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vendredi 27 mars 2020

The lady in the van (2015)




Curieux parcours que celui de "The lady in the van" : en s'inspirant d'événements dont il fut le témoin privilégié, l'écrivain britannique Nicholas Hytner écrivit un roman, dont il tira d'abord une pièce de théâtre, puis un film qu'il scénarisa. Alors, a-t-il exploité ad nauseam l'histoire de la dame à la camionnette ? Toujours est-il que, si la prestation de Maggie Smith, actrice principale de ce film, fut saluée et récompensée, "The lady in the van" est passé inaperçu pour nombre de spectateurs français. A tort ou à raison ?

Parce qu'elle croit être responsable d'un accident de la route dans lequel un motocycliste, Miss Shepherd panique et se réfugie dans le quartier londonien de Camden. Sous les yeux des habitants de ce quartier calme, elle va s'installer et finalement vivre des années durant. Lorsqu'Alan Bennett, un écrivain ne s'y installe à son tour, il cède et finit par accepter de la voir garer son van dans son allée. Mais qui est vraiment cette drôle de vieille dame, à l'hygiène douteuse et au caractère compliqué ?

Méfiez-vous des étiquettes. Classé dans l'étrange catégorie des comédies dramatiques, ce long métrage britannique ne vous procurera que très peu d'occasions d'exercer vos zygomatiques. C'est à un film so british, but not so funny que vous aurez affaire si vous décidez de visionner "The lady in the van". L'étrange vie de cette vieille dame, venue d'on ne sait où et qui provoque l'émoi dans le sage quartier de Camden, avant d'en faire partie intégrante, méritait-elle cela, pour autant ? Déjà exploité sous maintes formes, le destin malheureux de Miss Shepherd ne gagne guère à se voir projeté sur les écrans, j'en ai bien peur. 

Nicholas Hytner, le réalisateur (connu, notamment, pour "La folie du Roi George") est sans doute très attaché à cette vieille dame et à son van, et l'on peut comprendre qu'il lui rende hommage une fois de plus avec ce film. Néanmoins, "The lady in the van", dans sa version pour le grand écran, n'apporte rien de plus que ses précédentes incarnations, hormis la désagréable impression d'exploiter jusqu'à la corde une histoire, aussi touchante fût-elle. La sage mise en scène et la belle interprétation, avec en tête la grande Maggie Smith, restent les meilleurs arguments pour jeter un œil à ce film où la vie suit son cours, autour de cette vieille dame acariâtre et malheureuse. 

Au final, ne reste qu'un film porté par l'immense Maggie Smith, qui mérite à elle seule qu'on visionne "The lady in the van". Ce peut être une bonne raison, comme ce peut être insuffisant.




jeudi 25 juillet 2019

A l'heure des souvenirs (2017)


Quand on explore son passé, en regardant dans le rétroviseur, il est bien des choses qu'on ferait autrement. Nombre de films se sont essayé à l'exercice qui consiste à renvoyer un personnage à ce qu'il était. Le très britannique "A l'heure des souvenirs", avec dans le premier rôle Jim Broadbent, fut l'occasion, il y a peu de temps, d'avoir une nouvelle version de ce jeu de miroir. Quand la vieillesse arrive, comment regarde-t-on sa jeunesse ? A-t-on des regrets, des remords, des fiertés ? Ce film ayant eu peu de succès à sa sortie, voici l'occasion de se pencher sur son sort.


Tony Webster, vieil homme tranquille et futur grand-père, voit sa routine bousculée le jour où , dans son testament, la mère de Veronica Ford, son premier amour, lui lègue un journal intime. Plus étonnant encore : il s'agit de celui d'Adrian, qui fut autrefois le meilleur ami de Tony. Alors ce dernier veut comprendre le pourquoi de cet héritage. En cherchant les raisons de ce geste, il va explorer ses souvenirs, ses secrets, ses fantômes...

Ritesh Batra, déjà aux commandes du très chouette "The lunchbox", adapte ici un roman, "Une fille qui danse", de Julian Barnes, qui cherchait, dans son livre, à explorer les petits arrangements que l'on fait avec son passé. Le résultat est un film plutôt réussi, parfois troublant, souvent émouvant et profondément humain. Doté, en plus d'un ton so british qui est pour beaucoup dans le charme qui se dégage de cette histoire, toute en mélancolie. 


Certes, quelques longueurs sont à déplorer et on pourra pointer du doigt quelques facilités, mais l'ensemble du long métrage est de bonne facture et permet de passer un moment agréable, parfois doux-amer, mais "A l'heure des souvenirs" ("The sense of an ending", dans sa version originale), sans être inoubliable, est un joli petit film. 

Et puis, il y a Jim Broadbent, second rôle souvent remarqué (tout le monde se souvient du père de Bridget Jones ou des ses passages dans la saga Harry Potter), qui trouve ici un rôle lui allant comme un gant. A lui seul, incarnant un homme sur le seuil de la vieillesse, il justifie le visionnage de "A l'heure des souvenirs".

Certes, ce film ne marquera pas le septième art et risque fort de ne pas impacter la mémoire de ceux qui l'auront vu, mais il a un charme fou et une grande humanité. Beaucoup ne peuvent en dire autant.


dimanche 13 mai 2018

Big Game (2014)


Il est des jours où l'on a envie de mettre son cerveau de côté et de regarder un film qui ne nous usera pas les neurones. Il y  a des tas de films qui peuvent répondre à ce besoin et certains le font même très bien, sans donner l'impression d'avoir abêti leur spectateur. D'autres, non. L'autre soir, au vu du pitch de "Big Game", j'ai flairé le Die-Hard-like et ai eu un moment de faiblesse. Allais-je le regretter ?

Quels idiots, ces terroristes ! En voilà un qui a décidé de faire s'écraser Air Force One en pleine Laponie (le pays du Père Noël, autant vous dire qu'il y fait frisquet), pour s'emparer du Président des Etats-Unis. S'il avait su que le jeune Oskari, pour célébrer ses treize ans et respecter un vieux rite de passage de son village, devait faire ses preuves en passant une nuit et une journée dans cette même forêt, il aurait changé son plan. Mais non, le terroriste étant un peu crétin, il s'entête et va au-devant de gros ennuis. Tant pis pour lui, ça va barder.

Si le cadre de l'action nous change des décors habituellement utilisés pour ce genre de film (en général, c'est souvent dans une grande métropole que les terroristes font des leurs), il ne faut que quelques scènes pour se rendre compte que "Big Game" n'a pas grand chose de grand, ni de mémorable. Ecrit et réalisé par Jalmari Helander (qui n'a plus sévi depuis), ce film dispose pourtant d'un casting intéressant : pour épauler le jeune Onni Tommila, on retrouve rien moins que Samuel L. Jackson (capable du meilleur comme du pire dans ses choix de rôles), Ray Stevenson, Ted Levine, Jim Broadbent, Felicity Huffman et Victor Garber. On part donc avec un décor original (à défaut du pitch) et un casting qui a du potentiel. Il manque juste un scénario qui tienne debout. Entre péripéties peu crédibles et punchlines improbables, "Big Game" accumule ce qui se voudrait être des morceaux de bravoure : entre une chute dans un congélateur (c'est le bazar, cette forêt, on vous dit) et une séquence improbable dans un lac finlandais visiblement bien chauffé, on peut se demander si le film se prend lui-même au sérieux. 

Le pire est sans doute que tout ce petit monde donne l'air de se prendre au sérieux, entre le méchant impeccablement coiffé mais vraiment très méchant et le président des Etats-Unis baguenaudant dans la forêt finlandaise, avec une chaussure en moins. Quand ce genre de film est bien fait et qu'il ne prend pas son spectateur pour une andouille, ça peut donner de très bonnes choses : hélas, n'est pas John McTiernan qui veut. En l'occurrence, Jalmari Helander, remarqué auparavant pour "Père Noël Origines" (rien que le titre me fait peur), livre un action-movie qui n'arrive jamais à faire vibrer son public : un comble !

Ce film est soit un nanar, soit un plaisir coupable : tout dépend du recul qu'on prend en le visionnant. J'avoue pencher pour la première hypothèse.


dimanche 24 mai 2015

Chapeau melon et bottes de cuir (1998)


Les séries télévisées ont, semble-t-il, pris le pouvoir. On trouve chez les showrunners bien plus d'imagination que du côté des cinéastes, pourra-t-on se lamenter. A l'heure du triomphe de "Game of Thrones" ou "Mad Men", il me semble judicieux de rendre un hommage justifié aux ancêtres qui balisèrent le chemin, qu'il s'agisse du "Prisonnier", de "Mission : Impossible" ou de "Chapeau melon et bottes de cuir", par exemple. La plupart d'entre eux ont eu droit à une exploitation récente, que ce soit au petit ou au grand écran, mais le charme émanant de leur incarnation originale reste intact. 
Bien avant que les studios n'utilisent jusqu'à épuisement le filon de ces séries télévisées, il y eut déjà quelques tentatives de transpositions au grand écran. Parmi celles-ci, le passage de "Chapeau melon et bottes de cuir" ("The Avengers", en Version Originale) a laissé peu de traces dans les mémoires.

Londres, 1999 : la fin du millénaire est porteuse de catastrophes, semble-t-il. 
Alors que la météorologie n'en fait qu'à sa tête, deux agents de Sa Gracieuse Majesté, le sémillant John Steed et la ravissante Emma Pee, après s'être rencontrés, découverts, puis alliés, affrontent un ennemi capable de détraquer le temps : Sir August de Wynter, un excentrique scientifique. Celui-ci a décidé de bouleverser le climat, mais c'est sans compter les deux agents les plus britanniques.


Conspué par les fans de la série originale, "Chapeau melon et bottes de cuir" fait figure de tache dans la carrière de ses interprètes. Et pourtant, quel casting ! Uma Thurman, Ralph Fiennes, Sean Connery et, dans des rôles plus accessoires, Jim Broadbent, et Patrick McNee (le John Steed original) incarnent ici les personnages inspirés par la so sixties série télévisée qui fit le bonheur de plus d'un téléspectateur (et mériterait d'ailleurs une rediffusion), mais leur présence ne suffit pas à assurer la réussite du film. 

Deux fautes majeures sont responsables de l'échec : le scénario, tout d'abord, qui réussit à ne pas fonctionner, alors que maints épisodes de la série étaient plus fantaisistes mais réussissaient à emporter l'adhésion des spectateurs. En confondant l'exploitation raisonnable et intelligent du patrimoine de la série, le scénariste essore celui-ci et tente d'en exploser les limites, pour finalement livrer un résultat hors-sujet.

Second coupable : la réalisation. Jeremiah S. Chechik, qui s'était fait remarquer juste avant avec l'inutile remake des "Diaboliques", fait ici preuve d'un bien piètre talent pour la composition d'un long métrage. Si l'on peut pardonner les effets spéciaux qui ont bien vieilli, la mise en scène est d'une pauvreté rarement vue et témoigne d'un bien maigre capacité à conter une histoire. 
Dans la bouillie qui résulte de tout cela, les acteurs peinent à trouver leur place. Ralph Fiennes a rarement été aussi mauvais, comme s'il se rendait compte du péril dans lequel il s'est fourré et hésitait à aggraver son cas, Uma Thurman tente de limiter les dégâts et son charme de l'époque y contribue grandement, mais cela ne suffit pas. Quant à Sean Connery, portant perruque dans un de ses derniers rôles (il fit encore pire choix avant de raccrocher les crampons avec la sinistre "Ligue des gentlemen extraordinaires"), il cabotine outrageusement, prenant visiblement plaisir à s'exhiber en kilt.

Le cinéma peut faire des merveilles quand il s'empare avec talent d'une œuvre, qu'elle soit littéraire ou télévisuelle. Mais, lorsqu'il engloutit le matériau de base sans le respecter, l'avalant goulûment avant de le recracher au visage du spectateur, le résultat est loin d'être appétissant. Le cas de "Chapeau melon et bottes de cuir" est symptomatique. Si les fans de la série originale le détestent, ce n'est pas sans raison.