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mardi 7 février 2017

Suicide Squad (2016)



Vilipendé lors de sa sortie et sans doute précédé, à tort, d'une promotion qui lui fit plus de tort que de bien, "Suicide Squad", malgré un succès public indéniable, a mis contre lui la plupart des critiques. Alors que Marvel réussit, depuis quelques années, à aligner des films faisant communier les amateurs de comic-books et le grand public, force est d'avouer que son principal concurrent, DC Comics, se casse les dents, malgré un portefeuille des plus intéressants. Avec, aux manettes, David Ayer et en tête d'affiche une bande de super-vilains plus badass les uns que les autres, "Suicide Squad" méritait-il pareille volée de bois vert ?

Face aux menaces grandissantes autour de la sécurité, et suite à la mort de Superman, Amanda Waller a décidé de réunir les pires vilains et de mettre cette équipe au service de l'état. Ils sont dangereux, fous, et disposent souvent de pouvoirs qui dépassent l'entendement. Mais ils vont devoir s'unir et faire face à un danger qui les dépasse : un méta-humain a décidé de ravager la Terre. De son côté, le Joker est à la recherche d'Harley Quinn, elle-même membre de l'escouade réunie par Waller.

David Ayer, réalisateur du remarqué "Fury", a du en baver, que soit avant, pendant ou après le tournage de ce "Suicide Squad", objet d'un monstrueux battage médiatique et d'une descente en flammes en bonne et due forme lors de sa sortie en salles. On pourrait se demander si pareil traitement était bien mérité. Après visionnage, il faut se rendre à l'évidence : oui, c'était mérité.

Comment peut-on, à partir d'un matériau de base à fort potentiel, accoucher d'un film si vide de sens et d'intérêt, se cachant derrière ses personnages pour exister ? Et, surtout, comment un réalisateur dont on pu entrevoir le potentiel, peut-il s'être empêtré dans un bourbier pareil ? Ils sont nombreux, les reproches que l'on peut adresser à "Suicide Squad", qu'il s'agisse d'un scénario inepte, d'une bande originale pesante (je parle ici de la composition de Steven Price, pas des nombreux titres que l'on apprécie d'entendre à l'occasion de ce film) ou de la prestation destructrice de Will Smith, qui joue un méchant qui n'est pas vraiment méchant et serait même plutôt gentil, en fait.

Phagocyté par la présence de Will Smith (qui, pour une fois, nous épargne cependant la présence de son fils), le film souffre d'un déséquilibre flagrant et de l'absence totale d'enjeu et d'empathie. Il est difficile de s'intéresser à un film dont aucun personnage n'est sympathique. Survendu, et rempli de personnages destinés à boucher les trous du scénario, qui sont légion et donnent surtout l'impression que les personnages sont ceux d'un jeu vidéo, puisqu'ils marchent ensemble, se battent contre des méchants, avant de reprendre leur ballade, en vue d'aller casser la figure au boss de fin. La présence épisodique d'un Joker inutile et finalement sans intérêt (alors que ce personnage avait été l'objet d'un buzz notable) ne suffit pas à faire illusion. 

Seule peut être sauvée l'interprétation de Margot Robbie, délicieusement vénéneuse, et dont on aurait bien voulu qu'elle puisse pousser le curseur un peu plus loin. Elle seule semble assumer totalement ce qu'elle fait, mais cela ne suffit hélas pas à sauver "Suicide Squad" de l'échec. Même si la qualité des productions Marvel laisse parfois à désirer, la firme de Stan Lee peut continuer sur sa lancée sans s'inquiéter de la concurrence de DC Comics. Cette troisième adaptation de l'univers où gravitent Superman, The Flash et Batman (excusez du peu), pour ne citer qu'eux, est à cent coudées du moins bon volet de "X-Men" (au hasard, le troisième volet, par exemple). Les prochaines adaptations estampillées "DC", à savoir "Wonder Woman" et "Justice League" peuvent inquiéter : nous serons fixés dans quelques mois.


Ce film a été vu dans le cadre du Movie Challenge 2017, catégorie "Film d'action".


dimanche 14 septembre 2014

Mystery Men (1999)



Le film de super-héros a le vent en poupe, ces dernières années. La déferlante Marvel aidant, nous avons pu assister à la genèse de quelques œuvres satellites, abordant le genre sous un angle moins frontal. Comme le firent quelques années plus tard "Kick-Ass" ou "Super", le film "Mystery Men" traitait de super-héros bas de gamme. Sur le ton de la comédie, les aventures de cette équipe de bras cassés ne connurent cependant pas le succès attendu, malgré un casting plutôt alléchant. Pensez donc : Ben Stiller, Hank Azaria, William H. Macy, Geoffrey Rush, Greg Kinnear, Tom Waits et j'en passe. Comme quoi, une belle distribution ne signifie pas forcément carton au box-office. 

A Champion City, le taux de criminalité est au plus bas, grâce au fameux Capitaine Admirable, le super-héros local. Ils sont nombreux, dans son ombre, à prétendre à ce titre. Par exemple, Monsieur Furieux (aux colères destructrices), le Fakir Bleu (spécialiste du lancer de fourchettes) et la Pelle (parce qu'il se bat avec une pelle, justement), aimeraient être reconnus comme les héros qu'ils prétendent être. Lorsque le terrible Casanova Frankenstein sort de réclusion et capture le Capitaine Admirable, Monsieur Furieux et ses amis vont devoir agir. 

A la lecture du pitch, nul doute n'est permis : on est dans le domaine de la parodie, comme l'était le comic de base, édité chez la très sérieuse maison Dark Horse. Kinka Usher, réalisateur essentiellement connu dans le monde de la publicité et qui fit ses premiers pas sous l'égide de Roger Corman, fut chargé, par on ne sait quel miracle, de cette improbable adaptation. Récemment dénigré par Ben Stiller (qui a pourtant fait bien pire), "Mystery Men" fut en son temps un four monstrueux (ceci explique sans doute cela). Pourtant, il avait le mérite de l'audace et un casting d'enfer, comme je le disais plus haut.

Cependant, si une distribution du tonnerre et un peu de culot suffisaient à faire un grand film, cela se saurait. Dans le cas de "Mystery Men", il faut vite reconnaître que le contenu n'est pas à la hauteur de l'emballage. Le scénario, premier coupable, montre vite ses faiblesses, jamais compensées par une réalisation digne d'un mauvais téléfilm. Kinka Usher, dont ce fut le premier et le dernier long métrage (l'homme est peu connu, au point que la rumeur court qu'il ne s'agisse que d'un pseudonyme, à l'instar du célèbre Alan Smithee) échoue à donner à ce film l'audace qu'il aurait fallu, se contentant d'aligner les gags éculés (et souvent de bas niveau) et les scènes d'action médiocres. A l'image de ses héros, véritables branquignols aux pouvoirs improbables, "Mystery Men" ne croit pas à son potentiel et, du coup, peine à emmener le spectateur dans son délire. C'est fort dommage, car l'angle d'attaque était prometteur. 

Abordant le genre avec pas mal d'années d'avance mais aussi quantité de maladresses (l'humour au ras des pâquerettes est son défaut majeur à mes yeux), "Mystery Men" aurait sûrement plus de succès aujourd'hui, maintenant que d'autres ont défriché le terrain pour lui. Hélas, il est sorti dix ans trop tôt et sa réalisation n'était pas à la hauteur.


vendredi 11 juillet 2014

Jonah Hex (2011)


Les adaptations de comic-books ont le vent en poupe. Les productions Marvel ne cessent de battre des records, chaque fois qu'elles mettent en scène les super-héros qui dirent la renommée de ce qui fut autrefois une simple maison d'édition. Son principal concurrent, DC Comics a du mal à faire face et, hormis Batman et Superman, n'a que peu de challengers à opposer aux X-Men et autres Avengers. Parmi les adaptations qui ne remuèrent guère les foules, on peut citer "Jonah Hex", issu de l'univers DC Comics. Son immense échec aux Etats-Unis fut tel que ce film ne sortit, dans nos contrées, qu'en vidéo, et encore, avec son doublage québécois. 

Pour avoir refusé d'obéir à son supérieur, le terrible Turnbull, Jonah Hex a vu sa famille massacrée par lui, avant d'être marqué au fer rouge par cet officier. Laissé pour mort, il a pourtant été sauvé par des Indiens et, depuis, possède quelques pouvoirs (dont celui de communiquer avec les morts). 
Bien décidé à obtenir vengeance, Jonah Hex va affronter Turnbull qui, lui, a décidé de rayer de la surface de la Terre les Etats-Unis, voire le reste du monde.

Je n'irai pas par quatre chemins. "Jonah Hex" est mauvais, épouvantablement mauvais et mérite bien le sort qui fut le sien lors de sa sortie (ou de ce qui lui tint lieu de sortie). Un tel ratage ne donne guère envie de consacrer des lignes à l'autopsie de ce qui aurait pu être un film intéressant, à défaut d'être une oeuvre mémorable, ni à chercher les raisons du désastre. 

Jimmy Hayward réalise ici son premier long-métrage en prise de vues réelle, après "Horton". Il réussit à cette occasion à faire un film d'action ennuyeux malgré sa courte durée (1h10 !), prévisible, mal filmé, monté au sécateur, doté d'effets spéciaux calamiteux.  Au vu du bide monumental de ce film, il est probable que ce réalisateur ne se voit pas confier de caméra avant longtemps. 

Que dire de la distribution ? Que les premiers rôles cabotinent à outrance, qu'il s'agisse de Josh Brolin ou de John Malkovitch ? Que la plastique de Megan Fox ne peut en aucun cas faire oublier son manque de talent ? Qu'on est bien chagriné pour Michael Fassbender ? Que Michael Shannon mériterait décidément mieux ? Nul doute que "Jonah Hex" fait partie des films que ces acteurs aimeraient sans doute oublier. 

Il n'y a absolument rien à sauver de "Jonah Hex", même pas sa bande originale. Ce n'est pas encore cette fois que le mélange du western et du fantastique fonctionnera sur grand écran. 




mercredi 5 septembre 2012

Catwoman (2004)



Le personnage de Catwoman, récemment incarné avec brio par Anne Hathaway dans le dernier volet de la trilogie de Christopher Nolan, n'en est pas à sa première apparition sur le grand écran. Avant la très réussie prestation de la jolie brune aux côtés de Christian Bale, elle a eu les traits de la très féline Michelle Pfeiffer (dans le "Batman Returns" de Tim Burton), mais aussi (au petit écran), Julie Newmar et Eartha Kitt.
On a tendance à oublier que Catwoman a eu un film rien que pour elle...mais, à bien y réfléchir, cette amnésie est la bienvenue, eu égard au désastre que fut ce film, qui se voulait une exploration "parallèle" du personnage.
Un petit résumé, avant de s'attaquer aux qualités et défauts du film ?
Patience Phillips (le nom de Catwoman, dans le "civil", n'est pas Selina Kyle, dans cet opus), artiste timide, est assassinée par son perfide employeur dont elle a découvert les sombres desseins. Grâce à un chat, elle renaît sous la forme de la très féline Catwoman et va entreprendre de se venger.

Un pitch pareil, ça fait envie, non ?
Non, vous avez raison.

Au début des années 2000, quelques réalisateurs français ont été approchés par les studios américains et se sont frottés au cinéma "made in Hollywood". On se souvient, évidemment, du quatrième volet d'Alien, mis en scène par Jean-Pierre Jeunet (encore auréolé du triomphe du "Fabuleux destin d'Amélie Poulain"), du médiocre "Gothika" de Matthieu Kassovitz (avec Halle Berry, décidément bien mal inspirée). Pitof (de son vrai nom Jean-Christophe Comar), qui avait fait des merveilles en tant que magicien des effets spéciaux (notamment sur les films de Caro et Jeunet), commit en 2001, une adaptation cinématographique des aventures de "Vidocq", avec Guillaume Canet dans le rôle-titre.


Etre réalisateur, ce n'est pas seulement mettre en boîte des scènes et les relier tant bien que mal entre elles. Si c'était le cas, Michael Bay aurait depuis longtemps reçu un Oscar. Cet art consiste avant tout à raconter une histoire, en y croyant de préférence. Et pour cela, il faudrait disposer d'un scénario digne de ce nom (ce qui n'est pas le cas ici).

Un des autres points noirs de cette adaptation réside aussi dans la direction d'acteurs. Malgré un casting de standing (Halle Berry, Sharon Stone, Lambert Wilson, pour ne citer qu'eux), Pitof ne réussit à aucun moment à guider ses interprètes. Résultat : malgré tout le talent qu'on leur connait (Halle Berry reçut peu avant un Oscar pour "A l'ombre de la haine", rappelons-le),  tous donnent l'impression d'être mauvais, tandis que le réalisateur s'acharne à donner à "Catwoman" un style digne d'un jeu vidéo.

A sa sortie, "Catwoman" fut un four monumental, et reçut quelques Razzies Award, dont un pour son interprète principale (qui alla chercher sa "récompense" pour "this piece-of-shit, god-awful movie"). Que garder de cette adaptation visiblement atteinte d'hyperactivité ? Rien, sans doute, si ce n'est la plastique irréprochable de Halle Berry (que le costume de Catwoman met diablement en valeur).

Aux dernières nouvelles, Pitoff ne réalise plus de longs métrages. Ca n'est peut-être pas plus mal...




mardi 21 août 2012

Super (2010)



Frank n'a pas de chance. Doté d'un physique banal, pour ne pas dire ingrat, il gagne tant bien que mal sa vie en travaillant dans un fast-food, tandis que sa seule raison de vivre, sa femme, le quitte brutalement après avoir replongé dans la drogue. C'est à ce moment précis de sa vie, où il touche le fond, qu'il a une révélation : Frank va devenir un super-héros. 

Le pitch de « Super » repose, à l'instar du très réussi « Kick-Ass », sur une bonne idée de départ. C'est vrai, quoi : on pourrait se demander pourquoi personne n'a jamais, un jour, franchi le pas, et enfilé un costume flashy, slip par dessus son pantalon, pour ambitionner de devenir super-héros et tenter de lutter à sa manière contre le crime. 

Avec un petit budget, mais un casting plus qu'honorable (Rainn Wilson en tête d'affiche, Kevin Bacon, Liv Tyler et Ellen Page dans des rôles significatifs, tout de même), « Super » aurait pu recevoir le même succès critique et public que le déjà cité « Kick-Ass », qui valut à son réalisateur de reprendre les manettes de la franchise « X-Men » pour le très bon « X-men : le commencement ». Il n'en fut rien, car « Super » fit un flop lors de sa sortie et n'est connu que des plus curieux des amateurs de films de super-héros. 

Ce bide fut-il justifié ? J'ai bien peur de devoir répondre par l'affirmative à cette question, après avoir visionné récemment ce film. Là où « Kick-Ass » réussissait, « Super » échoue, en grande raison à cause d'un manque évident d'ambition. 

C'est tout d'abord la réalisation qui pêche. Filmé à hauteur d'homme, « Super » donne souvent l'impression d'une vidéo amateur. Certes, cette façon de filmer est en vogue (notamment dans le film fantastique et l'horreur, comme « Le projet Blair Witch » ou « Cloverfield »), mais est particulièrement peu adaptée au thème du super-héros. Considérons que c'est un parti-pris audacieux, renforcé par des couleurs particulièrement réalistes (le ciel est toujours gris, les décors souvents sales). 

On sera moins indulgent face au manque de rythme dont fait preuve le film à maintes reprises. Dans le cadre d'un film d'action, c'est nettement moins pardonnable. Sujet à de violentes accélérations (des pics étant parfois atteints lors de scènes presque « gore »), « Super » voit son rythme chuter lors de longues séquences où le héros, d'une placidité digne d'un parpaing, entraîne le spectateur dans l'ennui. 

Enfin, la direction d'acteurs est un des défauts majeurs du film : laissés à eux-mêmes, ceux-ci en font partant des  tonnes et partent parfois en vrille (Ellen Page, notamment, qui étonnera ceux qui l'ont vu précédemment dans « Inception » ou « Juno »). Pour parachever le tout, la version française calamiteuse est la cerise de trop sur l'indigeste gateau. 

J'émettrais également quelques réserves sur le scénario, qui joue maladroitement de thèmes forts (la religion, la justice, la place du héros dans la société). La fin du film, en justifiant les choix pourtant discutables du héros, m'a laissé un drôle de goût. A en croire l'histoire de « Super », qu'importe sa façon expéditive de rendre la justice (et le qualificatif est parfois faible), la fin justifie les moyens. Il y aurait matière à discussion, mais n'attaquons pas « Super » sur ce terrain-là : il ne s'agit clairement pas d'un film à message. 

Enfin, j'espère.