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samedi 3 octobre 2020

Tucker (1988)

Francis Ford Coppola, l'un des pionniers du Nouvel Hollywood, fut souvent qualifié de "Napoléon du cinéma". Sa filmographie comprend des œuvres majeures, unanimement saluées, autant que des films qui l'amenèrent au bord du gouffre. Parmi ceux-ci, "Tucker", sorti entre "Jardins de pierre" et le troisième volet du "Parrain" était une œuvre lui tenant à cœur, mais qui ne reçut pas le succès espéré.

1948, aux Etats-Unis : Preston Tucker a un rêve : créer une automobile hors du commun, et se faire un nom, malgré la présence écrasante des grands constructeurs (Ford, General Motors et Chrysler). Qu'importe si son projet est déraisonnable, qu'importe qu'il doive affronter le Big Three, il ira jusqu'au bout de son rêve. Pour cela, il doit construire cinquante exemplaires de sa voiture. 


Le projet "Tucker" a toujours été cher au cœur de Coppola, sans doute parce que le père de ce dernier fut parmi les investisseurs qui crurent en Preston Tucker. Après avoir envisagé d'en faire un film musical, le réalisateur de "Apocalypse Now", sous l'impulsion de son ami et co-producteur George Lucas, s'orienta vers un traitement qui célébrait l'homme derrière le projet et, surtout, l'enthousiasme du héros, à la manière de Frank Capra, un temps approché pour participer à la production, d'ailleurs. Cependant, ce qui aurait pu être une célébration de l'optimisme à l'américaine et de l'esprit d'entreprise est aussi l'histoire d'une chute : qui se souvient de la Tucker 48 ?

L'histoire de Preston Tucker est finalement très proche de celle de Coppola, idéaliste se heurtant au mur de la réalité, et connaissant plus souvent qu'à son tour des échecs cuisants. Un traitement optimiste, à la Capra, fut un temps envisagé lors de la pré-production de "Tucker", mais c'est le chemin inverse qui fut finalement choisi. Le rêveur avançant sur des promesses qu'il ne peut pas tenir, affrontant des obstacles qui en décourageraient plus d'un, finira par chuter : la cause est entendue dès le début du film. Pour autant, l'énergie de Preston Tucker, parfaitement interprété par un Jeff Bridges tout sourire, est communicative et on a envie de suivre cet homme et de croire en lui, à l'image d'un Mr Smith au Sénat, même si on sait qu'il se brûlera les ailes.

La reconstitution est remarquable, Coppola ayant fini par boucler le budget nécessaire à l'accomplissement de son rêve (merci à l'ami George, au passage), et la dynamique de "Tucker" est indéniable. Pour autant, malgré l'énergie et la conviction des interprètes, on n'est pas toujours embarqué dans l'aventure de Preston Tucker, notamment quand ses ennemis prennent le visage des hommes de loi et des financiers. Tel son metteur en scène, le héros de cette fresque peine alors à faire bonne figure et on peut être tenté de ne pas le suivre jusqu'au bout, faute de carburant (émotionnel). 

Imparfait mais enthousiaste, "Tucker" est un film où Francis Ford Coppola a sans doute mis beaucoup de lui-même. Considéré cependant par beaucoup comme un film mineur de cet immense cinéaste, il s'agit d'une œuvre qui en dit long sur son créateur, qu'il s'agisse de ses ambitions comme de son talent de conteur. 



lundi 8 juin 2015

Tideland (2005)


Terry Gilliam, qui fit partie des géniaux trublions du Monty Python Flying Circus, est un des habitués de ce blog. Nombre de ses films n'eurent en effet pas le succès public escompté. Tiré d'un roman de Mitch Cullin, "Tideland" est emblématique de l'oeuvre de Terry Gilliam, par son esthétique, les thèmes évoqués et, hélas, l'échec qu'il rencontra à sa sortie dans les salles obscures, récoltant à peine 200 000 dollars. Même au plus creux de la vague, Terry Gilliam connut rarement pareille déconvenue. Cela était-il mérité ?

La petite Jeliza-Rose a une drôle de vie. Quand sa mère meurt d'une overdose, son père, rocker has-been héroïnomane l'emmène dans la maison de son enfance. Dans la demeure en ruine, tandis que son père s'adonne à son addiction, la petite fille, accompagnée des têtes de poupée qui sont ses seuls jouets, s'invente un monde imaginaire et fait de drôles de rencontres.
A bien y réfléchir, elle n'a pas grand-chose à envier à Alice, qui passa elle aussi de l'autre côté du miroir.

Annoncé par son réalisateur comme la rencontre improbable entre "Psychose" et "Alice au pays des merveilles", "Tideland" est une oeuvre à part, comme chacun des films de Terry Gilliam. D'une noirceur parfois effrayante, ce film convoque des thèmes chers à son auteur. L'enfance y est confrontée à la mort, tout comme l'imaginaire télescope souvent le réel, dans une esthétique souvent foutraque, on se reconnait sans mal la patte de l'ancien Monty Python. Souvent filmé caméra à l'épaule, "Tideland" ne prend même pas la peine de prendre du recul et plonge son spectateur dans le bric-à-brac qui tient lieu d'univers à Terry Gilliam.

Au centre de "Tideland", il y a la jeune Jodelle Ferland, qui irradie d'énergie et livre une interprétation remarquable pour son jeune âge. Bien avant de faire les beaux jours de la série "Kingdom Hospital", et après avoir été remarquée dans "Silent Hill", la jeune actrice prouve que des enfants peuvent jouer juste, voire avec talent. Jodelle Ferland a d'autant plus de mérite que l'histoire qu'elle traverse dans "Tideland" est tout sauf un conte de fées. Rien ou presque n'est épargné à la jeune héroïne, et l'on frémit à l'évocation de l'enfance qu'elle incarne aux yeux du réalisateur, jusque dans ses incursions dans le monde imaginaire qu'elle se construit pour fuir sa triste réalité. Avec l'esthétisme délirant du film, elle est le plus bel atout de ce film, il faut le reconnaître. Autour d'elle, dans des rôles plus accessoires, mais néanmoins marquants, on remarquera les prestations de Jeff Bridges, de Brendan Fletcher ou de Jennifer Tilly. Afin de rendre au mieux justice à l'interprétation, je vous conseille au passage de visionner "Tideland" en Version Originale, la VF étant particulièrement bâclée et agaçante.

Affichant fièrement sa touche, Terry Gilliam montre avec "Tideland" qu'il n'a en rien renoncé au ton qui est le sien, malgré les concessions qu'il fit à un cinéma plus commercial (je songe évidemment au très réussi "L'armée des douze singes"). Le conte extrêmement sombre et sale qu'est ce film ne pouvait être réalisé que par lui et lui ressemble bien plus que son récent "Zero Theorem". A la fois poésie visuelle et conte horrifique qui laisse son public mal à l'aise longtemps après le visionnage, "Tideland" reste cependant maîtrisé de bout en bout.





jeudi 19 décembre 2013

R.I.P.D. Brigade fantôme (2013)



L'été 2013 aura été meurtrier pour bon nombre de blockbusters. Ayons (ou pas) une pensée émue pour ceux qui tombèrent, à l'image de "Lone Ranger" ou de "After Earth" (qui seront prochainement chroniqués dans ces colonnes). Adapté d'un comic édité chez Dark Horse (à qui l'on doit déjà la série "Hellboy"), "R.I.P.D. brigade fantôme" (la deuxième partie du titre est un ajout spécifique au marché français, sans doute à fin d'aider nos compatriotes à comprendre le postulat de base) fait partie des bides de l'année. 

Décédé lors d'une opération de police qui a mal tourné, Nick Walker découvre vite que l'au-delà n'est pas ce qu'il pensait. On lui y propose en effet d'oeuvrer au sein du R.I.P.D., organisme chargé depuis la nuit des temps de chasser les morts-vivants qui menacent notre monde. Il va devenir le coéquipier de Roy Pulsifer, un ancien marshall, vétéran de cette brigade fantôme.
Cherchant à se venger de celui qui l'a tué (et n'est autre que son partenaire), Nick va aussi devoir affronter de terribles forces, son nouveau job lui réservant bien des surprises. 

Je serai bref : de surprises, il n'est ici pas question pour le spectateur. Si vous cherchez à être étonné par un film, passez votre chemin. Le plus épatant dans ce film reste le fait qu'on ait dépensé 130 millions de dollars pour obtenir pareil résultat.

A la réalisation de cette purge, on retrouve Robert Shwentke, pourtant précédemment remarqué avec "RED" ou "Flight Plan". Pratiquant ici une énième déclinaison du buddy movie, cette fois dans un cadre fantastique, le metteur en scène tente de donner vie avec moult effets à une histoire à laquelle il semble à peine croire. Sabordé par une réalisation extrêmement démonstrative (pour ne pas dire tape-à-l'oeil, surtout dans son utilisation outrancière de la 3D), un scénario poussif osant les plus grosses ficelles et les gags les plus lourds, "R.I.P.D. brigade fantôme" devient rapidement une corvée pour son spectateur.

Du côté des acteurs, ça n'est guère mieux : Jeff Bridges (cabotin comme jamais) décline ad nauseam les mêmes tics, histoire de bien faire comprendre que son marshall de personnage est l'incarnation du cool, tandis que Ryan Reynolds, toujours aussi fade, fait le minimum syndical (ou tout du moins en donne l'impression). Dans un énième rôle de méchant, Kevin Bacon livre une prestation sans grand intérêt, la seule à tirer son épingle du jeu étant Mary-Louise Parker. 

Louchant fortement du côté de "Hellboy", mais sans en avoir la folie graphique et la mise en scène remarquable (admiration de Guillermo del Toro totalement assumée, je vous rassure), "R.I.P.D. brigade fantôme" torpille rapidement ses quelques promesses initiales et devient vite lassant, un comble pour un film de ce genre. Virant rapidement à l'ennui, "R.I.P.D. brigade fantôme" ne présente que très peu d'intérêt.