ne suis pas sûr qu'en en faisant le sujet principal de "Narco", Gilles Lellouche et Tristan Arouet, pour leur premier film, ait fait un choix judicieux. Avec son affiche promettant des personnages typés, il était cependant difficile de préjuger du contenu et de la qualité de ce film. Le meilleur moyen d'en avoir le cœur net reste de le visionner.

Gustave Klopp est narcoleptique : il s'endort brusquement, n'importe où et n'importe quand. Inutile de dire que cette affection l'handicape, surtout lorsqu'il s'agit de garder un métier. Mais, dans ses rêves, Gus vit dans un monde fantastique, où il est un héros. Au réveil, il met ses rêves en images et espère devenir dessinateur de BD. Son épouse Pamela et son meilleur ami, Lenny, qui ne jure que par le karaté et Jean-Claude Van Damme, finissent par le convaincre : Gus entame une thérapie. Mais son talent attire les convoitises. 

A lire le résumé de "Narco", on peut se demander s'il ne s'agit pas, encore une fois, d'un film qui, partant d'une idée a priori exploitable, ne sait comment l'exploiter et part dans tous les sens. Au visionnage, la réponse à cette interrogation est claire : c'est effectivement le cas. "Narco", avec sa réalisation souvent tapageuse, son esthétique très marquée, ses punchlines qui se veulent claquantes et ses personnages caricaturaux, oublie d'avoir un scénario digne de ce nom. Il ne suffit pas d'une idée de base et de quelques dialogues piquants pour faire un film, de la même façon qu'une sauce ne suffit pas à faire un plat. Rapidement, les répliques sonnent trop creux, calibrées qu'elles sont pour faire mouche. Plus vite encore, on se lasse des personnages excessifs qui y défilent, sans qu'on n'ait jamais d'empathie pour eux. Et ce n'est pas la mise en scène, revendiquant souvent un rythme et un découpage rappelant la bande dessinée, qui peut sauver l'édifice. 

Dans un premier temps, pourtant, on se surprend à espérer un peu de fraîcheur et d'originalité. Le héros, ses rêves et son sérieux handicap y sont présentés avec suffisamment de culot pour qu'une bonne surprise soit envisageable. Hélas, de cette promesse initiale, rien ne sort d'original. Dans sa deuxième partie, "Narco" accuse un sévère creux, et s'essouffle sans jamais pouvoir relancer l'histoire que le film était censé nous conter. La machine patine, et ne redémarre jamais, hélas. 

Côté casting, le bilan est là aussi plus que mitigé. Allergiques à Guillaume Canet (il y en a),  passez votre chemin. De même, on regrettera que le rôle de Pamela ait été attribué à Zabou Breitman, qui n'y est jamais crédible. Benoît Poelvoorde est, par contre, plus convaincant et on a plaisir à revoir, le temps de quelques scènes, Jean-Pierre Cassel, hélas pas gâté par le rôle qui lui est attribué.

Avoir du culot et de l'ambition, c'est forcément louable, en matière de cinéma (comme en d'autres, d'ailleurs). Mais, pour que le résultat fonctionne, il faut en faire quelque chose : en l'occurrence, "Narco" aurait sans doute été une réussite s'il avait été doté d'un scénario solide, au lieu de n'être qu'une succession de scènes souvent bâties sur l’esbroufe. 






vendredi 26 juin 2020

Nous trois ou rien (2015)


Souvent, les artistes décident de raconter toute ou partie de leur existence. Si l'exercice est devenu un classique en matière de littérature, le Septième Art a vu aussi fleurir quantité de biopics, mais plus rarement d'auto-biographies. Utilisant ses souvenirs d'enfance et, au passage rendant hommage au parcours de ses parents, Kheiron, dont j'avais apprécié "Mauvaises herbes", avait consacré son premier film, "Nous trois ou rien" au parcours de ceux-ci, de l'Iran à la France.  Méconnu, ce film mérite-t-il une deuxième chance ?

Hibat et Fereshteh, deux jeunes Iraniens, s'aiment et militent pour la démocratie, dans l'Iran des années 1970, dirigée par le Shah. Pour avoir défendu ses idées, Hibat passera sept ans en prison, sans pour autant perdre espoir. Quand arrive la révolution, leurs espoirs sont vite douchés : au Shah a succédé l'ayatollah Khomeini et ses mollahs. La mort dans l'âme, Fereshteh et Hibat, jeunes parents, doivent s'exiler : la France sera leur terre d'accueil. Quand ils arrivent en Seine-Saint-Denis, malgré le manque de moyens, ils s'investissent dans la vie de leur quartier. L'énergie continue de les habiter, envers et malgré tout. 

Le parcours d'Hibat et Fereshteh (c'est-à-dire celui des parents du réalisateur) force l'admiration : il est celui d'êtres humains admirables qui gardent foi en l'homme, alors qu'ils auraient tout lieu de baisser les bras et de renoncer en l'espoir. Pour autant, "Nous trois ou rien" n'est pas seulement un bel hommage à deux parents admirables. C'est aussi, et c'est la belle surprise de ce film, une comédie. Malgré le contexte, malgré le drame omniprésent, on sourit souvent, en visionnant "Nous trois ou rien". Alors que l'approche choisie par Kheiron était des plus casse-gueule, a fortiori pour un premier film, il s'avère que cette option fut la bonne, puisqu'elle livre une vraie réussite. 

Il est délicat (et c'est souvent proche de la mission impossible) d'aborder des événements douloureux
et de garder le sourire. C'est néanmoins le choix que fait Kheiron, n'hésitant pas à ponctuer les événements tragiques qui accablèrent l'Iran d'alors par des dialogues souvent piquants. On en mesure d'autant mieux le drame que fut le destin de ce pays, et la force d'âme de certains de ceux qui vécurent ces années de plomb. Ces héros anonymes et leurs compagnons (dont certains eurent une destinée tragique) sont incarnés par des acteurs visiblement heureux d'être devant la caméra de Kheiron et convaincus de la démarche entreprise. Qu'il s'agisse du maître d'oeuvre de l'entreprise (assumant le premier rôle, en plus du scénario et de la mise en scène), de la délicieuse Leïla Bekhti, d'un Gérard Darmon inattendu, pour ne citer que ces trois-là, la distribution donne vie et vigueur à cette comédie dramatique et biographique franchement réussie. 

Humain et sans doute humaniste, le cinéma de Kheiron est de celui qui redonne foi en l'humanité. Si "Nous trois ou rien" pêche par endroits, il est néanmoins une vraie bulle d'air pur dans une atmosphère souvent polluée. A ce titre, il est plus que recommandable. 


dimanche 26 avril 2020

Amitiés sincères (2012)


Le "film de potes" est un genre à part entière avec ses grandes réussites et ses ratages. Chacun classera à son gré "Les petits mouchoirs", "Le cœur des hommes" et "Mes meilleurs copains", pour n'en citer que deux qui reviennent régulièrement dans ces colonnes. Adapté de la pièce de théâtre éponyme par ceux-là même qui l'écrivirent, "Amitiés sincères", avec un casting plutôt bankable n'eut pas le succès de ses illustres (ou pas) prédécesseurs.

Propriétaire d'un grand restaurant, Walter aime la vie, ses amis et sa fille. Pour lui, l'amitié, c'est sacré et rien n'est plus important que le repas hebdomadaire avec Paul et Jacques, sauf peut-être Clémence, sa fille, la prunelle de ses yeux, qui commence à lui échapper et devenir indépendante. Tout à ses activités professionnelles, Walter, homme pressé, ne songe pas un instant que Clémence peut tomber amoureuse d'un homme. Quand, finalement il apprend que cet homme est Paul, son meilleur ami, l'amitié des trois hommes survivra-t-elle ?

Un trio d'amis solide mis à l'épreuve par les tourments du cœur, l'équation qui est le noyau de "Amitiés sincères" était prometteuse. Si cette partie de l'intrigue met un certain temps à prendre sa place dans le film, qui s'égare parfois dans des chemins rappelant le théâtre, ce n'est peut-être pas plus mal. Durant les premières séquences, on a ainsi le temps de faire connaissance avec la petite bande de potes formé par trois acteurs parfaitement en phase avec le rôle qu''on leur a confié. Stephan Archinard et François Prévôt Leygonie, les deux réalisateurs, pour leur premier film, choisissent en quelque sorte la sécurité, aux dépens de l'équilibre de l'ensemble.

Surtout centré sur le personnage incarné par Gérard Lanvin, le film laisse de côté les tourments de Jacques, libraire mal dans son cœur, qui offrait pourtant un beau potentiel dramatique. Plus qu'un film sur l'amitié, "Amitiés sincères" narre surtout les secousses d'un père qui voit sa fille s'éloigner de lui, et pratique la colère plus souvent qu'à son tour. Souvent en roue libre, l'acteur excelle dans ce registre, mais ne surprend pas, tandis qu'en retrait, Wladimir Yordanoff et Jean-Hugues Anglade ne donnent pas la pleine mesure de leur immense talent. La touche féminine du casting, donnée par Zabou Breitman et Ana Girardot, tente de s'affirmer tant bien que mal, mais reste à la portion congrue face au trio qui mène le bal.

S'il avait été plus équilibré, "Amitiés sincères" aurait pu être un joli "film de potes" et faire un peu plus qu'évoquer ses illustres ancêtres. Manquant souvent de chaleur et parfois encombré par les tensions qui règnent entre les trois hommes, le film est en-deçà des grandes réussites du genre (mais au-dessus de certains représentants de ce registre, si vous voulez mon avis). La grande sympathie qu'on peut avoir pour les interprètes de cette ode à l'amitié ne suffira pas à faire de "Amitiés sincères" un film inoubliable. 






mardi 30 avril 2019

L'homme de sa vie (2006)



Autrefois actrice rigolote et connue seulement sous son prénom (mais ce souvenir n'évoquera sans doute rien chez les plus jeunes d'entre vous), Zabou Breitman est passée de l'autre côté de la caméra pour "Se souvenir des jolies choses"), tâtant à l'occasion du drame. Depuis, elle a réalisé plusieurs autres longs métrages, pas forcément couronnés du même succès que sa première tentative. Parmi eux, "L'homme de sa vie" fut pour elle l'occasion d'offrir à nouveau le rôle principal à Bernard Campan.
Comme tous les ans, Frédéric, sa femme et leurs enfants retrouvent leurs amis dans la maison de famille qu'ils possèdent dans la Drôme. Les vacances sont pour tous les bienvenues. Mais cette année, quelque chose a changé : la maison voisine est occupée par Hugo, charmant célibataire qui affiche ouvertement son homosexualité. A la faveur d'une longue discussion nocturne, Frédéric et Hugo vont apprendre à se découvrir. Commence alors une relation qui va mettre ces hommes et leur entourage à rude épreuve...

J'ai souvent déploré dans ces colonnes la victoire de la forme sur le fond, surtout dans des films où l'action a la primeur. Étonnamment, dans "L'homme de sa vie", alors qu'on aurait pu s'attendre à une réalisation sobre, donnant la part belle aux sentiments (c'est tout de même d'eux qu'il s'agit), ce reproche s'applique aussi. Zabou Breitman, pour raconter les émois et les tourments du personnage incarné par Bernard Campan et de ses proches, use et abuse d'effets purement esthétiques. Ce qui peut séduire en première intention, finit par étouffer l'émotion : dans le cas de "L'homme de sa vie", l'erreur est fatale. 

La belle et troublante histoire que voulait nous narrer Zabou Breitman est rapidement étouffée sous les artifices de réalisation. Torpillant son sujet, la réalisatrice, pour son deuxième long métrage, rate complètement son coup, choisissant de filmer cette histoire comme elle aurait mis en scène un clip vidéo ou un spot publicitaire.

Bernard Campan, qui retrouvera à plusieurs reprises Zabou Breitman (dans "Se souvenir des jolies choses" ou "No et moi", par exemple) incarne son personnage avec finesse, aux côtés d'un Charles Berling toujours impeccable, tandis que Léa Drucker semble en plein désarroi, comme si la pertinence de son rôle lui échappait, à la manière dont son personnage voit son mari lui glisser entre les doigts.

Quelques jolis moments de grâce ne suffisent cependant pas à lever l'impression d'assister à une pure démonstration de mise en forme.

L HOMME DE SA VIE from Horizon International on Vimeo.

jeudi 25 avril 2019

Belle comme la femme d'un autre (2014)


Le coup du triangle amoureux est plus qu'un classique : usé jusqu'à la corde, ce ressort a alimenté tant d’œuvres (cinématographiques ou non) qu'on peine à croire qu'il puisse encore être utilisé. Pourtant, c'est dans ce registre que Catherine Castel, pour son deuxième film après "48 heures par jour", a réalisé "Belle comme la femme d'un autre". Mal reçu par la critique, échec commercial, ce film qui mettait pourtant en scène un joli trio d'acteurs méritait-il la volée de bois vert qui l'accueillit ? 

Avant d'épouser Gabriel qu'elle aime de tout son cœur, Clémence veut être sûre de son choix. C'est pourquoi elle fait appel aux services d'Agathe, tentatrice professionnelle chargée de séduire le futur époux. Dans un cadre paradisiaque, et alors qu'il doit négocier un gros contrat, Gabriel tombe rapidement sous le charme de la belle Agathe, tandis que Clémence déboule, regrettant d'avoir douté de celui qu'elle aime. 
Avec "Belle comme la femme d'un autre", on pourrait, au décor près (quoique), se croire au théâtre de boulevard. Les protagonistes se mentent, se croisent, s'évitent et font de leur mieux (quoique) pour gérer des situations qui leur échappent. Malgré son décor somptueux, ce film reste un vaudeville poussif et souvent pataud, auquel il ne manque finalement que les portes qui claquent et les "Ciel ! Mon mari !". 

Rien de neuf sous le soleil, donc, dans ce "Belle comme la femme d'un autre", qui louche un peu sur le postulat de base de "L'arnacoeur" (avec son agence chargé de tester les maris peu fiables), mais s'avère finalement beaucoup moins réussi (c'est dire !). 

On pourra se réfugier dans l'interprétation et tenter de partager le plaisir des acteurs à incarner ces personnages. Je ne suis pas perdu qu'il y ait là matière à consolation. Olivier Marchal, en ours empêtré dans ses affaires de cœur et son business, semble bien mal à l'aise. Zabou Breitman, en épouse suspicieuse, n'est pas crédible du tout et j'ai tendance à incriminer une direction d'acteurs absente ou presque. Heureusement, il y a la sublime Audrey Fleurot (oui, je suis faible), qui magnétise l'écran dans chacune de ses scènes et fait oublier la faiblesse du film. 

Ce n'est certes pas suffisant pour sauver "Belle comme la femme d'un autre", dont l'insuccès s'explique dès les premières scènes visionnées. Certains échecs sont parfois justifiés.




lundi 28 janvier 2019

Le grand méchant loup (2013)


Le couple et l'adultère, voilà un thème rebattu. Pour surprendre le spectateur et éviter de copier les grands classiques du théâtre de boulevard (celui avec les portes qui claquent et les "Ciel, mon mari !"), les scénaristes doivent faire preuve d'inventivité. Après avoir réalisé "La personne aux deux personnes" (qui mériterait sans doute un billet sur ce blog), Nicolas Charlet et Bruno Lavaine, réalisateurs travaillant en duo, se sont attaqués à un registre pour le moins usé, tout en évoquant d'autres grands classiques, venus des contes pour enfants. Le grand public a sans doute pris peur du grand méchant loup, car le succès ne fut pas au rendez-vous.

Ils sont trois frères, Riri, Fifi et Loulou, ou plutôt Henri, Philippe et Louis, et chacun d'eux a une vie bien différente. Un jour, leur mère est victime d'un accident. C'est alors que leurs existences vont faire un drôle de virage.
Et si ces trois frères, avec leurs maisons de bois, de paille ou de pierre, étaient les trois petits cochons ? Et si le grand méchant loup portait jupon et s'apprêtait à souffler doucement sur leurs vies ?

Inspiré du conte des trois petits cochons (de Charles Perrault), mais également du film éponyme du Québecois Patrick Huard (réalisateur de "Starbuck"), "Le grand méchant loup" offre un triple point de vue sur les affres du cœur (et du corps) lorsque la quarantaine arrive et que la vie (et la mort, sa consœur) fait des siennes. L'air de rien, tout en gardant (ou presque) le ton qui est le leur, Nicolas et Bruno, les créateurs des excellents "Messages à caractère informatif", nous offrent ici un film choral plutôt malin.

En suivant la trajectoire des trois petits cochons (qui portent les noms des trois petits canards de Disney, mais c'est drôle), le film est tour à tour touchant, drôle, sarcastique et dramatique. Sa réussite (partielle) tient en grande partie à une réalisation plutôt élégante, à un scénario habile, et à une distribution au cordeau. Les interprètes de ce conte pour grands enfants sont tous remarquables, sans doute parce qu'ils sont excellemment dirigés : qu'il s'agisse de Benoît Poelvoorde, de Fred Testot ou de Kad Merad, le trio de comédiens qui mène le bal prouve qu'avec un bon script, ils peuvent donner le meilleur. Derrière eux, les seconds rôles sont tout aussi méritoires : de Charlotte Lebon à Zabou Breitman, en passant par Valérie Donzelli (et je ne cite pas tout le monde), les acteurs croient à ce qu'ils jouent, cette histoire fût-elle parfois fantaisiste.  Ce casting, finalement très équilibré, est le plus bel atout du film.

Si "Le grand méchant loup" aurait gagné à être un peu plus court (en consacrant peut-être moins de temps au personnage incarné par Benoît Poelvoorde), il n'en reste pas moins qu'il est d'une belle efficacité, parce qu'il se permet quelques audaces bienvenues.







vendredi 20 octobre 2017

No et moi (2009)


Delphine de Vigan, romancière à succès, a déjà été évoquée dans ces colonnes lorsqu'elle s'essaya à la réalisation avec "A coup sûr" : à l'époque, je n'avais pas été tendre, je le reconnais (mais je reste persuadé que le film le méritait). Ce serait dommage, pour autant, d'oublier qu'elle est avant tout romancière et que certains de ses romans ont donné lieu à des adaptations cinématographiques, comme "D'après une histoire vraie" (réalisé par Roman Polanski) ou "No et moi", son premier succès. C'est Zabou Breitman, endossant la casquette de réalisatrice en plus de celle d'actrice, qui mit en scène l'adaptation de "No et moi", l'un de ses romans les plus lus (il est d'ailleurs sur la liste de lecture de pas mal de collégiens).

Lou, treize ans, entre au lycée avec deux ans d'avance. Cette jeune fille brillante n'a pourtant pas une vie facile. Sa mère, dépressive, ne sort plus de chez elle depuis la mort de son enfant. Quant à son père, il tente de sauver les apparences, sans y croire lui-même. Pour un exposé, Lou décide d'aller à la rencontre de No, une sans-domicile-fixe qu'elle rencontre dans une gare. Peu à peu, No va entrer dans la vie de Lou et bouleverser beaucoup de choses...

S'il est un bon point que l'on peut accorder, très tôt dans le visionnage du film, à Zabou Breitman (ex-actrice rigolote devenue réalisatrice sérieuse, pour faire court), c'est le respect de l'oeuvre l'ayant inspirée. Ceux qui ont lu le roman original pourront reconnaître que l'adaptation est fidèle et qu'elle rend justice au matériau d'origine. Mieux encore, certains personnages acquièrent une dimension supplémentaire lors de leur passage à l'écran.

Cette fidélité, ajoutée à une vraie sincérité, fait que l'on adhère très rapidement à ce qui n'aurait pu être qu'un décalque sans âme, comme c'est trop souvent le cas avec les adaptation de romans. Le mérite en revient essentiellement à la mise en scène élégante de Zabou Breitman (qui avait déjà fait mouche avec le très sensible "Se souvenir des belles choses"). S'offrant également le rôle tout sauf évident de la mère de Lou, la réalisatrice a également su choisir un casting tout en sincérité (décidément) : qu'il s'agisse de Bernard Campan, décidément épatant dans des rôles où on ne l'aurait pas attendu il y a quelques années, de la remarquable Nina Rodriguez ou du dynamique Antonin Chalon. 

On pourra reprocher à "No et moi" quelques lourdeurs et quelques répétitions, on pourra aussi déplorer l'interprétation parfois excessive de Julie-Marie Parmentier (encore une fois, c'est un point de vue tout personnel). Mais le fait est que ce film comporte quelques très jolies scènes et qu'il est admirablement interprété. Qui plus est, il démontre, si c'était nécessaire, le talent d'une réalisatrice.



mardi 1 septembre 2015

Entre amis (2015)


Les retrouvailles entre amis, voilà un grand classique. On ne compte plus les films, réussis ou non, utilisant ce point de départ pour bâtir une histoire chorale, où est célébrée la très belle notion d'amitié. En général, le groupe en question y est mis à l'épreuve, souvent parce que le passé resurgit, mais en sort renforcé. Olivier Baroux, l'ex-compère de Kad Merad, et devenu réalisateur, a proposé il y a quelques mois sa version du film choral avec "Entre amis" (on notera la très grande honnêteté du titre). C'est hélas l'insuccès qui fut au rendez-vous, malgré l'affiche haut-de-gamme. Ce film a-t-il cependant le potentiel pour devenir, avec le temps, une référence en la matière ?

Amis depuis longtemps, Richard, Philippe et Gilles se retrouvent cet été à Marseille, accompagnés de leurs compagnes respectives. Sous l'égide de Richard, ils vont embarquer à bord d'un superbe voilier à destination de la Corse. Mais, entre les personnalités des six voyageurs, les éléments parfois contraires et ce qui remonte à la surface en pareilles circonstances, la croisière ne sera pas de tout repos. Qu'importe : ils sont entre amis...

On ne va pas se mentir, comme disait l'autre : le film d'Olivier Baroux n'est pas de celui qui fera date dans le cinéma hexagonal. Dans le registre du "film de potes", certaines pépites déjà anciennes (les habitués de ce blog ne s'étonneront pas de me voir citer une nouvelle fois "Mes meilleurs copains", qui aura un jour droit à un billet en ces colonnes) surpassent haut la main la plupart des tentatives récentes. Mais le véritable problème de ce film ne vient pas de sa mise en scène, aussi pauvre soit-elle. La véritable question qui se pose en fin de projection est multiple. On s'interrogera sur ce qui en constitue le scénario, puisqu'il est visiblement écrit à l'aveuglette, tentant tant bien que mal d'arriver à une conclusion sans surprise après avoir traversé quelques péripéties dont on soupçonne qu'elles ne soient là que pour occuper la longueur du film. 

On pourra aussi rester perplexe devant les personnages sensés porter haut l'amitié, et dont on se
demande comment ils sont devenus proches et ont réussi à le rester. Pour incarner ces caricatures, les six acteurs qui tiennent l'affiche cabotinent à outrance : Daniel Auteuil, ancien sous-doué devenu acteur de talent, et plus agité que jamais, semble tenté par un retour aux sources, François Berléand et Gérard Jugnot s'en sortant mieux que lui avec des rôles plus secondaires. Du côté des filles, ça n'est guère mieux. Malgré son immense charme, Mélanie Doutey n'arrive pas à faire croire en son personnage, tandis que Zabou Breitman en fait des tonnes et qu'Isabelle Gélinas limite les dégâts. Une nouvelle question se pose, concomitante à la précédente : comment de pareils acteurs ont-ils pu accepter de tels rôles et un tel scénario ?

Pour parachever le naufrage, je pourrais citer la bande originale de Martin Rappeneau (le fils de Jean-Paul Rappeneau, qui fit les beaux jours de la comédie française du temps où celle-ci avait encore un sens) et le montage qui aggrave la platitude de la mise en scène. Ce serait planter les derniers clous du cercueil. Il n'empêche que, non content de ne pas faire rire, cette comédie française aurait plutôt tendance à affliger son spectateur. Alors que nombre de médias débordent de créativité (je songe évidemment aux séries télévisées, mais également à la bande dessinée, par exemple), le septième art, quand il ne se contente pas de décliner des univers ad nauseam, semble être devenu incapable de créativité et d'innovation. En cela, "Entre amis" est révélateur de l'état désastreux d'un certain cinéma, celui qui s'est vendu aux chaînes télé. Faudra-t-il attendre que le bateau coule ?



dimanche 28 juin 2015

Discount (2013)


Le film social est quasiment devenu une spécialité britannique, dont la bannière est fièrement brandie par des réalisateurs comme Mike Leigh ou Ken Loach. Il existe cependant quelques belles tentatives venues d'autres pays. Une des dernières en date, dans ce registre où de petites gens affrontent leur dure réalité non sans humour, est un film français, "Discount", bien ancré dans l'actualité, mais qui n'attira pas autant de spectateurs que l'on aurait aimé (j'ignore s'il a été rentable et ai envie de dire que ce n'est pas le propos).

Les employés du Discount ont la banane, c'est dans leur contrat, c'est affiché un peu partout sur leur lieu de travail. Ils n'ont pas le choix, eux qui sont chronométrés jusqu'au moment de leur pause-toilettes : avec l'arrivée des caisses automatiques, les licenciements qui s'annoncent n'en laisseront que quelques-uns en poste.
Ecoeurés de devoir détruire des produits dont la date de péremption est atteinte, certains des employés du Discount décident de détourner ces produits et de les vendre (à des prix dérisoires) à ceux qui en ont le plus besoin. Et voilà comment naît un discount solidaire.
Bien entendu, les ennuis ne s'arrêtent pas pour autant. Mais maintenant, ils se sentent et sont solidaires.

Solidarité : voici le mot qui sous-tend toute l'histoire de "Discount". Et, en ces temps de chacun-pour-soi et tout-pour-ma-gueule, alors qu'on préfère les caisses automatiques au regard usé d'une caissière (pardon, hôtesse de caisse), qu'on trouve plus de valeurs dans des réseaux dits sociaux aux vraies relations humaines, ce mot devrait briller de mille feux à chaque coin de rue. Quasiment documentaire, "Discount", dont on sent qu'il a été filmé parfois avec les moyens du bord (il y eut du financement participatif dans sa construction), est de ces films qui vous font ouvrir les yeux sur quelque chose qu'on sait présent, mais qu'on préfère glisser sous le tapis.

Partant d'un coup de gueule au sujet du gaspillage alimentaire (les scènes qui décrivent la javellisation des produits destinés à la benne sont un véritable coup de poing salutaire), Louis-Julien Petit, le réalisateur dépasse ce premier argument et emmène son histoire sur un terrain plus large. Dénonçant les agissements de la grande distribution, mais sans manichéisme, toute l'équipe, solidaire, prend le parti de ceux qui sont broyés dans un système qui ne tient plus compte de leurs existences. Sans faire du Ken Loach à la française, Louis-Julien Petit trouve un ton unique et insuffle à "Discount" une force qu'on désespérait de trouver dans le cinéma hexagonal, d'ordinaire formaté et aseptisé. On ne verra sans doute jamais "Discount" sur une des grandes chaînes télévisées, et c'est sans doute ce qui est le plus regrettable.

Que dire des interprètes de "Discount", si ce n'est qu'ils sont tous formidables ? Qu'il s'agisse d'Olivier Barthélémy, de Corinne Masiero (déjà remarquée dans "De rouille et d'os"), de Pascal Demolon (vu dans "Elle l'adore"), de Sarah Suco, de M'Barek Belkouk  ou de Zabou Breitman (venue en participation, c'est à noter), on a envie de leur offrir la standing ovation qu'ils méritent pour être les représentants de ceux qu'on ne voit jamais, parce qu'on ne veut plus les voir. Leurs personnages, magnifiés par leur interprétation d'une remarquable justesse, sont les véritables héros de la guerre qui se déroule actuellement, tout près de nous. Leur adversaire, c'est la finance, comme disait quelqu'un.

On sort de "Discount" avec au ventre un mélange de colère, de tristesse et aussi de joie et de tendresse. Mais une chose est sûre : ce film indispensable ne laissera personne froid. Pas tout à fait un drame social, mais pas non plus complètement un feel good movie, "Discount" aurait forcément mérité une plus grande visibilité, en cette époque où l'avoir à souvent plus de valeur que l'être.