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vendredi 17 février 2017

Mad Dog and Glory (1993)


Il est des films qu'on aime, bien qu'ils soient souvent méconnus, voire totalement inconnus par nombre de spectateurs. J'avais un joli souvenir de "Mad Dog and Glory", et de son trio d'acteurs, l'ayant vu il y a longtemps. Ayant eu l'opportunité de le revisionner, j'ai envie de l'évoquer ici. Réalisé par John Mc Naughton et produit par Martin Scorcese, cette histoire mêlant romance et gangsters, menée par Robert de Niro, Uma Thurman et Bill Murray, mérite, à mes yeux, d'être tirée de l'oubli.

Surnommé "Mad dog" par ses collègues policiers, Wayne est chargé de photographier les scènes de crime. Parce qu'il sauve la vie de Frank Milo, truand notoire qui aurait voulu être humoriste, Wayne voit un jour débarquer chez lui la jolie Glory, à titre de remerciement de la part de Milo. Tous deux vont apprendre à se connaître, à s'apprécier et finalement à s'aimer. Seulement, ce n'est pas si simple : Milo ne compte pas se laisser déposséder de Glory.


Un type ordinaire qui voit sa vie prendre un tour inattendu, voilà qui est classique et qui, souvent, a donné de beaux films. L'histoire de Wayne, homme tranquille, dont la trajectoire percute celle d'un gangster qui aurait voulu faire du stand-up, est souvent touchante, parfois amusante. mais surtout pleine d'une humanité que nombre de films peinent à évoquer. John Mc Naughton, sortant à l'époque de "Henry, portrait d'un serial killer" et qui connaîtra son plus grand succès avec "Sexcrimes", réalise ici un film qui fait la part belle à ses personnages et à leurs imperfections. Pour peu qu'on s'attache un peu à eux (et c'est plutôt facile), on a tôt fait d'embarquer aux côtés de Wayne, Milo et Glory. 

Les acteurs qui donnent vie à ces personnages sont pour beaucoup dans la réussite de l'entreprise. Robert de Niro, qui n'avait alors plus grand chose à prouver, s'aventure sur un territoire qu'il n'avait pas encore exploré, choisissant le rôle de Wayne plutôt que celui de Milo, qu'on lui avait initialement proposé. Et c'est là que se situe une des meilleures idées du film, parce qu'il donne à son personnage une humanité (oui, je me répète) et une fragilité lui conférant une vraie épaisseur. Face à lui, Bill Murray, sortant du génial "Un jour sans fin", est parfait en malfrat odieux mais plein de failles. Entre eux, Uma Thurman, délicieuse (c'était bien avant qu'elle n'envisage le botox) et encore peu connue (c'était avant "Pulp Fiction"), joue l'ingénue avec une vraie grâce. Enfin, il serait injuste de ne pas signaler la prestation pleine de nervosité de David Caruso, pas encore embauché chez les "Experts" télévisés.

Le subtil numéro d'équilibre proposé par "Mad Dog and Glory" est finalement réussi : entre romance et film de gangsters, avec une pointe d'ironie. Ses personnages, qu'ils soient flic, truand ou fille un peu perdue, ne sont pas là où ils voudraient être et se dépêtrent tant bien que mal dans leurs vies.

Sans doute oublié de bon nombre de spectateurs, ce film mérite, à mes yeux en tout cas, d'être dépoussiéré.

Ce film a été vu dans le cadre du Movie Challenge 2017, catégorie "Film que j'aime bien secrètement" (mais j'assume).



samedi 19 novembre 2016

Vatel (2000)


Le film historique est souvent un exercice périlleux et il ne suffit pas de disposer de beaux décors et de jolis costumes pour raconter une histoire dans l'Histoire. Nombreux sont ceux qui échouèrent dans cet exercice. Roland Joffé, qui pourtant avait, avec "Mission", récolté maintes récompenses et louanges, échoua à séduire avec son "Vatel", qui racontait l'histoire tragique d'un des plus grands cuisiniers français, à la cour du Roi Soleil.

Maître des plaisirs au service du Grand Condé, qui cherche à retrouver les faveurs du Roi-Soleil, François Vatel a fort à faire en organisant les festivités accompagnant le séjour de Louis XIV au château de Chantilly. Entre les intrigues de cour, les exigences des courtisans et l'ambition de la tâche que lui a confié Condé, Vatel a fort à faire, d'autant plus qu'il considère son oeuvre comme un art. 

On connait tous, ou presque, la tragique destinée de Vatel, qui alla jusqu'à se donner la mort parce que la livraison indispensable à son prochain service n'arrivait pas. Mettre en scène la destinée d'un homme d'honneur, non noble de surcroît, lâché au milieu d'une faune cultivant l'intrigue, l'arrogance et les apparences, voilà qui avait de quoi réjouir l'amateur de films historiques. Une époque riche, des personnages hauts en couleurs, et un destin particulier, les ingrédients étaient réunis pour un grand film. Hélas, alors qu'il avait réussi à mettre en images le combat perdu d'avance des missionnaires en Amérique du Sud, Roland Joffé échoue à orchestrer le bal des hypocrites et de l'honnête homme.

Les décors sont somptueux, les costumes le sont tout autant, la partition d'Ennio Morriconne (qui retrouve le réalisateur après sa sublime partition pour "Mission") est remarquable, mais le flacon n'est pas synonyme d'ivresse, hélas, tant le pauvre Vatel semble perdu dans un tourbillon contre lequel il ne peut rien faire, et où il entraîne le spectateur, souvent perdu dans la tempête, fût-elle esthétiquement remarquable.

Doté d'un casting royal (pardonnez-moi le mot), "Vatel" ne fait hélas pas honneur à sa distribution, tant il est confus. On pardonnera cependant à ses interprètes, qui font de leur mieux, mais voient leur performance diluée dans les méandres d'un scénario qui donne envie d'un nouveau montage. Qu'il s'agisse de Gérard Depardieu (alors très en vue de l'autre côté de l'Atlantique, mais cela ne dura pas), d'Uma Thurman ou de Julian Glover, on ne peut que saluer la performance de ceux qui incarnent les personnages de cette fresque souvent brouillonne. J'émettrais quelques réserves quant à celle de Tim Roth, qu'on sent parfois peu concerné par son rôle d'intrigant. 

Alors qu'il avait fait montre d'un immense talent avec "Mission" ou "La déchirure", Roland Joffé semble s'être emmêlé les pinceaux en s'attaquant à l'histoire de François Vatel, maître des plaisirs au service du Grand Condé. En revisionnant ce film qui ne laissa pas de grandes traces dans la mémoire collective des cinéphiles, on ne peut qu'avoir des regrets. Pareil destin méritait tout de même mieux...




mardi 16 février 2016

La vie devant ses yeux (2007)


Les tueries dans les lycées américains sont - hélas ! - des événements trop fréquents qui ont déjà inspiré les cinéastes. On pense évidemment à "Bowling for Columbine" ou "Elephant" dans deux registres différents (ou pas). Mais les films qui utilisent ces massacres au pays des armes en libre circulation comme point de départ d'une intrigue sont plus rares. Récemment, Arte a eu la bonne idée de diffuser "La vie devant ses yeux", passé quasiment inaperçu lors de sa sortie en salles, malgré la présence en tête d'affiche de la très belle Uma Thurman. Ce fut l'occasion d'une séance de rattrapage, fût-elle télévisuelle.

Briar Hill, petite bourgade américaine, a connu, il y a quinze ans, un terrible drame. Son lycée fut en effet le théâtre d'une tuerie dont le souvenir a marqué chaque habitant. Survivante du massacre, Diana semble avoir surmonté ce terrible traumatisme. Mariée et mère d'une petite fille qui donne du fil à retordre à ses institutrices, Diana se souvient de sa jeunesse, des jours qui précédèrent le drame, de son amie Maureen.
Dans son esprit, passé et présent s'entremêlent, alors qu'on célèbre la mémoire de ceux qui perdirent la vie ce jour-là.

Vadim Perelman, le réalisateur de "La vie devant ses yeux" ne s'était guère fait remarquer avant de se lancer dans l'adaptation du roman éponyme de Laura Kasischke. Rares sont ceux qui se souviennent de son précédent film, "House of Sand and Fog" Pourtant, avec son deuxième long métrage, il fait preuve d'une belle maîtrise de la mise en scène, se permettant parfois quelques audaces visuelles qui peuvent produire leur petit effet. Servi par l'image léchée de Pawel Edelman, le réalisateur montre qu'il sait comment se servir d'une caméra.

Malheureusement, si un indéniable talent est à mettre au crédit de la forme, il en va tout autrement pour ce qui est du fond. Le scénario de "La vie devant ses yeux", virevoltant entre passé et présent, perd souvent en lisibilité et égare plus d'une fois son spectateur. Le twist final (que certains verront venir à l'avance) est gâché par des erreurs du scénario, qui s'attarde inutilement sur des éléments qui n'en méritaient pas tant et ne traite pas avec suffisamment d'égards certaines pièces majeures du puzzle. 

Pour contrebalancer ce défaut majeur, les deux rôles principaux (qui n'en sont finalement qu'un, à
bien y réfléchir) sont tenus par deux actrices remarquables : Uma Thurman, lumineuse et Evan Rachel Wood, diablement convaincante, donnent à ce film ses meilleures cartes. On aura aussi une petite pensée pour la belle prestation d'Eva Amurri, qui s'en sort honorablement.

C'est un sentiment mitigé qui règne, à la fin de "La vie devant ses yeux". Doté d'un thème fort et qui place la barre très haut, magnifiquement filmé et très finement interprété, ce film souffre cependant d'un traitement brouillon, qui nuit à sa crédibilité. On ne peut que regretter ce demi-échec (ou demi-réussite, selon qu'on voit le verre à moitié plein ou à moitié vide).



dimanche 24 mai 2015

Chapeau melon et bottes de cuir (1998)


Les séries télévisées ont, semble-t-il, pris le pouvoir. On trouve chez les showrunners bien plus d'imagination que du côté des cinéastes, pourra-t-on se lamenter. A l'heure du triomphe de "Game of Thrones" ou "Mad Men", il me semble judicieux de rendre un hommage justifié aux ancêtres qui balisèrent le chemin, qu'il s'agisse du "Prisonnier", de "Mission : Impossible" ou de "Chapeau melon et bottes de cuir", par exemple. La plupart d'entre eux ont eu droit à une exploitation récente, que ce soit au petit ou au grand écran, mais le charme émanant de leur incarnation originale reste intact. 
Bien avant que les studios n'utilisent jusqu'à épuisement le filon de ces séries télévisées, il y eut déjà quelques tentatives de transpositions au grand écran. Parmi celles-ci, le passage de "Chapeau melon et bottes de cuir" ("The Avengers", en Version Originale) a laissé peu de traces dans les mémoires.

Londres, 1999 : la fin du millénaire est porteuse de catastrophes, semble-t-il. 
Alors que la météorologie n'en fait qu'à sa tête, deux agents de Sa Gracieuse Majesté, le sémillant John Steed et la ravissante Emma Pee, après s'être rencontrés, découverts, puis alliés, affrontent un ennemi capable de détraquer le temps : Sir August de Wynter, un excentrique scientifique. Celui-ci a décidé de bouleverser le climat, mais c'est sans compter les deux agents les plus britanniques.


Conspué par les fans de la série originale, "Chapeau melon et bottes de cuir" fait figure de tache dans la carrière de ses interprètes. Et pourtant, quel casting ! Uma Thurman, Ralph Fiennes, Sean Connery et, dans des rôles plus accessoires, Jim Broadbent, et Patrick McNee (le John Steed original) incarnent ici les personnages inspirés par la so sixties série télévisée qui fit le bonheur de plus d'un téléspectateur (et mériterait d'ailleurs une rediffusion), mais leur présence ne suffit pas à assurer la réussite du film. 

Deux fautes majeures sont responsables de l'échec : le scénario, tout d'abord, qui réussit à ne pas fonctionner, alors que maints épisodes de la série étaient plus fantaisistes mais réussissaient à emporter l'adhésion des spectateurs. En confondant l'exploitation raisonnable et intelligent du patrimoine de la série, le scénariste essore celui-ci et tente d'en exploser les limites, pour finalement livrer un résultat hors-sujet.

Second coupable : la réalisation. Jeremiah S. Chechik, qui s'était fait remarquer juste avant avec l'inutile remake des "Diaboliques", fait ici preuve d'un bien piètre talent pour la composition d'un long métrage. Si l'on peut pardonner les effets spéciaux qui ont bien vieilli, la mise en scène est d'une pauvreté rarement vue et témoigne d'un bien maigre capacité à conter une histoire. 
Dans la bouillie qui résulte de tout cela, les acteurs peinent à trouver leur place. Ralph Fiennes a rarement été aussi mauvais, comme s'il se rendait compte du péril dans lequel il s'est fourré et hésitait à aggraver son cas, Uma Thurman tente de limiter les dégâts et son charme de l'époque y contribue grandement, mais cela ne suffit pas. Quant à Sean Connery, portant perruque dans un de ses derniers rôles (il fit encore pire choix avant de raccrocher les crampons avec la sinistre "Ligue des gentlemen extraordinaires"), il cabotine outrageusement, prenant visiblement plaisir à s'exhiber en kilt.

Le cinéma peut faire des merveilles quand il s'empare avec talent d'une œuvre, qu'elle soit littéraire ou télévisuelle. Mais, lorsqu'il engloutit le matériau de base sans le respecter, l'avalant goulûment avant de le recracher au visage du spectateur, le résultat est loin d'être appétissant. Le cas de "Chapeau melon et bottes de cuir" est symptomatique. Si les fans de la série originale le détestent, ce n'est pas sans raison.






jeudi 31 janvier 2013

Les aventures du Baron de Münchausen (1988)



Certains cinéastes ont un univers à part, qui n'appartient qu'à eux. Terry Gilliam fait partie de cette catégorie. Cet ancien membre des géniaux Monty Python, au sein desquels il faisait déjà preuve d'une créativité propre (on se souvient tous, je pense, des animations émaillant "Sacré Graal"). Lorsqu'il commença sa carrière "solo" de réalisateur, avec "Jabberwocky", "Bandits bandits", puis "Brazil", on put avoir un aperçu de la loufoquerie et de l'inventivité qui était la sienne. A n'en pas douter, "Les aventures du Baron de Münchausen", vibrant pladoyer en faveur de l'imaginaire écrit en 1785, était destiné à être transposé sur grand écran par lui(1). 
Dans une ville assiégée par les Turcs et sur le point de céder, une troupe de théâtre met en scène les aventures du Baron de Münchausen. Les acteurs sont interrompus par l'intervention d'un vieil homme, qui dit être le fameux Baron. Très vite, il raconte sa version de l'histoire, dans laquelle, avec ses compagnons d'aventure, il a été à l'origine de la guerre contre les Turcs.

Tout au long du film, la réalité et l'imaginaire s'entrelacent, au point que, souvent, on hésite sur ce que l'on regarde : s'agit-il de ce que nous narre le Baron, de la réalité ou des deux ? Malgré un budget plus que conséquent (et moult dépassements), Gilliam ne se laisse à aucun moment déborder par son sujet et maîtrise de bout en bout son sujet. Mené par la main par une petite fille plongée dans les horreurs de la guerre, le spectateur est emporté du début à la fin de cette fable tourbillonnante, comme sur un grand huit de fête foraine.

Esthétiquement superbe, qu'il s'agisse des décors ou des costumes, "Les aventures du Baron de Münchausen" témoigne une fois de plus, après le très barré "Brazil" de l'univers graphique unique de Gilliam. sans cesse à la lisière de la réalité et du conte, le film s'autorise toutes les fantaisies, au nom de l'imaginaire.
Magnifiquement réalisé, il est également remarquablement interprété : John Neville, dans le rôle titre, a une classe et un charisme fou, et est pour beaucoup dans le fait qu'on adhère à l'histoire (pourtant totalement abracadabrante) du Baron de Münchausen. Autour de lui, gravitent des seconds rôles endossés avec délice par (sans ordre de préférence) Eric Idle, Robin Williams, Jonathan Pryce (pour les habitués des films de Terry Gilliam) ou la toute jeune Sarah Polley, le vétéran Oliver Reed ou la délicieuse Uma Thurman (dont l'apparition reste mémorable).

Malgré toutes ces qualités, ce film fut un échec monumental lors de sa sortie. S'agissait-il d'une oeuvre trop exigeante, demandant à ses spectateurs de laisser leur imaginaire les porter ? Toujours est-il que "Les aventures du Baron de Münchausen", même s'il n'est pas exempt de quelques défauts (très mineurs à mes yeux) s'en vint rejoindre le nombre des oeuvres "maudites" de Terry Gilliam, cinéaste hors-normes.

Suite à ce film, Terry Gilliam travailla un temps sur l'adaptation de "Watchmen", avant de ranger cette transposition au rayon de ses (nombreux) projets avortés(2), puis tourna "Le Roi Pêcheur", son premier film américain, avant de livrer "L'armée des douze singes" (qui lui valut -enfin !- un beau succès populaire). Il n'empêche que l'on ne peut que regretter l'insuccès des aventures du Baron de Münchausen. Film majeur dans la filmographie de Terry Gilliam, cette ode à l'imaginaire mérite d'être vue et revue (par les petits et les grands, d'ailleurs)




(1) : même si les aventures du Baron furent adaptées très tôt au cinéma, notamment en 1911 par Georges Méliès.
(2) : le plus célèbre de ces projets étant évidemment son adaptation de "Don Quichotte"