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mercredi 26 mai 2021

Comme un chef (2012)

 

Depuis quelques années, la gastronomie est revenue sur le devant de la scène, à la faveur d'émissions et de shows mettant en valeur les petits plats et le bonheur des papilles. Le cinéma a naturellement pris le train en marche et on a pu savourer (ou pas) des films se déroulant en cuisine. De "A vif" à "#Chef", pour n'en citer que deux, ils furent nombreux, les acteurs qui passèrent aux fourneaux. "Comme un chef" de Daniel Cohen vit s'affronter Jean Reno et Michael Youn, mais ne fut guère goûté à sa sortie, malgré les saveurs annoncées sur l'affiche. Depuis, il est resservi régulièrement sur le petit écran et a eu donc droit à quantité de séances de rattrapage (ou pas).

Jacky Bonnot, malgré son amour de la cuisine et son talent réel pour mitonner des petits plats, vivote de petits boulots, au grand désespoir de sa compagne, qui porte son enfant, et aimerait le voir garder un poste plus que quelques jours. Le hasard lui fait rencontrer le grand Alexandre Lagarde, chef étoilé qui doit affronter les financiers et voit ses étoiles menacées. Les deux cuisiniers sauront-ils faire cause commune pour avancer ? Leurs caractères dissemblables peuvent-ils s'accorder, dans la cuisine ?

Deux personnages que tout oppose, forcés de coopérer pour se sortir d'une situation compliquée : le postulat de base de "Comme un chef" n'a rien d'original. En le plaçant dans le monde de la gastronomie, son réalisateur ne fait pas montre d'une grande audace, mais choisit un décor de comédie avéré. De "La cuisine au beurre" à "L'aile ou la cuisse", le cinéma français s'est amusé plus d'une fois avec les casseroles (et en a traîné pas mal, au passage). 

Le problème, c'est que "Comme un chef" ne fonctionne pas très bien, pour le dire gentiment. Le scénario ne fait qu'accumuler les scènes, s'autorisant tout au prétexte d'arriver à sa résolution finale. On tiquera à plusieurs moments, selon l'indulgence que l'on aura à ce moment, mais certaines séquences, en particulier celles tentant la carte de la comédie pure, plombent le film plus qu'elles ne l'enrichissent (je songe notamment à celle de l'ambassadeur au restaurant). 

Du côté de l'interprétation, ce n'est guère mieux. On pourra, au choix, se lamenter du peu de profondeur des personnages, souvent caricaturaux, ou de leur interprétation. Les deux acteurs principaux ne sont jamais convaincants. Jean Reno, souvent monolithique, se contente de faire acte de présence dans la plupart de ses scènes, tandis que Michael Youn, tout en agitation, ne convainc jamais. Ce n'est pas non plus dans les seconds rôles qu'on pourra se consoler. A l'image de Julien Boisselier, dans un rôle plus que caricatural, ils n'ont guère l'occasion de briller. 

Ce qui aurait pu être une sympathique comédie populaire s'avère finalement un film paresseux, tentant de surfer sur la vague des émissions culinaires du moment, mais n'offrant rien de très nouveau. Ca sent le réchauffé, du côté de "Comme un chef". Si certains plats supportent ce traitement et, parfois, y gagnent en saveur, ce n'est pas le cas de ce film. 



mardi 26 mai 2020

Pop Redemption (2012)


La musique metal, si elle a gagné en visibilité auprès du grand public, n'est pas encore très connue. C'est pourtant cette culture qui sert de prétexte à la comédie "Pop redemption" (on peut s'interroger sur la pertinence et la signification réelle du titre, au passage), réalisée par Martin Le Gall. Ce premier long métrage n'a cependant pas reçu le succès attendu. Alors, cette contre-performance, comme on dit pudiquement, était-elle à prévoir ?

Depuis qu'ils sont adolescents, les Dead MaKabés font de la musique ensemble, et plus exactement du black metal, consacrant chaque été à leur tournée annuelle (des passages dans de petits festivals). Mais, avec l'âge, certains des membres du groupe aimeraient reposer les instruments et passer à une vie "normale". Alex, le chanteur (et le plus acharné à continuer) réussit cependant à convaincre ses amis de donner un dernier concert au Hellfest. Le voyage qui s'annonce ne sera pas de tout repos...

Le procédé est classique, en comédie : prendre un groupe de personnages contrastés et les confronter à l'inattendu, pour révéler leurs différences et points de contradictions, afin de mieux mettre en évidence ce qui les unit. Martin Le Gall a bien révisé ses classiques et choisit, dans "Pop redemption", de pousser les curseurs au maximum. En plus d'avoir une attitude "hors normes", nos héros se retrouvent poursuivis par la police et contraints de se faire passer pour un groupe de flower pop (leur exact opposé, musicalement parlant). 

Ce qui, sur le papier, pouvait fonctionner (et fonctionna d'ailleurs bien des fois) ne se concrétise pas à l'écran, hélas. On peut imputer ce ratage à plusieurs facteurs : des personnages, finalement peu attachants, alors qu'il est souhaitable que les spectateurs puissent éprouver un minimum d'empathie pour ceux qui vont faire vivre le film, un univers plutôt mal exploité et tenant plus de la caricature que d'une description fondée et, surtout, un scénario ni consistant ni drôle. Pour ce qui se voulait un road-trip comique, c'est plutôt fâcheux, mais les faits sont là : on ne rit presque jamais aux péripéties que subissent les quatre Dead MaKabés. 

Au contraire, c'est souvent un sentiment de gêne vis-à-vis des acteurs qu'on ressent : Grégory Gadebois, d'ordinaire si convaincant, semble sans arrêt se demander ce qu'il fait là, tandis que Julien Doré, surjouant en permanence, prouve qu'il n'est décidément pas fait pour jouer la comédie. A leurs côtés, Jonathan Cohen et Yacine Belhousse font ce qu'ils peuvent mais sans vraiment convaincre. Et ce n'est pas la présence de guests comme Alexandre Astier ou Audrey Fleurot qui peut sauver le film.

Allier musique et comédie est possible : le vénérable "The Blues Brothers" l'a fait de fort belle manière et semble rester un indétrônable standard, en la matière. Quant au black metal, ce n'est pas encore pour cette fois qu'il sera mis à l'honneur sur grand écran.



dimanche 26 avril 2020

Amitiés sincères (2012)


Le "film de potes" est un genre à part entière avec ses grandes réussites et ses ratages. Chacun classera à son gré "Les petits mouchoirs", "Le cœur des hommes" et "Mes meilleurs copains", pour n'en citer que deux qui reviennent régulièrement dans ces colonnes. Adapté de la pièce de théâtre éponyme par ceux-là même qui l'écrivirent, "Amitiés sincères", avec un casting plutôt bankable n'eut pas le succès de ses illustres (ou pas) prédécesseurs.

Propriétaire d'un grand restaurant, Walter aime la vie, ses amis et sa fille. Pour lui, l'amitié, c'est sacré et rien n'est plus important que le repas hebdomadaire avec Paul et Jacques, sauf peut-être Clémence, sa fille, la prunelle de ses yeux, qui commence à lui échapper et devenir indépendante. Tout à ses activités professionnelles, Walter, homme pressé, ne songe pas un instant que Clémence peut tomber amoureuse d'un homme. Quand, finalement il apprend que cet homme est Paul, son meilleur ami, l'amitié des trois hommes survivra-t-elle ?

Un trio d'amis solide mis à l'épreuve par les tourments du cœur, l'équation qui est le noyau de "Amitiés sincères" était prometteuse. Si cette partie de l'intrigue met un certain temps à prendre sa place dans le film, qui s'égare parfois dans des chemins rappelant le théâtre, ce n'est peut-être pas plus mal. Durant les premières séquences, on a ainsi le temps de faire connaissance avec la petite bande de potes formé par trois acteurs parfaitement en phase avec le rôle qu''on leur a confié. Stephan Archinard et François Prévôt Leygonie, les deux réalisateurs, pour leur premier film, choisissent en quelque sorte la sécurité, aux dépens de l'équilibre de l'ensemble.

Surtout centré sur le personnage incarné par Gérard Lanvin, le film laisse de côté les tourments de Jacques, libraire mal dans son cœur, qui offrait pourtant un beau potentiel dramatique. Plus qu'un film sur l'amitié, "Amitiés sincères" narre surtout les secousses d'un père qui voit sa fille s'éloigner de lui, et pratique la colère plus souvent qu'à son tour. Souvent en roue libre, l'acteur excelle dans ce registre, mais ne surprend pas, tandis qu'en retrait, Wladimir Yordanoff et Jean-Hugues Anglade ne donnent pas la pleine mesure de leur immense talent. La touche féminine du casting, donnée par Zabou Breitman et Ana Girardot, tente de s'affirmer tant bien que mal, mais reste à la portion congrue face au trio qui mène le bal.

S'il avait été plus équilibré, "Amitiés sincères" aurait pu être un joli "film de potes" et faire un peu plus qu'évoquer ses illustres ancêtres. Manquant souvent de chaleur et parfois encombré par les tensions qui règnent entre les trois hommes, le film est en-deçà des grandes réussites du genre (mais au-dessus de certains représentants de ce registre, si vous voulez mon avis). La grande sympathie qu'on peut avoir pour les interprètes de cette ode à l'amitié ne suffira pas à faire de "Amitiés sincères" un film inoubliable. 






lundi 6 avril 2020

La cerise sur le gâteau (2012)




Si le public connaît Laura Morante, c'est essentiellement pour son rôle dans "La chambre du fils" de Nanni Moretti, Palme d'Or à Cannes en 2001. Cependant, la belle Italienne a une impressionnante filmographie et a tourné avec nombre de réalisateurs renommés. Ce que l'on sait moins, c'est qu'elle s'est essayée à la réalisation, avec "La cerise sur le gâteau", comédie plutôt romantique qu'elle avait coscénarisée et interprétée, sans cependant attirer le succès. Avec comme complices sur l'affiche Pascal Elbé et Isabelle Carré, ce film avait pourtant quelques beaux atouts dans sa manche...

Amanda devrait être heureuse, mais s'efforce malgré elle de ruiner toute histoire d'amour qui s'offre à elle. Son mal a un nom : c'est l'androphobie. Florence, sa meilleure amie, veut la voir heureuse, malgré elle. A l'occasion du Nouvel An, Florence invite donc Amanda, en lui promettant que tous les hommes présents seront mariés, mis à part Maxime, qui est gay. Au dernier moment, ce dernier renonce à la soirée. De son côté, Antoine se rend à cette soirée seul, sa femme et lui ayant rompu...

Comme vous l'aurez compris en lisant le pitch, il y a de la comédie romantique dans l'air, et du quiproquo comme déclencheur. Effectivement, c'est le postulat de base que Laura Morante a choisi pour évoquer la difficulté des relations entre femmes et hommes. Basée sur un malentendu (qu'aucun des protagonistes ne cherche cependant à dissiper, contre toute vraisemblance), l'histoire qui se construit entre les deux personnages principaux est extrêmement prévisible et suit grosso modo la trame classique de la romcom. Le film n'oublie pas, au passage, de cocher quelques cases du cahier des charges de ce registre : les protagonistes ont un train de vie confortable (même si on ne sait pas trop comment ils gagnent leur vie), évoluent dans un décor parfait (Paris a rarement été aussi joli) et sont vraiment charmants. 

Mais, le charme des interprètes et de belles images ne suffisent pas à faire un bon film. En l'occurrence, "La cerise sur le gâteau" est même plutôt raté. En empilant les clichés les uns sur les autres et en se souciant comme d'une guigne de la solidité de son scénario (même dans le registre de la romcom, l'édifice doit tenir debout), Laura Morante livre une succession de scènes parfois touchantes, souvent ennuyeuses et même gênantes pour certaines. On a souvent le sentiment de se trouver face à une pièce de théâtre de boulevard et non devant un film. Si on ajoute à cela une direction d'acteurs assez moyenne, tout est dit. Aussi charmants soient les acteurs et actrices de cette drôle de comédie romantique, prétendant taquiner le genre tout en l'assumant, on a vite l'impression de tourner en rond. 

Il est des films dont on attend peu, si ce n'est qu'ils puissent être une bonne surprise. Dans le cas de "La cerise sur le gâteau", cette dernière n'est pas au rendez-vous. Il ne reste à l'arrivée qu'un petit film très oubliable. 


mardi 8 octobre 2019

Voisins du troisième type (2012)

 

La comédie américaine, dans la foulée de quelques gros succès populaires, joue souvent la carte de l'outrance, à coups de gags "hénaurmes" et pas toujours très fins. Servie à toutes les sauces, cette recette est souvent synonyme de succès. Dans le cas de "Voisins du troisième type" ("The Watch", en version originale), produit par Shwan Levy (l'homme derrière "La nuit au musée" et en partie de "Stranger Things"), ça n'a pas donné les résultats espérés : ni le public, ni la critique ne suivirent et ce mix de comédie et de fantastique fut oublié par la plupart des spectateurs. 

Glenview est une petite ville paisible de l'Ohio et, pour Evan, c'est la plus belle ville du monde. Il dirige plusieurs clubs, en plus d'être le gérant du centre commercial. Quand le vigile qui y assure la ronde meurt d'atroce façon, Evan décide de fonder une brigade de surveillance de la ville. 
L'équipe de bras cassés formée par Evan va faire une découverte extraordinaire : des aliens sont dans les parages et se préparent à envahir la planète, à commercer par Glenview. 


Hésitant entre plusieurs registres (la comédie, l'action, le fantastique, voire le gore), "Voisins du troisième type" n'arrive jamais à choisir un terrain de prédilection. C'est sans doute son plus grand défaut, et il est rédhibitoire, tant il condamne le film à l'échec. N'allons pas par quatre chemins : ce film n'est réussi ni en tant que comédie, ni en tant que film fantastique. La faute en incombe principalement à un scénario indigent, à des gags la plupart du temps sous la ceinture et à réalisation souvent bâclée (les maladresses et les faux raccords y sont légion). Akiva Schaffer, qui devrait réaliser sous peu un film consacré à Tic et Tac, les deux célèbres chipmunks (voilà pour l'information inutile du jour), met en scène cette histoire sans ambition ni souci du rythme.

Dans les quatre rôles principaux, les acteurs jouent chacun leur participation, souvent en roue libre, sans souci de cohésion. Qu'il s'agisse de Ben Stiller, de Jonah Hill, de Vince Vaughn ou de Richard Ayoade, aucun d'eux ne réussit à convaincre. Leurs personnages n'attirent jamais la sympathie et, même si on peut avoir quelque faiblesse pour l'un ou l'autre, c'est plus la gêne que le plaisir qui l'emporte devant la situation où ils se retrouvent. Au final, et assez ironiquement, c'est sans doute la prestation de Doug Jones (l'homme derrière le faune du "Labyrinthe de Pan" et qui endosse ici la panoplie de l'alien) qui est la plus pertinente. 

Bancal, mais surtout jamais drôle, "Voisins du troisième type" ne mérite guère qu'on consacre deux heures de son temps à le visionner. En matière de comédie fantastique, il existe quantité d'autres films présentant plus d'intérêt et assez peu de films en ayant moins. 


mercredi 18 septembre 2019

Possessions (2012)




S'inspirer de faits divers pour produire un film comporte de nombreux risques. En dehors de heurter ceux qui furent touchés, de près ou de loin, par ce qui est porté à l'écran, le réalisateur prend aussi celui de livrer un film dont la fin est déjà connue. Pour autant, l'actualité, récente ou non, inspire régulièrement les cinéastes, avec un succès parfois réel. Eric Guirado, repéré pour "Le fils de l'épicier", a choisi d'évoquer la terrifiante affaire Flactif (la célèbre tuerie du Grand Bornand) pour réaliser "Possessions". Cette fois, le public ne fut pas au rendez-vous. 

Quittant leur Nord natal, Bruno et Maryline viennent s'installer dans un chalet à la montagne, loué auprès de la famille Castang. D'abord amicales, les relations entre les deux familles vont vite se détériorer. Les Castang ont tout et semblent disposer des autres à leur gré. Face à eux, Bruno et Maryline n'ont que leur colère. Le drame est tout proche.

Pareille histoire ne peut que mal finir. Sans connaître en détail l'affaire Flactif, on sent, dès les premières séquences de "Possessions", que l'affiche du film annonce le drame à venir, tant la tension est palpable, tant le malaise s'instille chez le spectateur. Dans un décor que beaucoup jugeraient idyllique, Eric Guirado joue devant nous un drame social épouvantable, où le fossé entre deux mondes ne se comble jamais. Même s'il évite pas toujours la caricature, le réalisateur choisit habilement ses éléments de langage (comme on dit en novlangue) pour alimenter le récit. 

En regardant "Possessions", on songe souvent à Chabrol et à "La cérémonie". On pense parfois, dans certaines scènes à Hitchcock (oui, c'est un compliment), tant les rapports entre protagonistes sont le terreau de l'intrigue et du malaise (encore lui) qui envahit rapidement le spectateur. Avec sa mise en scène au plus proche des personnages et jouant remarquablement des décors et de leur quotidien, Eric Guirado, formé au documentaire, évite cependant l'écueil de la reconstitution et reste dans la fiction inspirée. N'eut été quelques scènes purement esthétiques (la descente aux flambeaux, par exemple), la forme était aussi réussie que le fond. 
Evidemment, sur le territoire miné que peut devenir pareille démarche, on attendait les acteurs au virage. De ce côté, c'est une belle surprise et sans doute le plus bel atout du film. Les interprètes de "Possessions" sont pour beaucoup dans la réussite de l'entreprise et, pour une fois, je me dois de saluer la qualité de leur prestation. Qu'il s'agisse de Jérémie Rénier, sans doute dans son meilleur rôle, tout en nervosité et en colère rentrée, de Julie Depardieu, étonnamment crédible en compagne , de Lucien Jean-Baptiste et même d'Alexandra Lamy, enfin convaincante (il était temps !)

S'il n'est pas exempt de quelques reproches, souvent du domaine de la forme, le film livré par Eric Guirado à propos d'une affaire encore récent n'a pas grand chose à se reprocher, et en tout cas aucune faute majeure. On n'est pas passé loin d'un grand film, mais "Possessions" est déjà un bon film. 
C'est donc une denrée rare. 


vendredi 9 août 2019

Bowling (2012)



Il paraît que les hôpitaux doivent être rentables, sous peine de voir fermer un à un les services qui leur font perdre de l'argent. Partant de ce triste constat, certains films se sont penchés sur le malaise du système de santé français, autrefois motif de fierté. De "Hippocrate" à "Médecin de campagne" en passant par "La maladie de Sachs", c'est souvent le réalisme qui prévalait, et avec lui, parfois le drame. Prenant comme modèle la comédie sociale britannique, Marie-Castille Mention-Schaar a choisi d'évoquer ce thème, le couplant avec celui, inattendu du bowling. Porté par un quatuor d'actrices qu'on pourrait qualifier de bankable, "Bowling" n'a pourtant guère déchaîné les foules.


L'hôpital de Carhaix, en Bretagne, voit arriver de Paris Catherine, une nouvelle responsable des ressources humaines, chargée de restructurer l'établissement et en particulier la maternité, en sous-activité. De leur côté, Mathilde, sage-femme, et ses deux amies, Firmine et Louise, se prennent de sympathie pour Catherine, jusqu'à ce qu'elles découvrent que leur service est en péril. L'amitié entre les quatre femmes, forgée autour du bowling, tiendra-t-elle le coup ?

Si vous cherchez une comédie sociale traitant vraiment d'un problème concret, je vous conseille de passer votre chemin. Inutile de se mentir, "Bowling" n'aborde jamais de front le délabrement de l'hôpital public, et ne fait qu'utiliser ce prétexte comme base de départ pour son intrigue. Partant d'un vrai problème (que dis-je, d'un scandale bien actuel), "Bowling" choisit finalement de torpiller sa cause, faisant passer au second plan ce qui aurait dû être la colonne vertébrale du film.

On peut se consoler avec les actrices, ou au moins certaines d'entre elles. Si la fraîcheur de Laurence Arné est la bienvenue, force est de constater que Mathilde Seigner n'est pas crédible une seconde dans son rôle (j'ai du mal à me souvenir d'un film où elle m'a convaincu, soit dit en passant). Firmine Richard hérite d'un rôle qui aurait pu être riche, mais ne fonctionne pas réellement, faute de constance. Quant au personnage incarné par Catherine Frot, et qui aurait pu donner lieu à un traitement riche, voit ses dilemmes éjectés en deux temps trois mouvements, sans le moindre cas de conscience. Avec tout le talent qu'on lui connait, l'actrice peine à convaincre, faute d'épaisseur. 

Sans jamais véritablement aborder son thème de départ, "Bowling" doit, pour aller jusqu'au bout du temps réglementaire, remplir ses vides avec plein de séquences inutiles. Mais, quand on fait l'impasse sur le thème principal du devoir, il est difficile de faire illusion. Ce qui ne fonctionne pas lors d'un examen ne marche pas non plus pour un film.

Mal équilibré, bancal et, surtout, traitant son sujet avec trop de légèreté pour qu'un véritable enjeu s'installe, "Bowling" se plante dès le début et n'arrive jamais à revenir sur la piste, fonçant droit dans le mur.




jeudi 30 mai 2019

Du vent dans mes mollets (2012)





Les films traitant de l'enfance sont légion. Certains s'adressent à un public enfantin, quitte à adopter un style et un langage qui les éloignent du public adulte. D'autres font l'inverse. Enfin, il en est qui s'efforcent de fédérer et de réunir, devant une toile de cinéma, parents et enfants (et parfois même d'autres générations). Ces films familiaux contournent souvent les thèmes graves, mais il est parfois des œuvres qui les affrontent, interloquant à la fois parents et enfants. Parmi eux, à sa sortie, "Du vent dans mes mollets" avait été accueilli plutôt froidement par certains critiques. Son succès public avait été moindre, également. Alors, avons-nous été injustes avec ce film ?

Rachel, neuf ans, est une petite fille comme tant d'autres. Entre sa mère, très protectrice, et son père, qui semble détaché de tout, Rachel s'interroge sur la vie, parce que ça n'a pas l'air simple, de grandir. Sa psychologue, Madame Trébla, ne répond pas à ses questions et c'est l'arrivée dans sa vie de Valérie, une intrépide petite fille, qui va tout changer. Ensemble, les deux fillettes vont faire les quatre cents coups, et découvrir bien des choses...


Il y a plein de raisons de se pencher sur ce petit film, adapté d'un roman -bande dessinée  : d'abord parce qu'il pas puéril et se permet d'aborder des sujets graves sans prendre un ton bêtifiant. Ce n'est pas parce qu'il met des enfants en vedette qu'il se permet d'être niais. Vu à hauteur d'enfant, le monde qui entoure Rachel est déroutant, parfois drôle, souvent tragique et compliqué et la réalisatrice réussit, la plupart du ton, à mêler fantaisie et drame sans donner la nausée au spectateur. 

Et puis, il y a le casting, formidable : qu'il s'agisse d'Agnès Jaoui (plus ça va, plus j'aime cette femme), de Denis Podalydès (remarquable et souvent touchant), d'Isabelle Carré (dans un de ses meilleurs rôles) et, surtout, des enfants qui ne donnent pas l'impression d’ânonner bêtement un texte appris par cœur. Petit bonus : dans un rôle presque accessoire, la grande Isabella Rosselini, en psy pleine de sagesse, nous offre quelques scènes superbes.

Certes, quelques maladresses (souvent formelles) sont à déplorer, mais, bon an mal an, l'équilibre subtil entre drame et fantaisie (avec quelques vrais moments burlesques) est réussi : c'est bien plus que la moyenne, en matière de comédies françaises (et là, je ne donnerai pas de noms, par charité).

On a parfois pointé du doigt la période à laquelle sortit ce film et sa concurrence avec le très surestimé (à mes yeux, en tout cas) "Camille redouble". Mais le fait est que l'accueil frileux qui fut le sien paraît aujourd'hui bien injuste.


vendredi 8 mars 2019

Populaire (2012)


Un film dont l'intrigue principale repose sur un concours de rapidité pour secrétaires, dans les années 50, voilà une drôle d'idée. Pourtant, pour son premier fil (après un passage par les cases "clip" et "spots de pub"), Régis Poinsard a réussi à convaincre Romain Duris, l'acteur principal de "Populaire" et suffisamment de bonnes volontés pour monter ce projet. A l'arrivée, les doigts de Deborah François sautillant de touche en touche sur le clavier de sa Populaire n'ont cependant pas suffi à drainer autant de public qu'espéré. A tort ou à raison ?

1958 : la jolie Rose Pamphyle, 21 ans, qui vit seule avec son père veuf, a toujours rêvé d'être dactylographe. Un beau jour, elle décide de prendre son envol et de postuler pour devenir secrétaire. Son premier employeur, Louis Echard voit en elle une championne, tant sa cadence de frappe est impressionnante. Il va l'entraîner et l'inscrire à des concours de vitesse pour les dactylos. Mais, entre eux deux, il y a plus que ce lien professionnel. Devenir la meilleure, est-ce renoncer à l'amour, quand il se présente ?


Le postulat de base de "Populaire" a quelque chose de désuet et d'un peu léger, il faut bien l'avouer. Avec son drôle de nom, Rose Pamphyle, jeune femme des années 50, entraîne le spectateur dans son petit monde, où elle admire les stars de l'époque (dont Audrey Hepburn, évidemment) et veut s'émanciper, quel qu'en soit le moyen. Elle devra franchir de drôles d'épreuves pour devenir la femme qu'elle aspire à être. Vu avec nos yeux d'aujourd'hui, on peut tiquer lorsque l'on observe ces femmes, transformées en bêtes de concours, sous les yeux des hommes qui jouent les coaches. Le scénario de Régis Poinsard doit déployer des trésors d'ingéniosité pour éviter de sombrer dans le cliché, mais n'y arrive pas toujours.

Avec ses couleurs parfois kitsch et son esthétique parfaite (qu'il s'agisse des décors ou des costumes), "Populaire" réussit sa plongée dans la France des années 50, quitte à enjoliver un peu cette période. Le film effleure aussi rapidement la psychologie de ses personnages et leurs motivations, mais c'est compréhensible : au fond, nous sommes dans une comédie romantique, tout simplement. Sucré comme un cupcake au glaçage rose bonbon, "Populaire" assume tant bien que mal ses travers. Pour faire définitivement pencher la balance du bon côté du bilan, il faut également saluer la très belle prestation des acteurs, et surtout du duo de tête, et plus particulièrement le mélange de fraîcheur et de résolution porté par la ravissante Déborah François. 

Si la reconstitution est minutieuse, la faiblesse générale de l'intrigue fait que "Populaire" ne laisse pas un souvenir impérissable. N'eût été l'immense charme de son actrice principale, ce film pourrait passer inaperçu. A défaut, il s'agit d'une gentille friandise, ce qui n'est déjà pas mal. 


mardi 26 février 2019

Une vie meilleure (2012)



Cédric Kahn fait partie de ces cinéastes du "réel" : ses films, à l'instar de ceux de Philippe Lioret, par exemple, sont des histoires à hauteur de femme et d'homme, souvent dramatiques. On se souvient, par exemple, de "Roberto Succo", l'un de ses grands succès. Pour nécessaire qu'il soit, ce cinéma n'est pas toujours couru par le public, même si les critiques le saluent. Malgré la présence à l'écran de Guillaume Canet (récompensé pour sa prestation à Rome), "Une vie meilleure" n'avait pas été un grand succès commercial. Jetons un œil dans le rétroviseur, si vous voulez bien.


Yann et Nadia sont jeunes et s'aiment. Ils ont un rêve simple : ouvrir un restaurant un bord de l'eau, dans un bâtiment qu'ils comptent bien remettre à neuf. Seulement, pour réaliser ce rêve, il faut de l'énergie, du temps, de l'argent. Et c'est ce dernier ingrédient qui leur fait défaut. Alors, ils vont s'endetter et tout risquer pour réaliser leur projet et s'offrir une vie meilleure. Ils sont jeunes, ont la vie devant eux et des rêves plein la tête.
Et qu'importe si la réalité fait figure de mur, contre lequel ils pourraient se fracasser.

Voilà un film à déconseiller à ceux qui, pour lutter contre le marasme, cherchent à s'évader lorsqu'ils vont au cinéma. L'histoire de "Une vie meilleure" (adapté librement du roman "pour une vie plus douce" de Philippe Routier) est sombre, parce que réaliste (et quasiment documentaire). Des rêves brisés, des chutes brutales, notre monde en est plein. Surendettement, violence, les héros de "Une vie meilleure" ne naviguent pas sur un long fleuve tranquille. Ballottés par la vraie vie et parfois contraints d'aller à l'encontre de leurs règles de vie, ils s'accrochent à leurs rêves, à leurs espoirs, envers et contre tout. A vouloir une vie meilleure, Yann et Nadia chutent, se relèvent et chutent plus lourdement encore. 

Il y a de l'urgence, de la fièvre, dans la façon de filmer choisie par Cédric Kahn et il semblerait que cela passe par le jeu de ses acteurs. Guillaume Canet, qui ne m'a pas toujours convaincu, porte ici une incandescence dans chaque plan ou presque, comme si son personnage était doté d'une énergie qu'il ne dompte pas toujours. Malgré tous ses travers, malgré ses erreurs, malgré le fait qu'il entraîne sa compagne (la délicieuse Leila Bekhti) et le fils de celle-ci (remarquablement interprété par le jeune Slimane Khettabi) dans sa descente aux enfers, on se surprend à s'attacher au héros de ce drame social. Malgré les tons souvent froids de la photographie, malgré la crasse, la misère et les cris, brille toujours une étincelle de vie à laquelle les personnages et le spectateur se raccroche.

Si vous êtes allergiques aux films s'attachant à la vie de "vraies gens", passez votre chemin. L'injonction tient aussi envers ceux au moral déjà fragile. Par contre, si vous goûtez le cinéma social et réaliste, penchez-vous sur "Une vie meilleure".


lundi 11 février 2019

Les saphirs (2012)


J'avais raté "Les Saphirs" lors de sa sortie, il y a déjà quelques années. Pourtant, ce film comportait plus d'un point d'intérêt : la musique soul, son contexte historique et un fond un brin politique, puisqu'il évoquait le peuple aborigène australien, bien peu présent au cinéma. Réalisé par ...., ce film n'a pas eu, du moins dans nos contrées, une grande visibilité. Il est peut-être temps de se rattraper et de lui offrir une nouvelle chance.

Elles sont quatre et chantent depuis leur prime enfance. Malheureusement pour elle, en cette année 1968, il ne fait pas bon avoir du sang aborigène, en Australie.  Quand, au détour d'un concours de chant, elles croisent le chemin de Dave Lovelace, un musicien fan de soul music, leur destin est bouleversé : elles iront jusqu'au Viet-Nâm, pour encourager les GI envoyés là-bas. Pour Gail, Julie, Kay et Cynthia, une nouvelle vie commence. Sera-t-elle meilleure que l'avenir que leur offre leur pays ?


Adapté d'une pièce de théâtre, "Les saphirs" est de ces films où la musique (et en particulier la soul-music) tient lieu de colonne vertébrale. la dite pièce de théâtre étant inspirée de faits réels, il traite du destin hors du commun de . Enfin, le contexte tenant lieu de cadre à l'histoire est universel : jusqu'à récemment, les aborigènes d'Australie n'étaient pas considérés comme des citoyens à part entière. On sait moins que de nombreux enfants métis furent arrachés à leurs familles et placés de force chez des familles blanches. Sous couvert d'assimilation, c'est toute une génération qui fut volée aux siens. Voilà pour la toile de fond des "Saphirs" : elle a, c'est le moins que l'on puisse dire, plusieurs épaisseurs. L'air de rien, donc, le film s'aventurait sur un territoire dangereux, même si porteur d'un énorme potentiel.


On pourra donc reprocher au film de passer trop rapidement sur le drame des aborigènes d'Australie et sur le scandale de la génération perdue, pour préférer traiter son histoire son l'angle le plus facile qui soit (celui de la musique), en laissant tout le reste en arrière-plan.

Ce choix, qui aurait pu générer de la frustration, s'avère pourtant judicieux. En s'attachant aux quatre chanteuses et à leur imprésario, mais sans en faire des personnages parfaits, Wayne Blair, pour son premier long métrage (et pour le coup, épaulé par le sulfureux Harvey Weinstein) réussit son coup. Il faut dire que le casting du film emporte l'adhésion et suscite tout sauf l'ennui. Sous la houlette de Chris O'Dowd (aperçu aussi dans "40 ans mode d'emploi"), Deborah Mailman, Jessica Mauboy, Shary Sebbens et Miranda Tapsell forment un quatuor qui ne peut que fonctionner.

Bien qu'il se cantonne presque à la trajectoire épatante des quatre héroïnes et vénère la soul music (qui devrait toucher tout être humain normalement constitué), "Les Saphirs" est un très bon moment de cinéma. Sans atteindre l'excellence de certains classiques du genre (comme "The Blues Brothers" ou "The Commitments", placés très haut dans mon panthéon personnel), c'est un de ces films qui réussit l'alchimie délicate entre musique et cinéma.



lundi 10 septembre 2018

The Sessions (2012)


Il est des thèmes dont on parle peu, parce qu'ils sortent la majorité du public de sa zone de confort. Le cinéma hésite souvent à les aborder, parce qu'ils sont forcément peu porteurs (et représentent donc des paris risqués). La sexualité des personnes handicapées en est un bon exemple : combien de films ont osé évoquer le sujet ? Et, parmi ceux-là, combien l'ont fait frontalement ? A ce titre, "The sessions" est une audace, récompensée par plusieurs nominations aux Golden Globes et aux Oscars. Aurait-il mérité plus de visibilité publique ? 

Paraplégique depuis l'enfance, Mark O'Brien vit l'essentiel de son temps dans un poumon d'acier.  Poète et journaliste, il n'en est pas moins homme et aimerait connaître le sexe. Confiant ses tourments à un prêtre compréhensif, Mark va se tourner vers Cheryl, une assistante sexuelle. Elle va apprendre au corps brisé de Mark les choses de la chair. Plus rien ne sera comme avant pour lui, ni pour elle.

Avec un sujet pareil, on pouvait craindre de tomber dans le film larmoyant ou dans le pire des mauvais goûts. J'imagine sans peine les signaux d'alerte qui ont du passer dans le rouge, lorsque des producteurs ont découvert le scénario du film, issu du roman du vrai Mark O'Brien. Ben Lewin, le réalisateur a sans doute faire montre de pas mal de de diplomatie pour financer son film. Et c'eût été dommage que ce long métrage ne voie jamais le jour. Pour casse-gueule qu'il soit, le sujet y est traité tout en finesse et en humanité : "The Sessions" est une vraie réussite. 

Ce tour de force a plusieurs raisons. La première est l'approche humaine et sans dramaturgie superflue qu'a choisi Ben Lewin pour raconter cette histoire et la réaliser. Filmant de "vrais gens", à hauteur d'homme et de femme, il ne s'embarrasse pas d'effets inutiles et ne cherche surtout pas à faire larmoyer son spectateur. On ne sort du visionnage de "The Sessions" avec le moral dans les chaussettes, pour faire court. L'autre raison, et sans doute la meilleure, est la formidable interprétation des trois acteurs principaux, Helen Hunt en tête. 

J'avais déjà beaucoup d'admiration pour Helen Hunt, dont la belle énergie sauva déjà plus d'un film. Dans "The Sessions", elle endosse un rôle que nombre de comédiennes auraient refusé et donne vie à une femme admirable. La qualité de sa prestation est à la hauteur du risque qu'elle prit en acceptant d'interpréter Sheryl. Rien que pour elle, le film vaut d'être vu. 
On saluera aussi la très belle interprétation de John Hawkes, d'ordinaire confiné dans des rôles secondaires, qui incarne avec une belle sobriété Mark O'Brien. Enfin, William H. Macy est lui aussi impeccable dans un rôle de prêtre qui voit ses principes bousculés par un homme cloué à sa civière..

Échappant heureusement à l'ornière du pathos et réussissant même à faire sourire son spectateur, "The Sessions", malgré un sujet des plus casse-gueule, réussit la quadrature du cercle. Chapeau !



Ce film a été vu dans le cadre du Movie Challenge 2018, pour la catégorie 
"Un film sensuel"

lundi 6 août 2018

Parlez-moi de vous (2012)



A plusieurs reprises, le cinéma s'est penché sur les hommes et les femmes de radio : on pense évidemment à "Good morning Viet-Nam", à "Un frisson dans la nuit" ou "Good morning England", pour n'en citer que quelques-uns. Il y a quelques années, Karin Viard endossa le rôle d'une animatrice délivrant ses judicieux conseils à son auditoire dans "Parlez-moi de vous". Ce premier film de Pierre Pinaud n'eut qu'un succès limité : c'est tout naturellement qu'il trouve donc sa place dans ces colonnes.
Melina écoute, le soir, les gens qui l'appellent et lui confient leurs problèmes de cœur. Melina leur répond et, lors de son émission radiophonique quotidienne, les aide. Mais, derrière Melina se cache une femme à la dérive. En cherchant à retrouver la mère qui l'abandonna, toute petite, elle découvre un univers bien différent du sien. Melina écoute, mais qui l'écoute, elle ?

C'est du côté de la psychologie de son personnage central, de ses racines et du choc des milieux sociaux que promettait de s'aventurer "Parlez-moi de vous". L'héroïne du film, cachant sa véritable identité et cherchant d'où elle vient, est le pivot de l'histoire qui, hélas, ne tient pas toutes ses promesses. Si, par moments, "Parlez-moi de vous" évoque avec finesse les tourments de ses personnages, il use le plus souvent d'une psychologie un peu épaisse et facile. Le personnage central, Melina, si forte et omnisciente qu'elle soit, ne l'est qu'en apparence. 

Mais c'est évidemment dans le choc de deux mondes différents que se trouve le noyau central du film. Quand l'héroïne met le pied dans l'univers de petites gens,et part à la découverte d'un monde qu'elle connaît mal, sortant au passage de sa zone de confort, le film prend un tout autre tour. L'animatrice se targuant de psychologie devient une femme comme une autre, sans plus fragile qu'elle ne le croit. On peut se dire que le coup de l'émission radio n'était qu'un prétexte comme un autre, finalement, pour suivre un personnage, son parcours, ses découvertes.  

Enfin, s'il est une raison de regarder ce film, c'est évidemment la formidable Karin Viard, qui tient à elle seule toute l'histoire et donne admirablement vie à son héroïne. Derrière elle, les seconds rôles assurent le job, comme on dit, mais l'interprète principale irradie tant de talent qu'elle les occulte parfois. Ainsi Nicolas Duvauchelle, la regrettée Nadia Barentin (à qui est dédié le film) et Catherine Hosmalin, pour ne citer qu'eux, ont parfois du mal à faire exister leurs personnages dans un script qui réserve la part belle à son héroïne.

Sans être tout à fait raté, "Parlez-moi de vous" n'est pas complètement réussi, faute d'un scénario plus solide auquel on aurait pu s'accrocher solidement. Il vaut surtout, vous l'aurez compris, pour la prestation de son actrice principale.



lundi 28 mai 2018

Nos plus belles vacances (2012)


Vous, je ne sais pas, mais j'apprécie tout particulièrement le film dit "de potes" (merci Martin pour la correction, ça s'imposait), celui qui célèbre l'amitié et, sous couvert de photographier une "bande de potes" à un instant donné, met en exergue ce beau et noble sentiment. Nombre d’œuvres s'en sont réclamées, des films de Claude Sautet aux "Petits mouchoirs", par exemple, mais peu, à mon goût, mettent en avant l'amitié, préférant décrire les travers de personnages dont on se demande pourquoi et comment ils restent amis. Récemment, Philippe Lellouche (le frère de Gilles, l'acteur) raconta dans un film en partie autobiographique, des vacances entre amis. Le moins que l'on puisse dire, c'est que le public ne suivit pas. 

1976 : la sécheresse s'abat sur la France. Cette année-là, Claude emmène sa famille en Bretagne, dans sa belle-famille. C'est Isabelle, sa femme, qui a choisi la destination, l'ayant surpris en flagrant délit d'adultère. Ils sont rejoints comme chaque année par leurs amis Bernard, Jacky, Bernadette et Marie-Jeanne. Entre ces parisiens et les locaux, deux mondes se percutent et tous vont devoir apprendre à se connaître et (qui sait ?) à s'apprécier. C'est l'été, c'est le temps des copains, le temps de l'amour et de l'aventure...

On aurait aimé aimer ce film, qui fait le choix de plonger son spectateur à une époque peu exploitée par le cinéma : les années 1970, en France. En utilisant ce décor, Philippe Lellouche choisit d'exploiter ses souvenirs d'enfance, en ponctuant les scènes-clés de commentaires en voix-off, souvent mal à propos. Insistant bien, et parfois lourdement, sur ses ressentis et la façon dont cet été fut déterminant pour l'enfant qu'il était alors, le réalisateur oublie l'un des pré-requis indispensable à ce genre de film (et à tout film, d'ailleurs, si vous voulez mon avis) : les personnages n'ont guère de profondeur et l'on a tôt fait de se désintéresser d'eux.

Alors, oui, la reconstitution est, à première vue, plutôt réussie et l'immersion dans cet été torride s'avère réussie. Mais, dès que les personnages prennent la parole, c'est la catastrophe. Entre ses héros, particulièrement peu attachants et les autochtones bretons, décrits comme des arriérés au parler incompréhensible, le spectateur regarde passer les protagonistes sans éprouver la moindre empathie à leur égard (ou alors, ça vient de moi, et ce serait plutôt inquiétant). C'est d'autant plus dommage qu'il y avait un vrai potentiel à puiser dans cette époque et dans ce choc entre deux modes de vie. 

Hélas, entre les personnages, caricaturaux à outrance, et le scénario, à peine digne d'un téléfilm de deuxième partie de soirée sur une chaîne perdue de la TNT, "Nos plus belles vacances" ne dégage aucun capital de sympathie : le comble pour un film soi-disant choral.


mardi 5 septembre 2017

L'oncle Charles (2012)


Près de vingt ans avant "L'oncle Charles", Etienne Chatiliez (encore auréolé du triomphe de "La vie est un long fleuve tranquille") avait donné à Eddy Mitchell l'un de ses rôles les plus savoureux, avec "Le bonheur est dans le pré". Leurs retrouvailles pouvaient laisser augurer d'une comédie prometteuse, qui marquerait un renouveau dans la carrière de ce réalisateur, en panne depuis plusieurs films. Hélas, après "Agathe Cléry" et "La confiance règne", ce fut à nouveau l'échec : "L'oncle Charles", son dernier film, reste son moins bon score au box-office.

En Nouvelle-Zélande, le riche Charles Doumeng apprend qu'il n'a plus beaucoup de temps à vivre et met tout en oeuvre pour retrouver sa sœur perdue de vue depuis cinquante ans, en France. Flairant le pactole, Corinne, clerc de notaire peu portée sur l'honnêteté, incite sa sœur adoptive, Louise, à se faire passer pour la nièce de Charles et lui compose une famille parfaite. Malheureusement pour les deux complices, l'oncle découvre rapidement qu'il a été victime d'une erreur de diagnostic et qu'il va bien. Ravi de se découvrir une famille, il débarque en France pour rendre visite à ceux de son sang. Les choses se compliquent...

A lire le résumé que je viens de vous faire, on pourrait penser qu'on va avoir affaire à une comédie avec des quiproquos, des malentendus et des portes qui claquent. Ce fut sans doute l'intention initiale qui présida à l'écriture de l'histoire (scénarisée par Florence Quentin, la complice de toujours d'Etienne Chatiliez). Comme souvent, lorsque ce tandem est aux commandes d'un film, est ajoutée une dose de mensonge, pierre fondatrice de plusieurs des films de Chatiliez. L'échange d'enfants de "La vie est un long fleuve tranquille" ou l'imposture du "Bonheur est dans le pré" est ici celle de deux "sœurs" dépassées par leur mensonge. On pouvait donc espérer un peu de cynisme et de mordant, on est - hélas ! - dans la comédie pataude. 

Rarement drôle, "L'oncle Charles" se contente d'aligner les séquences, au film d'un scénario plutôt idiot, où ne transparaît jamais la patte "Chatiliez". Après un démarrage laborieux qui peine à mettre en place l'intrigue et les personnages, sans qu'on s'attache à eux, la résolution est toute aussi poussive, voire téléphonée. L'acidité qu'on aurait pu espérer est vite délayée dans une histoire sans aucun intérêt. 
Et ce n'est pas du côté des interprètes que viendra le salut : qu'il s'agisse d'Eddy Mitchell, visiblement peu convaincu, d'Alexandra Lamy (dont on cherche désespérément pourquoi elle squatte le cinéma français) ou de Valérie Bonneton, absolument pas crédible dans son rôle, le casting fait le minimum syndical, jouant souvent faux une partition qui sonne creux. 

Si vous avez aimé le Chatiliez des premiers films (ceux cités plus haut, mais également "Tanguy" ou "Tatie Danielle"), vous risquez fort d'être déçu(e)s avec cet opus, ne nous leurrons pas. C'est à se demander où est passé le mordant de ce réalisateur. 





dimanche 28 mai 2017

Né quelque part (2012)


Avant de réaliser le très sympathique "La vache", Mohamed Hamidi avait été l'auteur d'un premier film évoquant les enfants de l'immigration, ceux nés en France mais dont les racines lointaines se situent de l'autre côté de la Mediterranée. "Né quelque part", avec son joli titre, n'avait pas rencontré un succès démesuré, c'est le moins que l'on puisse dire, au contraire du très drôle "La vache". Ce dernier m'ayant emballé, je me suis intéressé au premier opus de son réalisateur. 

Farid, né et vivant en France, ne connaît de l'Algérie que ce que ses parents lui ont raconté. Alors que son père doit être hospitalisé, c'est lui qui va devoir se rendre en Algérie, au bled, afin de veiller sur la maison que l'auteur de ses jours a construit pierre par pierre et qu'un chantier menace. 
De l'autre côté de la Méditerranée, Farid va découvrir un autre monde et mettre au jour une partie de ses racines. Il y rencontrera des gens qu'il croyait être des étrangers, mais sont en réalité une partie de lui-même.

En traitant des racines de son héros, loin des clichés habituels sur pareil sujet, Mohamed Hamidi prenait des risques. Celui de sombrer dans la facilité, en usant du choc provoqué par la rencontre des cultures, celui d'abuser du pathos et d'entraîner son spectateur vers des terrains glissants, celui (opposé) de se laisser porter par la présence de Djamel Debbouze et de faire de son film un one-man-show. Heureusement, Mohamed Hamidi réussit à éviter les pièges et livre un joli long métrage, sans céder aux facilités qui s'offraient à lui. 

On retrouvera, quelques années plus tard, dans "La vache" (film que je vous recommande amplement) quelques uns des éléments de "Né quelque part", et également nombre de ses acteurs (notamment l'épatant Fatsah Bouyahmed). Voici la preuve que Mohamed Hamidi porte en lui la même sincérité depuis ses premières armes. Et cette sincérité est partagée par ses acteurs, qu'il s'agisse du brillant Tewfik Jallab, du déjà cité Fatsah Bouyahmed ou de Djamel Debbouze (qui montre qu'il n'est pas qu'un comique bouillonnant). A l'occasion de jolis plans, tous donnent vie à cette histoire si vraie et finalement si proche.

Certes, "Né quelque part" n'est pas exempt de maladresses et comporte quelques longueurs qui auraient pu être évitées, mais ce film parle "vrai" d'un sujet souvent douloureux. A ce titre, il vaut le détour. 


dimanche 19 mars 2017

Paris Manhattan (2012)


Je dois être accro au cinéma français. Ca n'est pas possible autrement. Sinon, comment expliquer qu'après tant de désillusions (vous n'avez qu'à parcourir les colonnes de ce blog pour avoir une idée du compte) je continue à retourner vers lui ? Dans ce qu'on appellera un moment de faiblesse, j'ai visionné "Paris Manhattan", premier (et à ce jour, unique) film de Sophie Lellouche, comédie romantique revendiquée qui, malgré un duo de charme à l'affiche (Alice Taglioni et Patrick Bruel) ne séduisit que peu de spectateurs.

Alice est belle, sa carrière est une réussite, mais elle est toujours célibataire, ce qui navre sa famille. Cette jeune pharmacienne, admiratrice de l'oeuvre de Woody Allen, se trouve très bien dans sa petite vie bien organisée et pense n'avoir pas besoin d'un homme dans sa vie. Mais, un jour, à l'instigation de son père, elle croise le chemin de Victor, venu installer une alarme dans sa pharmacie.


Sophie Lellouche semble, pour son premier film, avoir voulu remplir consciencieusement le cahier des charges de la romcom. Les deux protagonistes principaux évoluent dans un milieu confortable, ont une certaine culture, ont des lieux de vie plutôt classieux, et sont suffisamment différents pour que l'alchimie fonctionne. Sur tous les points, check, donc. Mais ce n'est pas pour autant qu'un peu d'inattendu et de grâce ne sont pas les bienvenus. C'est là qu'est l'os, comme disait l'autre.

Dans le cas de "Paris Manhattan", la surprise est aux abonnés absents, hélas. Le scénario déroule son lot de convenances, quitte à se répéter régulièrement pour remplir les passages à vide. L'élégance qu'affichent ses personnages passe vite pour de la superficialité, tant ils manquent d'épaisseur et de personnalité, à l'image d'un film finalement dénué de passion et d'âme.

Remplir toutes les cases de la checklist ne suffit pas. Il faut aussi un scénario qui tienne debout, des dialogues où la répartie fait mouche et des interprètes au diapason. Dans le cas de "Paris Manhattan", si les acteurs font de leur mieux pour donner vie à leurs personnages (encore que c'est surtout du côté des seconds rôles, Michel Aumont en tête, que vient la réussite), c'est surtout l'apparition du grand Woody Allen à la toute fin de "Paris Manhattan" qui en est l'attraction principale. 

Au final, on a l'impression que Sophie Lellouche peine à faire un film d'une idée de base qui aurait gagné à être enrichie. N'étant sans doute pas passée très loin d'un honnête long métrage, elle livre un premier film sans grand intérêt, hormis celui de voir ses personnages évoluer dans des décors dignes du genre, et de croiser Woody Allen.
C'est peu, mais c'est déjà ça. 

Ce film a été vu dans le cadre du Movie Challenge 2017, catégorie "Premier film".