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mardi 14 novembre 2017

Appaloosa (2008)


Le western, genre majeur du cinéma de l'âge d'or (vous savez, cette période située en général "avant"...) est tombé en désuétude depuis plusieurs décennies. Hormis quelques jolies exceptions (on pense évidemment à "Danse avec les loups" ou "Silverado") ou quelques incartades flirtant avec d'autres genres (comme "Bone Tomahawk"), il est rare, très rare qu'un western fasse parler de lui, et encore plus rare qu'il draine les foules, comme autrefois, au temps de John Wayne ou, plus proche, de sa déclinaison spaghetti. Ed Harris, amoureux du genre et grand acteur, réalisa il y a quelques années "Appaloosa" qui, malgré un casting en or massif, n'attira que peu de monde dans les salles.

1882 : Cole et Hitch sont deux amis qui parcourent l'ouest américain pour faire régner l'ordre, arme à la main, devisant peu mais visant juste.
La ville d'Appaloosa est mise en coupe réglée par Randall Bragg, qui a d'ailleurs assassiné le dernier shérif. Qu'à cela ne tienne : Hitch et Cole vont faire revenir l'ordre, à la demande des notables d'Appaloosa. C'en est fini, pourrait-on croire des méfaits de Bragg et de sa bande.
Quand surgit dans la ville la troublante Allison French, tout se complique encore...

Pour son deuxième film en tant que réalisateur, après "Pollock", Ed Harris, acteur que l'on ne présente plus, s'est lancé dans une adaptation d'un roman de Robert B. Parker, surtout connu pour ses romans policiers. Il n'a pas choisi la facilité, puisque "Appaloosa" n'est pas de ces westerns "faciles", dont la résolution est souvent écrite à l'avance. Dans le cas présent, Ed Harris se permet de vrais moments de lenteur et de contemplations, alternant avec des scènes d'action souvent brèves parce que réalistes (arrêtons de croire qu'on court comme un lapin après avoir pris une cartouche !). En visionnant le résultat, on ne peut que se féliciter de ses choix, tant esthétiques que scénaristiques.

L'autre gros atout de "Appaloosa" est constitué de ses personnages, du calibre de ceux qu'on n'oublie pas, incarnés par des interprètes remarquables. Entre Ed Harris, en froid justicier se laissant séduire par la peu farouche et Viggo Mortensen, en fidèle second, spectateur des décisions de son ami, le duo d'acteurs qui mène "Appaloosa" force l'admiration, une fois de plus. Les seconds rôles sont à l'avenant : Jeremy Irons est remarquable dans le rôle du "méchant" (les guillemets ne sont pas superflus), tout comme Renée Zellweger, qui montre une nouvelle facette de son talent (il était temps). Enfin, on ne peut que se réjouir de croiser, même rapidement, les grands Lance Henriksen ou Timothy Spall.

L'histoire d'hommes (et de femme) que nous narre Ed Harris, dans le cadre de la ville d'Appaloosa, prend parfois des tours curieux. Mais ce film est constamment intéressant, que ce soit pour son fond comme pour sa forme. Genre devenu rare, le western accouche de temps à autre des jolies pépites : cet "Appaloosa" en fait partie.









dimanche 25 août 2013

Phantom (2012)


Cela faisait longtemps que je n'avais évoqué, en ces colonnes, le funeste destin d'un film sorti en "direct-to-dvd". Dans la niche très étroite des "films de sous-marins", qui donna naguère d'intéressantes oeuvres (on pourra citer "A la poursuite d'Octobre Rouge", "USS Alabama" ou "K-19, le piège des profondeurs"), le récent "Phantom" n'a pas eu le droit à une sortie sur les écrans de l'hexagone, malgré un joli casting. C'est sans doute le cuisant échec qu'il subit dans les salles obscures d'outre-Atlantique qui fit réfléchir ses distributeurs et les décida à le destiner au seul marché de la vidéo.

Pour sa dernière mission, alors que la Guerre Froide est à son paroxysme (nous sommes dans les années 1960), le commandant Demi doit accepter à bord de son sous-marin la présence de deux agents envoyés par le gouvernement russe en place
Laissant derrière lui sa famille, hanté par son passé, cet officier doté d'un sens de l'honneur venu d'un autre âge va mettre, sans le savoir, la paix mondiale en péril.

Une fois de plus, le générique annonce que ce film est tiré de faits réels, cherchant sans doute à faire frissonner le spectateur, fût-ce rétrospectivement. On peut donc s'attendre à plonger dans un long-métrage jouant à fond la carte du réalisme et de l'authenticité. Et, de ce point de vue, "Phantom" est plutôt réussi puisqu'il suit ses protagonistes au plus près, sans cependant s'attarder sur la vie quotidienne des sous-mariniers (comme le fit Wolfgang Petersen il y a longtemps avec le très beau "Le bateau"). Mais de beaux décors ne font pas un bon film : ça se saurait, d'ailleurs. Todd Robinson, scénariste et réalisateur de "Phantom" n'a hélas pas les épaules nécessaires à l'ambition qui l'habite visiblement. 

Du côté de l’interprétation, le bilan est quelque peu mitigé. Ed Harris, comme toujours, est remarquable, dans le rôle quasi-marmoréen du commandant de bord aux prises avec son passé. Le rôle du commandant du "Phantom" semble être taillé sur mesure pour cet acteur.
Face à lui, c'est plus William Fichtner (un des seconds couteaux les plus remarquables d'Hollywood) qu'on remarque, tandis que David Duchovny, échappé de "X-Files" et "Californication", semble souvent se demander si tout ça vaut bien la peine et s'il ne ferait pas mieux de retourner au petit écran, décidément plus fait pour lui. Enfin, notons la présence au générique de Lance Henriksen (le Bishop du classique "Alien").

Comme s'ils s'étaient alliés pour couler le bâtiment, scénariste et monteur  redoublent d'efforts pour saborder le navire qui aurait pourtant pu nous offrir un beau voyage. Faute de lisibilité, l'intrigue perd son spectateur en cours de route. N'y accrocheront donc que les fanatiques du genre, qui y trouveront un voyage intéressant. Les autres, par contre, peuvent se passer du visionnage du film.



jeudi 30 mai 2013

Absolom 2022 (1994)


La carrière de certains acteurs est parfois surprenante. Tel notre Christophe Lambert national, Ray Liotta fut propulsé avec un seul film ("Les affranchis") dans le cercle des comédiens "bankables", au début des années 1990. Alors qu'il devait disposer, sur son bureau, de quantité de propositions intéressantes, le bonhomme fit des choix inattendus et ne confirma pas l'essai. Au sein du grand public, ils sont minoritaires, ceux qui peuvent associer son nom aux films dans lesquels il apparut, je pense. Et pourtant, Ray Liotta, dans la décennie qui suivit le film de Scorcese, tourna sous la houlette de nombreux réalisateurs, s'aventurant dans des domaines allant de la comédie romantique (le très sympathique "Corrina" pourrait en témoigner) à l'anticipation, comme avec "Absolom 2022".

Nous sommes en 2022. Ancien héros de guerre, Robbins se trouve envoyé, parce qu'il a tenu tête au directeur de la prison où il était détenu, sur Absolom, une île (gérée par une société privée) dont personne ne peut s'évader. Là, il va découvrir l'enfer. Les détenus d'Absolom suivent la loi du plus fort, avec un seul interdit : l'évasion. Naturellement, Robbins va devoir se faire une place dans cette société, sans perdre de vue son objectif final : s'évader.
Réalisé par Martin Campbell, qui prendra, après ce film, les commandes de "Goldeneye", "Absolom 2022" n'est clairement pas un film qui donnera la migraine à ses spectateurs. Point de réflexion, de drame psychologique dans ce long métrage où l'action règne en maîtresse. Souvent violent, toujours efficace, "Absolom 2022", dont la réalisation augure de la suite de la carrière de son réalisateur, est donc un honnête film d'action, dont il est étonnant qu'il n'ait pas trouvé son public.

Fort bien réalisé, le film est également remarquable par son interprétation, notamment en ce qui concerne les seconds rôles. Stuart Wilson, par exemple, endosse le rôle d'un méchant tel qu'on en voyait dans le cinéma des années 1990, avec une délectation visible à l'écran. On notera aussi la présence d'autres célèbres seconds couteaux du cinéma, comme Lance Henriksen ou Kevin Dillon.

N'ayant pas trouvé sa place, à l'ombre de ses multiples références (en vrac, "Mad Max" ou "New York 1997"), "Absolom 2022" fut probablement victime de son manque d'ambition et de son scénario finalement très classique, qui ne devrait surprendre personne. Si l'ambiance est là, il faut bien reconnaître qu'on suit l'intrigue sans cependant bondir de son siège au gré de son déroulement. 

Malgré son manque d'ambition, "Absolom 2022" n'est pas qu'un sympathique nanar. Il s'agit d'un film d'action assumé, distrayant. Sans grande surprise, il est néanmoins efficace et se laisse revoir avec plaisir. C'est une qualité absente de bien des films. 




vendredi 28 septembre 2012

Mort ou vif (1994)


Avant d'exploser le box-office avec la trilogie "Spiderman", Sam Raimi s'est forgé un nom (et un talent) dans le cinéma d'horreur avec la trilogie (encore) "Evil Dead", devenue une référence chez les amateurs de cinéma de genre. Entre ces deux époques, après un "Darkman" qui lui ouvrit les portes des grands studios, il a fait ses premiers pas à Hollywood avec un western à une époque où ce genre était tombé en désuétude : "Mort ou vif" (dont le titre original "The quick and the dead" est mille fois plus évocateur). Régulièrement diffusé sur la TNT (merci à elle qui me fournit tant de matière pour ce blog), ce film n'a, lors de sa sortie en salles, pas rencontré un franc succès, malgré un casting plutôt haut de gamme.

Dans l'Ouest américain, oubliée par la loi et l'espoir, la petite ville de Redemption vit sous la coupe de John Herod. Chaque année, un tournoi de tir y est organisé, qui récompense le gagnant d'une rondelette somme. Une jeune et belle étrangère s'y inscrit, bien décidée à tuer Herod, pour se venger de ce qu'il lui fit subir naguère.

On en conviendra, le pitch de "Mort ou vif"' est des plus classiques, comme souvent dans le western. Sam Raimi obéit aux lois du genre : un lieu unique, des personnages ultra-typés, une intrigue simple. Mais s'il semble respecter les codes du western, c'est pour se les approprier. La réalisation de "Mort ou vif" est en effet à mille lieues de ce qu'on a l'habitude de rencontrer sur ce type de film. Ici, pas de longs plans à la Sergio Leone, ni de grands panoramas sur l'Ouest sauvage. Les séquences sont courtes, les zooms sont nombreux, les dialogues sont lapidaires.
Quant à la violence, elle n'est pas suggérée, comme c'est usuellement le cas dans les classiques de ce genre : je songe notamment au plan où l'on voit le tireur vainqueur par le trou que sa balle vient de faire dans le crâne de sa victime ! Fidèle à son parcours, c'est donc une mise en scène quelque peu iconoclaste que Sam Raimi impose à son film.

Au niveau de l'interprétation, peu de reproches sont à faire au casting (de haute volée).
Sharon Stone, alors encore auréolée de son statut d'actrice sexy post "Basic Instinct", incarne avec sobriété son personnage de tireuse vengeresse. Gene Hackman se délecte visiblement à jouer les salauds. Leonardo di Caprio, pas encore starisé (c'est d'ailleurs assez amusant de le revoir à cette période), joue parfaitement le blanc-bec agaçant. Notez aussi la présence du grand Russel Crowe, qui n'était pas encore la vedette qu'il devint avec "Gladiator".  Vous remarquerez aussi, dans des rôles plus secondaires, d'acteurs remarquables comme Lance Henriksen, le Bishop d'Alien), mais aussi Pat Hingle (le commissaire Gordon des "Batman" de Tim Burton) ou Gary Sinise (dans un rôle court, mais important).

Ajoutez à cela une bande originale (signée Alan Silvestri) digne d'un classique du genre, évoluant entre originalité et hommage aux canons du western-spaghetti.

Au chapitre des reproches à faire aux films, il y a finalement peu de choses. J'ai noté une VF déplorable (encore une fois !), en particulier pour Leonardo di Caprio, qu'on a envie de gifler chaque fois qu'il l'ouvre. C'est peu et ça n'explique en rien le bide que rencontra ce film à sa sortie. Sans doute peut-on faire le même constat que celui que je fis pour "Pirates" de Polanski : "Mort ou vif" n'était pas en phase avec son époque. A l'instar du film de pirates, le western est un genre appartenant au passé, et pour rencontrer le succès, il doit être exceptionnel (comme le furent en leur temps "Danse avec les loups" ou "Impitoyable", par exemple). Ce film-là, bien que doté d'une réalisation plutôt "rock'n roll", ne bouleverse pas le genre (ce n'était d'ailleurs pas son but), mais réalise sa mission honnêtement. 

Si vous êtes amateurs du genre, n'hésitez donc pas, à l'occasion d'une rediffusion, à visionner ce film. Ce n'est pas le western du siécle, mais un divertissement honnête, qui mérite amplement une deuxième chance.