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vendredi 6 mars 2015

Peace, love et plus si affinités (2012)


Les plus fidèles lecteurs de ce blog auront pu remarquer qu'un de mes sujets de fâcherie les plus récurrents est la traduction française des titres de film : attention, nous avons ici un joli prototype, puisque "Wanderlust" est devenu "Peace, love et plus si affinités". Notez la présence du fameux "...et plus si affinités", digne de rejoindre les "...entre amis" et "...à l'anglaise" dans mes gémonies personnelles, en grande partie alimentées par le mépris affiché des distributeurs français. 
Autre victime récurrente de mes colères : Judd Apatow, pourtant vénéré ça et là comme le chantre de la nouvelle comédie étasunienne. Producteur du présent film, réalisé par son comparse David Wain (déjà coupable de "They came together"), Apatow a beau provoquer l’admiration de nombreux cinéphiles, je n'arrive pas à accrocher à son style et je ne pense pas être le seul. 
Autant dire que "Peace, love et plus si affinités" partait avec un sérieux handicap, dans ces colonnes. 

George et Linda viennent de s'endetter jusqu'au cou pour s'offrir un minuscule appartement à New York. Lorsque Linda échoue à un énième entretien et que George se fait licencier, tout s'écroule pour eux. Ils sont contraints de se faire héberger par le frère de George, beauf parvenu ayant fait fortune en vendant des toilettes de chantier. Sur la route, Linda et George découvrent une communauté hippie, Elysium. Découvrant là une liberté qui leur a toujours échappé, le jeune couple décide de s'y installer. Mais, même chez les hippies, tout n'est pas idéal.

Si l'on peut, en visionnant "Peace, love et plus si affinités", avoir une petite pensée pour le franchouillard "Les babas cool" (où Christian Clavier se réfugiait dans une communauté hippie aussi), le présent film n'incite guère à la confusion. Si elles auraient pu s'avérer dispensables, les quelques séquences bien trash à la Apatow, désormais devenues sa marque de fabrique, sont là. Même si l'on a raté le générique, il est donc possible d'identifier la provenance du film. Et pourtant, ce n'est pas ce film qui m'insupporte le plus dans la production du grand manitou de la comédie américaine. Sans doute son insuccès y est-il lié, mais le fait est que "Peace, love et plus si affinités" est sans doute l'une de ses comédies les moins caractéristiques.

Certes, comme je le disais plus haut, on a droit à quelques gags au-dessous de la ceinture, mais ils ne laissent cependant pas un souvenir marquant, au point d'imprimer leur trace sur tout le film. Cela dit, le film lui-même n'imprime que peu la mémoire de son spectateur. La faute en revient à un scénario extrêmement prévisible, et plutôt pauvre finalement. Passées les premières étapes, de découvertes en confrontations, c'est comme si David Wain ne savait plus quoi faire de son histoire ni quoi nous raconter. Alors, il aligne les clichés pour combler le vide, mais sans duper personne. 

Paul Rudd, l'un des fidèles interprètes des productions Apatow, retrouve ici, un paquet d'années plus tard, Jennifer Aniston, puisqu'il fit autrefois un passage dans la mythique série "Friends". Ni l'un ni l'autre ne sont particulièrement convaincants (parce que peu convaincus, peut-être ?). On se consolera avec les apparitions trop rares du grand Alan Alda , grand habitué des productions de Woody Allen. Au chapitre des avantages de ce film, on notera également la présence de la très jolie Malin Akerman (qui passe une bonne partie du temps peu vêtue, ce qui pourra en réjouir certains)

Alors qu'on pouvait s'attendre à une pochade bien lourde ou, au contraire, espérer une comédie joyeusement virulente et socialement pertinente, il faut se rendre à l'évidence ; "Peace, love et plus si affinités", avec son titre idiot, n'est rien de tout cela. Il s'agit juste d'un film sans grand intérêt, vite oublié après visionnage.



mercredi 22 octobre 2014

They came together (2014)


A maintes reprises, et il n'y a pas si longtemps, j'ai traité en ces colonnes du sort de comédies romantiques. On pourrait d'ailleurs croire que c'est un genre habitué aux échecs ou que ce style m'est particulièrement cher, allez savoir. Souvent mal abordé, voire maltraité, le genre doit trouver le point d'équilibre entre romance et drôlerie sans rater sa cible. Soyons francs, l'alchimie ne fonctionne pas toujours : le cinéma hexagonal, par exemple, semble s'être fait un spécialiste de l'échec en la matière. Outre-Atlantique, les romcoms sont produites à la chaîne, semble-t-il, et sont extrêmement formatées, quitte à être vite oubliées. Certaines se détachent cependant du lot, par leurs qualités, leurs défauts, ou leur originalité. N'ayant pas bénéficié d'une sortie en salles dans notre contrée, "They came together" avait pris le parti de tourner en dérision les comédies romantiques américaines "classiques".

Au restaurant, deux couples d'amis racontent les circonstances de leurs rencontres respectives. Joel et Molly, quand vient leur tour, vont décrire depuis le début toute leur histoire d'amour. Celle-ci était pourtant mal engagée : employé par une grosse entreprise de confiserie industrielle, Joel était alors en charge du projet qui devait conduire à la fermeture de la petite boutique de bonbons tenues par Molly. Quand tous deux se rencontrent dans une soirée organisée par des amis communs, nul n'aurait pu douter qu'ils étaient faits l'un pour l'autre.
Ou pas...

Passées les premières scènes, on comprend vite le stratagème : "They came together" nous fait le coup de la parodie, voire de la mise en abyme. Pourquoi pas ? La romcom, genre à part entière (et maintes fois chroniqué en ces colonnes) mérite amplement qu'on la moque ou qu'on la décortique, comme je le disais en ouverture. Et, dans la première partie du film, on est en droit de se dire que l'exercice est salutaire et qu'il pourrait être réussi. Les clichés inhérents au genre sont pointés du doigt et le film utilise habilement les références aux classiques du genre. Malheureusement, très vite, on se rend compte que le film ne tient pas la distance. A force de répétitions et d'égarement dans les travers actuels de la comédie américaine (en clair, les gags et les vannes sous la ceinture), la pertinence de la parodie prend l'eau. Là où il aurait fallu jouer de finesse, "They came together" gâche son postulat de base en usant des moyens les plus grossiers.

Paul Rudd et Amy Poehler, en couple improbable mais pourtant évident (la contradiction fondatrice du genre) sont en territoire connu : l'un et l'autre sont des fidèles du genre (et du réalisateur, en ce qui concerne Paul Rudd). Cependant, à force de pousser le curseur de leur jeu trop loin dans le registre comique, ils deviennent vite agaçants, comme la majeure partie du casting.

Était-il pertinent de vouloir parodier un genre qui comporte déjà sa part d'autodérision ? Au vu du résultat, on est en droit de se poser la question, tant le visionnage de "They came together" laisse dubitatif. Sans doute la méthode employée manque-t-elle de subtilité et d'efficacité, mais un traitement tout en finesse aurait-il assuré la réussite de l'entreprise ? Toujours est-il que David Wain, le réalisateur et co-scénariste, n'est pas un adepte de la subtilité et n'était sans doute pas le metteur en scène idéal pour une attaque plus subtile de la chose...

Le jeu appuyé et parfois outrancier de ses interprètes et ses quelques égarements en des territoires plutôt gras jouent en la défaveur de cet exercice qu'on aurait aimé plus subtil. C'est dommage : l'exercice aurait pu être plus savoureux. Pour le coup, sans qu'on puisse ranger "They came together" dans la catégorie des navets honteux, il n'est cependant pas un bon film.


mardi 9 juillet 2013

Comment savoir (2011)


Avec un budget de 120 millions de dollars, tout producteur a de quoi monter un film ambitieux, lorgnant souvent du côté du fantastique ou de l'action. Il est plus rare de voir une telle somme consacrée à une comédie romantique, à moins que le cachet des acteurs soit particulièrement lourd. "Comment savoir", dernière réalisation en date de James L. Brooks, malgré ce budget confortable, a connu un des pires échecs récents du cinéma américain. L'échec fut essentiellement financier et n'a sans doute pas été compensé par les nombreux placements de produits Sony visibles à l'écran, soit dit en passant. 

Lisa, joueuse de soft-ball, est une battante en plus d'être ravissante. Alors qu'elle n'est pas retenue pour faire partie de l'équipe nationale, elle rencontre Matty, joueur de base-ball professionnel immature et égocentriste, qui va pourtant la charmer. De son côté, George voit sa carrière professionnelle s'effondrer, par la faute de son père (qui est aussi son patron). Alors qu'il risque de gros ennuis judiciaires, il croise la belle Lisa...

Soyons clairs : nous sommes ici dans le registre de la comédie romantique et l'épilogue n'est pas un l'objet d'un suspense intenable. Une fois cette réserve émise, l'amateur du genre (dont je me revendique sans honte) pourra apprécier l'exercice de style, avant de décréter si, oui ou non, ce film fait partie de ceux qui remplissent leur contrat.

S'il faut reconnaître un atout à "Comment savoir", c'est sa façon d'avancer dans l'histoire, progressant puis rétrogradant, à la manière de ses personnages qui hésitent sur la conduite à tenir (d'où le titre). Leurs convictions sont mises à rude épreuve et ils doivent parfois revoir leur jugement. On est donc dans un traitement plus proche du mélodrame que de la comédie romantique "confortable" à laquelle Hollywood nous a habitué ces dernières années.  Cela dit, si Brooks connaît à merveille le terrain du mélodrame, on a souvent l'impression, lors du visionnage, qu'il manque un peu d'huile dans la mécanique pour que tout fonctionne bien. 

C'est sans doute à cause d'un script hésitant et qui aurait mérité d'être peaufiné que cette impression demeure tout au long du film. Vendu comme une comédie, "Comment savoir" a souvent un goût-amer qu'on ne s'attendait pas à lui trouver.
Souvent bancal, en grande partie à cause d'un scénario effiloché et manquant d'une colonne vertébrale, "Comment savoir" dispose pourtant de quelques atouts, notamment sa distribution : la charmante Reese Witherspoon ravira le public féminin tandis que Paul Rudd charmera les représentantes du beau sexe. La prestation d'Owen Wilson est elle aussi à souligner, malgré un rôle souvent outrancier. James L. Brooks, déjà réalisateur de "Pour le pire et pour le meilleur" retrouve ici Jack Nicholson, qui cabotine à l'envi, dans un second rôle dont on se demande parfois quelle est l'utilité (hormis de témoigner de la fidélité d'un acteur à un réalisateur, puisque c'est leur quatrième collaboration). 

Au final,  "Comment savoir" est une énième comédie romantique qui, malgré tous ses défauts, possède néanmoins son charme propre. Ce dernier repose essentiellement sur ses interprètes, qui portent l'histoire à bout de bras. Rien que pour eux, il aurait mérité un meilleur sort...