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dimanche 18 octobre 2020

Outsiders (1983)

Sans pouvoir être qualifié d'échec, "Outsiders", sorti dans l'ombre de "Rusty James" du même Francis Ford Coppola, a longtemps été oublié et mal aimé, avant de se voir réhabilité par certains critiques et d'accéder à une vraie reconnaissance. L'ayant découvert il y a peu, je vous propose de lui consacrer ce billet. Après celui dédié à "Tucker", ce sera le second film de l'auteur du "Parrain" (entre autres) traité dans ces colonnes. Adaptant pour l'occasion un roman de T.E. Hinton et se lançant dans ce projet à la demande de jeunes lecteurs l'ayant choisi, Francis Ford Coppola débarqua à Tulsa avec ses "Outsiders", en 1983.

A Tulsa, Oklahoma, deux bandes s'affrontent, entre quolibets, agressions et batailles rangées. D'un côté, les Greasers, nés du mauvais côté de la barrière sociale et reconnaissables à leurs coiffures gominées. De l'autre, les Socs, gosses de riches à qui tout réussit. Quand un Greaser commet l'irréparable et tue un Soc, la vie de Pony Boy Curtis bascule.

Il y a quelque chose de touchant, quand on découvre dans ce film les débuts d'acteurs ayant fait du chemin depuis. Mais le traitement habituel qui consiste à évoquer avec "Rusty James" les jeunes Tom Cruise, Rob Lowe et Patrick Swayze (pour ne nommer qu'eux) est au mieux maladroit, au pire malhonnête. Ceux qui connurent des destins inégaux ne sont ici, que des seconds rôles. S'il est amusant de voir Tom Cruise incarner un loubard plutôt bas de plafond, on peut trouver injuste de se voir présenter "Outsiders" comme la pépinière de talents parfois vendue. Les véritables héros de ce film sont deux jeunes acteurs qui ne connurent pas la même trajectoire que ceux cités plus haut : Thomas Howell et Ralph Macchio (le futur "Karaté Kid") donnent vie avec talent à Pony Boy et Johnny, deux enfants perdus loin de la cité. 

Si la réalisation est parfois inégale, comme si Coppola hésitait ou avait perdu par instants de son énergie, "Outsiders" offre de très belles scènes et une reconstitution des lieux et de l'époque à saluer. Habités par leur rôle (et parce que le réalisateur leur mena la vie dure), les jeunes héros de ce film donnent vie avec une belle conviction aux personnages du roman (culte, de l'autre côté de l'Atlantique) qui l'inspire. On regrettera une version française assez médiocre (mais le fait est que les doublages étaient moins soignés, il y a quelques décennies) et une utilisation de la musique souvent envahissante, comme si aucun silence n'était autorisé. 

Dans la foulée, Francis Ford Coppola tourna, toujours à Tulsa et toujours en s'inspirant des romans de S.E. Hinton, "Rusty James", où l'on retrouva Matt Dillon, entre autres. Guère éloigné d'un film comme "Stand by me", "Outsiders" traite du passage à l'âge adulte et de la perte de l'innocence, dans un univers souvent dur. Ce film ne mérite pas le relatif oubli dans lequel il est tombé et mérite d'être revu, d'abord pour son thème, finalement toujours d'actualité, et aussi parce qu'il s'agit d'une des œuvres les moins connues d'un réalisateur majeur. 




dimanche 23 décembre 2012

Secrets de famille (2005)


Une fois de plus, je vais commencer ce billet en pestant contre la traduction française du titre du film. En effet, en franchissant la Manche, "Keeping Mum" (dont on notera la subtilité, au vu de l'intrigue) est devenu "Secrets de famille" (tout à fait le genre de titre passe-partout à peine digne d'un roman de Marc Lévy et ne signifiant rien). Ca n'est peut-être qu'un détail, mais ça augure du peu de soin apporté à la distribution d'un film dans l'Hexagone. Examinons ce film de plus près afin de savoir s'il faut ou non se fier à son emballage.

Dans la paisible bourgade de Little Wallop, le révérend Goodfellow, tout occupé qu'il est à rédiger ses sermons, ne s'est pas rendu compte que sa femme était sur le point de céder aux avances (pourtant bien lourdingues) de son professeur de golf, ni que sa fille aînée changeait de petit ami à un rythme affolant, ni que son jeune fils était le souffre-douleur de ses camarades d'école. C'est sans compter l'arrivée d'une nouvelle gouvernante, Grace, sous le toit des Goodfellow.

Il y a peu de suspense et de surprises, dans ce petit film britannique vendu comme une comédie noire. D'ailleurs, si c'est un film amusant, il ne faut pas exagérer : on ne s'aventure que très peu sur le territoire du politiquement incorrect. "Secrets de famille" reste très moral, voire moralisateur, si l'on y réfléchit bien, et est en cela à mille lieues de films où règne l'humour noir, britannique de surcroît. Réalisé par Niall Johnson, surtout connu pour avoir scénarisé "La voix des morts", ce long métrage est mis en scène de la façon la plus académique qui soit, sans plans audacieux ni effets surprenants. Pour le politiquement incorrect, on repassera, donc.

Les acteurs, en tout cas, semblent bien s'amuser : Patrick Swayze (dans un de ses derniers rôles) se moque de son image avec un plaisir évident, tandis que la délicieuse Kristin Scott-Thomas fait une nouvelle fois la démonstration de son talent, face à la grande Maggie Smith (le professeur McGonagall de la saga "Harry Potter", vue aussi dans "Indian Palace", dont je disais le plus grand bien dans ces colonnes) et à Rowan Atkinson, en pasteur distrait (ceux qui l'attendent dans un rôle de farfelu digne de Mister Bean en seront donc pour leurs frais). Notons au passage que ce n'est pas la première fois qu'il incarne un prêtre un peu original : ceux qui ont vu "Quatre mariages et un enterrement" (où il croisait déjà Kristin Scott-Thomas) se souviennent de son apparition.

On s'attend, en commençant le visionnage de "Secrets de famille", à une comédie acide et noire, digne des classiques du genre (je songe à "Arsenic et vieilles dentelles", "Buffet Froid" ou, plus récemment "L'ultime souper"(1)). Il faut avouer qu'on en est loin et qu'on ne s'aventure ici que dans les tons gris.

Un scénario un peu plus solide aurait été salutaire à "Secrets de famille". Le manque d'épaisseur du script lui fait grandement défaut : tout au long de ce film sympathique mais dispensable, on espère qu'il se passe quelque chose, qu'une intrigue majeure surgisse et nous surprenne.
Il n'en est rien, hélas.
Au final, si l'on passe un moment agréable en la compagnie des Goodfellow, il faut reconnaître qu'on les quitte sans regret.




(1) : Ce film mériterait d'ailleurs un petit billet en ces colonnes...