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lundi 18 janvier 2021

Tango (1992)

 

Non content d'avoir réalisé quelques-uns des plus gros succès publics du cinéma français (des "Spécialistes" aux "Bronzés"), Patrice Leconte peut se targuer d'avoir réussi son virage vers des films moins légers, notamment avec "Tandem" ou "Le mari de la coiffeuse". Néanmoins, quelques-uns de ses longs-métrages ne reçurent pas le succès auquel il nous avait habitué. Si le cas des "Grands ducs" a déjà été évoqué dans ces colonnes, on peut aussi  soulever celui de "Tango" qui, malgré un casting des plus prestigieux, essuya un accueil sévère. Était-ce mérité ?

Bien qu'ayant assassiné son épouse infidèle, après avoir éliminé l'amant de celle-ci, Vincent a été considéré comme non coupable. De son côté, alors qu'il accumulait les adultères, Paul voit sa femme le quitter et se rend compte que la situation l'insupporte. Guidé par son oncle, Paul décide de faire appel aux services de Vincent pour liquider sa femme : ainsi, il sera libéré d'elle. Voilà les trois larrons embarqués dans un drôle de périple.

A la lecture du pitch ci-dessous, on est en droit de se demander si l'on ne va pas avoir affaire à quelque comédie grinçante, où la morale va trinquer au bénéfice des zygomatiques. Si les convenances en prennent effectivement pour leur grade, il faut bien reconnaître qu'au niveau de la rigolade, on est loin du compte. On se demande souvent si on n'est pas devant un film de Bertrand Blier, en visionnant "Tango", mais c'est bien Patrice Leconte qui est aux commandes et livre ici l'un de ses moins bons opus. C'est comme si le réalisateur de "Tandem" s'essayait à la comédie acerbe, façon "Buffet froid", mais sans maîtriser l'exercice de style imposé, faute d'avoir le moindre recul sur son sujet.

Faute de ce pas de côté, Patrice Leconte échoue dans sa démarche. Quand il se veut grinçant, "Tango" est plutôt vulgaire et, plus d'une fois, on ressent de la gêne pour les acteurs, dont on se demande s'ils ont lu le scénario complètement avant de signer pour ce film, ou s'ils se sont dit que le réalisateur de "Tandem" disposait d'une filmographie qui parlait pour lui. Qu'il s'agisse de Thierry Lhermitte, Richard Bohringer ou du grand et regretté Philippe Noiret, sans parler des seconds rôle, dont Miou-Miou, Jean Rochefort et Carole Bouquet, on se demande ce que ces comédiens sont venus faire dans cette galère.

Où sont passées la finesse de "Tandem", l'élégance de "Ridicule" ? Malgré la présence (presque anecdotique) de Jean Rochefort, on peine à voir la filiation entre ce "Tango" cynique et pas très fin avec les films presque contemporains de Leconte. Des sketches reliés entre eux avec plus ou moins de réussite et de consistance, voilà l'impression que donne "Tango". A s'aventurer sur des territoires qui ne lui correspondent pas, Patrice Leconte échoue, malgré la brochette d'acteurs venus danser ce "Tango".





jeudi 25 octobre 2018

La nouvelle vie de Paul Sneijder (2016)



Quand un film fait l'unanimité parmi les critiques (hormis deux ou trois esprits chagrins) et qu'il ne déplace pas les foules, on peut trouver cette situation injuste. "La nouvelle vie de Paul Sneijder", récemment diffusé sur une des rares chaînes télévisées qui mérite encore qu'on allume le poste (je vous laisse deviner celle dont je veux parler), ne m'avait pas attiré plus que cela, lors de sa sortie en salles. Il faut dire que son affiche laissait plutôt penser à une énième comédie française, bien que son action se passe essentiellement au Canada. Seuls les imbéciles ne changeant jamais d'avis, son passage sur le petit écran était donc l'occasion de rattraper le coup.

Paul Sneijder est le seul survivant d'un accident d'ascenseur, où a péri sa fille. Brisé par ce drame, il est aussi pressé de toutes parts. Les avocats le poussent à aller devant les tribunaux, où il pourra toucher de substantiels dommages et intérêts. Sa seconde épouse souhaiterait qu'il puisse ainsi offrir à leurs deux fils les études supérieures qui leur assureraient une carrière rêvée. Mais Paul n'est plus le même. Au cours d'une de ses errances, canne en main, il se fait embaucher comme promeneur de chiens. Et si c'était ça, sa nouvelle vie ?

A lire le pitch que je me suis donné le mal d'écrire, vous aurez compris que nous ne sommes pas, ici, dans une comédie, malgré ce que pouvait augurer l'affiche. On peut donc pousser un soupir de soulagement. Thomas Vincent, réalisateur de "La nouvelle vie de Paul Sneijder", en adaptant ici le roman de Jean-Paul Dubois (déjà auteur de l'adapté "Kennedy et moi") choisit un rythme souvent lent et contemplatif (il a raison, ça a l'air très joli, Montréal) et nous parle ici de la façon dont on peut se reconstruire, humainement parlant, après un drame dévastateur. 

Seulement, la belle résilience dont fait preuve le héros du film n'est hélas pas suffisante pour remplir le scénario, non plus que son affrontement entre ceux qui n'attendent que les retombées financières du drame à l'origine de tout. Pour faire passer le message, Thomas Vincent oublie d'user de finesse. Les personnages prennent souvent des traits de caricatures ambulantes, forçant le trait alors que ce n'était pas nécessaire (tels Paul Sneijder s'appuyant plus que de raison sur sa canne), et basculant parfois dans des scènes incongrues (la séquence du concours est presque de trop). A plusieurs reprises, l'émotion, qui pointe pourtant le bout de son nez, est étouffée par l'effet de répétition. 

Le message de "La nouvelle vie de Paul Sneijder" est clair, dès le début du film. Mais, à le matraquer sans vergogne, le film perd de son intérêt. C'est d'autant plus dommage que la prestation de Thierry Lhermitte, aux antipodes du Popeye qui le propulsa sur le devant de l'affiche, il y a des décennies, est souvent touchante. On aurait pu s'attendre à un vrai voyage dans l'âme humaine, on ne fait que suivre la guérison programmée d'un homme, sans être autant touché(e) qu'attendu. 


jeudi 18 juin 2015

Benoît Brisefer (2013)


La bande dessinée, après des décennies passées au rang d'art mineur, a le vent en poupe. Les adaptations cinématographiques d’œuvres de ce registre, qu'elles soient réussies ou non, ont souvent été bien accueillies par le public. Les annonces de nouvelles adaptations sont fréquentes (on a récemment pu frissonner à l'annonce du passage au grand écran de Valérian, sous la direction de Luc Besson, par exemple). On pourrait d'ailleurs croire que les scénaristes, faute de trouver l'inspiration, se sont résolus à piocher dans leurs bédéthèques, après avoir parfois pillé d'autres patrimoines. Pour certains, ce sont les œuvres les plus anciennes du neuvième Art qui passent à la moulinette. Après "Les Schtroumpfs" et "Boule et Bill", on a vu récemment Benoît Brisefer, qui fit ses débuts dans le magazine Spirou, passer au grand écran. Mal lui en a pris, au vu des audiences...

La petite ville de Vivejoie-la-grande est une bourgade paisible. C'est ici que vit le petit Benît Brisefer, un garçonnet pas comme les autres, puisqu'il est doté d'une force surhumaine, qu'il peut perdre au moindre rhume. Élevé par Madame Adolphine, éprise du chauffeur de taxi Monsieur Dussiflard, le petit Benoît va vite se rendre compte que sa ville est menacée. D'abord parce que la nouvelle compagnie des Taxis Rouges, commandée par l'inquiétant Poilonez.
Et ce n'est pas tout...


Le choix d'adapter les aventures du petit Benoît Brisefer est surprenant. Ce n'est pas forcément l'oeuvre la plus connue de Peyo. Mais après tout, pourquoi pas ? 
Il ne faut que quelques minutes pour se rendre compte que l'échec rencontré par "Benoît Brisefer" est, hélas, bien mérité. Dès le début, rien ne fonctionne. Mal réalisé, ce film s'avère vite une épreuve pour son spectateur, tant les scènes se succèdent sans présenter le moindre interêt. Ça aura pu être et naïf amusant, ça n'est que gnan-gnan. Ça pourrait avoir un délicieux ton un rien nostalgique, ça respire le carton-pâte. Ni fait ni à faire, "Benoît Brisefer" se révèle vite comme un film inintéressant, jamais drôle et dont le personnage est le prétexte à des effets spéciaux honteusement mauvais. 

Les interprètes mis à contribution dans cette purge sont tous épouvantablement mauvais. Pour
certains (dont je tairais les noms), c'était couru d'avance, mais pour d'autres, on était en droit d'attendre d'eux un peu plus qu'un jeu artificiel et pataud. Sans vouloir être méchant, je pense que le premier rôle tenu par le petit Léopold Huet est aussi son dernier. Les autres acteurs sont moins pardonnables : qu'il s'agisse de Jean Reno ou de Gérard Jugnot, pour n'évoquer que ceux les plus présents (mais on pourrait aussi montrer du doigt Thierry Lhermitte, Evelyne Buyle ou Hippolyte Girardot) , ils montrent ici qu'ils peuvent être extrêmement mauvais. 

Manuel Pradal, le réalisateur, n'a guère eu de moments de gloire jusqu'à présent (seul "La blonde aux seins nus" avait, parmi ses films, fait écho à mes oreilles). L'énorme échec, tant public que critique et artistique que fut "Benoît Brisefer" devrait sonner le glas de sa carrière.

Pour être franc, je n'ai pas eu le courage de visionner ce film jusqu'au bout. N'en pouvant plus (et je n'étais pas le seul devant l'écran), j'ai pressé le bouton "Stop" de la zapette, ayant assez perdu de temps comme ça. Si ça se trouve, passé sa pesante mise en place, "Benoît Brisefer" est un petit bijou de fantaisie et d'humour. Vous permettrez que je prenne le risque de passer à côté de pareil chef d'oeuvre incompris.


lundi 9 février 2015

Le prof (1999)


Alexandre Jardin, romancier, a été à l'origine de plusieurs films, qu'il en soit réalisateur ou pas. Sa vision du monde, extrêmement romanesque, est nourrie des rêves d'enfant et des aspirations adolescentes. On aime ou on n'aime pas son enthousiasme et sa candeur. Le fait est que son dernier film en date, "Le prof", tiré de son roman "Le petit sauvage" fut un échec cuisant, puisqu'il dépassa à peine les 100 000 spectateurs en France, malgré la présence à l'affiche d'acteurs appréciés du public : Jean-Hugues Anglade, Yvan Attal, Hélène De Fougerolles, Thierry Lhermitte.


Après une rupture et parce que son père lui balance à la figure ce qu'il est devenu, Alexandre, professeur d'économie, décide de changer sa façon d'enseigner et son rapport aux autres. Sous le regard d'abord inquiet, puis franchement hostile de son ami Hippolyte, proviseur dans son lycée, Alexandre entreprend d'apprendre à ses élèves à sortir du moule...et se réconcilie avec l'enfant plein de rêves qu'il était. Au passage, il tombe sous le charme de Manon, dont la mère fut la fondatrice de son amour des femmes. Bref, chez Alexandre, ça déménage...

Le coup du professeur décidé à changer la vie de ses élèves et à les entraîner sur une autre voie, on nous l'a déjà fait, au cinéma, et de manière sublime. "Le prof" ne soutient cependant pas une seconde la comparaison avec "Le cercle des poètes disparus" : Alexandre Jardin n'est pas Peter Weir et Jean-Hugues Anglade (malgré toute l'admiration que je lui porte) n'est pas Robin Williams. Car il faut l'avouer sans tourner autour du pot : "Le prof" est une véritable catastrophe, à tous les points de vue, qu'il s'agisse de la réalisation, de la bande originale ou de l'interprétation.
Parlons-en, du casting : qu'il s'agisse d'Yvan Attal ou de Jean-Hugues Anglade, tous sont particulièrement mauvais. Arborant une diction théâtrale à outrance et jouant leurs personnages sans y croire un instant, l'intégralité du casting ferait passer un épisode de "Plus belle la vie" pour un chef d'œuvre de direction d'acteurs.

Il est sans doute inutile de s'acharner sur un scénario qui mériterait le César de la naïveté, tant il est dégoulinant de mièvrerie et de bons sentiments. Du reste, j'avoue n'avoir guère envie de m'étaler sur le sujet.

Il serait sans doute temps qu'Alexandre Jardin cesse de nous infliger son romantisme de station-service, son univers extrêmement lisse et naïf, sa morale digne des plus grands épisodes des Bisounours. Depuis "Le prof", il n'a plus commis de long métrage, se consacrant uniquement à l'écriture. 
Pourvu que ça dure.