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lundi 10 septembre 2018

The Sessions (2012)


Il est des thèmes dont on parle peu, parce qu'ils sortent la majorité du public de sa zone de confort. Le cinéma hésite souvent à les aborder, parce qu'ils sont forcément peu porteurs (et représentent donc des paris risqués). La sexualité des personnes handicapées en est un bon exemple : combien de films ont osé évoquer le sujet ? Et, parmi ceux-là, combien l'ont fait frontalement ? A ce titre, "The sessions" est une audace, récompensée par plusieurs nominations aux Golden Globes et aux Oscars. Aurait-il mérité plus de visibilité publique ? 

Paraplégique depuis l'enfance, Mark O'Brien vit l'essentiel de son temps dans un poumon d'acier.  Poète et journaliste, il n'en est pas moins homme et aimerait connaître le sexe. Confiant ses tourments à un prêtre compréhensif, Mark va se tourner vers Cheryl, une assistante sexuelle. Elle va apprendre au corps brisé de Mark les choses de la chair. Plus rien ne sera comme avant pour lui, ni pour elle.

Avec un sujet pareil, on pouvait craindre de tomber dans le film larmoyant ou dans le pire des mauvais goûts. J'imagine sans peine les signaux d'alerte qui ont du passer dans le rouge, lorsque des producteurs ont découvert le scénario du film, issu du roman du vrai Mark O'Brien. Ben Lewin, le réalisateur a sans doute faire montre de pas mal de de diplomatie pour financer son film. Et c'eût été dommage que ce long métrage ne voie jamais le jour. Pour casse-gueule qu'il soit, le sujet y est traité tout en finesse et en humanité : "The Sessions" est une vraie réussite. 

Ce tour de force a plusieurs raisons. La première est l'approche humaine et sans dramaturgie superflue qu'a choisi Ben Lewin pour raconter cette histoire et la réaliser. Filmant de "vrais gens", à hauteur d'homme et de femme, il ne s'embarrasse pas d'effets inutiles et ne cherche surtout pas à faire larmoyer son spectateur. On ne sort du visionnage de "The Sessions" avec le moral dans les chaussettes, pour faire court. L'autre raison, et sans doute la meilleure, est la formidable interprétation des trois acteurs principaux, Helen Hunt en tête. 

J'avais déjà beaucoup d'admiration pour Helen Hunt, dont la belle énergie sauva déjà plus d'un film. Dans "The Sessions", elle endosse un rôle que nombre de comédiennes auraient refusé et donne vie à une femme admirable. La qualité de sa prestation est à la hauteur du risque qu'elle prit en acceptant d'interpréter Sheryl. Rien que pour elle, le film vaut d'être vu. 
On saluera aussi la très belle interprétation de John Hawkes, d'ordinaire confiné dans des rôles secondaires, qui incarne avec une belle sobriété Mark O'Brien. Enfin, William H. Macy est lui aussi impeccable dans un rôle de prêtre qui voit ses principes bousculés par un homme cloué à sa civière..

Échappant heureusement à l'ornière du pathos et réussissant même à faire sourire son spectateur, "The Sessions", malgré un sujet des plus casse-gueule, réussit la quadrature du cercle. Chapeau !



Ce film a été vu dans le cadre du Movie Challenge 2018, pour la catégorie 
"Un film sensuel"

vendredi 9 décembre 2016

Sahara (2005)


Souvent cité parmi les films ayant enregistré les plus grosses pertes (pas mal de ceux-ci ont eu droit à leur billet sur ce blog), "Sahara", film d'aventure ambitieux, reste un modèle du genre. Malgré de fortes ambitions, affichées dès le générique, la chasse au trésor annoncée sur l'affiche comme la plus grande de tous les temps (carrément) n'a pas su drainer les foules. Ils sont peu nombreux, ceux qui se déplacèrent pour aller voir ce film à sa sortie, et encore moins nombreux ceux qui s'en souviennent. 

Dirk Pitt, aventurier et chercheur de trésors, est depuis toujours à la recherche d'un navire américain qui aurait mystérieusement disparu en Afrique, au XIXème siècle. Accompagné de son complice Al Giordino et de la jolie docteur Eva Rojas, qui enquête sur une épidémie frappant les habitants de la région. Le trio devra affronter de nombreuses péripéties lors de cette chasse au trésor. 


Adapté d'un roman de Clive Cussler, et dont l'adaptation nécessita le travail de quatre scénaristes, "Sahara" avait sans doute pour ambition de ravir les amateurs d'aventure, de beaux décors, d'action et de sémillants interprètes. Le moins que l'on puisse dire est que le cahier des charges n'est pas satisfait. Si les images sont souvent très belles et si ses acteurs sont ravissants (surtout Pénélope Cruz, si vous voulez mon avis), force est hélas de constater que ce n'est pas encore pour cette fois qu'on sentira le vent de l'aventure souffler sur le septième Art.

La faute à qui ? Aux scénaristes, tout d'abord. A la vision du film, tout porte à croire que le script sur lequel se base le film ne fut pas l'objet d'un travail d'équipe. "Sahara" est, ne nous mentons pas, extrêmement confus, perdant souvent son spectateur, à force d'invraisemblances et de raccourcis. Tout porte à croire que chacun a travaillé dans son coin et que le réalisateur a du travailler avec une matière brute assez hétérogène.

La réalisation, puisqu'on en parle, n'est pas non plus exempte de reproches. Indigne de l'ambition affichée du projet, elle n'est jamais à la hauteur de son sujet. Pour son premier long métrage au cinéma, Breck Eisner se révèle dépassé par les événements et se contente d'aligner les séquences, sans grand souci de cohérence. Espérant sans doute emporter l'adhésion du spectateur par l’esbroufe, la surenchère d'action et de magnifiques paysages, Eisner oublie qu'il a une histoire à raconter à son public et que cet objectif devrait primer sur tout le reste. 

Les interprètes de ce méli-mélo de luxe semblent livrés à eux-mêmes et deviennent vite agaçants plus qu'ils n'attirent la sympathie du spectateur. Là aussi, c'est d'autant plus dommage que leur talent n'est plus à prouver. Je songe notamment à l'exceptionnelle performance de Matthew Mc Conaughey dans la série "True Detective" : sa prestation dans "Sahara" laisse pantois (ou alors, il a beaucoup progressé en quelques années).  Ses deux compères, qu'il s'agisse de Steve Zahn, en comique de service, ou de Pénélope Cruz, en atout charme (voire en récompense du héros) font ce qu'ils peuvent mais ont bien du mal à trouver leur place dans ce périple chaotique et cahoteux. 

Aussi beau soit-il, "Sahara" n'est tout simplement pas bon. Amateurs d'aventure, passez votre chemin pour cette fois.






dimanche 14 septembre 2014

Mystery Men (1999)



Le film de super-héros a le vent en poupe, ces dernières années. La déferlante Marvel aidant, nous avons pu assister à la genèse de quelques œuvres satellites, abordant le genre sous un angle moins frontal. Comme le firent quelques années plus tard "Kick-Ass" ou "Super", le film "Mystery Men" traitait de super-héros bas de gamme. Sur le ton de la comédie, les aventures de cette équipe de bras cassés ne connurent cependant pas le succès attendu, malgré un casting plutôt alléchant. Pensez donc : Ben Stiller, Hank Azaria, William H. Macy, Geoffrey Rush, Greg Kinnear, Tom Waits et j'en passe. Comme quoi, une belle distribution ne signifie pas forcément carton au box-office. 

A Champion City, le taux de criminalité est au plus bas, grâce au fameux Capitaine Admirable, le super-héros local. Ils sont nombreux, dans son ombre, à prétendre à ce titre. Par exemple, Monsieur Furieux (aux colères destructrices), le Fakir Bleu (spécialiste du lancer de fourchettes) et la Pelle (parce qu'il se bat avec une pelle, justement), aimeraient être reconnus comme les héros qu'ils prétendent être. Lorsque le terrible Casanova Frankenstein sort de réclusion et capture le Capitaine Admirable, Monsieur Furieux et ses amis vont devoir agir. 

A la lecture du pitch, nul doute n'est permis : on est dans le domaine de la parodie, comme l'était le comic de base, édité chez la très sérieuse maison Dark Horse. Kinka Usher, réalisateur essentiellement connu dans le monde de la publicité et qui fit ses premiers pas sous l'égide de Roger Corman, fut chargé, par on ne sait quel miracle, de cette improbable adaptation. Récemment dénigré par Ben Stiller (qui a pourtant fait bien pire), "Mystery Men" fut en son temps un four monstrueux (ceci explique sans doute cela). Pourtant, il avait le mérite de l'audace et un casting d'enfer, comme je le disais plus haut.

Cependant, si une distribution du tonnerre et un peu de culot suffisaient à faire un grand film, cela se saurait. Dans le cas de "Mystery Men", il faut vite reconnaître que le contenu n'est pas à la hauteur de l'emballage. Le scénario, premier coupable, montre vite ses faiblesses, jamais compensées par une réalisation digne d'un mauvais téléfilm. Kinka Usher, dont ce fut le premier et le dernier long métrage (l'homme est peu connu, au point que la rumeur court qu'il ne s'agisse que d'un pseudonyme, à l'instar du célèbre Alan Smithee) échoue à donner à ce film l'audace qu'il aurait fallu, se contentant d'aligner les gags éculés (et souvent de bas niveau) et les scènes d'action médiocres. A l'image de ses héros, véritables branquignols aux pouvoirs improbables, "Mystery Men" ne croit pas à son potentiel et, du coup, peine à emmener le spectateur dans son délire. C'est fort dommage, car l'angle d'attaque était prometteur. 

Abordant le genre avec pas mal d'années d'avance mais aussi quantité de maladresses (l'humour au ras des pâquerettes est son défaut majeur à mes yeux), "Mystery Men" aurait sûrement plus de succès aujourd'hui, maintenant que d'autres ont défriché le terrain pour lui. Hélas, il est sorti dix ans trop tôt et sa réalisation n'était pas à la hauteur.