Affichage des articles dont le libellé est Gustave Kervern. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Gustave Kervern. Afficher tous les articles

mardi 12 juin 2018

Un profil pour deux (2017)


Il est certains acteurs à qui l'on pardonne beaucoup, parce qu'on a une histoire avec leur filmographie, parce qu'ils tiennent une place particulière dans notre vie de cinéphile. Pierre Richard est de ceux-là, à mes yeux. Il avait déjà joué devant la caméra de Stéphane Robelin, dans "Et si on vivait tous ensemble ?", assumant son âge et s'en amusant. Les deux hommes se sont récemment retrouvés pour "Un profil pour deux", qui ne connut pas le succès qu'avaient, autrefois, les films du plus célèbre Grand Blond du cinéma français. 

Veuf et amer, Pierre ne sort plus de chez lui : il s'ennuie. Lorsque sa fille lui propose d'apprendre à se servir d'Internet et, pour cela, de recevoir des leçons de la part d'Alex. En fréquentant les sites de rencontre, Pierre tombe sous le charme de Flora, qu'il séduit par sa prose, tout en cachant sa véritable identité. Quand vient l'heure du premier rendez-vous, Pierre envoie Alex à sa place. Ce qui devait arriver arriva : Flora est séduite par Alex. Mais qui aime-t-elle vraiment ?

L'intrigue de base de "Un profil pour deux" est des plus simples : l'amour et l'imposture sont au rendez-vous. Il ne reste plus qu'à la traiter de façon respectable pour en faire un film honnête, voire agréable.  La promesse n'est qu'à moitié tenue, hélas, dans ce long métrage dont le thème, vieux comme le monde, percute l'époque. Tel un Cyrano des temps modernes, pas forcément à l'aise avec un siècle qui va trop vite pour lui, le personnage incarné par Pierre Richard séduit à l'ancienne, alors que les codes ont changé.

Ne nous mentons pas : c'est essentiellement pour Pierre Richard, autrefois clown facétieux, aujourd'hui vieil homme mélancolique, que "Un profil pour deux" mérite d'être vu. Assumant son âge et dispensant sur son passage un charme qu'entame à peine la profonde tristesse de son personnage, celui qui enchanta nombre d'amateurs de comédie est l'atout numéro de ce film. Dans son sillage, les autres comédiens, Yaniss Lespert et Fanny Valette en tête, réussissent à faire croire en leurs personnages et tirent plutôt bien leur épingle du jeu.

C'est cependant au niveau de l'intrigue que le bât blesse. Si l'idée de base était séduisante, elle est vite épuisée et doit, pour remplir totalement la durée attendue, subir ça et là quelques remplissages pas toujours habiles. Il n'y a pas de grandes surprises, dans "Un profil pour deux", il y a simplement le plaisir de revoir Pierre Richard et d'entendre, comme en écho aux comédies d'une autre génération, les mélodies de Vladimir Cosma. C'est peu, mais comparé à certains autres longs métrages du moment, c'est déjà beaucoup.


dimanche 6 août 2017

Cigarettes et chocolat chaud (2016)


Depuis que je me suis inscrit au Movie Challenge, édition 2017, je sais que quelques catégories seront difficiles à remplir. Par exemple, trouver un film qui m'a fait pleurer de rire ne va pas être chose aisée. A force de me lamenter sur le territoire dévasté qu'est devenue la comédie française, je finis par douter de trouver un film qui me décoince les zygomatiques et saute sur la moindre occasion. Dernièrement, "Cigarettes et chocolat chaud", avec ses airs de feel-good movie partait avec un gros potentiel. Cette comédie allait-elle me réconcilier avec un genre jusque là si décevant ?

Il fait de son mieux, Denis, pour élever ses deux filles. Veuf, menant de front deux emplois et laissant souvent sa progéniture livrée à elle-même, ce père dépassé par la vie reçoit un jour la visite de Séverine, une assistante sociale zélée et inquiète, parce qu'il a oublié une fois de trop sa cadette à l'école. 
Avec l'aide de ses enfants, ce papa pas comme les autres va devoir affronter la réalité et y confronter son mode d'éducation.

Dès les premières séquences de "Cigarettes et chocolat chaud", le ton est donné : le père de famille incarné par l'étonnant Gustave de Kervern a décidé qu'il ne ferait pas comme tout le monde et s'affranchirait de pas mal de règles, persuadé qu'il est que le bonheur n'est pas dans la loi et l'ordre. Et la sincérité du bonhomme, tout comme celle du film, fait qu'on adhère en grande partie à la profession de foi de cette drôle de famille amputée d'un membre et claudicant tant bien que mal sur un chemin pas toujours droit. Il faut dire qu'une immense tendresse émane de tout cela et que, malgré les aléas, Denis et ses deux filles restent debout, malgré les coups du sort. Face à ce trio souvent émouvant, la travailleuse sociale incarnée par Camille Cottin fait figure d'adversité, sans toutefois tomber dans la caricature qui aurait fait d'elle une ennemie.

Elle est là, l'immense tendresse qui imprègne chaque image de ce petit film charmant : les personnages qui l'habitent sont diablement attachants, parce qu'humains, souvent drôles et toujours touchants. Certes, ce film n'est pas exempt de reproches, mais le fait est qu'il fait passer un bon moment, aussi parce qu'il est un mignon pied de nez à pas mal de convenances et que tirer la langue à ces bonnes manières est souvent agréable. 

N'allez cependant pas croire, comme j'ai pu le faire à en juger sur l'affiche, que "Cigarettes et chocolat chaud" est un film où l'on rit à gorge déployée. Il y a aussi du drame dans ce film et des moments qui suscitent plus d'émotion que de rire. L'équilibre improbable est, il faut le reconnaître, une réussite, en grande partie grâce au quatuor d'acteurs donnant vie aux personnages de cette jolie histoire. En tête, le déjà cité Gustave Kervern excelle dans un rôle de père dépassé par les événements, mais restant debout malgré tout, tandis que Camille Cottin, plus connue pour sa "Connasse" montre qu'elle détient plus qu'un potentiel uniquement comique. Mais les plus étonnantes interprètes sont les deux jeunes Héloïse Dugas et Fanie Zanini, épatantes dans les rôles des fillettes élevées par Denis. Ajoutons à ce tableau globalement positif une bande originale entraînante et vous obtiendrez un film qui fait du bien.

En évitant la facilité qui aurait consisté à tout résoudre à la façon d'une énième comédie romantique, et en pointant les faiblesses et les défauts de son personnage central, quitte en n'en pas faire un héros, "Cigarettes et chocolat chaud" fait le bon choix. Une pointe de drame, un rien de social, pas mal de comédie, qui eût cru que ce mélange aurait pu fonctionner ? C'est pourtant le cas.




samedi 28 janvier 2017

Un petit boulot (2015)


Pascal Chaumeil, réalisateur de "L'arnacoeur" et de "Un plan parfait" nous a quittés il y a peu, juste après la réalisation de "Un petit boulot". Son dernier film, oscillant entre policier et comédie noire, ne rencontra pas le même succès que sa précédente collaboration avec Romain Duris. Ce cocktail, trop rare dans le paysage cinématographique hexagonal, méritait-il un accueil si frileux ?

Comme tous ses copains et collègues, Jacques s'est retrouvé au chômage lorsque l'usine qui faisait vivre la région a fermé. Abandonné par sa compagne et endetté jusqu'au cou, le jeune homme se voit proposer un petit boulot par un des parrains locaux : tuer la femme de celui-ci. D'abord réticent, Jacques finit par accepter et remplit le contrat avec facilité. C'est le début d'une drôle d'histoire, pour Jacques, et peut-être d'une nouvelle vie...

En signant pour ce "Petit boulot", le spectateur est rapidement mis dans le bain : d'abord social, le ton du film prend des allures de comédie, en grande partie grâce aux dialogues (signés par Michel Blanc, auquel ce talent ne sera jamais assez reconnu), avant d'opérer un virage vers le polar, le tout mâtiné d'un brin de romance sur la fin (mais je n'en dirai pas plus, le spoiler est banni de ces colonnes). L'exercice est donc risqué, de vouloir jouer sur plusieurs tableaux, on en conviendra. Là où le film français se contente d'exploiter confortablement un seul thème, quitte à l'user jusqu'à la corde (voire plus), le regretté Pascal Chaumeil ose, avec l'adaptation du roman de Iain Levinson, une audace que l'on n'attendait plus.

Si l'exercice n'est pas totalement réussi, il faut avouer que ce film se regarde avec un vrai plaisir, du début à la fin, ce qui n'était pas arrivé depuis belle lurette dans le cinéma français populaire (non, je ne vise personne...ou presque). Certes, le mélange des genres n'est pas toujours heureux et réussi, et engendre quelques maladresses nuisant à la cohésion de l'ensemble, mais l'ensemble tient mieux qu'on ne pouvait l’espérer. Cette réussite est essentiellement due à un scénario sans temps mort alimenté par des dialogues souvent savoureux et à des interprètes très en forme, surtout en ce qui concerne les seconds rôles. 

Si la prestation de Romain Duris est efficace à défaut d'être remarquable, ceux qui le secondent apportent le supplément d'âme qui donne tout son intérêt au film. Qu'il s'agisse de Gustave Kervern, en débonnaire au bord du gouffre, de la délicieuse Alice Belaïdi, pleine de vie, d'Alex Lutz, en inspecteur sans âme, et bien évidemment du trop rare Michel Blanc, qui nous rappelle ici ses talents de scénariste et de dialoguiste au passage, ce sont eux qui permettent au film de dépasser les espoirs fondés en lui. Au passage, on regrettera la présence de la voix-off, artifice inutile et pesant, puisqu'il assiste le spectateur là où la mise en scène et le montage devraient suffire. 

C'est une agréable surprise que ce "Petit boulot" peut réserver aux amateurs de comédie noire. On est encore à plusieurs coudées sous le niveau des experts en la matière (comme les frères Coen, par exemple), mais ce film, sans être inoubliable, est très au-dessus de la moyenne du cinéma français. Certes, ce n'était pas excessivement difficile.

Ce film a été vu dans le cadre du Movie Challenge 2017, catégorie "Film français".



.

lundi 27 octobre 2014

Dans la cour (2014)


Les personnages mis en scène par Pierre Salvadori sont en général éborgnés par la vie. On se souviendra avec émotion des deux comparses des "Apprentis" (sans doute son meilleur film), interprétés par les inoubliables Guillaume Depardieu et François Cluzet. Le réalisateur a un talent incontestable pour brosser le portrait d'humains malmenés par l'existence, tenant tant bien que mal et craquant souvent. Son dernier film, "Dans la cour", qui mettait en scène un duo inattendu composé de Catherine Deneuve et de Gustave Kervern, était, c'est le moins que l'on puisse dire, ancré dans son époque. Malheureusement, le fait est qu'il ne rencontra pas son public, avec environ 300 000 spectateurs au final.

Antoine, rocker quadragénaire, craque un soir de concert, et laisse tout tomber. Il finit par se retrouver gardien d'immeuble, dans une petite copropriété parisienne. Dans la cour de cet immeuble, se croisent des êtres humains à la dérive. Parmi eux se trouve Mathilde, qui découvre sur un de ses murs une fissure inquiétante, qui va faire naître chez elle une angoisse de plus en plus forte. Se prenant d'amitié l'un pour l'autre, Mathilde et Antoine vont s'accrocher l'un à l'autre...

Bien reçu par les critiques (comme c'est souvent le cas pour ce réalisateur), le dernier film de Pierre Salvadori, après "De vrais mensonges" (en 2010) représente indéniablement un virage dans l'oeuvre de ce metteur en scène. Si ses précédents longs métrages portaient une dose importante de comédie, tout en gardant une dimension sociale et humaine, "Dans la cour" est plus un drame qu'une comédie, malgré quelques moments amusants. Le portrait en creux qu'il brosse de notre société, par le biais de la population de la dite cour, n'incite guère à la crampe des zygomatiques. Mais c'est pour mieux faire vibrer le cœur du spectateur. Car s'il est une chose certaine, chez Pierre Salvadori, c'est l'amour qu'il porte à ses personnages, élément que l'on avait déjà capté dès ses tout premiers films (souvenez-vous du délicieux "Cible émouvante"). Pour transposer à l'écran cet attachement, il pose sa caméra tout en douceur à hauteur de femme et d'homme, pour donner à ses acteurs toute la latitude nécessaire. 

Dire que les comédiens sont remarquables tient de l'euphémisme : Catherine Deneuve tient là son
meilleur rôle depuis longtemps, avec un personnage qui lui permet d'assumer pleinement son âge et les fissures qui vont de pair. Face à elle, Gustave Kervern, à mille lieues de ses pitreries de Groland, se glisse merveilleusement dans la peau d'Antoine, lui apportant une bonhomie mélancolique inattendue. A leurs côtés, le trop rare Féodor Atkine et l'étonnant Pio Marmaï sont également au diapason, et servent justement une belle partition.

Alors, pourquoi pareil insuccès ? Est-ce parce que "Dans la cour" a été vendu comme une comédie et n'en était pas réellement une ? Ou parce que les films de Pierre Salvadori peuvent sembler réservés à un public averti (ce qui est totalement faux) ? J'avoue être en peine d'expliquer pourquoi ce film n'a pas eu plus de succès dans les salles. Pour une fois qu'un film français mérite d'être vu, parce qu'il parle intelligemment de notre monde et de notre vie, il reste surprenant que le public passe à côté...

Une dernière explication (et sans doute la plus valable) à l'échec de ce touchant petit film est à mettre au compte du calendrier. "Dans la cour" sortit sur les grands écrans une semaine après "Qu'est-ce qu'on a a fait au bon dieu ?". Dans l'ombre de cet immense succès (mérité ou non, la question reste posée) du cinéma français, il lui était sans doute difficile de s'en sortir avec les honneurs. On se réfugiera dans cette dernière explication : il est difficile de croire que le public français (connu pour son bon goût) ait délibérément boudé un si joli film.