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mardi 20 septembre 2016

Président (2006)



La politique, et plus particulièrement lorsqu'il s'agit du sommet de l'Etat, fascine. Qu'il s'agisse de films (je songe à "L'exercice de l'état" ou au "Président" d'Henri Verneuil) ou de séries (la remarquable "House of Cards", par exemple), nombre de fictions ont évoqué ces hautes sphères  avec talent. Le récent billet de mon camarade Martin m'a incité à visionner le méconnu "Président" qui mettait en scène Albert Dupontel en chef de l'Etat français. Grand admirateur de cet acteur, je comptais bien donner une nouvelle chance à ce film assez peu couru lors de sa sortie en salles.

Pris sous l'aile de Frédéric Saint-Guillaume, celui qui fut attaché culturel en Afrique est devenu Président de la République. Dans l'entourage du chef de l'Etat, les conseillers s'activent, chuchotent, et œuvrent à la grandeur de la France, ou plus sûrement à ceux de leurs intérêts. Lorsqu'un jeune économiste issu de Polytechnique réussit à séduire la fille du Président et à intégrer la cour qui le sert, c'est aussi pour mettre au jour les turpitudes auxquelles on se livre, au plus haut de l'Etat...


La politique-fiction donna, on le sait, quelques grands films au cinéma français. C'est donc tout à l'honneur de Lionel Delplanque, réalisateur de "Promenons-nous dans les bois", que de vouloir reprendre le flambeau et de se lancer dans ce genre. Hélas, il faut reconnaître, très rapidement, que le résultat n'est pas à la hauteur des espoirs que le film pouvait susciter. Mixant maladroitement les malversations financières, le secret défense et l'art de la communication, "Président" perd souvent son spectateur, faute d'aiguiser son intérêt. 

Ce n'est clairement pas le meilleur rôle d'Albert Dupontel, qui n'est pas toujours crédible dans ce
personnage d'un animal politique au sang froid. Même si, par éclats, il réussit à s'imposer dans un rôle qui en aurait écrasé plus d'un, il ne semble pas à l'aise dans le costume présidentiel. Claude Rich, en truculent conseiller en fin de carrière, offre par contre une agréable composition, relevant la moyenne d'une interprétation assez médiocre, notamment de la part de Mélanie Doutey et de Jérémie Rénier, assez peu convaincants. 

Si, par moments, "Président" réussit quelques touches fulgurantes, il s'enlise bien souvent dans son intrigue et peine à convaincre. Sans doute accuse-t-il le poids des années et la comparaison avec des œuvres s'étant frotté au genre récemment, et plus en phase avec la réalité.


lundi 16 mai 2016

Ce soir je dors chez toi (2007)


Première réalisation d'Olivier Baroux, "Ce soir je dors chez toi" n'est pas le plus connu de ses films, malgré ses multiples diffusions et rediffusions télévisées. Librement inspiré de la bande dessinée "Monsieur Jean", cette comédie abordait, une fois de plus, les thématiques du jeune couple. Porté par Jean-Paul Rouve et Mélanie Doutey, ce film ne draina pas les foules lors de sa sortie et hante depuis les grilles de la TNT. Oliver Baroux, quant à lui, mena la carrière que l'on sait, avec des hauts et des bas. 

Alex, écrivain trentenaire, aime Laëtitia depuis un an, mais s'oppose farouchement à ce qu'ils vivent sous le même toi. Selon lui, la cohabitation signe systématiquement la mort du couple. Qu'à cela ne tienne, sa douce prend l'initiative de bousculer les choses. Alex fait alors tout pour qu'elle ne s'installe pas avec lui, allant jusqu'à demander l'aide de son éditeur et ami, Jacques, encombré de son fils Eugène. 
Dans sa quête d'indépendance, Alex ne risque-t-il pas de perdre Laëtitia ?


Nul n'est besoin d'être un grand cinéphile pour identifier le thème dans lequel on doit ranger "Ce soir je dors chez toi" : c'est une comédie romantique, avec cependant un net penchant sur la composante humoristique du genre, que cela tienne au "passif" du réalisateur ou au matériau originel. Les scènes de "Ce soir je dors chez toi" s'enchaînent, comme autant de petits sketches, pas forcément tous drôles, mais sans l'harmonie nécessaire à la composition d'un film. C'est là que le bât blesse : les rebondissements, ingrédients inévitables du genre, donnent l'impression d'être là pour faire durer le film ou donner l'occasion de placer de petites saynètes, parfois hors de propos. 

Qui dit comédie romantique, dit aussi émotion : si elle montre parfois le bout de son nez, cette composante est systématiquement chassée au profit du comique, territoire de prédilection d'Olivier Baroux et de son casting. Encore au début de sa carrière de cinéaste, l'ex-comparse de Kad ne sait guère se détacher de son héritage et peine à convaincre, dans un genre nouveau pour lui. Il aurait sans doute mieux valu qu'il se lance, pour son premier long métrage, dans une comédie pure (oui, ce registre sinistré du cinéma français). 

Bien entendu, Olivier Baroux fait appel pour ce film à ses fidèles : Kad Merad, en vrai-faux dépressif, et Jean-Paul Rouve, ex-Robin des bois. Tous deux sont égaux à eux-mêmes, c'est-à-dire qu'ils enchanteront leurs admirateurs et agaceront leurs détracteurs. Mélanie Doutey, toute en sourire, est l'atout charme du film, mais j'avoue avoir du mal à comprendre qu'elle ait été récompensée pour son interprétation. 

Malgré quelques rares moments sympathiques, "Ce soir je dors chez toi" est plus une comédie faite de sketches qu'une romance, mais ne possède rien d'inoubliable, ni d'inspirant. 



mardi 6 octobre 2015

Une petite zone de turbulences (2009)


On traverse tous, dans notre parcours de vie, des périodes un peu compliquées où les événements semblent se conjuguer pour vous rendre l'existence impossible. Généralement, on en sort plus fort. Conter, par écrit ou à l'écran, ce genre de péripétie est donc presque "normal". Mark Haddon, romancier britannique (connu surtout pour  "Le bizarre incident du chien pendant la nuit") a vu son roman "Une situation légèrement délicate" (en version originale "A spot of bother") adapté au grand écran par Alfred Lot (avec la complicité de Michel Blanc aux dialogues), sous le titre "Une petite zone de turbulences". La multiplication et la longueur des titres y étaient-elles pour quelque chose ? Toujours est-il que malgré une belle distribution, le public ne se rua pas pour voir ce film et que, depuis, il est souvent rediffusé sur la TNT. Vaut-il ces séances de rattrapage ?

Ça y est, l'heure de la retraite a sonné pour Jean-Paul. Mais, alors qu'il aspirait au calme et à la sérénité, rien ne va plus. Sa fille, divorcée et déjà mère d'un petit garçon, lui annonce qu'elle se remarie, qui plus est avec "Bac moins six", un garçon bien en deçà des espoirs qu'il fondait. Sa femme le trompe avec un ancien collègue. Son fils affirme son homosexualité, quitte à se brouiller avec lui. Et puis, il y a cette tache étrange sur sa hanche. Bien qu'il s'agisse, selon le docteur, d'un bête eczéma, Jean-Paul sait que c'est un cancer. Elle commence mal, cette retraite...

Retrouver Michel Blanc dans un rôle de colérique hypocondriaque a quelque chose du plaisir coupable de cinéphile. Pour ceux qui ont été bercés aux comédies mettant en scène les acteurs du Splendid, avant son somptueux virage (notamment grâce à "Tenue de Soirée"), cet acteur a une place toute particulière. Ajoutez à cela le fait qu'il contribue aux dialogues de "Une petite zone de turbulences" et vous comprendrez mieux l'intérêt que ce film suscita pour moi. 

Soyons franc : "Une petite zone de turbulences" n'a rien d'un chef d'oeuvre, mais est néanmoins un film qui aurait mérité mieux que son traitement de défaveur lorsqu'il sortit. Porté par une mise en scène élégante et souvent adroite, le deuxième long métrage d'Alfred Lot (après "La chambre des morts") se regarde sans déplaisir et provoque souvent le sourire, voire le rire. Si son scénario n'a rien d'extrêmement surprenant, ce portrait d'un homme au bord de la crise de nerfs est souvent juste, a défaut d'être véritablement caustique. 

Heureusement, il y a les acteurs : Michel Blanc en tête, bien entendu, qui se délecte visiblement d'interpréter ici une prolongation de ses rôles historiques de râleur-hypocondriaque, mais aussi Gilles Lellouche, particulièrement fin dans l'interprétation du futur gendre mal-aimé, ou Cyril Descours, en fils homosexuel. J'émettrais quelques réserves sur la performance de Mélanie Doutey, décidément charmante, mais qui a (pour être poli) encore une belle marge de progrès. Et c'est un vrai plaisir de retrouver Miou-Miou, même si son rôle n'est pas assez mis en valeur, ou Wladimir Yordanoff, un acteur qu'on aimerait voir plus souvent sur grand écran.

Alors "Une petite zone de turbulences" n'est probablement pas la comédie familiale grinçante qu'on aurait pu obtenir. Pas assez corrosif pour faire grincer des dents et sans doute trop optimiste pour faire réellement rire, ce film vaut surtout pour son interprétation. Ce n'est pas la première fois que les acteurs sont le meilleur atout d'un film, et sans doute pas la dernière. C'est déjà cela.



mardi 1 septembre 2015

Entre amis (2015)


Les retrouvailles entre amis, voilà un grand classique. On ne compte plus les films, réussis ou non, utilisant ce point de départ pour bâtir une histoire chorale, où est célébrée la très belle notion d'amitié. En général, le groupe en question y est mis à l'épreuve, souvent parce que le passé resurgit, mais en sort renforcé. Olivier Baroux, l'ex-compère de Kad Merad, et devenu réalisateur, a proposé il y a quelques mois sa version du film choral avec "Entre amis" (on notera la très grande honnêteté du titre). C'est hélas l'insuccès qui fut au rendez-vous, malgré l'affiche haut-de-gamme. Ce film a-t-il cependant le potentiel pour devenir, avec le temps, une référence en la matière ?

Amis depuis longtemps, Richard, Philippe et Gilles se retrouvent cet été à Marseille, accompagnés de leurs compagnes respectives. Sous l'égide de Richard, ils vont embarquer à bord d'un superbe voilier à destination de la Corse. Mais, entre les personnalités des six voyageurs, les éléments parfois contraires et ce qui remonte à la surface en pareilles circonstances, la croisière ne sera pas de tout repos. Qu'importe : ils sont entre amis...

On ne va pas se mentir, comme disait l'autre : le film d'Olivier Baroux n'est pas de celui qui fera date dans le cinéma hexagonal. Dans le registre du "film de potes", certaines pépites déjà anciennes (les habitués de ce blog ne s'étonneront pas de me voir citer une nouvelle fois "Mes meilleurs copains", qui aura un jour droit à un billet en ces colonnes) surpassent haut la main la plupart des tentatives récentes. Mais le véritable problème de ce film ne vient pas de sa mise en scène, aussi pauvre soit-elle. La véritable question qui se pose en fin de projection est multiple. On s'interrogera sur ce qui en constitue le scénario, puisqu'il est visiblement écrit à l'aveuglette, tentant tant bien que mal d'arriver à une conclusion sans surprise après avoir traversé quelques péripéties dont on soupçonne qu'elles ne soient là que pour occuper la longueur du film. 

On pourra aussi rester perplexe devant les personnages sensés porter haut l'amitié, et dont on se
demande comment ils sont devenus proches et ont réussi à le rester. Pour incarner ces caricatures, les six acteurs qui tiennent l'affiche cabotinent à outrance : Daniel Auteuil, ancien sous-doué devenu acteur de talent, et plus agité que jamais, semble tenté par un retour aux sources, François Berléand et Gérard Jugnot s'en sortant mieux que lui avec des rôles plus secondaires. Du côté des filles, ça n'est guère mieux. Malgré son immense charme, Mélanie Doutey n'arrive pas à faire croire en son personnage, tandis que Zabou Breitman en fait des tonnes et qu'Isabelle Gélinas limite les dégâts. Une nouvelle question se pose, concomitante à la précédente : comment de pareils acteurs ont-ils pu accepter de tels rôles et un tel scénario ?

Pour parachever le naufrage, je pourrais citer la bande originale de Martin Rappeneau (le fils de Jean-Paul Rappeneau, qui fit les beaux jours de la comédie française du temps où celle-ci avait encore un sens) et le montage qui aggrave la platitude de la mise en scène. Ce serait planter les derniers clous du cercueil. Il n'empêche que, non content de ne pas faire rire, cette comédie française aurait plutôt tendance à affliger son spectateur. Alors que nombre de médias débordent de créativité (je songe évidemment aux séries télévisées, mais également à la bande dessinée, par exemple), le septième art, quand il ne se contente pas de décliner des univers ad nauseam, semble être devenu incapable de créativité et d'innovation. En cela, "Entre amis" est révélateur de l'état désastreux d'un certain cinéma, celui qui s'est vendu aux chaînes télé. Faudra-t-il attendre que le bateau coule ?



mercredi 16 juillet 2014

Jamais le premier soir (2013)


Ce n'est pas la première fois que je me penche sur le sort dramatique de la comédie française, sur ce blog, essayant de comprendre pourquoi tel ou tel film n'a pas fonctionné et n'a pas rencontré le succès attendu. Souvent, c'est parce qu'en se contentant de décliner ad nauseam le même schéma (oui, Dany Boon, je pense à toi), ou qu'en transposant mollement les recettes de la romcom, les comédies (ou revendiquées comme telles) hexagonales font rarement rire, à peine sourire et provoquent souvent l'ennui. 
Sorti tout récemment, "Jamais le premier soir" prétendait appartenir, à en croire sa tagline, au genre sympathique des feel-good movies (promis, j'arrête là les anglicismes). Avec un peu plus de 800 000 entrées en salle, il ne saurait être qualifié de succès, même s'il aura, sans l'ombre d'un doute, sa séance de rattrapage sur le petit écran.

Fille dynamique, Julie s'est fait larguer par coursier interposé. Après avoir traversé une période d'abattement, sous le regard effaré de ses deux copines, elle trouve le salut dans une nouvelle philosophie de vie : "Le bonheur, ça s'apprend". Entre salons du zen, conférences de pseudo-philosophes et ouvrages donnant des leçons de vie, Julie se reconstruit, alors que Rose et Louise, ses deux amies proches, en apprennent long sur elles-mêmes. De rencontres en rencontres, toutes les trois vont devenir d'autres femmes...

Dès le générique, j'aurais du me méfier. Quand le logo "EuropaCorp" a surgi sur l'écran, un léger frisson d'angoisse m'a parcouru l'échine, mais j'ai cru bon de laisser au film le bénéfice du doute. Mal m'en a pris car, dès les premières scènes, "Jamais le premier soir" dément tous les espoirs qu'on aurait pu placer en lui.

Mené par un trio de filles oscillant sans cesse entre hystérie et jeu à côté de la plaque, "Jamais le premier soir" est une succession de clichés dramatiques. Mesdames, mesdemoiselles, vous valez mille fois mieux que ce que ce film décrit de vous. Confier le rôle principal à Alexandra Lamy était déjà une mauvaise idée, au vu du peu de talent de la fille de "Un gars, une fille". Placer en seconde ligne Mélanie Doutey (certes, très jolie) et Julie Ferrier n'arrange rien. Dans le sillage de ce trio dévastateur, le reste du casting (on citera Jean-Paul Rouve ou Michel Vuillermoz, dont on peut se demander ce qu'ils font là) boit la tasse, plombé par le jeu souvent outrancier et toujours agaçant des trois pilotes.

Ni la réalisation, ni le scénario ne sauvent "Jamais le premier soir" du naufrage. Embourbé dès le début dans une mélasse improbable sans queue ni tête, le premier (et sans doute dernier) film de Melissa Drigeard est pénible à suivre et, surtout, traite son spectateur par le mépris, accumulant scènes sans intérêt ni logique.

Il y a tromperie sur la marchandise : "Jamais le premier soir" ne vous rendra pas heureux. Ce qu'il inspire au visionnage est, au mieux, l'ennui et, plus vraisemblablement, la perte de tout espoir concernant la comédie française. A l'heure où celle-ci fait un triomphe dans les salles obscures ("Qu'est-ce qu'on a fait au Bon Dieu ?" louche vers les 10 millions de spectateurs), il peut paraître étrange de tenir ce discours, mais le fait est que "Jamais le premier soir" est la comédie de trop, en ce qui me concerne. C'est probablement la dernière fois que je me penche sur le sort dramatique de la comédie française. A mes yeux, celle-ci est bien trop malade pour qu'on s'acharne à lui prodiguer les soins qu'elle refuse.