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lundi 14 septembre 2020

Larguées (2018)



Co-créatrice de la série "Connasse", qu'elle adapta plus tard au cinéma (avec le film "Connasse, princesse des cœurs"), Eloïse Lang, fidèle à Camille Cottin, lui offrit l'un des premiers rôles de son deuxième film, "Larguées". Porté par un trio d'actrices, ce film de femmes ambitionnait de nous détendre les zygomatiques. hélas, à l'arrivée, le public ne suivit pas et le "Larguées" ne resta pas longtemps à l'affiche. Une comédie est toujours bonne à prendre, en ces temps moroses, et je me suis laissé tenter, afin de voir si nous n'étions pas passés à côté d'un bon moment de cinéma. Remake d'un film danois ("All inclusive", de Hella Joof), "Larguées" méritait-il mieux ?

Parce que leur mère ne va pas bien, depuis que son mari l'a quittée, Rose et Lise, deux soeurs aussi dissemblables que complémentaires, décident de partir en vacances avec elle. Voilà le trio à la Réunion, pour quelques jours dans un club où elles pourront s'amuser.
Chacune à leur manière, ces trois femmes sont larguées, parce qu'il manque quelque chose dans leur existence. Combleront-elles ce vide sous le soleil de la Réunion ?

Inutile de se mentir, "Larguées" ne marquera pas le grand retour de la comédie française. Cependant, il n'a pas à pâlir en comparaison des poids lourds actuels dans cette catégorie sinistrée, ceux qui glanent des millions de spectateurs dans les salles et devant le petit écran, souvent sur la tranche vespérale et dominicale de certaine chaîne vendeuse d'espace de cerveau disponible.  Les jolis paysages de la Réunion, bien mis en valeur dans ce frottement de caractères, sont le théâtre de quelques règlements de compte entre une mère et ses deux filles. 

Partant d'un postulat classique en matière de comédie, Eloïse Lang se contente parfois de laisser ses ingrédients interagir, alors qu'il aurait parfois fallu agiter tout cela pour obtenir un résultat savoureux. Par moments, elle atteint de bons résultats, dans des moments où le comique fait mouche ou dans ceux où l'émotion pointe le bout de son nez, mais souvent, le film donne l'impression ne pas oser aller jusqu'au bout de son intention et on en ressort avec un goût d'inachevé. 


C'est évidemment l'énergie des trois comédiennes principales, Camille Cottin en tête, qui est l'atout de "Larguées". Le trio de femmes que ce séjour en outre-mer met à l'épreuve attire l'empathie et l'attachement, malgré leurs erreurs et leurs maladresses (ou à cause d'elles, allez savoir). Encore une fois, ce sont les interprètes qui sont le plus bel atout d'un film, donc. 

Alternant quelques bons moments, qu'ils soient drôles ou émouvants, "Larguées" est aussi victime de plusieurs sorties de route et donne parfois l'impression de tourner en rond. Sans l'attachement que l'on éprouve pour le trio de femmes qui lui donne vie, ce film pourrait passer sous le radar. Pour elles, il peut valoir un petit coup d’œil (et quelques sourires).





mercredi 23 octobre 2019

Un village presque parfait (2015)



En matière de comédie sociale, le modèle britannique est-il indépassable ? Bien souvent, en effet, le cinéma hexagonal s'est aventuré sur ce territoire, affrontant les mètres-étalons du genre, et faisant bien souvent pâle figure, face à des films comme "The full monty" ou "La part des anges". La plupart du temps, ne nous mentons pas, la réussite n'était pas au rendez-vous, non plus que le succès public ou critique. Passant du petit au grand écran, Stéphane Meunier, essentiellement connu pour "Les yeux dans les bleus", le célèbre documentaire sur la Coupe du Monde de Football 1998, réalisa "Un village presque parfait". Le thème, celui des déserts médicaux, se prêtait particulièrement bien à l'exercice de la comédie sociale. Allait-il réussir son coup ?


Saint-Loin la Mauderne, dans les Pyrénées, est un village sinistré. L'usine qui faisait vivre la population a fermé et c'est grâce aux aides sociales que ses habitants vivent tant bien que mal. Pour financer le projet de réouverture de l'usine, le maire du village conclut un contrat avec les autorités européennes : il obtiendra son financement si Saint-Loin se dote d'un médecin. Mais quel praticien acceptera de venir s'enterrer loin de tout ?

Pour sa première réalisation au grand écran, après une carrière déjà fournie au petit écran, Stéphane Meunier s'attaque au remake d'un film québécois ("La grande séduction") : il faut croire que les "déserts médicaux" sont (hélas !) un mal sans frontières, puisque "Un village presque parfait" fut à son tour l'objet d'un remake en Italie.

Le thème de ces villages, cherchant désespérément un praticien pour veiller sur la santé de ses habitants, est d'actualité. A l'heure où les services de santé sont sinistrés, il était logique que le cinéma s'empare du sujet, comme on l'a vu avec le très peu réussi "Bowling". Dans le cas de "Un village presque parfait", on se rend rapidement compte que l'équilibre qui fait souvent défaut aux tentatives françaises de comédie sociale n'est pas loin d'être atteint.

Certes, les situations dans lesquelles Stéphane Meunier plonge parfois les protagonistes touchent souvent à l'incongru, et cèdent au besoin du gag, mais l'ossature qui sous-tend le film est solide : le scénario a un objectif à atteindre et ne le perd jamais de vue. Cela donne à l'ensemble une cohérence qui fait souvent défaut aux essais ratés dans cette catégorie.

Les personnages sont hauts en couleurs et souvent caricaturaux, mais on a malgré tout une vraie tendresse pour eux, malgré l'antipathie qu'ils peuvent parfois susciter. C'est sans doute la clé du succès que nombre de films n'atteignent pas, que de confier la réussite à des personnages qui touchent le spectateur. Pour les interpréter, les acteurs choisis sont suffisamment bien dirigés pour ne pas partir en vrille et faire leur numéro chacun dans leur coin : le risque était grand, surtout au vu du pedigree de certains d'entre eux. Qu'il s'agisse de Didier Bourdon, de Lorànt Deutsch, d'Elie Semoun, de Denis Podalydès ou de Lionnel Astier, aucun ne tire la couverture à lui, fort heureusement. S'il aurait été souhaitable d'avoir plus de personnages féminins majeurs, on pourra se satisfaire du résultat obtenu, en regard de ce que cela aurait pu donner.

Si "Un village presque parfait" n'est pas tout à fait la comédie sociale qui bousculera les ténors du genre, ce film a le mérite de faire parfois sourire, tout en faisant appel à un thème grave. Je ne suis pas sûr qu'il ait eu (ou ait encore) une portée revendicatrice forte, mais il a le mérite de faire passer un moment plaisant. C'est déjà ça de pris.




lundi 24 juin 2019

Papillon (2018)




Pourquoi le cinéma actuel produit-il tant de remakes ? Compte-t-il sur l'amnésie des cinéphiles, gageant qu'ils auront oublié les films originaux ? Espère-t-il faire mieux que la fois d'avant ? Ou, et je penche pour cette hypothèse, manque-t-il cruellement d'audace et d'imagination, en se disant que c'est dans les vieux pots qu'on fait les meilleures soupes (et qu'il faudra la vendre, la soupe en question ? Je ne compte plus les remakes ou les reboots (leurs cousins proches), ces dernières années, mais bien peu nombreux sont ceux qui ont prouvé leur pertinence. Qui osera affirmer que "Total recall", version 2017, dépasse la version de 1990 ? Qui se souviendra, dans quelques années, des "Sept mercenaires", cuvée 2018, alors que le film de Franklin J. Schaffner fait figure de monument ? Récemment, ce fut au tour de "Papillon", d'après le roman d'Henri Charrière, d'être l'objet d'une nouvelle version : pour le coup, ça n'a pas déchaîné les foules.


Paris, années 1930 : Henri Charrière, dit "Papillon" à cause du tatouage qui orne sa poitrine, tombe dans un piège. Accusé à tort du meurtre, il est condamné au bagne. Avec ses compagnons d'infortune, dont l'escroc Louis Dega, qu'il a pris sous sa protection, Papillon va se retrouver à Cayenne, dans de terrifiantes conditions de détention. Dès lors, il n'a plus qu'une obsession : retrouver sa liberté. Malgré la violence, malgré l'ombre de la guillotine, malgré la jungle et la mer, Papillon va tout faire pour s'évader. 

Il est difficile, pour un réalisateur, de se voir confier pareil projet. Michael Noer, cinéaste danois, déjà repéré dans son pays pour des films comme "R" (qui traitait déjà de l'emprisonnement) ou "Nortwest", a droit à un baptême du feu de haut niveau, en se voyant confier se remake. La première version de "Papillon", datant de 1973 (l'année du décès d'Henri Charrière), restait indépassable aux yeux de bien des cinéphiles, et risque de garder son statut, malgré la bonne volonté évidente du réalisateur. S'acharnant à donner le maximum de réalisme à son film, à force de violence et de crasse, sans doute pour l'ancrer dans la réalité de l'époque. Le résultat est paradoxal, puisque malgré les moyens mis à sa disposition, Noer ne réussit pas à donner à son film le supplément d'âme nécessaire. S'il ne doit rester qu'un "Papillon", ce sera celui de Schaffner. 

Il est difficile également de passer derrière derrière le jeu tout en nerfs de Steve McQueen, dans le classique de 1973 : Charlie Hunnam, jouant du muscle et de l’œil qui pétille, n'arrive hélas pas à la hauteur de son illustre aîné. Malgré tous ses efforts et tout ce qu'il entreprit pour s'immerger dans son personnage, celui qui porte sur ses épaules le film n'a hélas pas le charisme nécessaire. Face à lui, dans un rôle secondaire, mais indispensable, le même constat s'applique à Rami Malek, qui assume tant bien que mal la difficile succession de Dustin Hoffmann. L'ombre des deux géants écrase leurs successeurs, j'en ai bien peur. 

Au final, "Papillon" est un remake pour rien, bien en-dessous de son modèle, et surtout d'une utilité bien discutable. Il serait temps que l'industrie cinématographique cesse de se réfugier dans la facilité (quoique je doute que les conditions de tournage aient mérité ce qualificatif, en l'occurrence), et ose donner leur chance à des réalisateurs et scénaristes défrichant de nouveaux territoires. Tout le monde en sortirait gagnant.





lundi 28 janvier 2019

Le grand méchant loup (2013)


Le couple et l'adultère, voilà un thème rebattu. Pour surprendre le spectateur et éviter de copier les grands classiques du théâtre de boulevard (celui avec les portes qui claquent et les "Ciel, mon mari !"), les scénaristes doivent faire preuve d'inventivité. Après avoir réalisé "La personne aux deux personnes" (qui mériterait sans doute un billet sur ce blog), Nicolas Charlet et Bruno Lavaine, réalisateurs travaillant en duo, se sont attaqués à un registre pour le moins usé, tout en évoquant d'autres grands classiques, venus des contes pour enfants. Le grand public a sans doute pris peur du grand méchant loup, car le succès ne fut pas au rendez-vous.

Ils sont trois frères, Riri, Fifi et Loulou, ou plutôt Henri, Philippe et Louis, et chacun d'eux a une vie bien différente. Un jour, leur mère est victime d'un accident. C'est alors que leurs existences vont faire un drôle de virage.
Et si ces trois frères, avec leurs maisons de bois, de paille ou de pierre, étaient les trois petits cochons ? Et si le grand méchant loup portait jupon et s'apprêtait à souffler doucement sur leurs vies ?

Inspiré du conte des trois petits cochons (de Charles Perrault), mais également du film éponyme du Québecois Patrick Huard (réalisateur de "Starbuck"), "Le grand méchant loup" offre un triple point de vue sur les affres du cœur (et du corps) lorsque la quarantaine arrive et que la vie (et la mort, sa consœur) fait des siennes. L'air de rien, tout en gardant (ou presque) le ton qui est le leur, Nicolas et Bruno, les créateurs des excellents "Messages à caractère informatif", nous offrent ici un film choral plutôt malin.

En suivant la trajectoire des trois petits cochons (qui portent les noms des trois petits canards de Disney, mais c'est drôle), le film est tour à tour touchant, drôle, sarcastique et dramatique. Sa réussite (partielle) tient en grande partie à une réalisation plutôt élégante, à un scénario habile, et à une distribution au cordeau. Les interprètes de ce conte pour grands enfants sont tous remarquables, sans doute parce qu'ils sont excellemment dirigés : qu'il s'agisse de Benoît Poelvoorde, de Fred Testot ou de Kad Merad, le trio de comédiens qui mène le bal prouve qu'avec un bon script, ils peuvent donner le meilleur. Derrière eux, les seconds rôles sont tout aussi méritoires : de Charlotte Lebon à Zabou Breitman, en passant par Valérie Donzelli (et je ne cite pas tout le monde), les acteurs croient à ce qu'ils jouent, cette histoire fût-elle parfois fantaisiste.  Ce casting, finalement très équilibré, est le plus bel atout du film.

Si "Le grand méchant loup" aurait gagné à être un peu plus court (en consacrant peut-être moins de temps au personnage incarné par Benoît Poelvoorde), il n'en reste pas moins qu'il est d'une belle efficacité, parce qu'il se permet quelques audaces bienvenues.







lundi 19 novembre 2018

Silence (2017)



Remake d'un film japonais de 1971, lui-même adaptation du roman de Shūsaku Endō, "Silence", dernier film de Martin Scorsese en date, a fait couler l'encre lors de sa sortie, mais n'a pas attiré énormément de spectateurs en salles. A mille lieues des petits truands new-yorkais ou des mafiosi qui offrirent à Scorsese ses lettres d'or, l'histoire de "Silence" peut décontenancer, voire décourager le spectateur potentiel. Ce film peut aussi intriguer : offrons-lui une nouvelle chance.


Au XVIIème siècle, au Japon, le christianisme est interdit et ceux qui s'adonnent à cette religion sont persécutés. Deux missionnaires jésuites portugais, Rodrigues et Garupe, s'embarquent malgré tout vers cette terre hostile, afin de savoir ce qui est advenu du Père Ferreira, disparu quelques années plus tôt et dont on dit qu'il a fini par abjurer sa foi...
La croisade qu'ils commencent leur fera découvrir un autre monde.

Lorsque s'achève "Silence", on peut avoir une curieuse impression, pas très éloignée de ce qu'avait pu susciter en son temps "La passion du Christ". Les tourments infligés aux chrétiens, dont la simple vision est souvent à la limite du supportable, sont exposées à de nombreuses reprises. Brûlés vifs, décapités, noyés (et j'en passe), ceux que rencontrent les deux héros du film vivent l'enfer sur terre et on se demande s'il était bien nécessaire de multiplier ces scènes. 

Martin Scorsese a-t-il voulu livrer un film sur la religion ou sur sa religion ? Manifestement subjectif, "Silence" peut être vu comme la profession de foi d'un grand cinéaste (qui offrit d'ailleurs la première projection au Vatican). Ce qui aurait sans doute dû rester une démarche personnelle est donc étalé sur grand écran. On pourra regretter que Scorsese utilise son art ainsi, ou s'en féliciter.

S'il est, par contre, un point sur lequel "Silence" peut mettre tout le monde d'accord, ce sont ses magnifiques décors et sa photographie sublime, qui immergent immédiatement les personnages dans le Japon du XVIIème siècle. L'interprétation est également au nombre des points forts du film : Andrew Garfield, en figure christique (parfois excessivement, cela dit) et Adam Driver (qui montre, si c'était nécessaire, qu'il peut tout jouer), pour ne citer qu'eux, sont investis presque religieusement (décidément !) dans leurs personnages.

Ce n'est pas la première fois qu'un film me laisse plein de désarroi. Au sortir du visionnage de "Silence", entre sa beauté plastique, sa sincérité et son prosélytisme, je ne sais que penser de ce voyage au bout de l'enfer.


jeudi 12 juillet 2018

Fonzy (2013)




Qu'un film à succès, venu d'Europe, fasse l'objet d'un remake à Hollywood, c'est chose assez commune. Par contre, lorsque le remake traverse l'Atlantique dans l'autre sens, c'est plus rare. En reprenant "Starbuck", Isabelle Doval, réalisatrice de "Rire et châtiment" (qui mettait déjà en vedette José Garcia, son mari) prit un risque : entre livrer une pâle copie et trop s'éloigner du modèle, le point d'équilibre était difficile à trouver. Alors, pari réussi ?

Dans sa jeunesse, dont il estime qu'il n'est pas sorti, Diego Costa a donné son sperme à de nombreuses reprises. Alors qu'il vivote, employé dans la poissonnerie familiale et vient d'apprendre que sa petite amie est enceinte, Diego découvre qu'il est le père biologique de 533 enfants, dont 142 veulent le connaître. Il hésite entre se révéler et rester anonyme et, avant d'opter pour une des deux solutions, décide d'apprendre à connaître sa progéniture.

Bien que n'ayant pas vu le film original, j'avoue avoir pris grand plaisir à visionner son remake. Là où l'on aurait pu s'attendre à une comédie parfois malhabile, c'est à un film souvent fin et parfois drôle que l'on a affaire. "Fonzy", avec un sujet de départ qui aurait pu verser dans le graveleux, est un film qui joue adroitement du thème de la paternité et du rapport entre les générations. Quand Diego prend sous son aile certains de ses rejetons et devient ainsi père, l'émotion pointe parfois le bout de son nez, alors qu'on ne l'attendait pas. Et, dans sa dernière partie, celle normalement consacrée à la résolution (dans toute bonne comédie qui se respecte), la métamorphose du personnage central s'avère plus touchante qu'attendu.

Étonnamment, donc, le remake est plutôt réussi. Le mérite en revient essentiellement à l'interprète principal, José Garcia, convaincant dans le rôle d'un homme passant, en l'espace d'un film, du statut d'adolescent immature à celui du père. Si ses interprétations ont parfois été outrancières, il explore ici le registre de l'émotion et se montre souvent convaincant dans le rôle d'un homme franchissant en accéléré les étapes qui mènent à l'âge de père. Autour de lui, les seconds rôles pâtissent un peu de l'omniprésence de ce personnage, mais on apprécie les prestations d'Audrey Fleurot, de Lucien Jean-Baptiste, ou de Gérard Hernandez (en patriarche plein de sagesse).

Enfin, cerise sur le gâteau, la bande originale est un régal pour les oreilles, ce qui ne gâte rien, et rythme agréablement les péripéties de Diego Costa, géniteur devenant père le temps d'un film. Sans doute pas exempt de maladresses, "Fonzy" est cependant un film généreux et humain, souvent drôle, mais pas vain. S'il n'a rien d'inoubliable, ce remake européen d'un film québécois (qui eut droit, ensuite à son remake aux Etats-Unis, sous le titre "Delivery man", pour la petite histoire) est plus qu'honorable : il se pourrait qu'il s'agisse d'un bon film.

Ce film a été vu dans le cadre du Movie Challenge 2018, pour la catégorie 
"Un film avec une bonne BO"


lundi 12 février 2018

Sept jours pas plus (2017)



Avec son affiche annonçant clairement le feel-good movie et son casting qui, en temps normal, m'aurait fait fuir à toutes jambes (mes lecteurs les plus fidèles comprendront), "7 jours pas plus" aurait du, comme on dit, passer sous mon radar. Mais il y avait un je ne sais quoi qui m'intriguait, surtout dans son arrière-plan : ça sentait le cinéma social et c'est un genre auquel j'accroche en général plutôt bien. Comme ce film d'Héctor Cabello Reyes (son premier en tant que réalisateur, après un lourd passif de scénariste) avait connu un succès des plus mitigés, il n'était donc que justice de le retrouver ici.


Tout seul dans son magasin et dans sa maison, Pierre est quincaillier, mais surtout grincheux. Ce vieux garçon dit beaucoup "non" et il est hors de question pour lui de toucher à ses petites manies. Même Jeanne, amoureuse de lui depuis toujours, n'a jamais réussi à toucher son cœur. Il va falloir que le destin mette sur la route de Ajit, un Indien ne parlant pas un mot de français
Ah oui, il y a aussi cette vache, tombée du ciel. Tout ça arrive-t-il par hasard ?


A lire le pitch de "Sept jours pas plus", on peut se demander si l'on n'a pas affaire à un de ces films plus ou moins choraux, où des événements sans rapport apparent finissent par prendre sens à la lumière de leur conclusion. Ce n'est pas tout à fait dans cette catégorie qu'il faut ranger ce long métrage, en réalité. Parce qu'il y a aussi des gros morceaux de comédie romantique et de cinéma social dans "Sept jours pas plus". Jusque là surtout connu pour ses scénarios (dont certains ne sont pas forcément à son honneur...citons "Low Cost" ou "Barbecue"), Héctor Cabello Reyes semble adepte d'autre chose, pour ses débuts derrière la caméra. Alors que certains de ses scripts avaient donné lieu à des films plutôt lourdingues et poussant le détecteur de clichés dans la zone rouge, "Sept jours pas plus" fait le choix de la sensibilité et, surtout, évite de maltraiter ses personnages. Les héros, si on peut utiliser ce nom, du film, prennent peu de risques, tant le scénario les ménage, sans doute parce qu'il aime immodérément ses personnages. Je n'ai pas vu "El Chino", le film argentino-espagnol dont "Sept jours pas plus" est le remake, mais on peut penser que le matériau d'origine a fortement influencé le ton du film.

Si le film tourne essentiellement autour de son personnage principal, tour à tour énervant et émouvant, son humanité transpire à l'écran, parce qu'il est bien écrit et remarquablement interprété par Benoît Poelvoorde. Celui qu'on a connu parfois excessif prouve, une fois de plus, qu'il peut jouer sur une autre partition que celle de l'outrance (il est loin, le temps de "C'est arrivé près de chez vous"). Face à lui, Pitobash, sans utiliser un mot français (ou presque) sert de révélateur à cet humain qui s'ignore et réussit à imposer son personnage improbable. Enfin, aussi étonnant que cela puisse paraître, Alexandra Lamy n'est presque pas agaçante : oui, c'est surprenant, comme quoi il ne faut pas désespérer. 

Jouant des zones grises des personnages, et ne sombrant jamais dans le manichéisme; ce petit film a plus d'atouts que de handicaps dans sa main. Parfois surprenant, parfois émouvant, sans être inoubliable, "Sept jours pas plus" est souvent touchant, parce qu'il donne la part belle à ses personnages, parfois au détriment de son scénario, c'est vrai. 


Ce film a été vu dans le cadre du Movie Challenge 2018, pour la catégorie 
"Un film dont le titre contient un numéro"

dimanche 28 janvier 2018

My cousin Rachel (2017)


La romancière Daphné du Maurier a été l'inspiratrice de nombreux films, dont certains sont passés au Panthéon du Septième Art. De "Rebecca" à "L'auberge de la Jamaïque", son nom est essentiellement associé à celui d'Alfred Hitchcock, maître incontesté du suspense. On connaît moins "Ma cousine Rachel", roman gothique, pourtant adapté deux fois au grand écran. Si la première version, daté de 1952, mettait en scène Richard Burton et Olivia de Havilland, une adaptation plus récente, ayant conservé son titre original, est sortie sur les écrans l'an dernier. Malheureusement, malgré la présence à l'affiche de Rachel Weisz, ce film n'eut pas le succès escompté.

Jeune noble britannique du XIXème siècle, Philip est dévasté lorsqu'il apprend le décès de son cousin, en Italie, peu après son mariage avec Rachel, une étrange veuve qu'il a épousé en secret. Suspectant que Rachel ne soit responsable de cette mort, Philip a un jour la surprise de voir arriver sa cousine Rachel, troublante autant que mystérieuse. Méfiant de prime abord, le jeune noble finit par se laisser charmer par la jeune veuve. Mais qui est-elle vraiment ? Et que cherche-t-elle ?


Roger Michell, le réalisateur de "My cousin Rachel", nous a offert déjà quelques films intéressants (comme "Week-end royal") et est surtout connu pour "Coup de foudre à Notting Hill". Cela dit, il y a peu de chances pour que "My cousin Rachel" fasse partie de ses œuvres les plus notables. En choisissant délibérément de situer son histoire dans l'Angleterre du début du XIXème siècle, il s'astreint à une rigueur, voire une austérité qui pèse sur tout le film. Qu'il s'agisse des costumes, des décors ou tout simplement de la photographie, "My cousin Rachel" arbore un dehors plutôt sévère. 

L'intrigue principale, celle de savoir si oui ou non Rachel est une odieuse manipulatrice et Philip un doux naïf, passe finalement au second plan, tant la reconstitution de l'époque (pourtant non nécessaire, le roman original n'étant pas placé dans une période donnée) est sérieuse et paralysante. Alors que le scénario opte pour un flou volontaire et donne au spectateur l'opportunité de se faire sa propre idée, l'impression générale, celle de parcourir un musée dédié à l'Angleterre pré-Victorienne, paralyse ses intentions. 

Dans ce décor (remarquablement reconstitué, j'insiste), les acteurs semblent eux aussi prisonniers de leur cadre. Rachel Weisz, qu'on a connue remarquable dans "Agora" (par exemple, pour reprendre un film situé dans un cadre très rigoureux aussi), semble enfermée dans son rôle de veuve mystérieuse dont on ne saura jamais les vraies intentions. Face à elle, Sam Claflin est peu convaincant dans le rôle principal, il faut bien l'avouer, manquant d'envergure et sans doute de maturité. On notera la présence dans un second rôle notable de Iain Glen, l'une des stars de la série "Game of Thrones", dont, décidément, les acteurs ont du mal à trouver leur place au grand écran.

Jouant excessivement la carte de la reconstitution d'une époque et abusant de l'artifice du mystère, "My cousin Rachel", pour troublant qu'il soit, est un film qui risque de laisser pas mal de spectateurs sur le bas-côté, faute de les embarquer dans son histoire. 



Ce film a été vu dans le cadre du Movie Challenge 2018, pour la catégorie 
"Un remake ou film ayant été objet de remake" 



lundi 17 juillet 2017

Deuxième chance à Brooklyn (2014)


Certaines personnes, lorsqu'elles disparaissent, laissent un trou béant, qui jamais ne se referme. Il en va de même pour certains artistes qu'on appréciait. Je l'avoue sans honte : Robin Williams était de ceux-là, à mes yeux. Pourtant, nombre de ses derniers films étaient passés totalement inaperçus. La séance de rattrapage s'impose donc. "Deuxième chance à Brooklyn" (version française de "The angriest man in Brooklyn", ne cherchons plus à comprendre les traductions de titres de films), réalisé par Phil Alden Robinson, l'un des derniers films du grand Robin Williams, n'a séduit que peu de spectateurs.

Il est loin, le temps du bonheur, pour Henry. Cet avocat New-Yorkais vit dans une colère perpétuelle, alimentée par une tristesse profonde, et en veut à la terre entière. A la suite d'un examen médical, réalisée par une jeune remplaçante, Henry apprend qu'il est porteur d'un anévrisme et n'a plus beaucoup de temps à vivre.
Comment va-t-il remplir les 90 minutes qui lui restent ? Entre son couple, qui bat de l'aile depuis la mort d'un de ses enfants, et ses relations désastreuses avec le fils qui lui reste, Henry a fort à faire et bien peu de temps.

A la lecture du pitch, on se doute bien du traitement dont "Deuxième chance à Brooklyn" va être l'objet. Il s'agira probablement de l'occasion pour un homme qui s'est perdu de prendre conscience de l'importance de la vie, des autres, de l'amour. Bref, on peut s'attendre à une énième fable plus ou moins moralisatrice sur le sens de l'existence alors que celle-ci est sur le point de s'éteindre. Pourquoi pas ? Si l'ouvrage est de bonne facture, on peut se laisser faire et écouter cette nouvelle version d'une fable déjà maintes fois entendue. Il suffirait de peu de choses pour que l'on évite le mélodrame larmoyant et qu'on atteigne un état de grâce que certains films ont su toucher.

Ne nous leurrons pas : ces promesses, "Deuxième chance à Brooklyn" ne les tient pas vraiment. Parce qu'il hésite sur le ton à tenir et qu'il oscille entre comédie, drame et mélodrame sirupeux, le film est souvent boiteux, voire bancal, sans doute parce qu'il fut réalisé en hâte et sans grand soin. Heureusement, il y a les acteurs, qui font l'essentiel du travail et sauvent ce qui peut l'être. En tête, évidemment, se trouve l'immense et irremplaçable Robin Williams, suffit à lui seul à justifier le visionnage de ce film. A ses côtés, Mila Kunis, étonnamment convaincante, réussit à s'imposer face à l'acteur principal et à instiller une véritable épaisseur à son personnage.


Remake d'un film israélien, "Mar Baum" de Assi Dayan (qui participe au scénario du présent film), le long métrage de Phil Alden Robinson souffre aussi d'un effet inattendu et dramatique. Les scènes où le personnage de Robin Williams évoque et songe à sa fin prochaine génèrent un malaise, tant on se demande si c'est l'homme ou le personnage qui contemple le gouffre à ses pieds. Nul ne saura jamais ce qui se passait alors dans la tête de Robin Williams, clown génial au cœur brisé.

La réalisation de "Deuxième chance à Brooklyn" ne rend pas suffisamment hommage à son acteur principal. Phil Alden Robinson, essentiellement connu pour "Les experts" (amusant thriller technologique avec Robert Redford et Ben Kingsley) ou "Jusqu'au bout du rêve", dans lequel Kevin Costner trouvait l'illumination par le base-ball, se contente du minimum syndical et, a posteriori, on ne peut que se rendre compte que c'est insuffisant.

C'est évidemment la prestation de l'immense acteur tenant le rôle principal qui est le plus grand atout de ce film, dont le visionnage ne s'impose pas. Il tiendra lieu de pèlerinage à ceux qui sont nostalgiques de Robin Williams et à qui il manque cruellement. Les autres préféreront sans doute se souvenir de ses grands rôles.

Ce film a été vu dans le cadre du Movie Challenge 2017, dans la catégorie "Un remake ou un film qui a fait l'objet d'un remake".




jeudi 29 décembre 2016

Le limier (2007)


Les remakes sont devenus monnaie courante, depuis quelques années. Il n'est pas de mois où n'en est annoncé un nouveau, aussi improbable soit-il. Si certains se révèlent intéressants, c'est bien souvent l'inquiétude que génère pareil projet chez les cinéphiles. Quand Kenneth Brannagh décida de réaliser "Le limier" et donc de refaire le grand classique de Joseph L. Mankiewicz, il y eut des sueurs froides chez les adorateurs du film original (dont je fais partie). Étaient-elles justifiées ?

Le jeune Milo Tindle, comédien sans le sou, se rend chez le célèbre Andrew Wyke, richissime auteur de romans policiers. Amant de l'épouse du romancier, Tindle se voit proposer un drôle de marché par Wyke : cambrioler la maison de celui-ci, afin qu'il touche la prime d'assurance. En échange, Milo pourra vivre avec l'épouse de Wyke, une fois leur divorce prononcé. 
Entre le riche vieil homme et le jeune amant, commence un trouble jeu, fait de duperie et de fascination, de manipulation et de séduction .
Mais qui manipule qui ?


Adapté d'une pièce de théâtre, le film de 1972 réussissait, en mettant face-à-face deux acteurs prodigieux (Laurence Olivier et Michael Caine) à être aussi fascinant qu'inattendu, subversif et délicieux. Cette nouvelle mouture, dont on peut douter de la nécessité, prend le parti de se différencier du matériau d'origine, tout en espérant en garder la puissance et l'intensité. C'était ambitieux, et pas forcément utile. C'est surtout raté. 

Là où le film de Mankiewicz utilisait comme décor une bâtisse remplie d'un capharnaüm improbable, Brannagh choisit une architecture épurée et fait appel à la technologie plus souvent qu'à son tour. Soit, après tout. Mais l'autre différence avec le film de 1972, et elle est plus regrettable, c'est qu'il remplace la subtilité du "Limier" original par une lourdeur qui se fait de plus en plus présente que le film avance. Si, dans le premier acte, on pouvait espérer en la réussite de l'entreprise, on en doute rapidement avant de devoir se rendre à l'évidence, sans grande surprise : ce remake est un ratage.

On a beau apprécier Michael Caine et comprendre son désir de revivre le duel phénoménal au cours duquel il affronta l'immense Laurence Olivier, on est bien embêté pour lui de le voir se fourvoyer dans pareille entreprise. Quant à Jude Law, son jeu est bien trop excessif pour l'exercice, surtout dans le dernier acte, où il devient carrément outrancier et souvent ridicule.

Avant de voir "Le limier", version 2007, on peut douter de l'utilité de pareil remake. Une fois qu'on l'a vu, on est fixé : il était inutile et, pire encore, irrespectueux, de revisiter l'immense classique originel. A force de balourdise et de maladresse, Kenneth Brannagh n'obtient pour seul résultat que de donner envie de revoir le film original.




samedi 24 décembre 2016

Un homme à la hauteur (2016)


Cela faisait longtemps qu'une comédie romantique n'avait pas été l'objet d'un billet dans ces colonnes. Genre extrêmement codifié, au point qu'en oublier un ingrédient signifie souvent l'échec, la romcom, comme on dit, est le conte de fées du septième Art, pas réaliste pour un sou, mais auquel on se laisse prendre. Virgine Efira, ancienne présentatrice de télévision ayant contre toute attente réussi sa reconversion au grand écran, est l'une des vedettes du genre. Avec comme partenaire Jean Dujardin, qu'on ne présente plus, et devant la caméra de Laurent Tirard (connu pour ses adaptations du "Petit Nicolas"), la jolie Belge n'a cependant pas remporté un triomphe public avec ce film.

Avocate de talent, Diane est belle, pleine de vie et d'énergie, et célibataire. Lorsqu'elle égare son téléphone portable, elle ne sait pas qu'une drôle d'histoire commence. L'homme qui l'a retrouvé la contacte, et lui fixe rendez-vous. Si le courant passe lors de leurs conversations téléphoniques, Diane a la surprise de découvrir que son interlocuteur n'est pas tout à fait comme les autres : Alexandre est en effet petit, très petit. Architecte de talent, père divorcé lui aussi, il serait l'homme idéal, s'il n'y avait ce problème de taille. Mais est-ce un problème ?

On ne peut reprocher à "Un homme à la hauteur" de sortir du cahier des charges de la comédie romantique. Tout y est ou presque : des protagonistes, assez différents pour générer un semblant d'enjeu, mais finalement pas si éloignés que ça, un cadre de vie plutôt propre à faire rêver, une fin connue dès le début du film, mais quelques obstacles posant questions, ainsi que l'inévitable rupture avant la réconciliation définitive du dernier quart d'heure. Tout est là, dans "Un homme à la hauteur", il ne reste donc plus qu'à ce que le mécanisme derrière, assure le fonctionnement de tous ces éléments.

La différence qui oppose les deux personnages de "Un homme à la hauteur" est de taille (pardonnez-moi cette formule facile) et, pour réussir à faire passer Jean Dujardin pour un homme de petite taille, il a fallu passer par des effets spéciaux. Les moins numériques de ceux-ci sont les plus réussis, il faut bien l'avouer. Mais le problème de ce film ne vient pas de ses effets : c'est qu'il ne surprend pas et laisse trop souvent son spectateur à distance. Malgré toute la sympathie que peuvent susciter ses interprètes (notamment la délicieuse Virginie Efira), Laurent Tirard n'arrive pas à dépasser le postulat de base et se réfugie derrière les scènes provoquées par la petitesse du héros masculin. Évoquant le regard des autres sans l'exploiter judicieusement, il se contente de dérouler tranquillement le fil de son film, se reposant sur les jolis décors qu'il propose et sur ses acteurs pour emporter l'adhésion. On était en droit d'en attendre un peu plus.

Remake d'un film argentin, "Un homme à la hauteur" part d'un matériau déjà rôdé. Un échec aurait été incompréhensible, mais une réussite totale était souhaitable. Ce n'est hélas pas ce qui attend le spectateur.




dimanche 6 septembre 2015

Gambit, arnaque à l'anglaise (2012)


C'est rigolo, la façon dont les titres des films se voient ajouter un complément destiné au public français. Avec le complément "entre amis" (promis, je ne reviens pas sur le film sinistre portant ce titre), et vous donnerez à n'importe quel long métrage une allure de film choral, glanant ainsi des spectateurs qui ne s'y seraient pas forcément laissés prendre. En ajoutant le label "à l'anglaise", les distributeurs de films pensent certainement que cela conférera à l'oeuvre le "plus" nécessaire à son succès, en attirant les curieux adeptes d'un ton "so british". Hélas, de "Mariage à l'anglaise" à "Petits meurtres à l'anglaise", la méthode a été déclinée ad nauseam, sans démontrer son efficacité. Il n'empêche qu'elle continue d'être déployée, en dépit du bon sens. "Gambit, arnaque à l'anglaise", remake de "Un hold-up extraordinaire" (1968), avec dans les rôles principaux Cameron Diaz, Colin Firth et Alan Rickman fut un sévère bide, il y a quelques années.

Conservateur d'art, Harry Deane décide d'arnaquer son patron, Lord Lionel Shabandar, grand collectionneur. Pour ce faire, il compte lui faire acheter la copie d'un Monet, disparu depuis la Seconde Guerre Mondiale. Flanqué d'une extravagante texane fan de rodéo, sensée faire croire que son grand-père a récupéré le tableau parmi ceux volés par Herman Göring, Deane va voir son plan prendre une tournure inattendue. Entre choc des cultures et retournements multiples, Harry n'est pas au bout de ses peines.


Michael Hoffman, réalisateur de "Gambit, arnaque à l'anglaise" a déjà derrière lui quelques longs métrages, dont le plus connu est sans doute "Un beau jour", dans lequel il dirigea Michelle Pfeiffer et George Clooney. Ce remake d'une screwball comedy comme on savait les faire il y a quelques décennies était pour lui l'occasion d'espérer un grand succès. Quand on sait qu'en plus, le scénario était écrit par les frères Coen, tous les espoirs étaient permis.  Hélas, ces espérances sont rapidement douchées et ce, dès les premières séquences du film. Les allées et venues du scénario rendent vite l'intrigue totalement confuse et illisible, alors qu'elle n'avait rien de particulièrement crypté. Se perdant en apartés inutiles et ratant ses effets chaque fois qu'il veut faire rire, "Gambit, arnaque à l'anglaise" devient rapidement un film où on s'ennuie.

Tout porte à croire que les frères Coen n'aient fait que griffonner un brouillon du scénario de "Gambit, arnaque à l'anglaise" et qu'ils aient choisi sciemment de ne pas porter à l'écran ce remake inutile de "Un hold-up extraordinaire", qui n'avait pourtant pas marqué les esprits. En effet, si la mise en scène de Michael Hoffman n'a rien d’extraordinaire, elle reste honorable, même si elle est souvent sabordée par un montage souvent en dépit du bon sens. Le scénario est, une fois encore, le grand fautif de ce film. 

On pourrait se consoler avec la présence d'acteurs de grand talent, comme Alan Rickman, Colin Firth,  ou Stanley Tucci. Ce serait en pure perte : les voir se gâcher dans pareil ratage fait plus mal au cœur qu'autre chose. Au passage, si quelqu'un pouvait demander à Cameron Diaz d'arrêter de choisir des rôles basés uniquement sur son physique, ce serait lui rendre grand service. Aussi ravissante soit-elle, il est temps de passer aux choses sérieuses. Mal dirigés et sans doute peu convaincus de l'entreprise dans laquelle ils se sont laissés embarquer, les comédiens font finalement peine à voir.

La vague des remakes, reboots et autres sequels gangrène suffisamment le cinéma, d'où qu'il vienne, pour qu'on s'épargne celui-ci. Se réclamant d'un ton qu'on ne trouve jamais au visionnage, quelque part entre l'humour british et celui des frères Coen (dont je n'arrive pas à comprendre la collaboration au script de ce film), "Gambit, arnaque à l'anglaise" tient une seule promesse : il s'agit d'une arnaque, dont les victimes sont les spectateurs (aussi peu nombreux furent-ils).






samedi 13 juin 2015

Conan (2011)


Robert Howard, romancier tourmenté (il se suicida à l'âge de 30 ans, en 1936), est l'un des pères fondateurs de la fantasy. Son personnage le plus connu, Conan, a déjà donné lieu à des adaptations cinématographiques, en plus d'avoir inspiré des comics, des jeux de plateau (la dernière création en date a pulvérisé les records de souscription sur Kickstarter), des dessins animés et plus encore. Pourtant, les aventures de Conan au cinéma n'ont pas toujours rencontré le succès. La dernière en date, réalisée par Marcus Nispel (à qui l'on devait déjà "Pathfinder") a été un bel échec commercial et critique. 

Conan, le Cimmérien, est né sur un champ de bataille, où a péri sa mère. Élevé par son chef de clan de père, il est devenu un garçon solide. Quand les troupes de Khalar Zym, venu chercher le dernier morceau d'un masque qui lui donnera la toute-puissane, envahissent son village et le déciment, Conan, devenu orphelin, n'a plus qu'un but : venger son père.
Khalar, de son côté, n'aspire qu'à réassembler le masque et à procéder à la cérémonie qui fera de lui l'égal d'un dieu. Lorsque Conan atteint l'âge d'homme, il est sur le point d'y parvenir (et on se demande pourquoi il a attendu autant, d'ailleurs).

En visionnant ce film, étant amateur des écrits originaux et considérant le film de John Milius comme une adaptation finalement réussie, j'avais un pressentiment. Ce "Conan", cuvée 2011, ne pouvait être qu'un ratage. J'aurais aimé me tromper.
Le premier problème de ce film est son réalisateur, Marcus Nispel, visiblement persuadé qu'énervement est synonyme de dynamisme. Sur l'écran, ça bouge dans tous les sens et les scènes perdent souvent toute lisibilité et tout sens. Le montage quasiment frénétique (les plans font rarement plus de quelques secondes) rendent nombre de séquences épuisantes en plus d'être brouillées. Et pourtant, malgré cette rapidité qui leur nuit, nombre de scènes réussissent à paraître trop longues. Marcus Nispel, le réalisateur, avait déjà fait montre de son style avec "Pathfinder", il récidive ici au point qu'on aimerait lui offrir un trépied, afin qu'il nous offre une fois de temps en temps un plan fixe.

Du côté de l'interprétation, il va sans dire que Jason Momoa (le Khal Drogo de "Game of Thrones") n'a pas l'épaisseur d'Arnold Schwarzenegger. On pourra se consoler avec la présence de Ron Perlman (visiblement venu pour le chèque et dont le rôle est presque trop important, surtout si on compare avec le Conan de 1982), de Stephen Lang (le méchant de "Avatar" et de "Terra Nova", visiblement abonné aux rôles de bad guy), de  la très jolie Rachel Nichols, de Saïd Taghmaoui (il semblerait qu'on ait perdu définitivement cet acteur, pourtant bouleversant à ses débuts dans "La haine") ou de Rose McGowan. 

Cependant, le plus grand reproche qu'on peut faire à ce "Conan" reste son scénario et le peu d'intelligence avec laquelle le personnage du Cimmérien est exploité. Celui décrit dans les romans comme un homme hanté par son destin, qui ne rechigne pas à se faire voleur quand le besoin s'en fait sentir, devient ici une brute épaisse qui fonce tête baissée et donne de l'épée avant de discuter, quand il en prend la peine. On entrevoit de temps à autre, qu'il s'agisse du décor ou du contexte, les ombres ou les fantômes de l'oeuvre originelle, mais les espoirs qu'ils suscitent sont rapidement torpillés par la réalisation outrancière de Nispel. 

Etait-il bien utile de produire un remake du film de John Milius (avec, a fortiori, un scénariste bien moins talentueux qu'Oliver Stone) ? La réponse est clairement négative. Ce n'est pas encore cette fois qu'un film rendra hommage à l'oeuvre du grand Robert Howard.





vendredi 17 octobre 2014

Invasion (2007)


Le thème de l'invasion extra-terrestre de la Terre, en plus d'être un grand classique déjà maintes fois traité, est souvent un prétexte à un propos politique, à l'instar de "L'invasion des profanateurs de sépulture", d'abord mis en image par le grand Don Siegel en 1956, puis objet d'un remake par Philip Kaufman, avant de passer entre les mains d'Abel Ferrara. Il faut croire qu'une nouvelle mouture de ce classique de la science-fiction était inévitable : en 2007, sortit (laborieusement) "Invasion", avec Nicole Kidman et Daniel Craig en têtes d'affiche. Etait-ce un remake de trop ? Toujours est-il que le film accusa une perte d'environ quarante millions de dollars : on a fermé des usines pour moins que ça.

La navette spatiale américaine Patriot a explosé en vol et a répandu des milliers de débris sur tout le territoire des Etats-Unis. Peu après, certains citoyens commencent à avoir un comportement inquiétant, après avoir été en contact avec une substance tout aussi étrange. Carol, médecin de son état, va être confronté à d'étranges phénomènes qu'elle ne peut se résoudre à attribuer au virus qui circule dans le pays. Les gens deviennent trop étrangement paisibles et ne sont plus eux-mêmes, ne montrant plus aucune émotion. Que se passe-t-il ?

Après le succès rencontré avec "La chute", Olivier Hirschbiegel put tenter l'aventure hollywoodienne, délaissant pour un temps la réalisation de séries télévisées telles que "Tatort". Malheureusement, la gestation de "Invasion" n'augurait rien de bon. Ses producteurs (dont le célèbre Joel Silver), au visionnage de ce que livra Olivier Hirschbiegel, décidèrent de faire ré-écrire les deux tiers du scénario par Andy et Larry Wachowski, puis d'en faire tourner de nouvelles scènes par James McTeigue (réalisateur de "V pour Vendetta"). 
Il faut cependant croire que ces interventions de sauvetage n'arrangèrent en rien le film : le produit final n'est guère enthousiasmant, comme si les dégâts initiaux n'avaient pas été réparables, ou comme si le remède avait été pire que le mal. 

La réalisation est, avec le montage, le plus grand défaut de ce film. Abusant de la caméra à l'épaule et de scènes extrêmement courtes, alors que les séquences d'exposition sont trop peu nombreuses, Olivier Hirschbiegel livre une mise en scène digne d'un téléfilm lambda. Le style, utilisé pour "La chute", n'est d'aucune efficacité dans le cas présent, où le public est bringuebalé dans une histoire sans intérêt, bouclée à la hâte, sans le moindre respect pour lui.

On se consolera avec la présence de la divine Nicole Kidman et d'un Daniel Craig n'ayant pas encore endossé le smoking de James Bond. Au passage, il croise, l'espace de quelques scènes, Jeffrey Wright qui deviendra Felix Leiter dans "Casino Royale". A défaut d'un réel discours qui aurait pu sauver le film, on peut se consoler en compagnie de ses interprètes...ou être mal à l'aise pour eux, c'est selon.


mercredi 17 juillet 2013

Endiablé (2000)


L'intervention du fantastique dans la comédie a donné lieu à de nombreux films, souvent inégaux. Pour un traitement en finesse à la façon de "Un jour sans fin", combien de "Ma vie est un enfer" ? De longue date, les cinéastes ont utilisé le fantastique pour apporter un peu de piment à des comédies qui auraient été bien palotes sans cet ajout, ou pour mettre un peu plus en relief des thèmes qui leur étaient chers (l’incontournable "La vie est belle" de Frank Capra, reste un modèle du genre). "Endiablé" ("Bedazzled", en version originale) est à ranger dans la catégorie des comédies où intervient un élément fantastique, mais n'a pas pour autant marqué les esprits lors de sa sortie. 

Elliott est ce qu'on peut appeler un loser. Mal considéré par tous, ce brave garçon désespérément célibataire rêve de conquérir le coeur d'une jolie collègue qui l'a à peine remarqué.
C'est le moment que choisit Satan en personne pour surgir dans son existence et lui permettre d'exaucer sept de ses voeux. Naturellement, le diable (ou plutôt la diablesse, puisqu'elle a ici les traits et la plastique d'Elizabeth Hurley) va se faire un malin plaisir d'interpréter à sa guise les souhaits du malheureux.

Réalisé par Harold Ramis (le docteur Egon Spengler de "SOS Fantômes"), "Endiablé" est le remake de "Fantasmes", un film de Stanley Donen (surtout connu pour ses comédies musicales, comme "Charade") réalisé en 1967. Si l'original n'a pas marqué les mémoires, la version de Ramis ne le fera pas non plus, il faut bien le reconnaître. Malgré quelques maigres trouvailles scénaristiques et une poignée de gags qui font sourire, cette comédie s'avère au final poussive et assez ennuyeuse. Les coupables, en l’occurrence, sont plusieurs : la réalisation, extrêmement plate et manquant cruellement de rythme (et je ne parle pas des multiples répétitions d'effets se voulant comiques), et les acteurs, manquant cruellement de conviction.

Au premier rang du casting, Brendan Fraser, acteur auquel je n'arrive pas à trouver le moindre talent, traverse ce film avec l'air navré du type qui n'a pas compris ce qui lui arrive. Elisabeth Hurley, quant à elle, a beau être diaboliquement sexy (et n'être pas avare de ses charmes), il lui reste pas mal de chemin pour devenir une grande actrice, qu'on admirera pour autre chose que son physique.

Harold Ramis a réalisé quelques belles comédies (le déjà cité "Un jour sans fin" et, dans une moindre mesure, "Mafia Blues", par exemple), mais "Endiablé" fait pâle figure en comparaison de celles-ci. L'échec commercial (et critique) de ce remake inutile d'un film oublié en dit long sur sa réussite, pour une fois. Ce qui fait défaut à ce dernier réside essentiellement dans une réalisation et une interprétation qui auraient du lui donner le punch et l'intérêt nécessaire. Faute de cela, vous pouvez passer votre chemin sans regret. 





vendredi 10 août 2012

Pathfinder (2007)


C'est bien connu, Christophe Colomb n'est qu'un vil usurpateur, les Vikings ayant découvert l'Amérique bien avant lui. Se basant sur cette vérité historique, le réalisateur Marcus Nispel, ayant déjà commis les remakes de "Massacre à la tronçonneuse", de "Vendredi 13" et (plus récemment) de "Conan le Barbare" nous propose une confrontation entre Amérindiens et Vikings, choc des cultures dont on devine aisément qu'il ne se résoudra pas tranquillement autour d'une table, mais plutôt les armes à la main.

Il y a bien longtemps, un drakkar viking aborda les côtes du Nord de l'Amérique. Lors de l'affrontement avec les autochtones, le choc fut violent, à tel point que seul un enfant viking survécut, avant d'être adopté par les Indiens.Quinze ans plus tard, les Vikings reviennent et massacrent tout le village. Survivant encore une fois, l'enfant viking, devenu homme, va devoir les affronter, pour sauver la femme qu'il aime.  
C'est beau, un pitch pareil, non ?

Je vous préviens tout de suite : je ne connais pas le comics dont est tiré le film (paru chez Dark Horse), ni le film original, "Le Passeur" (1987). la critique qui suit ne concerne donc que le long métrage de Marcus Nispel. 

On est tout de suite mis dans le bain, lorsque commence "Pathfinder" : il s'agit d'un film d'action brutal, rude et sale. Il y a de la boue, du sang et de la testostérone chez les protagonistes de cette dark-fantasy sur grand écran. Cela dit, il n'y a rien de déshonorant ni de honteux dans ce style de film, bien au contraire. Ce créneau cinématographique vit l'éclosion de quelques pépites, parfois mésestimées : je pense notamment au "Treizième guerrier".  

Hélas, dans le cas de "Pathfinder", force est de constater que l'on a affaire à un ratage. Si le scénario tient la route, si la photographie est indéniablement réussie et contribue à donner une ambiance particulière au film, quantité de défauts majeurs coulent irrémédiablement "Pathfinder", à commencer par son réalisateur. 

Marcus Nispel, sans doute victime de son passé de réalisateur de clips, et de l'influence néfaste de Zack Snyder (mes lecteurs les plus réguliers auront remarqué le peu d'estime que je voue au metteur en scène de "300") chorégraphie à outrance chaque scène, jouant du ralenti ad nauseam et utilisant un montage souvent fait en dépit du bon sens. 

L'interprétation est elle aussi, pour beaucoup, dans le sentiment d'échec. Si les seconds rôles, notamment Clancy Brown, l'inoubliable Kurgan de "Highlander", sont honorables, il faut bien avouer que Karl Urban, ayant pourtant remaquablement tiré son épingle du jeu en Eomer dans "Le Seigneur des Anneaux", fait preuve ici d'un charisme d'huître. La preuve en est que diriger les acteurs est une composante indispensable du métier de réalisateur. 

Au final, "Pathfinder" laisse une impression de gâchis et, s'il se laisse regarder sans peine, fait partie de ces films qu'on a vite oublié. C'est dommage : confié aux bons soins d'un réalisateur digne de ce nom (ah, si les producteurs avaient eu la présence d'esprit de missionner John MacTiernan, par exemple), et affranchi de l'influence esthétique en vogue lors de sa sortie (merci Zack Snyder), il eut fait un film de genre particulièrement efficace, et aurait sans doute rencontré lors de sa sortie le succès mérité.