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mardi 8 octobre 2019

Voisins du troisième type (2012)

 

La comédie américaine, dans la foulée de quelques gros succès populaires, joue souvent la carte de l'outrance, à coups de gags "hénaurmes" et pas toujours très fins. Servie à toutes les sauces, cette recette est souvent synonyme de succès. Dans le cas de "Voisins du troisième type" ("The Watch", en version originale), produit par Shwan Levy (l'homme derrière "La nuit au musée" et en partie de "Stranger Things"), ça n'a pas donné les résultats espérés : ni le public, ni la critique ne suivirent et ce mix de comédie et de fantastique fut oublié par la plupart des spectateurs. 

Glenview est une petite ville paisible de l'Ohio et, pour Evan, c'est la plus belle ville du monde. Il dirige plusieurs clubs, en plus d'être le gérant du centre commercial. Quand le vigile qui y assure la ronde meurt d'atroce façon, Evan décide de fonder une brigade de surveillance de la ville. 
L'équipe de bras cassés formée par Evan va faire une découverte extraordinaire : des aliens sont dans les parages et se préparent à envahir la planète, à commercer par Glenview. 


Hésitant entre plusieurs registres (la comédie, l'action, le fantastique, voire le gore), "Voisins du troisième type" n'arrive jamais à choisir un terrain de prédilection. C'est sans doute son plus grand défaut, et il est rédhibitoire, tant il condamne le film à l'échec. N'allons pas par quatre chemins : ce film n'est réussi ni en tant que comédie, ni en tant que film fantastique. La faute en incombe principalement à un scénario indigent, à des gags la plupart du temps sous la ceinture et à réalisation souvent bâclée (les maladresses et les faux raccords y sont légion). Akiva Schaffer, qui devrait réaliser sous peu un film consacré à Tic et Tac, les deux célèbres chipmunks (voilà pour l'information inutile du jour), met en scène cette histoire sans ambition ni souci du rythme.

Dans les quatre rôles principaux, les acteurs jouent chacun leur participation, souvent en roue libre, sans souci de cohésion. Qu'il s'agisse de Ben Stiller, de Jonah Hill, de Vince Vaughn ou de Richard Ayoade, aucun d'eux ne réussit à convaincre. Leurs personnages n'attirent jamais la sympathie et, même si on peut avoir quelque faiblesse pour l'un ou l'autre, c'est plus la gêne que le plaisir qui l'emporte devant la situation où ils se retrouvent. Au final, et assez ironiquement, c'est sans doute la prestation de Doug Jones (l'homme derrière le faune du "Labyrinthe de Pan" et qui endosse ici la panoplie de l'alien) qui est la plus pertinente. 

Bancal, mais surtout jamais drôle, "Voisins du troisième type" ne mérite guère qu'on consacre deux heures de son temps à le visionner. En matière de comédie fantastique, il existe quantité d'autres films présentant plus d'intérêt et assez peu de films en ayant moins. 


dimanche 14 septembre 2014

Mystery Men (1999)



Le film de super-héros a le vent en poupe, ces dernières années. La déferlante Marvel aidant, nous avons pu assister à la genèse de quelques œuvres satellites, abordant le genre sous un angle moins frontal. Comme le firent quelques années plus tard "Kick-Ass" ou "Super", le film "Mystery Men" traitait de super-héros bas de gamme. Sur le ton de la comédie, les aventures de cette équipe de bras cassés ne connurent cependant pas le succès attendu, malgré un casting plutôt alléchant. Pensez donc : Ben Stiller, Hank Azaria, William H. Macy, Geoffrey Rush, Greg Kinnear, Tom Waits et j'en passe. Comme quoi, une belle distribution ne signifie pas forcément carton au box-office. 

A Champion City, le taux de criminalité est au plus bas, grâce au fameux Capitaine Admirable, le super-héros local. Ils sont nombreux, dans son ombre, à prétendre à ce titre. Par exemple, Monsieur Furieux (aux colères destructrices), le Fakir Bleu (spécialiste du lancer de fourchettes) et la Pelle (parce qu'il se bat avec une pelle, justement), aimeraient être reconnus comme les héros qu'ils prétendent être. Lorsque le terrible Casanova Frankenstein sort de réclusion et capture le Capitaine Admirable, Monsieur Furieux et ses amis vont devoir agir. 

A la lecture du pitch, nul doute n'est permis : on est dans le domaine de la parodie, comme l'était le comic de base, édité chez la très sérieuse maison Dark Horse. Kinka Usher, réalisateur essentiellement connu dans le monde de la publicité et qui fit ses premiers pas sous l'égide de Roger Corman, fut chargé, par on ne sait quel miracle, de cette improbable adaptation. Récemment dénigré par Ben Stiller (qui a pourtant fait bien pire), "Mystery Men" fut en son temps un four monstrueux (ceci explique sans doute cela). Pourtant, il avait le mérite de l'audace et un casting d'enfer, comme je le disais plus haut.

Cependant, si une distribution du tonnerre et un peu de culot suffisaient à faire un grand film, cela se saurait. Dans le cas de "Mystery Men", il faut vite reconnaître que le contenu n'est pas à la hauteur de l'emballage. Le scénario, premier coupable, montre vite ses faiblesses, jamais compensées par une réalisation digne d'un mauvais téléfilm. Kinka Usher, dont ce fut le premier et le dernier long métrage (l'homme est peu connu, au point que la rumeur court qu'il ne s'agisse que d'un pseudonyme, à l'instar du célèbre Alan Smithee) échoue à donner à ce film l'audace qu'il aurait fallu, se contentant d'aligner les gags éculés (et souvent de bas niveau) et les scènes d'action médiocres. A l'image de ses héros, véritables branquignols aux pouvoirs improbables, "Mystery Men" ne croit pas à son potentiel et, du coup, peine à emmener le spectateur dans son délire. C'est fort dommage, car l'angle d'attaque était prometteur. 

Abordant le genre avec pas mal d'années d'avance mais aussi quantité de maladresses (l'humour au ras des pâquerettes est son défaut majeur à mes yeux), "Mystery Men" aurait sûrement plus de succès aujourd'hui, maintenant que d'autres ont défriché le terrain pour lui. Hélas, il est sorti dix ans trop tôt et sa réalisation n'était pas à la hauteur.


mardi 22 avril 2014

Un duplex pour trois (2003)


Si l'on en croit le cinéma, acheter un bien immobilier en viager est tout sauf une bonne idée. Depuis le film du même nom (réalisé par Pierre Tchernia en 1972), le spectateur averti sait fort bien que pareille transaction est vouée à l'échec, mais aussi qu'elle peut inspirer une comédie digne de ce nom. En 2003, inspiré (paraît-il) par l'histoire de Jeanne Calment (qui survécut au médecin qui avait acquis sa maison en viager), Larry Doyle, scénariste de son état (il officia à plusieurs reprises sur la série "The Simpsons"), écrivit le script de "Un duplex pour trois", avant qu'il ne soit confié à Danny de Vito. Hélas, malgré ses nombreux succès en tant qu'acteur, ce dernier essuya un échec public avec ce film.

Alex et Nancy ont tout pour être heureux. Ces jeunes mariés viennent de trouver la maison de leurs rêves en plein Brooklyn. Leur nouveau nid d'amour ne présente qu'un bémol : une locataire, Madame Connelly, qui en occupe le deuxième étage. Qu'à cela ne tienne, Nancy et Alex choisissent de s'installer, en attendant que l'âge avancé de la vieille dame ait raison d'elle et leur accorde la pleine jouissance des lieux. C'est sans compter le caractère particulier de Madame Connelly : la cohabitation va vite virer au cauchemar...

Danny de Vito, plus connu pour ses rôles au cinéma que pour ses réalisations (pourtant, sous-estimées, à l'image de "Matilda", par exemple), a un ton qui n'appartient qu'à lui. Corrosif (mais pas trop), celui qui interpréta le Pingouin porte surtout une immense tendresse pour ses personnages. Même les méchants de ses films ne le sont pas absolument et ont une chance de rédemption avant que le rideau ne tombe sur l'histoire. Ici, encore (et sans vouloir spoiler), on est dans la comédie un brin acide, mais qui, on le sait d'emblée, finira bien. Cependant, le tour que donne parfois de Vito à son film en fait un objet différent du "Viager" de Tchernia. Alors que ce dernier mettait en vedette un ancêtre plein de bonhomie, la vieillarde de "Un duplex pour trois" est volontairement méchante, et peut par moments concurrencer la Tatie Danielle de Chatiliez.  

Ce trait est assez caractéristique du film dans son ensemble. Reposant sur un postulat finalement assez classique, "Un duplex pour trois", malgré quelques bons moments, souffre de répétitions et de longueurs. L'escalade de l'affrontement entre le jeune couple et la vieille dame indigne trouvant vite ses limites, le film s'essouffle assez rapidement. De peur d'aller trop loin, parce que visant la catégorie "comédie familiale" qui lui est chère, Danny de Vito se contente de naviguer entre deux eaux, pour finalement livrer un film qu'on qualifiera de tiède. 

Les amateurs de Ben Stiller (et ceux de Drew Barrymore aussi) se réjouiront de retrouver là leurs interprètes préférés, parfaitement à l'aise dans leur registre et semblant bien s'amuser. Eileen Essel, en locataire indigne malgré son grand âge, se délecte visiblement d'incarner la vieille dame ne reculant devant rien.

Il est dommage finalement que Danny de Vito n'ait pas emprunté un ton plus acide et livré là une farce corrosive, quitte à sortir du registre familial qui lui est cher. A défaut de cela, il livre un film sympathique, mais qui souffre de ses longueurs et des répétitions inhérentes à son pitch de base. Au final, "Un duplex pour trois" n'a rien d'inoubliable (en bien comme en mal).