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mardi 8 octobre 2013

The Words (2012)



Bradley Cooper, catapulté sex-symbol et acteur bankable, n'est pas que la vedette de franchises à succès (comme "Very Bad Trip") ou de films au succès assuré. Malgré sa cote d'enfer, ces dernières années, le beau gosse a aussi connu des revers. Film alignant un casting qui aurait du lui assurer l'affluence du public, "The Words" n'est toujours pas sorti en salles en France et c'est sur le marché de la vidéo qu'il est désormais disponible. 
A l'occasion de la sortie de son dernier ouvrage, Clayton, romancier reconnu, donne une lecture publique de celui-ci. Son héros, Rory, est un jeune romancier à qui le succès échappe. Lors de sa lune de miel à Paris, il déniche chez un antiquaire une serviette de cuir, dans laquelle il découvre un manuscrit. Retranscrivant mot pour mot les écrits d'un autre, il va rencontrer le succès lorsque cette histoire sera publiée. 
Enfermé dans le mensonge, Rory, qui au passage y perd la femme de sa vie, va finir par rencontrer le véritable auteur du roman qui lui a apporté fortune et gloire. 

Le script de "The Words" est original et ambitieux. On imagine ce que des réalisateurs comme Christopher Nolan ou David Fincher (on peut rêver) en auraient fait. Pensez donc : un écrivain qui raconte l'histoire d'un autre écrivain pillant celle d'un troisième écrivain. Brian Klugman (surtout connu pour son travail sur des séries comme "Bones") et Lee Sternthal (dont c'est la première mise en scène), les deux co-réalisateurs, n'ont pas eu l'ambition ou les moyens de faire de ce film ce qu'il aurait pu être. Autant dire les choses franchement : leur peu d'ambition fait de "The Words" un film bien en-deça de ce qu'il promettait. Avec plus d'audace, l'intrigue à tiroirs derrière ce film aurait pu donner lieu à une redoutable mise en abîme. Il n'en est rien, ou presque. 

On pourrait éventuellement se consoler avec la distribution : derrière Bradley Cooper, le reste du casting pourrait faire rêver pas mal de réalisateurs et de spectateurs. Mais, qu'il s'agisse de Jeremy Irons, du trop rare Dennis Quaid, de Zoe Saldana ou de la très sculpturale Olivia Wilde, les interprètes, sans doute peu ou pas dirigés, semblent laissés à eux-mêmes et donnent une prestation sans conviction. Il ne reste plus au spectateur qu'à se rabattre sur les décors plutôt agréables à l'oeil (quoique peu réalistes, notamment ceux de Paris, décidément source de bien des clichés quand il est vu d'Hollywood).

Doté d'un scénario pour le moins original, "The Words" aurait mérité un traitement plus audacieux : il en aurait résulté, à coup sûr, un film plus mémorable. Filmé comme un téléfilm lambda, il laisse un goût étrange après visionnage : celui du gâchis d'un beau matériau de base. Dommage.



mardi 26 mars 2013

Coeur de Dragon (1996)


Certains films vieillissent mieux que d'autres. Si, par exemple, la trilogie "Retour vers le futur" se bonifie avec l'âge, d'autres oeuvres souffrent davantage du passage des années. A titre d'exemple, on pourrait citer "S.O.S. Fantômes" qui est devenu franchement kistch (attention, ceci est mon avis et n'engage que moi), sans cependant sombrer dans la ringardise. "Coeur de dragon", réalisé en 1996 par Rob Cohen (à qui l'on doit aussi "Daylight", "XxX" ou plus récemment "Fast and Furious") s'aventure sur le terrain particulier de l'heroic-fantasy. A l'époque, "Le Seigneur des Anneaux" n'était qu'un rêve dans la tête de son réalisateur et n'avait pas encore révolutionné le genre, dans lequel on trouvait quelques perles mais aussi pas mal d'authentiques nanars (de "Lancelot" à "Prince Valiant", par exemple).

En l'an 934, le prince Einon est gravement blessé lors d'une révolte paysanne, au cours de laquelle son père est tué. Sous l'impulsion de sa mère et le regard de son précepteur, le chevalier Bowenn, il est sauvé par un dragon, au sort duquel il est désormais lié.
Devenu roi, Einon devient, quelques années plus tard, un despote sanguinaire. Bowenn, quant à lui, s'efforce d'exterminer tous les dragons, qu'il rend responsables du destin de celui qui fut son élève. Sa route va croiser celle du dernier de ceux-ci, Draco.

Essentiellement basé sur la présence du dragon (on est alors à l'aube des effets spéciaux numériques), ce film  ne dispose pas, reconnaissons-le d'emblée, d'un scénario particulièrement complexe ou surprenant. L'intrigue, toute linéaire, est des plus classiques, et c'est là le plus grand défaut du film. Voilà, c'est dit.

Si, en version originale, le dragon du titre avait la voix de Sean Connery, c'est le grand Philippe Noiret qui lui prêta ses cordes vocales pour la version française. Cela donne un résultat assez curieux et qui sonne souvent "faux", ou du moins ne confère pas au dragon le charisme qu'il a en version originale. 

La bande originale est un des points positifs de ce film : il faut dire qu'elle a, depuis, été utilisée à maintes reprises. On pourra, de même, reconnaître que la réalisation de Rob Cohen est efficace, à défaut d'être transcendante. S'il est un élément à blâmer dans ce film, c'est cependant le scénario qui, en plus d'être prévisible au possible, use de tous les clichés les plus caricaturaux, quand il n'accumule pas les longueurs et les rebondissements inutiles.

Le spectateur le plus indulgent se consolera avec le jeu de Dennis Quaid (un acteur sous-estimé qui n'eut pas la carrière qu'il méritait) et le rôle, secondaire mais mémorable, de Pete Postelthwaite en moine (!). David Thewlis, remarqué peu avant dans un tout autre registre avec "Naked" de Mike Leigh, est en roue libre et livre une prestation caricaturale, dans laquelle on peine à voir l'étendue de son talent. On remarquera le rôle féminin tenu par Dina Meyer, aujourd'hui essentiellement connue pour ses prestations télévisuelles.
La version française, une fois de plus, fait plus de mal que de bien aux personnages, soit dit en passant.

Déjà un brin pataud à l'époque de sa sortie, "Coeur de dragon" est (c'est un comble !) un divertissement souvent ennuyeux (surtout quand on le visionne avec le regard d'un spectateur d'aujourd'hui), que ne parviennent pas à sauver quelques jolis moments. S'il fut bien accueilli (il reçut le Saturn Award ), force est d'avouer que ce film a bien vieilli et ne supporte plus guère la comparaison avec les canons actuels du genre. Face à un public devenu exigeant, et sur un territoire qui n'est plus réservé aux films mineurs, "Coeur de dragon" fait aujourd'hui pâle figure.





vendredi 12 octobre 2012

Fréquence interdite (2000)


Quand on joue avec le temps, ça peut donner des effets désastreux. Ce n'est pas Marty McFly qui me contredira. Blague à part, nombreux sont les films qui ont utilisé le thème du voyage temporel, avec plus ou moins de bonheur, comme je le disais dans mon billet consacré au décevant "Prisonniers du temps".

Sorti en 2000, "Fréquence interdite" met en scène deux hommes. Le premier, Frank, est un pompier héroïque, père et mari modèle, vivant dans le Queens en 1969. Le second, John, vit en 1999 et est un policier de la brigade criminelle, qui ne s'est jamais remis de la mort de son père, pompier, dans un incendie, trente ans auparavant. Un soir d'aurore boréale, John met la main sur le vieil émetteur radio de son père et entre en communication avec un certain Frank. Ils ne tarderont pas à découvrir qu'ils dialoguent à trente ans de distance et peuvent modifier le cours des événements, ce qui n'est pas sans conséquence...

Le thème du voyage dans le temps, fût-il virtuel comme c'est le cas ici, est éminemment casse-gueule. "Fréquence interdite" se sort plutôt bien de l'exercice de style, si on le regarde avec indulgence (comme ce devrait toujours être le cas pour ce genre de film, où l'on trouve forcément moult paradoxes).

Certes, sa réalisation est d'un absolu classicisme : ne vous attendez pas à des plans audacieux, ou des partis-pris révolutionnaires. Gregory Hoblit, le réalisateur (dont on a vu récemment "La faille" et "Intraçable" sur les écrans) est issu de la télévision et sa façon de conter une histoire s'en ressent. Certaines scènes sont un peu brouillonnes, notamment celles où Frank Sullivan doit affronter un impressionnant incendie.

Cette mise en scène tiède n'honore pas autant qu'il le faudrait le scénario de Toby Emmerich, désormais connu en tant que producteur, et frère de Noah Emmerich, qui joue ici le meilleur ami de John (après avoir joué celui de Truman Burbank, dans "The Truman show"). Le script de "Fréquence interdite" est la bonne surprise de ce film, pourtant mal accueilli lors de sa sortie en salles. En effet, à mi-course, alors qu'on aurait pu craindre un essoufflement de l'intrigue, vient se greffer sur l'étrange échange entre le fils et son père une enquête policière qui, elle aussi, traverse les décennies.

Alors qu'elle aurait pu caler, la machine est relancée et le spectateur est happé jusqu'à la fin. Si on ajoute à cela des interprètes remarquables (Dennis Quaid et Jim Caviezel ont rarement été aussi bons), on obtient finalement un divertissement honnête et plutôt futé.

En dehors de la réserve que j'émettais plus haut quant à la mise en scène de Gregory Hoblit, une des raisons de l'échec de ce film dans l'Hexagone tient aussi à son profond ancrage dans la culture américaine. Il y est fait maintes fois référence au base-ball, par exemple, et l'on sait le peu de résonance que ce sport a dans nos contrées.

Cela dit, son peu de succès public outre-Atlantique montre bien la difficulté à faire avaler un scénario plus complexe que la normale aux spectateurs lambda. En l'occurrence, et même s'il fut couronné par quelques récompenses (dont un Saturn Award du meilleur film fantastique), "Fréquence interdite" aurait mérité de rencontrer un plus large public. Sans être un chef d'oeuvre inoubliable, c'est un honorable divertissement. Ca n'est déjà pas si mal...