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lundi 10 octobre 2016

Le dernier combat (1983)


En regardant dans le rétroviseur, récapituler la carrière de Luc Besson, devenu en quelques années l'un des grands manitous du cinéma français, peut être instructif. Si chacun connaît ses longs métrages les plus célèbres, on oublie souvent que son premier film, "Le premier combat", était né dans la souffrance, ses producteurs devant financer au jour le jour le tournage de ce film post-apocalyptique en noir et blanc, sans une ligne de dialogue. 

L'humanité a fini par s'anéantir, ou presque. Il ne reste qu'un champ de ruines et quelques survivants qui tentent de continuer à subsister, quitte à s'entre-tuer pour assurer leur survie. Le cataclysme a eu pour effet majeur la perte de parole chez tous les humains, et la quasi-disparition des femmes. Parmi eux, un homme trouve refuge dans une ville détruite, auprès d'un vieux médecin que la folie guette. Les menaces sont multiples, autour d'eux...

Dès ce premier opus, on retrouve quelques-unes des constantes de ce qui sera la "patte" Besson (celle qu'il perdit finalement en accédant au succès, pourrait-on déplorer) : la musique omniprésente de son complice Eric Serra, ses interprètes fétiches (Jean Reno, encore tout jeune, ou l'irremplaçable Jean Bouise) et une ambiance particulière, entre drame et humour, comme imprégnée de la culture BD où Besson s'abreuva tant de fois. Développant sur la longueur son court-métrage "L'avant-dernier", il se lance ici dans l'aventure en bricolant un film de genre. L’exercice était audacieux, surtout quand on sait la frilosité hexagonale dans ce registre. 

Au regard du chemin parcouru par Luc Besson depuis ce premier opus, flirtant avec le film d'auteur, par son format et ses choix tant esthétiques que narratifs, on peut émettre des regrets sur ce que ce réalisateur aurait pu devenir, s'il avait par la suite fait d'autres choix. En effet, malgré ses imperfections (en partie inhérentes au peu de moyens de l'entreprise, en partie parce qu'elles préfigurent ce que sera Besson plus tard), il faut reconnaître au "Dernier combat" une véritable audace et un intérêt certain, surtout si on le replace dans son époque. Sans être un film majeur, il a le petit supplément d'âme dont sont dépourvus pas mal d'autres longs métrages. C'est déjà ça, même si l'histoire nous dit que cette âme a vite été diluée, voire broyée, quand à l'apprenti-artiste a succédé l'homme d'affaires. 

Monté avec des bouts de ficelle, mais bénéficiant déjà d'un certain talent de réalisateur, "Le dernier combat" reçu le Grand Prix du Festival d'Avoriaz en 1983. Luc Besson put alors mettre en scène "Subway", avant de connaître le triomphe public avec "Le grand bleu". L'histoire d'un homme de cinéma était en marche. Ses ambitions de l'époque étaient toutes autres de celles du producteur qu'il est devenu. Après la sortie du "Dernier combat", et son relatif échec commercial, il se brouilla avec son coproducteur, acteur et co-scénariste, Pierre Jolivet, et choisit de suivre sa propre route. En voyant là où elle l'a mené aujourd'hui, il est permis d'émettre quelques regrets.


samedi 30 août 2014

Maintenant c'est ma vie (2013)


Couvert de récompenses, le roman "Maintenant c'est ma vie" ("How I live now" dans sa version originale) a valu à son auteure, Meg Rosoff d'accéder rapidement à la célébrité dans sa Grande-Bretagne d'adoption, en matière de littérature jeunesse. Par une mécanique maintenant bien éprouvée, il était tout naturel que son livre fasse l'objet d'une adaptation au cinéma, le film en résultant ciblant le même public que le matériau d'origine : les adolescents. Hélas, on ne gagne pas à tous les coups et "Maintenant c'est ma vie" ne reçut pas le même accueil au grand écran que d'autres œuvres adaptées. Il avait pourtant, à en croire son pitch, plus de choses à dire que certaines franchises de ma connaissance qui battent des records de box-office dans leur catégorie.

Adolescente new-yorkaise superficielle, Elisabeth (même si elle refuse qu'on l'appelle ainsi et préfère être nommée Daisy) passe ses vacances d'été dans la campagne anglaise, avec des cousins qu'elle n'a jamais fréquentée. Pendant ce temps, le monde extérieur sombre dans la Troisième Guerre Mondiale. Tandis que Daisy découvre la vraie vie et l'amour en la personne d'Eddie (son cousin, tout de même !), Londres est l'objet d'une attaque nucléaire. Bientôt, cet été va virer au cauchemar, et Daisy va devenir une autre personne.

Une adolescente rebelle et mal dans sa peau, le retour à la terre, un conflit larvé qui soudain explose : les ingrédients inattendus pouvaient donner un cocktail détonant, à la portée politique forte. Je ne doute pas un instant que le livre a mérité ses récompenses et qu'il a su emporter ses lecteurs, tout en leur donnant matière à réfléchir. Ces derniers devaient d'ailleurs attendre de pied ferme l'adaptation au grand écran du roman qui les fit vibrer et réfléchir. Aux commandes de cette adaptation, Kevin McDonald, unanimement salué pour "Le dernier roi d'Ecosse" (mais on lui doit également l'intéressant "L'aigle de la neuvième légion") était donc méchamment attendu au virage.

Malheureusement, ce qui pouvait être une fable noire porteuse d'un véritable message vire vite au film d'aventure pour adolescents. S'envole alors toute prétention politique, toute attaque frontale envers le système. On avait espéré avoir affaire à une oeuvre vilipendant les obsessions sécuritaires de notre époque, on a seulement droit à une bluette sur fond de monde en ruines. Louchant vers ce qui a déjà été fait en la matière (je songe notamment à "28 jours plus tard" ou aux "Fils de l'homme"), Kevin McDonald enrobe hélas son propos d'une épaisse couche de guimauve qui rend le tout indigeste. La pseudo-rédemption de Daisy, déclenchée par - excusez du peu - un conflit de grande ampleur, paraît totalement artificielle.
Circonstance aggravante : la version française est déplorable. Il est à croire que le doublage des jeunes interprètes se doit d'être agaçant. 

Alors, malgré la présence de la jolie Saoirse Ronan (la seule à tirer son épingle du jeu dans le jeune casting), on perd vite tout intérêt à visionner ce film. Kevin McDonald, cinéaste hétéroclite, est visiblement capable du meilleur comme du pire. A n'en pas douter, "Maintenant c'est ma vie" fait partie de la deuxième catégorie : c'est bien dommage.


jeudi 22 mai 2014

Idiocracy (2006)


Le cinéma, et en particulier celui qui explore la science-fiction, met souvent en évidence les défauts de nos sociétés en imaginant ce que pourrait devenir notre monde à l'avenir. Certains films posent ces questions de façon presque imperceptible, laissant les spectateurs se questionner et débattre à l'envi, d'autres (plus rares) y vont avec de gros sabots. Objet filmique méconnu (que j'aurais laissé filer sans la grande perspicacité du très recommandable Ciné Fusion), "Idiocracy" (aussi connu sous le nom de "Planet Stupid" pour sa sortie DVD) n'y va pas avec le dos de la cuillère pour délivrer son propos. Réalisé et co-scénarise(1) par Mike Judge, qui avait déjà commis "Beavis et Butt-Head se font l'Amérique", ce film n'est jamais sorti en France et n'est trouvable qu'en DVD.

Afin d'expérimenter l'hibernation, l'armée américaine décide de plonger dans un sommeil artificiel deux citoyens étasuniens : Joe, un militaire brillant par sa médiocrité, et Rita, une prostituée. L'expérience tourne mal et les deux cobayes sont oubliés pendant 500 ans. Durant cette période, les Etats-Unis ont vu leur niveau intellectuel baisser dramatiquement, à grands coups d'émissions télévisées abrutissantes, de consommations de sodas et de fast-foods. 
Devenu du coup l'homme le plus intelligent du monde, le peu remarquable Joe va se trouver parachuté dans les plus hautes sphères d'un monde où la bêtise règne. 

Sous ses dehors de comédie parfois épaisse, "Idiocracy" est une farce féroce qui, dès ses premières minutes, fait froid dans le dos. Les premières séquences, si elles paraissaient un brin excessives lors de la sortie du film, sont d'ores et déjà d'actualité (il suffit de jeter un œil à n'importe quelle émission de télé-réalité ou au premier spot publicitaire venu). Pouvant sans rougir être qualifié de visionnaire, "Idiocracy", même si c'est fait avec un trait parfois épais, met en évidence pas mal des traits de nos sociétés occidentales : la bêtise érigée en vertu, la consommation outrancière comme un mode de vie, la femme uniquement considérée en tant qu'objet sexuel et l'homme n'utilisant que la partie la plus reptilienne de son cortex.

Mené par une distribution faite d'inconnus (ou presque, l'acteur principal, Luke Wilson, n'ayant pas brillé à Hollywood), "Idiocracy" se concentre sur son propos, ne laissant jamais la forme l'emporter sur le fond. Corrosif comme rarement un film l'aura été, il n'épargne rien ni personne et ne fait aucun compromis. Dans un monde où la stupidité l'a emporté, et où les grandes marques ont réduit la Terre à une immense décharge stérile, les différents chapitres de cette fable au vitriol sont remarquablement mis en scène, rendant le propos encore plus virulent.

Devenu culte depuis sa sortie, "Idiocracy" fait l'objet, dans son pays d'origine, d'un véritable retour en grâce depuis quelques années. Dans nos contrées, ses aficionados sont plus rares, mais il gagnerait à être visionné et reconnu, tant sa parole est juste.

On pardonnera donc les gags un peu lourds qui émaillent ça et là "Idiocracy" et les effets spéciaux en carton (le budget total du film doit équivaloir au budget "cantine" d'un volet de "Transformers"). D'une pertinence rare et d'une impertinence qui fait du bien, ce film possède l'impact d'un direct au foie. Après l'avoir visionné, on peut raisonnablement se dire que l'avenir qui y décrit pourrait ne pas attendre cinq siècles. 





(1) : le deuxième scénariste est un certain Etan Cohen...à ne pas confondre avec Ethan Coen, le co-réalisateur de "The big Lebowski" ou "O' Brother".

jeudi 30 mai 2013

Absolom 2022 (1994)


La carrière de certains acteurs est parfois surprenante. Tel notre Christophe Lambert national, Ray Liotta fut propulsé avec un seul film ("Les affranchis") dans le cercle des comédiens "bankables", au début des années 1990. Alors qu'il devait disposer, sur son bureau, de quantité de propositions intéressantes, le bonhomme fit des choix inattendus et ne confirma pas l'essai. Au sein du grand public, ils sont minoritaires, ceux qui peuvent associer son nom aux films dans lesquels il apparut, je pense. Et pourtant, Ray Liotta, dans la décennie qui suivit le film de Scorcese, tourna sous la houlette de nombreux réalisateurs, s'aventurant dans des domaines allant de la comédie romantique (le très sympathique "Corrina" pourrait en témoigner) à l'anticipation, comme avec "Absolom 2022".

Nous sommes en 2022. Ancien héros de guerre, Robbins se trouve envoyé, parce qu'il a tenu tête au directeur de la prison où il était détenu, sur Absolom, une île (gérée par une société privée) dont personne ne peut s'évader. Là, il va découvrir l'enfer. Les détenus d'Absolom suivent la loi du plus fort, avec un seul interdit : l'évasion. Naturellement, Robbins va devoir se faire une place dans cette société, sans perdre de vue son objectif final : s'évader.
Réalisé par Martin Campbell, qui prendra, après ce film, les commandes de "Goldeneye", "Absolom 2022" n'est clairement pas un film qui donnera la migraine à ses spectateurs. Point de réflexion, de drame psychologique dans ce long métrage où l'action règne en maîtresse. Souvent violent, toujours efficace, "Absolom 2022", dont la réalisation augure de la suite de la carrière de son réalisateur, est donc un honnête film d'action, dont il est étonnant qu'il n'ait pas trouvé son public.

Fort bien réalisé, le film est également remarquable par son interprétation, notamment en ce qui concerne les seconds rôles. Stuart Wilson, par exemple, endosse le rôle d'un méchant tel qu'on en voyait dans le cinéma des années 1990, avec une délectation visible à l'écran. On notera aussi la présence d'autres célèbres seconds couteaux du cinéma, comme Lance Henriksen ou Kevin Dillon.

N'ayant pas trouvé sa place, à l'ombre de ses multiples références (en vrac, "Mad Max" ou "New York 1997"), "Absolom 2022" fut probablement victime de son manque d'ambition et de son scénario finalement très classique, qui ne devrait surprendre personne. Si l'ambiance est là, il faut bien reconnaître qu'on suit l'intrigue sans cependant bondir de son siège au gré de son déroulement. 

Malgré son manque d'ambition, "Absolom 2022" n'est pas qu'un sympathique nanar. Il s'agit d'un film d'action assumé, distrayant. Sans grande surprise, il est néanmoins efficace et se laisse revoir avec plaisir. C'est une qualité absente de bien des films. 




mercredi 27 février 2013

Waterworld (1995)



Alors qu'il vient de recevoir un César d'honneur pour l'ensemble de sa carrière, il peut être intéressant de jeter un coup d'oeil dans le rétroviseur et de se pencher sur la carrière de Kevin Costner. Propulsé au rang de superstar en quelques films, l'acteur a expérimenté douloureusement l'adage qui veut que "la roche tarpéienne est proche du Capitole" (je sais, ça en jette un maximum, ce genre de citations). Ce discrédit coïncida grandement avec la sortie de "Waterworld", monstrueux bide financier en son temps, au budget explosé (175 millions de dollars) et à l'acueil désastreux (en partie causé par la médiatisation de son tournage délirant).
La suite de l'histoire est connue : les deux Kevin (Reynolds et Costner) se brouillèrent à mort à l'occasion du tournage cataclysmique de "Waterworld". Résultat, l'acteur enchaîna avec "Postman" (qu'il réalisa) qui fut également un bide, avant de perdre définitivement son statut de star des années 90. Quant au réalisateur, il enchaîna avec "187 code meurtre", puis "La vengeance de Monte-Cristo", avant de réaliser le très moyen "Tristan et Iseult" (dont j'ai déjà parlé ici).

Nous sommes au XXVème siécle. A force de réchauffement climatique, la catastrophe a eu lieu : la glace des pôles a fondu et l'eau a recouvert la quasi-intégralité de la planète. Les survivants se sont organisés en tribus, et certains sont en quête de Dryland, dernier bout de terre épargné. C'est à ce moment que surgit un individu étrange, seul sur son bateau...

Le genre post-apocalyptique a ses références et il est difficile de s'y frotter sans subir la comparaison. En l'occurrence, "Waterworld" peut être qualifié de "Mad Max aquatique". C'est plus précisément au deuxième volet de la trilogie australienne qu'il faut comparer ce film. Force est de reconnaître qu'il y a bien des similitudes entre les deux films, mais que "Waterworld" n'a pas l'efficacité brutale de "Mad Max 2". Et c'est là que se situe le problème. Vendu comme le blockbuster ultime (la tag-line était d'ailleurs "Rien de ce que vous avez vécu ne nous a préparé à...Waterworld"), ce film n'a finalement rien d'exceptionnel, hormis son budget démesuré. 

Réalisé par Kevin Reynolds, qui avait contribué à la gloire de Costner avec un Robin des Bois pourtant poussif, "Waterworld" est à bien des égards une simple copie de "Mad Max 2", et l'on pourrait s'amuser à faire moult parallèles entre les deux films. C'est ludique, certes, mais en aucun cas mémorable.

Les acteurs en font des tonnes, chacun dans leur registre. Entre un Costner souvent mutique, un Hopper outrancier et une Jeanne Tripplehorn décidée qui connait son plus grand rôle, tous accomplissent leur tâche avec excès, mais dans pareil cas, on est prêt à leur accorder le bénéfice du doute.
Le scénario de "Waterworld" (auquel avait tout de même collaboré un certain David Twohy, qui fit sensation avec "Le fugitif" quelques années plus tôt) est sans doute son plus gros défaut. Jamais surprenant, rarement audacieux, le script se contente de dérouler une histoire prévisible, utilisant sans vergogne tous les clichés imaginables. 

C'est assez mal réalisé, certes, mais ça vaut bien n'importe quel Michael Bay (ou Roland Emmerich) et ça ne vieillit finalement pas trop mal. Sans être le naufrage et le cauchemar décrit par la presse de l'époque, "Waterworld" est finalement un film d'action comme nombre d'autres. Comme quoi, un budget pharaonique n'assure en rien d'entrer dans les mémoires des cinéphiles.







mardi 18 décembre 2012

Los Angeles 2013 (1996)



Pour les amateurs de cinéma de science-fiction, John Carpenter, l'un des derniers artisans indépendants de ce créneau phagocyté par les grands studios, est un mythe vivant. Auteur de nombreux grands classiques du  cinéma de genre (on citera, en vrac, "The Thing", "Christine", "Halloween") le bonhomme n'a jamais cependant reçu dans son pays d'origine la reconnaissance qu'il a en France, par exemple. "New York 1997", sorti en 1981, mettait pour la première fois en scène Snake Plissken, interprété par Kurt Russell, lui aussi rangé dans la catégorie des irréductibles indépendants du septième art, des fortes têtes du cinéma américain. 

En 1995, alors qu'ils finalisaient la sortie DVD de leur "New York 1997", Carpenter et Russell décidèrent d'y donner une suite. Réussissant par on ne sait quel miracle à obtenir des pontes de la Paramount un budget plus que confortable (50 millions de dollars) pour tourner ce qui est plus un remake qu'une suite, il faut bien l'avouer. Malheureusement, le film ne connaîtra pas le succès attendu par ses producteurs et Carpenter renoncera à tourner un troisième opus des aventures de Plissken (ce qui n'est sans doute pas plus mal) et devra oublier les budgets pharaoniques pour retourner à ce qu'il maîtrise le mieux.

Depuis son sauvetage réussi du président américain (dans "New York 1997"), Snake Plissken a disparu de la surface de la Terre. Pendant ce temps, les Etats-Unis sont passé sous la dictature d'un président ultra-conservateur. Tous ceux qui n'entrent pas dans le moule très étroit de la normalité sont déportés vers Los Angeles, séparé du continent depuis que le "Big One", le séisme tant redouté, a dévasté la Californie. Seulement, voilà : la fille du président, en opposition totale avec son fasciste de père, a décidé de filer rejoindre le leader des guerilleros de Los Angeles, sorte de Che Guevara post-apocalyptique, emportant avec elle la clé d'une arme menaçant la planète toute entière. Un seul homme au monde peut récupérer cette boîte noire : le plus "bad-ass" de tous les héros, j'ai nommé Snake Plissken.

Cette nouvelle aventure d'un des anti-héros les plus célèbres du cinéma fantastique reprend, grosso modo, le schéma du premier opus, en les mettant à la mode de l'époque, tant bien que mal. Alors, oui, les effets spéciaux sont assez ratés, il faut l'avouer tout de suite, même pour l'époque (rappelons que Spielberg a sorti peu de temps avant "Jurassic Park", qui redéfinit pas mal de standards en matière d'images de synthèse). Il faut dire que la société chargée des effets spéciaux coula avant d'avoir pu finir le travail : ceci explique sans doute cela.
De même, les seconds rôles sont bien pâles en comparaison du premier opus des aventures de Snake. Stacy Keach n'a pas le charisme de Lee Van Cleef, et Cliff Robertson, sans être mauvais, n'est pas Donald Pleasance. De même George Corraface n'arrive pas à la cheville d'Isaac Hayes et même Steve Buscemi est assez agaçant dans le rôle du perpétuel traître.

A la caméra, le vétéran Carpenter assure, une nouvelle fois, et réussit cependant à faire passer son message dans quelques scènes marquantes : s'en prenant à Hollywood et son industrie (de la vanité des studios à la dictature de l'apparence et du politiquement correct), puis à l'Amérique toute entière (le Président du film ferait passer Mitt Romney pour un dangereux libertaire) et enfin à la civilisation entière. La scène finale est sans doute la plus délectable de toutes. Ecrite par Russell lui-même, elle est suffisamment culottée pour justifier le visionnage du film, d'ailleurs.

Au final, l'impression générale qui ressort de "Los Angeles 2013" est que John Carpenter et Kurt Russell ont joué un joli tour à la Paramount, et à Hollywood en général. Se faisant confier les clés du plus grand magasin de jouets de la planète, tous deux s'éclatent à y rejouer "New York 1997" et à donner de grands coups de tatanes dans la jolie vitrine d'Hollywood, ce qui reste assez délectable, reconnaissons-le.

En ciblant un peu mieux leur scénario, et en évitant l'escalade (parce Snake a droit à des poursuites en voiture, en moto, à un coup de surf en plein tsunami et un petit voyage en deltaplane, ce qui fait tout même beaucoup pour un seul homme, vous en conviendrez), Carpenter et Russell auraient pu réussir parfaitement leur coup et secouer Hollywood avec un film digne de rester dans les mémoires. Un cran en-dessous de son illustre prédécesseur, "Los Angeles 2013" ne vaut pas l'original.
Nostalgie, quand tu nous tiens...



vendredi 17 août 2012

Les fils de l'homme (2006)



Le nom d'Alfonso Cuaron est associé, pour le grand public, à la saga Harry Potter, et plus précisément à son troisième épisode (sans doute le meilleur, à mon humble avis), « Le prisonnier d'Azkaban ». Moins nombreux sont les spectateurs ayant vu ses autres films, notamment « Les fils de l'homme », dont je vais vous entretenir aujourd'hui.
 
En l'an de grâce 2027, l'humanité approche de son extinction. En effet, hommes et femmes ne peuvent plus se reproduire. Alors que le dernier être humain ayant vu le jour décède, à l'âge de 18 ans, une jeune femme tombe enceinte, ce qui n'est plus arrivé depuis une vingtaine d'années. Celle-ci devient l'enjeu de toutes les luttes. C'est la raison pour laquelle Theo, ancien activiste politique, est engagé pour assurer sa sécurité. Dans un monde où tout espoir a disparu, Theo devra réapprendre à se battre, pour elle et l'espoir qu'elle porte...
 
Tiré du roman éponyme de P.D. James, « Les fils de l'homme » est un film d'anticipation extrêmement sombre, proche de grands classiques comme « Soleil Vert » ou « 1984 ». Doté d'un casting en béton armé (tant au niveau des premiers rôles que des seconds), il a globalement été bien accueilli par la critique, mais ne rencontra pas le succès public escompté.
 
Si vous voulez mon avis (et si vous lisez ces lignes, c'est probablement le cas), « Les fils de l'homme » aurait mérité un véritable triomphe. Loin de n'être qu'un film d'anticipation, il s'agit là d'une véritable réflexion sur l'avenir de l'homme. Dans un décor où s'entremêlent terrorisme, religion, contestation et immigration, ce long métrage est de ceux qui donnent à réfléchir (une des caractéristiques des grands films d'anticipation, justement). Certes, il s'agit d'un film complexe, tant il sollicite la matière grise de ses spectateurs, au vu des thèmes abordés. Mais c'est une œuvre qui ne laisse pas indifférent et, surtout, reste longtemps présent à l'esprit, par les questions qu'il a soulevé.
 
D'un point de vue purement cinématographique, force est également d'avouer qu'il s'agit d'un grand film. Alfonso Cuaron, dont on avait déjà apprécié le talent narratif et technique dans « Le prisonnier d'Azkaban » (avec, notamment, la scène où ses héros remontent le temps), donne ici libre cours à sa virtuosité, à l'occasion de quelques plans-séquences de toute beauté. Navigant à son aise dans un monde essentiellement gris et sale, Cuaron rend son histoire crédible, mettant toute l'efficacité son talent au service de celle-ci. Nombre de festivals ne s'y sont pas trompé, le film ayant été maintes fois récompensé pour sa photographie, sa direction artistique ou son scénario...
 
Enfin, cerise sur le gâteau, le casting est à l'avenant. En tête d'affiche, quelques grandes stars (Clive Owen, Julianne Moore et Michael Caine), et d'autres acteurs moins connus donnent eux aussi toute la mesure de leur talent, au service du film.
 
Alors, pourquoi un tel flop, me direz-vous ?
On jettera la pierre, tout d'abord, au distributeur du film (UIP, pour le nommer), qui n'assura pas la  promotion des « Fils de l'homme » comme il l'aurait fallu. Suite à une campagne marketing bâclée, le film n'eut pas, en son temps, une grosse couverture médiatique et peina à rencontrer son public à sa sortie. Pire encore, alors que bouche-à-oreille aurait pu lui être favorable, voire salutaire, le distributeur choisit de le retirer des salles, à la faveur d'autres films sortis à la même époque.
La seconde pierre est à réserver au film lui même. Malgré ses indéniables qualités, énumérées plus haut, il faut bien reconnaître qu'il s'agit d'un film complexe et plutôt anxiogène. A n'en pas douter, ces caractéristiques ne jouent pas en la faveur de la rencontre entre un film et son public, ce dernier étant souvent plus difficile à entraîner dans les salles obscures quand le film demande quelque effort
 
Les années qui s'écoulent sont bénéfiques pour certains grands crus. Je pense qu'elles peuvent aussi l'être pour certains films, dont celui-ci fait partie. Il ne nous reste plus qu'à offrir aux « Fils de l'homme » une deuxième séance, en DVD par exemple.


dimanche 5 août 2012

Never let me go (2011)



Il est des thèmes qui, selon le traitement qu'ils subissent, peuvent donner des films radicalement différents. A titre d'exemple, je pourrais citer "Armageddon" (de Michael "Bulldozzer" Bay) et "Deep Impact" (réalisé par Mimi Leder) : partant du même pitch de base, les deux films n'ont, au final, que peu en commun, l'un (devinez lequel) accumulant les effets spectaculaires, tandis que l'autre réussit à garder une dimension humaine. 

En visionnant "Never let me go", on ne peut s'empêcher de faire la même comparaison, son pendant "hollywoodien" étant cette fois "The Island" (de Michael "char Panzer" Bay, encore !). En effet, il est question, dans ce film de science-fiction, de clones "élevés" pour servir de donneurs d'organes, en vue de prolonger l'existence des nantis leur ayant servi de modèle.
Même si le décor a changé (nous ne sommes plus sur une île, mais en Angleterre), nul n'est besoin d'être devin pour voir les similarités entre les deux films. Le parallèle entre "The Island" et "Never let me go" est l'occasion de mesurer la différence de traitement entre deux réalisateurs (j'irais même jusqu'à parler de deux conceptions du cinéma). D'un point de vue "business", le verdict fut sans appel : "The Island" fut couronné de succès, tandis que son pendant britannique est passé aux oubliettes. Faites le test autour de vous, vous constaterez sans peine, j'en ai peur, que peu de gens connaissent "Never let me go", tandis que le film de Michael "Caterpillar" Bay jouit d'une relative notoriété. 

Pour résumer le film, sachez que, dans "Never let me go" (tiré du roman "Auprès de moi toujours" de Kazuo Ishiguro), les "clones" futurs donneurs d'organes sont élevés dans une institution coupée du monde vouée, semble-t-il, à leur apporter le meilleur. Quand ils arrivent en âge d'accomplir leur mission, ils quittent cette école pour remplir leur mission, consciencieusement, puisque théoriquement dépourvus d'âme. Le seul espoir d'un sursis réside dans l'existence entre eux de l'amour, qu'ils doivent néanmoins prouver. 
 
Entre science-fiction et tragédie romantique, "Never let me go" est réalisé par Mark Romanek, sur un scénario de Alex Garland, collaborateur régulier de Danny Boyle. Son casting compte les jeunes (et excellents) Andrew Garfield (tête d'affiche du récent reboot de "Spiderman"), Keira Knightley et Carey Mulligan, mais aussi Charlotte Rampling, impériale de sobriété. Sur un rythme lent, le film éblouit par sa beauté plastique. Mais, surtout, il est de ces films qui font réfléchir, une fois leur visionnage terminé. L'un des buts de la science-fiction est de servir de miroir à notre monde, et à y projeter ses travers. "Never let me go" excelle dans cette utilisation d'un genre si souvent décrié. 

A ce titre, comme à celui de la réussite cinématographique, l'échec commercial de ce film est foncièrement injuste (surtout au regard du succès du blockbuster de Michael Bay, dont vous aurez tous compris à quel point j'ai peu d'estime). Il mérite amplement une deuxième séance...

jeudi 12 juillet 2012

Strange Days (1995)



A l’heure où la critique (et l’académie des Oscars) encense Kathryn Bigelow pour son « Démineurs », il m’a semblé judicieux de revenir sur un de ses films les plus ambitieux et néanmoins le moins couronné de succès : « Strange Days ». Ce thriller futuriste, mettant en scène un passage chaotique à l’an 2000 (et donc, vu d’aujourd’hui, totalement obsolète) a en effet fait un bide retentissant lors de sa sortie, malgré un casting des plus alléchants : le grand Ralph Fiennes (à l’époque tout juste sorti de son rôle de nazi dans « La liste de Schindler »), Angela Bassett (qui incarna Tina Turner dans le biopic qui lui fut consacré), Juliette Lewis (qui explosa  ensuite dans « Tueurs Nés »), mais aussi quelques seconds rôles endossés par Tom Sizemore (incontournable second couteau d’Hollywood, vu dans « Heat » ou « Il faut sauver le soldat Ryan »  ), Michael Wincott (l’éternel méchant, échappé du « Robin des Bois » de Costner), ou Vincent d’Onofrio (bien connu des aficionados de la série « New York Section Criminelle »). 

Revenons un instant au millénaire passé pour tenter de comprendre pourquoi un tel film ne rencontra pas son public, si vous le voulez bien. Fraîchement séparée, à l’époque, du célèbre James Cameron (qui n’avait à l’époque pas encore commis « Titanic » ou « Avatar »), Kathryn Bigelow, réalisatrice déjà confirmée (puisqu’ayant à son actif les très efficaces « Aux frontières de l’aube », « Point Break » et  « Blue Steel ») s’est déjà fait une spécialité d’explorer les univers masculins, au gré de films d’action aux séquences musclées. 

Bref, c’est déjà une réalisatrice « qui en a ». 

Scénarisée par James Cameron (qui sait tout de même bricoler une histoire qui tient la route), l’histoire  de « Strange Days » se déroule sur fond de passage à l’an 2000. On y suit les péripéties de Lenny Nero (Fiennes, remarquable), flic déchu devenu trafiquant de clips vidéos dans lesquels on peut vivre, comme si l’on y était des instants volés à d’autres. Alors que l’approche de l’an 2000 est synonyme de débordements et de violences, qu’à tout moment la rue menace de s’embraser, Lenny tombe sur un « black-jack », enregistrement d’un meurtre laissé à son intention par un dangereux criminel. En remontant la piste, et en affrontant son passé et ses démons, le dealer va mener l’enquête, aidé en cela par une de ses amies, conductrice de limousine (Angela Bassett, féline), affrontant des flics véreux et des business-men égocentristes. 

Penchons-nous sur le film, afin de trouver ce qui a bien pu clocher au point d’en faire un bide, si vous le voulez bien… 

L’histoire est dense, riche, parfois lourde, mais le découpage du scénario est suffisamment bien réalisé pour qu’on ne se perde pas en route. La distribution est tout simplement remarquable, les premiers comme les seconds rôles bénéficiant d’une interprétation de haute volée (Fiennes et Bassett en tête, mais tout le casting est irréprochable). Aux manettes du film, Bigelow assure une réalisation efficace sans être artificielle (travers dans lequel elle aurait pu tomber, notamment dans les scènes en caméra « suggestive » pour les clips), et est servie par un montage à l’avenant. Les décors et les effets spéciaux sont également remarquables et on adhère sans problème à l’ambiance de fin de siècle (même si les esprits chagrins feront remarquer que le XXIème siècle a commencé en 2001 et non 2000). 

Enfin, la bande originale est de toute beauté, puisqu’on peut y entendre, chose rare, des morceaux de la trop rare PJ Harvey, Skunk Anansie ou de Deep Forest, pour ne citer qu’eux. 

Alors, à quoi peut-on attribuer l’échec de « Strange Days » ? Certainement pas à sa distribution, impeccable ou presque, ni à la réalisation, acérée et efficace. On pourrait lui reprocher un scénario un peu touffu et complexe, louvoyant entre intrigue policière et thriller futuriste, mais ce serait faire injure au public. En effet, à mille lieues des blockbusters faciles à digérer, « Strange Days » demande un effort pour être assimilé et pour que son discours (sur la dangerosité des technologies et des médias, notamment) trouve un écho chez le spectateur. S’il faut trouver une raison à l’injuste échec dont fut victime « Strange Days », c’est justement parce qu’il ne s’agit pas d’un film aisé à prendre en main, comme le fut en son temps le génialissime « Blade Runner » (toutes proportions gardées, mais, venant de moi, la comparaison est flatteuse). Trop riche, trop intelligent pour n’être qu’un film d’action, « Strange Days » fut mal vendu et rata son public, au point de ne rapporter qu’une dizaine de millions de dollars (tout en ayant coûté cinq fois plus).

Alors que, quinze ans plus tard, Kathryn Bigelow connait enfin la reconnaissance qu’elle mérite, il serait temps que « Strange Days » bénéficie d’une nouvelle chance. Certes, ses prédictions apocalyptiques ne se sont pas réalisées (quoique…), mais son propos reste d’une justesse et d’une pertinence rares. 

Une deuxième séance s’impose donc.