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jeudi 29 novembre 2018

La tortue rouge (2016)


Le cinéma d'animation est un domaine qu'on croit souvent réservé aux enfants et pour lequel les adultes ont souvent le simple rôle d'accompagnateurs. Ils sont plus rares, les films d'animation destinés à un public pas forcément enfantin. Les artistes qui s'essaient à ce registre passent souvent loin des grandes salles et, par conséquent, n'ont pas toujours la visibilité d'un Disney ou d'un Pixar. Fruit du travail de nombreuses années, "La tortue rouge" est le premier long métrage de Michael Dudok de Wit. Coproduit par le célèbre Studio Ghibli (entre autres), ce dessin animé méritait-il un peu plus d'exposition ?

Suite à un naufrage, un homme se retrouve seul sur une île déserte, dont il va très vite vouloir s'échapper. Le radeau qu'il construit, à plusieurs reprises, va se fracasser contre un obstacle invisible, comme si quelque chose l'empêchait de quitter l'île où il a échoué. 
Il finira par découvrir une étrange tortue rouge, et une femme aux cheveux roux et, peut-être, la raison pour laquelle il est là.


Une chose est sûre : ceux qui ont emmené leur progéniture voir "La tortue rouge" ont pu s'exposer à l'étonnement de celle-ci : ne rien comprendre ou ne rien trouver à comprendre, plus exactement, voilà qui peut désarçonner. Mais "La tortue rouge", avec son histoire tout simple, à la limite du rêve éveillé (ou pas, d'ailleurs) fait partie de ces films qui laissent un souvenir, ne serait-ce que par sa beauté plastique. Le trait de Michael Dudok de Wit, déjà repéré pour ses précédents courts-métrages (toujours dans l'animation), mêlant à la fois le numérique et le fusain, emporte presque instantanément l'admiration du spectateur. 

En plus d'être esthétiquement très beau, "La tortue rouge" se paie le luxe de prendre son temps et de narrer une histoire aux frontières du rêve. Sans aucun dialogue, ce dessin animé n'est pas pour autant une oeuvre simple. Le cheminement de son héros, simple naufragé ballotté par les flots et jeté sur le sable d'une île perdue, va au-delà de sa simple survie : c'est aussi la rencontre avec sa destinée que nous narre Michael Dudok de Wit.

Alors, certes, "La tortue rouge" peut désarçonner, par ses silences et les errements de son héros, mais il peut aussi séduire parce qu'il choisit un autre moyen de conter une histoire. Si on ajoute à cela sa beauté plastique et sa réalisation remarquable, il faut reconnaître qu'on est en présence d'un des plus beaux films d'animation de ces dernières années, capable de rivaliser avec les meilleures productions venues du Japon.




Ce film a été vu dans le cadre du Movie Challenge 2018, pour la catégorie 
"Un film muet"

dimanche 30 septembre 2018

Après la tempête (2016)


Après avoir fait forte impression auprès des critiques avec ses précédents films ("Nobody knows", "Tel père tel fils" ou "Notre petite sœur"), Hirokazu Kore-eda, cinéaste japonais réputé pour son approche humaniste de thèmes intimes, comme la famille ou la paternité, fut de retour à Cannes avec "Après la tempête". Ce film, passé sous le radar (comme on dit) d'une grande partie du public, méritait-il plus de visibilité ?   

 Ryota fut écrivain mais n'arrive pas à produire son prochain roman. Il se contente d'un petit boulot de détective privé et de magouilles au jour le jour pour assouvir sa passion du jeu. Il a été marié, mais ne voit plus son fils que rarement, tandis que son ex-femme est sur le point de refaire sa vie. Alors qu'un typhon s'apprête à déferler sur sa ville, tout ce qui compose sa vie se trouve réuni et devra affronter les éléments. Ryota trouvera-t-il le calme, après la tempête ?

A n'en pas douter, Hirokazu Kore-eda aime ses personnages et, à la manière d'un Claude Sautet, s'attache à filmer au plus près d'eux, privilégiant les plans rapprochés et n'hésitant pas à montrer leurs travers. Ryota, personnage central de "Après la tempête", n'est certainement pas un héros. C'est un homme comme beaucoup d'autres et il suscite autant la compassion que l'agacement : les problèmes qu'il affronte sont pour beaucoup imputables à ses choix. 

Le film de Hirokazu Kore-eda est sans doute à réserver aux amateurs d'histoires "vraies", c'est-à-dire à ceux qui ne renâclent pas à passer du temps dans les salles obscures, à contempler la vie de leurs semblables, loin des exploits extraordinaires de héros venus d'autres imaginaires. Les thèmes principaux de "Après la tempête" tournent autour de la filiation, des choix que l'on fait en tant qu'adulte et des responsabilités que l'on endosse (ou pas). 
A ce titre, les interprètes, Hiroshi Abe (dans le rôle de Ryota) en tête, sont particulièrement inspirés et portent le film avec un talent remarquable. Derrière l'interprète principal, on notera également le jeu très fin de Kirin Kiki dans le rôle d'une grand-mère moins dépassée qu'il n'y paraît ou de Yoko Maki (que Hirokazu Kore-eda avait déjà fait tourner dans "Tel père tel fils"), en ex-femme fragile et forte à la fois. 

"Après la tempête" est un film profondément humain, qui peut parler à tous, malgré qu'il vienne de l'autre bout du monde (ou peut-être, justement parce qu'il en vient). Dans l'histoire qui y est narrée, les sentiments mettent du temps à produire des effets, comme dans les plats que prépare la mère du héros et dont elle laisse les ingrédients refroidir pour qu'ils donnent plus de goût. Sans doute à réserver aux amateurs du genre, "Après la tempête" est un film plus universel qu'il n'y paraît. 


lundi 23 janvier 2017

Planète Hurlante (1995)



On ne compte plus les films inspirés de l'oeuvre de Philip K. Dick. Du grandissime "Blade Runner" à "Total Recall", en passant par "Minority Report", cet écrivain a alimenté et alimente encore les scénaristes, au point qu'on met souvent son nom en avant sur l'affiche de films n'ayant qu'un vague rapport avec leur ascendance romanesque. "Planète hurlante" ("Screamers", en version orignale) est loin d'être le plus connu des longs métrages tirés de l'imagination fertile de Dick. Pourtant, avec le temps, cette oeuvre de science-fiction a gagné ses galons auprès des amateurs du genre. 

2078 : la crise de l'énergie a été vaincue grâce à la découverte d'un minerai, le bérynium, présent sur la planète Sirius 6. Mais les radiations mortelles dégagées par ce matériau ont conduit les mineurs à se révolter et à rejoindre l'Alliance dans la guerre l'opposant au Nouveau Bloc Economique. Sur la planète ravagée, les derniers membres de l'Alliance vont devoir affronter bien des dangers, dont les pires sont sans doute les hurleurs, monstres mécaniques prêts à tuer...

Une chose est certaine, au visionnage de "Planète hurlante" (qui eut droit à une suite, sortie en direct-vidéo) : le budget attribué à ce film n'avait rien à voir avec les blockbusters de l'époque. Le québécois Christian Duguay (qui sera amené plus tard à réaliser des films tels que "Jappeloup" ou "Belle et Sébastien, l'aventure continue") a probablement du faire avec les moyens du bord et réviser ses ambitions à la baisse. Cependant, il faut tout de même pointer les maladresses qui émaillent cette série B qui a mis du temps à s'assumer.

On pourra grimacer devant les effets spéciaux un peu cheap  et l'évident manque de moyens qui pesa sur "Planète hurlante", mais on peut aussi en apprécier le côté crade et fatigué, après tout. Ce n'est pas ici que se loge le défaut majeur du film : c'est dans son scénario, parfois confus et tournant sur lui-même que se situe la faille dans la cuirasse. Les enjeux sont rapidement évoqués, et ne donnent pas suffisamment d'intérêt à la quête qu'entreprennent les héros, aussi périlleuse fût-elle.

Il est cependant de nombreux points positifs à porter au crédit de "Planète hurlante", à commencer par son ambiance, que renforcent ses décors à l'abandon et ses interprètes, pour la plupart convaincants. Peter Weller, révélé par "Robocop" et qui ne réussira jamais à s'affranchir du rôle cybernétique offert par Paul Verhoeven (mais je m'égare), incarne ici un officier désabusé et suffisamment badass pour qu'on le prenne en sympathie et contrebalance le jeu maladroit d'Andrew Lauer à ses côtés (et je n'évoque même pas Roy Dupuis, caricatural). La ravissante Jennifer Rubin apporte, quant à elle, une touche féminine (même si elle arrive un peu tard dans l'intrigue). 

On peut voir "Planète hurlante" comme un péché mignon (même si ce terme est particulièrement mal adapté), voire comme un nanar revendiqué et assumé. On a le droit d'y prendre du plaisir, mais ce n'est en rien impératif : on peut aussi passer son chemin.


mercredi 9 novembre 2016

Steamboy (2004)


Le genre steampunk, qui a ses adeptes en littérature, par exemple, a jusqu'à présent été assez mal servi par le septième art. On se souvient (ou pas) de "Capitaine Sky et le monde de demain" (qui mériterait un article ici, d'ailleurs) ou du dessin animé "La planète au trésor", mais rares sont les œuvres faisant plus qu'exploiter ce genre, révérant Jules Verne comme figure paternelle. Le créateur du manga "Akira", Katsuhiro Otomo, avait produit en 2004 un ambitieux long métrage d'animation. Ce dernier, "Steamboy" n'a pas autant marqué les mémoires que son précédent opus. Penchons-nous un instant sur ce film, si vous voulez bien. 

Dans un Age de la vapeur où Londres rayonne au centre de son Empire, le jeune Ray Steam, fils d'Edward et petit-fils de Lloyd, deux scientifiques ayant disparu suite à une expérience ayant mal tourné, reçoit un colis contenant une étrange sphère. Quand deux individus envoyés par la Fondation O'Hara surgissent pour s'en emparer, Ray comprend que cette invention va lui attirer pas mal d'ennuis. Qu'à cela ne tienne, le jeune garçon est plein de ressources...

Dès son début, "Steamboy" annonce la couleur : ça fume et ça explose dans tous les sens. l'action est au rendez-vous, et le décor est planté : c'est le règne de l'industrie qui est exposé. N'allons pas par quatre chemins : techniquement parlant, "Steamboy" est sublime, ni plus ni moins. Qu'il s'agisse des décors ou de l'animation, pour un dessin animé de plus de dix ans, il n'a pas pris une ride et pourrait encore en remontrer à certaines productions récentes. Bourré de trouvailles visuelles et s'avérant véritablement steampunk, au lieu de s'accoler ce qualificatif à la hâte, ce long métrage s'est donné les moyens de ses ambitions.

Graphiquement parlant, Otomo plonge son public dans un univers auquel il croit et auquel il réussit à faire adhérer le spectateur. S'autorisant des scènes d'exposition bienvenues, il allonge aussi celles consacrées à l'action (parfois excessivement, dans les séquences de batailles, qu'on pourra juger trop longues pour certaines). Résultat : "Steamboy" est long, peut-être un peu trop (plus de deux heures, ce qui est rare en animation), et aurait sans doute gagné à être raccourci d'un bon quart d'heure (voire plus) pour gagner en efficacité. La répétitivité des scènes d'action peut, en effet, provoquer quelque lassitude chez le spectateur.

Cela dit, au vu de la très belle utilisation des techniques d'animation de l'époque, dont certaines étaient encore à l'état de babillement, on ne peut qu'être admiratif du résultat obtenu, au moins en ce qui concerne la forme. Malgré un scénario qui aurait gagné à être condensé, "Steamboy" mérite d'être vu et sera forcément goûté par les amateurs du genre.





dimanche 5 juin 2016

Le garçon et la bête (2015)


C'est un fait : les films d'animation venus du Japon, lorsqu'ils ne sont pas ceux du grand studio Ghibli, ont peu de visibilité dans l'Hexagone. Combien de salles ont projeté, par exemple, "Miss Hokusai" ou "La traversée du temps" ? Si l'immense qualité des œuvres produites par Ghibli n'est plus à prouver, elles semblent faire de l'ombre aux autres dessins animés et, hormis un public d'initiés à l'affût de la moindre sortie venue du pays du soleil levant, peu nombreux sont ceux qui ont le bonheur de découvrir un "Les enfants loups, Ame et Yuki", par exemple. A l'instar de ce dernier, "Le garçon et la bête", sorti l'an dernier, n'a attiré que peu de spectateurs français, malgré un beau succès mondial. 

Ren, neuf ans, vient de perdre sa mère avec qui il vivait depuis le divorce de ses parents. Refusant d'être recueilli par les tuteurs désignés, le garçon s'enfuit dans Tokyo, empli de haine pour tous ceux qui l'entourent. Seul, perdu, désemparé, il est remarqué par deux étranges voyageurs capuchonnés, n'ayant rien d'humain, en recherche d'un disciple. Basculant dans un monde où vivent des animaux anthropomorphiques, réincarnations de divinités, Ren va devenir Kyûta, seul humain parmi les bêtes. Il n'en oubliera pas pour autant le monde des hommes. 

Une évidence s'impose, dès le début du visionnage du "Garçon et la bête" : graphiquement, ce film d'animation est sublime, tout simplement. Mais, au-delà de la simple beauté des images, la réalisation est tout aussi remarquable. Le studio Chizu (retenez ce nom), fondé par Mamoru Hosoda, réalisateur de cet anime, donne ici la preuve flagrante qu'il faut compter avec d'autres acteurs du domaine. Sur le fond comme sur la forme, "Le garçon et la bête" est une réussite.

Mamoru Hosoda, en s'emparant de cette histoire d'apprentissage et de dualité, fait preuve d'un talent dont nombre de réalisateurs (et pas seulement de ceux qui officient dans l'animation). Quelques séquences de toute beauté marqueront les rétines des amateurs, et pas seulement parce qu'elles sont belles au regard, mais témoignent aussi d'un véritable talent de mise en scène. Quand tout cela est mis au service d'une histoire qui mêle habilement fantasy  et voyage initiatique, on ne peut que se réjouir de la réussite de l'ensemble. 

On pourra reprocher au film quelques longueurs (notamment dans sa dernière partie), quelques plans pas totalement parfaits (souffrant de leur proximité avec des séquences touchant au sublime) et des répétitions (essentiellement dans les rapports entre Kyûta et Kumatetsu). Quitte à le raccourcir d'un bon quart d'heure, Mamoru Hosoda aurait sans doute rendu "Le garçon et la bête" plus efficace. 

Triomphe partout ou presque (ce fut le deuxième plus gros succès de 2015 au Japon), "Le garçon et la bête" aurait indéniablement mérité une plus grande visibilité en France. Malgré ses quelques défauts (tous mineurs), ce film d'animation avait tout pour mériter une sortie digne de ce nom.


vendredi 6 mai 2016

Miss Hokusai (2015)


Katsushika Hokusai est sans doute l'artiste japonnais le plus connu. J'en veux pour preuve le grand succès de l'exposition qui lui fut consacrée en 2015, à Paris. sa fameuse vague orne bien des salons, démonstration simple et éclatante d'un art à son apogée. L'an dernier, un long métrage animé réalisé par Keichi Hara, d'après un manga de Hinako Sugiura, fut proposé aux spectateurs, mais ne rencontra pas le succès habituellement réservé aux productions nippones, quand celles-ci viennent du studio Ghibli, par exemple.

Japon, durant la période Edo : le peintre Hokusai, artiste reconnu, croule sous les commandes, qu'il s'agisse de grandes fresques ou de dessins minuscules. Au faîte de son art, il se fait assister par l'un de ses quatre filles, O-Ei. Cette dernière, en plus de supporter les humeurs variables de son père, prend parfois en charge la finition de certains dessins.
Et puis, il y a la petite soeur d'O-Ei, dont Hokusai semble ne pas vouloir entendre parler.

Une chose est sûre, au visionnage de ce film : on découvre l'histoire du grand peintre sous un autre angle, celui de ses proches, quitte à faire descendre le grand homme du piédestal où son art l'a posé. Les rapports d'Hokusai avec O-Ei et l'absence de ces rapports avec sa petite fille sont ici décrites sans le vernis habituellement réservé aux grands hommes. Les angoisses et les souffrances d'O-Ei face aux sarcasmes et à la nonchalance de son artiste de père sont autant de fissures dans la légende.

Pour décrire ces pans méconnus de l'histoire d'Hokusai, Keichi Hara met en scène de sublimes dessins : c'était évidemment le moins qu'on puisse attendre, au vu du thème abordé. malheureusement, le scénario, qui manque cruellement d'une véritable intrigue et se contente d'aligner les anecdotes, peine à servir les images. La bonne idée de départ, consistant à se pencher sur la personnalité d'un des artistes majeurs de l'archipel nippon tombe à l'eau, et le spectateur doit se contenter de la contemplation. Si cet art qui consiste à s'abandonner, voire à se perdre devant une oeuvre, s'adapte tout particulièrement aux dessins d'Hokusai, il est moins bien adapté au dessin animé. 

Les images sont jolies, mais la structure de l'histoire, ou plutôt l'absence de celle-ci donne l'impression qu'il manque une ossature à l'édifice. Hokusai méritait sans doute mieux.