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mercredi 23 janvier 2019

Le grand partage (2015)


Quel est le secret d'une comédie ? Pourquoi, des décennies plus tard, "Les aventures de Rabbi Jacob" continue à faire rire en évoquant des sujets graves, alors que "Qu'est-ce qu'on a fait au Bon Dieu ?" finira (je prends les paris) par être oublié ? Telle la potion magique des albums d'Astérix, ces films qui traversent le temps disposent sans doute d'un ingrédient secret. Si vous voulez mon avis, il serait temps de remettre la main sur ce composant, ne serait-ce que pour lutter contre la morosité ambiante.  En voulant traiter d'un sujet grave, à savoir le mal-logement, Alexandra Leclère, dont j'avais déjà peu goûté "Garde alternée", nous a proposé juste avant "Le grand partage". 

Il fait froid, cet hiver à Paris, tant et si bien que le gouvernement décide d'imposer à ceux qui ont de la place chez eux d'héberger un ou plusieurs sans-abri. Alors, forcément, dans l'immeuble cossu où cohabitent déjà difficilement la famille Dubreuil (des bourgeois étriqués et peu épanouis) et les Bretzel (des bobos donneurs de leçon qui feraient bien de balayer devant leur porte), ça ne va pas se passer sans mal. Sans compter la concierge, militante d'extrême-droite, qui voit les nouveaux arrivants d'un mauvais œil.


Inutile de tourner autour du pot. Si vous avez vu la bande-annonce (d'ailleurs présente en bas de cet article), les scènes les plus drôles du film s'y trouvent : cela donne une idée de l'ensemble. A l'image de "Garde alternée" et de pas mal d'autres comédies (souvent françaises, il faut le reconnaître), "Le grand partage" donne l'impression qu'il a été produit sur la base de sa situation initiale, sans souci du traitement de celle-ci. C'est bien joli, d'avoir un postulat de base, mais il faut en faire quelque chose et la simple confrontation de personnages et de points de vue différents ne suffit pas forcément à générer les étincelles comiques attendues.

Pour le coup, donc, l'élément perturbateur n'est pas suffisant pour faire tourner le moteur de la comédie. C'est souvent le cas, mais en ce qui concerne "Le grand partage", c'est particulièrement flagrant. Représentatif - hélas ! - d'une grosse partie de la comédie française, ce film se contente du minimum syndical et compte faire rire avec des mécanismes éculés et franchement pas drôles.


On pourra se lamenter de retrouver certains acteurs dans pareil film :  Patrick Chesnais et Karin Viard, par exemple, gâchent leur talent dans ce film. Jackie Berroyer, Michel Wuillermoz, Didier Bourdon et Valérie Bonneton récidiveront dans "Garde Alternée". J'ai tendance à penser qu'ils savent ce qu'ils font et aurais donc peu d'indulgence, pour une fois, pour le casting de cette pantalonnade pataude.

Souvent balourd et jamais drôle, "Le grand partage" porte haut une forme de vulgarité vis-à-vis de ses personnages. Aucun d'entre eux n'est sympathique ni n'attire l'empathie. On peut en dire autant du film.









samedi 2 juin 2018

Garde alternée (2017)


Un mari, une femme, une maîtresse : on ne compte plus le nombre d'intrigues tressées autour de ce trio infernal, au théâtre, en littérature ou au cinéma. Les traitements furent si multiples qu'on pourrait penser que le filon est épuisé. Mais non, il reste des scénaristes pour exploiter le triangle amoureux. Récemment, c'est sous l'angle de la comédie qu'Alexandra Leclère (qui avait précédemment réalisé "Le grand partage") utilisa ce grand classique. Mal lui en prit, puisque "Garde alternée" ne reçut que peu de succès en salles.

Jean et Sandrine sont mariés depuis quinze ans et deux enfants. Un jour, Sandrine découvre, en fouillant le téléphone de son mari, que Jean a une maîtresse. Passée la colère, elle fait la connaissance de Virginie, sa rivale, et comprend vite ce chez elle qui a fait craquer Jean. Toutes deux décident finalement d'un nouveau fonctionnement : Jean passera alternativement une semaine sur deux dans sa famille et chez sa maîtresse. Le principal intéressé n'est pas au bout de ses peines. 

En visionnant les premières séquences de "Garde alternée", on est rapidement fixé : le film ne fait pas dans la dentelle, ni dans la finesse. Le pitch de base est plutôt gonflé et sa réalisatrice a sans doute pensé qu'il lui fallait donc un traitement qui ne fasse pas dans la demi-mesure. Mais il semble malheureusement qu'une idée un tout petit peu originale ne suffise pas à faire un film, qui plus est dans le registre de la comédie.

Une fois qu'elle a utilisé toutes ses cartouches (et la rafale est de courte durée), Alexandra Leclère ne sait visiblement plus trop quoi faire de son sujet. C'est donc à de nombreux allers-et-retours que le spectateur est contraint d'assister, le scénario ayant visiblement été bricolé sans grand souci de vraisemblance, ni de cohérence. Souvent embarrassant, rarement drôle, "Garde alternée" fait beaucoup songer à "Sept ans de mariage", dans lequel Didier Bourdon connaissait déjà les affres de l'usure du couple. 

Si les réserves que l'on peut avoir sur Didier Bourdon, visiblement cantonné à des rôles donnant dans le même domaine, et à Valérie Bonneton, forcée de passer par des scènes outrancières pour tenter d'arracher un sourire au spectateur, le reste du casting fait peine à voir. On est  bien embêté de voir des acteurs comme Michel Wuillermoz, Laurent Stocker ou la délicieuse Isabelle Carré gâcher leur indéniable talent dans cette farce plutôt grasse et pas très drôle.

Pensant sans doute tordre le vieux cliché du triangle amoureux, Alexandra Leclère livre ici un film où les facilités et les clichés abondent, faisant reposer ses effets comiques souvent en-dessous de la ceinture. Le résultat est un film sans intérêt, se voulant drôle, mais s'avérant le plus souvent gênant.


lundi 28 mai 2018

Nos plus belles vacances (2012)


Vous, je ne sais pas, mais j'apprécie tout particulièrement le film dit "de potes" (merci Martin pour la correction, ça s'imposait), celui qui célèbre l'amitié et, sous couvert de photographier une "bande de potes" à un instant donné, met en exergue ce beau et noble sentiment. Nombre d’œuvres s'en sont réclamées, des films de Claude Sautet aux "Petits mouchoirs", par exemple, mais peu, à mon goût, mettent en avant l'amitié, préférant décrire les travers de personnages dont on se demande pourquoi et comment ils restent amis. Récemment, Philippe Lellouche (le frère de Gilles, l'acteur) raconta dans un film en partie autobiographique, des vacances entre amis. Le moins que l'on puisse dire, c'est que le public ne suivit pas. 

1976 : la sécheresse s'abat sur la France. Cette année-là, Claude emmène sa famille en Bretagne, dans sa belle-famille. C'est Isabelle, sa femme, qui a choisi la destination, l'ayant surpris en flagrant délit d'adultère. Ils sont rejoints comme chaque année par leurs amis Bernard, Jacky, Bernadette et Marie-Jeanne. Entre ces parisiens et les locaux, deux mondes se percutent et tous vont devoir apprendre à se connaître et (qui sait ?) à s'apprécier. C'est l'été, c'est le temps des copains, le temps de l'amour et de l'aventure...

On aurait aimé aimer ce film, qui fait le choix de plonger son spectateur à une époque peu exploitée par le cinéma : les années 1970, en France. En utilisant ce décor, Philippe Lellouche choisit d'exploiter ses souvenirs d'enfance, en ponctuant les scènes-clés de commentaires en voix-off, souvent mal à propos. Insistant bien, et parfois lourdement, sur ses ressentis et la façon dont cet été fut déterminant pour l'enfant qu'il était alors, le réalisateur oublie l'un des pré-requis indispensable à ce genre de film (et à tout film, d'ailleurs, si vous voulez mon avis) : les personnages n'ont guère de profondeur et l'on a tôt fait de se désintéresser d'eux.

Alors, oui, la reconstitution est, à première vue, plutôt réussie et l'immersion dans cet été torride s'avère réussie. Mais, dès que les personnages prennent la parole, c'est la catastrophe. Entre ses héros, particulièrement peu attachants et les autochtones bretons, décrits comme des arriérés au parler incompréhensible, le spectateur regarde passer les protagonistes sans éprouver la moindre empathie à leur égard (ou alors, ça vient de moi, et ce serait plutôt inquiétant). C'est d'autant plus dommage qu'il y avait un vrai potentiel à puiser dans cette époque et dans ce choc entre deux modes de vie. 

Hélas, entre les personnages, caricaturaux à outrance, et le scénario, à peine digne d'un téléfilm de deuxième partie de soirée sur une chaîne perdue de la TNT, "Nos plus belles vacances" ne dégage aucun capital de sympathie : le comble pour un film soi-disant choral.


mardi 20 septembre 2016

Président (2006)



La politique, et plus particulièrement lorsqu'il s'agit du sommet de l'Etat, fascine. Qu'il s'agisse de films (je songe à "L'exercice de l'état" ou au "Président" d'Henri Verneuil) ou de séries (la remarquable "House of Cards", par exemple), nombre de fictions ont évoqué ces hautes sphères  avec talent. Le récent billet de mon camarade Martin m'a incité à visionner le méconnu "Président" qui mettait en scène Albert Dupontel en chef de l'Etat français. Grand admirateur de cet acteur, je comptais bien donner une nouvelle chance à ce film assez peu couru lors de sa sortie en salles.

Pris sous l'aile de Frédéric Saint-Guillaume, celui qui fut attaché culturel en Afrique est devenu Président de la République. Dans l'entourage du chef de l'Etat, les conseillers s'activent, chuchotent, et œuvrent à la grandeur de la France, ou plus sûrement à ceux de leurs intérêts. Lorsqu'un jeune économiste issu de Polytechnique réussit à séduire la fille du Président et à intégrer la cour qui le sert, c'est aussi pour mettre au jour les turpitudes auxquelles on se livre, au plus haut de l'Etat...


La politique-fiction donna, on le sait, quelques grands films au cinéma français. C'est donc tout à l'honneur de Lionel Delplanque, réalisateur de "Promenons-nous dans les bois", que de vouloir reprendre le flambeau et de se lancer dans ce genre. Hélas, il faut reconnaître, très rapidement, que le résultat n'est pas à la hauteur des espoirs que le film pouvait susciter. Mixant maladroitement les malversations financières, le secret défense et l'art de la communication, "Président" perd souvent son spectateur, faute d'aiguiser son intérêt. 

Ce n'est clairement pas le meilleur rôle d'Albert Dupontel, qui n'est pas toujours crédible dans ce
personnage d'un animal politique au sang froid. Même si, par éclats, il réussit à s'imposer dans un rôle qui en aurait écrasé plus d'un, il ne semble pas à l'aise dans le costume présidentiel. Claude Rich, en truculent conseiller en fin de carrière, offre par contre une agréable composition, relevant la moyenne d'une interprétation assez médiocre, notamment de la part de Mélanie Doutey et de Jérémie Rénier, assez peu convaincants. 

Si, par moments, "Président" réussit quelques touches fulgurantes, il s'enlise bien souvent dans son intrigue et peine à convaincre. Sans doute accuse-t-il le poids des années et la comparaison avec des œuvres s'étant frotté au genre récemment, et plus en phase avec la réalité.