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dimanche 24 mai 2015

Chapeau melon et bottes de cuir (1998)


Les séries télévisées ont, semble-t-il, pris le pouvoir. On trouve chez les showrunners bien plus d'imagination que du côté des cinéastes, pourra-t-on se lamenter. A l'heure du triomphe de "Game of Thrones" ou "Mad Men", il me semble judicieux de rendre un hommage justifié aux ancêtres qui balisèrent le chemin, qu'il s'agisse du "Prisonnier", de "Mission : Impossible" ou de "Chapeau melon et bottes de cuir", par exemple. La plupart d'entre eux ont eu droit à une exploitation récente, que ce soit au petit ou au grand écran, mais le charme émanant de leur incarnation originale reste intact. 
Bien avant que les studios n'utilisent jusqu'à épuisement le filon de ces séries télévisées, il y eut déjà quelques tentatives de transpositions au grand écran. Parmi celles-ci, le passage de "Chapeau melon et bottes de cuir" ("The Avengers", en Version Originale) a laissé peu de traces dans les mémoires.

Londres, 1999 : la fin du millénaire est porteuse de catastrophes, semble-t-il. 
Alors que la météorologie n'en fait qu'à sa tête, deux agents de Sa Gracieuse Majesté, le sémillant John Steed et la ravissante Emma Pee, après s'être rencontrés, découverts, puis alliés, affrontent un ennemi capable de détraquer le temps : Sir August de Wynter, un excentrique scientifique. Celui-ci a décidé de bouleverser le climat, mais c'est sans compter les deux agents les plus britanniques.


Conspué par les fans de la série originale, "Chapeau melon et bottes de cuir" fait figure de tache dans la carrière de ses interprètes. Et pourtant, quel casting ! Uma Thurman, Ralph Fiennes, Sean Connery et, dans des rôles plus accessoires, Jim Broadbent, et Patrick McNee (le John Steed original) incarnent ici les personnages inspirés par la so sixties série télévisée qui fit le bonheur de plus d'un téléspectateur (et mériterait d'ailleurs une rediffusion), mais leur présence ne suffit pas à assurer la réussite du film. 

Deux fautes majeures sont responsables de l'échec : le scénario, tout d'abord, qui réussit à ne pas fonctionner, alors que maints épisodes de la série étaient plus fantaisistes mais réussissaient à emporter l'adhésion des spectateurs. En confondant l'exploitation raisonnable et intelligent du patrimoine de la série, le scénariste essore celui-ci et tente d'en exploser les limites, pour finalement livrer un résultat hors-sujet.

Second coupable : la réalisation. Jeremiah S. Chechik, qui s'était fait remarquer juste avant avec l'inutile remake des "Diaboliques", fait ici preuve d'un bien piètre talent pour la composition d'un long métrage. Si l'on peut pardonner les effets spéciaux qui ont bien vieilli, la mise en scène est d'une pauvreté rarement vue et témoigne d'un bien maigre capacité à conter une histoire. 
Dans la bouillie qui résulte de tout cela, les acteurs peinent à trouver leur place. Ralph Fiennes a rarement été aussi mauvais, comme s'il se rendait compte du péril dans lequel il s'est fourré et hésitait à aggraver son cas, Uma Thurman tente de limiter les dégâts et son charme de l'époque y contribue grandement, mais cela ne suffit pas. Quant à Sean Connery, portant perruque dans un de ses derniers rôles (il fit encore pire choix avant de raccrocher les crampons avec la sinistre "Ligue des gentlemen extraordinaires"), il cabotine outrageusement, prenant visiblement plaisir à s'exhiber en kilt.

Le cinéma peut faire des merveilles quand il s'empare avec talent d'une œuvre, qu'elle soit littéraire ou télévisuelle. Mais, lorsqu'il engloutit le matériau de base sans le respecter, l'avalant goulûment avant de le recracher au visage du spectateur, le résultat est loin d'être appétissant. Le cas de "Chapeau melon et bottes de cuir" est symptomatique. Si les fans de la série originale le détestent, ce n'est pas sans raison.






jeudi 12 juillet 2012

Strange Days (1995)



A l’heure où la critique (et l’académie des Oscars) encense Kathryn Bigelow pour son « Démineurs », il m’a semblé judicieux de revenir sur un de ses films les plus ambitieux et néanmoins le moins couronné de succès : « Strange Days ». Ce thriller futuriste, mettant en scène un passage chaotique à l’an 2000 (et donc, vu d’aujourd’hui, totalement obsolète) a en effet fait un bide retentissant lors de sa sortie, malgré un casting des plus alléchants : le grand Ralph Fiennes (à l’époque tout juste sorti de son rôle de nazi dans « La liste de Schindler »), Angela Bassett (qui incarna Tina Turner dans le biopic qui lui fut consacré), Juliette Lewis (qui explosa  ensuite dans « Tueurs Nés »), mais aussi quelques seconds rôles endossés par Tom Sizemore (incontournable second couteau d’Hollywood, vu dans « Heat » ou « Il faut sauver le soldat Ryan »  ), Michael Wincott (l’éternel méchant, échappé du « Robin des Bois » de Costner), ou Vincent d’Onofrio (bien connu des aficionados de la série « New York Section Criminelle »). 

Revenons un instant au millénaire passé pour tenter de comprendre pourquoi un tel film ne rencontra pas son public, si vous le voulez bien. Fraîchement séparée, à l’époque, du célèbre James Cameron (qui n’avait à l’époque pas encore commis « Titanic » ou « Avatar »), Kathryn Bigelow, réalisatrice déjà confirmée (puisqu’ayant à son actif les très efficaces « Aux frontières de l’aube », « Point Break » et  « Blue Steel ») s’est déjà fait une spécialité d’explorer les univers masculins, au gré de films d’action aux séquences musclées. 

Bref, c’est déjà une réalisatrice « qui en a ». 

Scénarisée par James Cameron (qui sait tout de même bricoler une histoire qui tient la route), l’histoire  de « Strange Days » se déroule sur fond de passage à l’an 2000. On y suit les péripéties de Lenny Nero (Fiennes, remarquable), flic déchu devenu trafiquant de clips vidéos dans lesquels on peut vivre, comme si l’on y était des instants volés à d’autres. Alors que l’approche de l’an 2000 est synonyme de débordements et de violences, qu’à tout moment la rue menace de s’embraser, Lenny tombe sur un « black-jack », enregistrement d’un meurtre laissé à son intention par un dangereux criminel. En remontant la piste, et en affrontant son passé et ses démons, le dealer va mener l’enquête, aidé en cela par une de ses amies, conductrice de limousine (Angela Bassett, féline), affrontant des flics véreux et des business-men égocentristes. 

Penchons-nous sur le film, afin de trouver ce qui a bien pu clocher au point d’en faire un bide, si vous le voulez bien… 

L’histoire est dense, riche, parfois lourde, mais le découpage du scénario est suffisamment bien réalisé pour qu’on ne se perde pas en route. La distribution est tout simplement remarquable, les premiers comme les seconds rôles bénéficiant d’une interprétation de haute volée (Fiennes et Bassett en tête, mais tout le casting est irréprochable). Aux manettes du film, Bigelow assure une réalisation efficace sans être artificielle (travers dans lequel elle aurait pu tomber, notamment dans les scènes en caméra « suggestive » pour les clips), et est servie par un montage à l’avenant. Les décors et les effets spéciaux sont également remarquables et on adhère sans problème à l’ambiance de fin de siècle (même si les esprits chagrins feront remarquer que le XXIème siècle a commencé en 2001 et non 2000). 

Enfin, la bande originale est de toute beauté, puisqu’on peut y entendre, chose rare, des morceaux de la trop rare PJ Harvey, Skunk Anansie ou de Deep Forest, pour ne citer qu’eux. 

Alors, à quoi peut-on attribuer l’échec de « Strange Days » ? Certainement pas à sa distribution, impeccable ou presque, ni à la réalisation, acérée et efficace. On pourrait lui reprocher un scénario un peu touffu et complexe, louvoyant entre intrigue policière et thriller futuriste, mais ce serait faire injure au public. En effet, à mille lieues des blockbusters faciles à digérer, « Strange Days » demande un effort pour être assimilé et pour que son discours (sur la dangerosité des technologies et des médias, notamment) trouve un écho chez le spectateur. S’il faut trouver une raison à l’injuste échec dont fut victime « Strange Days », c’est justement parce qu’il ne s’agit pas d’un film aisé à prendre en main, comme le fut en son temps le génialissime « Blade Runner » (toutes proportions gardées, mais, venant de moi, la comparaison est flatteuse). Trop riche, trop intelligent pour n’être qu’un film d’action, « Strange Days » fut mal vendu et rata son public, au point de ne rapporter qu’une dizaine de millions de dollars (tout en ayant coûté cinq fois plus).

Alors que, quinze ans plus tard, Kathryn Bigelow connait enfin la reconnaissance qu’elle mérite, il serait temps que « Strange Days » bénéficie d’une nouvelle chance. Certes, ses prédictions apocalyptiques ne se sont pas réalisées (quoique…), mais son propos reste d’une justesse et d’une pertinence rares. 

Une deuxième séance s’impose donc.