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mardi 30 mars 2021

Pourquoi j'ai pas mangé mon père (2015)

 


Le roman de Roy Lewis "Pourquoi j'ai mangé mon père" fait partie des classiques, aux yeux de bien des lecteurs (je vous le recommande au passage). Aussi, quand Djamel Debbouze l'utilisa comme matière de base pour un film en motion-capture, on aurait pu s'attendre à ce qu'il connaisse un succès d'audience. Ce fut loin d'être le cas et le film ne rentra qu'à peine dans ses frais. Innovant (en utilisant notamment des scènes jouées par Louis de Funès, tout de même) et ambitieux (pour une production en partie hexagonale), aurait-il pu faire mieux ?

Bien avant que l'homme ne soit Homo sapiens, Edouard, fils oublié du Roi des Simiens, compense son physique défavorable par son ingéniosité et sa générosité. Qu'importe s'il est rejeté par ceux qui sont les siens, Edouard, en compagnie de Lucy, les guidera vers l'évolution, inventant au passage la bipédie, le feu, et l'amour, entre autres. Forcés de descendre des arbres, les Simiens vont se mettre en marche vers l'humanité...

Malgré son titre, "Pourquoi j'ai pas mangé mon père" n'est pas une adaptation du roman de Roy Lewis, loin s'en faut. Il s'agit plutôt d'une appropriation par Djamel Debbouze du matériau (qui mériterait sans doute un vrai passage à l'écran), qui en modifie notablement le message. Là où Roy Lewis moquait ses contemporains et son monde, ce film met en vedette le petit malin face à la majorité et, usant d'une recette habituelle, nous montre que la gentillesse peut triompher (c'est une fiction, je vous le rappelle). 

Derrière la caméra, Djamel Debbouze s'offre aussi le rôle principal, en incarnant Edouard, petit simien ayant beaucoup (trop, peut-être) de points communs avec son interprète. On a parfois le sentiment d'assister à un show donné par l'humoriste, au point que l'histoire s'efface souvent derrière la prestation et les vannes. Comme pour renforcer le positionnement de son film dans le registre de la comédie, Djamel Debbouze s'offre un guest de luxe en la présence du vénérable Louis de Funès, dont la gestuelle a été captée numériquement. Le résultat est troublant et pourra ravir autant que gêner les spectateurs.

Ambitieux mais turbulent, cette fausse adaptation comporte de jolis moments, mais aussi beaucoup d'agitation et de bruit. Trop, peut-être, pour revendiquer la paternité du roman, parce qu'on a souvent l'impression d'assister à une démonstration d'effets comiques (la plupart du temps efficaces, mais pas toujours, hélas). Utilisant un terrain de jeu pas forcément vendeur et revendiquant la filiation avec un classique qu'il ne respecte finalement pas, "Pourquoi j'ai pas mangé mon père" s'avère une tentative intéressante, mais bancale. 



mercredi 15 mai 2019

Souvenirs de Marnie (2014)



Il y a quelque temps, un joli billet de l'ami Martin m'a donné envie de revoir "Souvenirs de Marnie", dessin animé qui m'avait fait belle impression lors de son premier visionnage. Quel ne fut pas ma surprise lorsque, par acquis de conscience, j'allai m'informer sur le sort de ce film : son peu de succès, dans son pays d'origine ou en France, avait conduit le célèbre studio Ghibli à marquer une pause dans la production de films d'animation.

Anna, jeune fille timide et maladive, vit avec ses parents adoptifs depuis le décès de son père et de sa mère. Quand elle est envoyée pour l'été à la campagne, Anna ne sait pas encore qu'une étrange aventure commence pour elle. Une étrange maison, située sur la plage, et dont il est dit qu'elle est hantée. Quand la jeune fille, habituée à se réfugier dans son imaginaire et ses dessins, rencontre là l'étrange Marnie, c'est le premier pas d'un voyage inattendu.

Ceux qui considéraient encore que l'animation japonaise ne produit que des films simplistes en seront pour leurs frais. Le très subtil "Souvenirs de Marnie", loin d'être un dessin animé destiné aux seuls enfants, est une oeuvre à ranger aux côtés de plusieurs autres produites par les studios Ghibli, comme "Arriety, le petit monde des chapardeurs" (du même réalisateur) ou "La colline aux coquelicots". 

Encore une fois, c'est à un  petit bijou de l'animation japonaise que nous avons affaire, venu tout droit d'un des meilleurs créateurs du genre, Hiromasa Yonebayashi, dont la "patte" se sent dans chaque séquence, faite de sensibilité. 
Rarement un film d'animation aura su autant me toucher, je l'avoue. Pour son deuxième long métrage (après le déjà cité "Arrietty, le petit monde des chapardeurs"), le réalisateur affirme son style et les explications quant au peu de succès de "Souvenirs de Marnie" m'échappent. Fut-il mal vendu ? Mal distribué ? Son thème, nimbé de mystère, joua-t-il contre lui ? Au (re)visionnage de ce film d'animation, on ne peut qu'être surpris qu'il ait failli causer le naufrage des studios Ghibli, tant il est pourtant réussi, techniquement ou narrativement parlant. 

Amateurs (ou non) d'animation (japonaise ou non), je ne peux que vous engager à suivre Anna dans les "Souvenirs de Marnie". L'histoire qui vous y sera contée mérite d'être suivie et la façon dont elle est narrée ne fait qu'ajouter au charme de ce dessin animé.


mardi 8 janvier 2019

Cool World (1992)


Un dessin animé pour adultes est une denrée suffisamment rare pour ne pas faire la fine bouche. Allez dire, passé la trentaine, que vous appréciez les films d'animation et on vous regardera sans doute avec de drôles d'yeux. Le chemin fait par la bande dessinée (et non complètement abouti, mais c'est un autre débat) reste à parcourir pour le dessin animé : c'est un registre dans lequel, souvent, les adultes sont là parce qu'ils y accompagnent leur progéniture, sans forcément avoir le droit d'y prendre plaisir. 

A peine revenu de la guerre, Franck Harris s'est trouvé, suite à un accident de la route, plongé dans un univers de cartoon, où le délire est loi. Il y fait office de détective privé. De son côté, le dessinateur de BD Jack Deebs se retrouve propulsé dans le même univers sans comprendre pourquoi ni comment. Dans ce monde dessiné, il tombe sous le charme de la très sexy Holli Would. Mais Franck Harris ne l'entend pas de cette oreille.

Ralph Bakshi, réalisateur à qui l'on devait déjà une adaptation du "Seigneur des Anneaux" (il faudra que je me penche sur ce long métrage, un jour), est surtout connu pour son "Fritz the Cat" (qui fut classé X à l'époque) et "Tygra, la glace et le feu". Le moins que l'on puisse dire, c'est qu'il a un style, dans l'animation et qu'il testa nombre de techniques innovantes (notamment la rotoscopie), en plus d'avoir osé utilisé le dessin animé pour des histoires "adultes".

Mais le "style Bakshi", en plus d'avoir pris un sacré coup de vieux, a nombre de défauts : dans sa vision de l'animation, un personnage ne peut pas ne pas bouger, fût-ce pour parler. Sans doute hyperactifs, les héros dessinés de "Cool world" n'échappent pas à la règle. A l'instar de son adaptation du "Seigneur des Anneaux", Bakshi prend le parti de négliger les plans fixes : ça doit bouger, même lorsqu'il faudrait simplement laisser le regard se reposer quelques instants. Si cette approche a pu séduire, il faut bien admettre qu'elle a salement vieilli, tout comme le ton particulièrement sombre du long métrage, aux antipodes de ce qu'on attend dans pareil registre. 

Pour l'anecdote, la ravissante Kim Basinger reçut deux prix pour son rôle dans "Cool World" : le MTV Award de la femme la plus désirable (autres temps, autres mœurs, soit dit en passant) et le Razzie Award de la pire actrice. Ces récompenses sont à l'image du film, graphiquement audacieux, mais laborieux et pas franchement réussi.

jeudi 29 novembre 2018

La tortue rouge (2016)


Le cinéma d'animation est un domaine qu'on croit souvent réservé aux enfants et pour lequel les adultes ont souvent le simple rôle d'accompagnateurs. Ils sont plus rares, les films d'animation destinés à un public pas forcément enfantin. Les artistes qui s'essaient à ce registre passent souvent loin des grandes salles et, par conséquent, n'ont pas toujours la visibilité d'un Disney ou d'un Pixar. Fruit du travail de nombreuses années, "La tortue rouge" est le premier long métrage de Michael Dudok de Wit. Coproduit par le célèbre Studio Ghibli (entre autres), ce dessin animé méritait-il un peu plus d'exposition ?

Suite à un naufrage, un homme se retrouve seul sur une île déserte, dont il va très vite vouloir s'échapper. Le radeau qu'il construit, à plusieurs reprises, va se fracasser contre un obstacle invisible, comme si quelque chose l'empêchait de quitter l'île où il a échoué. 
Il finira par découvrir une étrange tortue rouge, et une femme aux cheveux roux et, peut-être, la raison pour laquelle il est là.


Une chose est sûre : ceux qui ont emmené leur progéniture voir "La tortue rouge" ont pu s'exposer à l'étonnement de celle-ci : ne rien comprendre ou ne rien trouver à comprendre, plus exactement, voilà qui peut désarçonner. Mais "La tortue rouge", avec son histoire tout simple, à la limite du rêve éveillé (ou pas, d'ailleurs) fait partie de ces films qui laissent un souvenir, ne serait-ce que par sa beauté plastique. Le trait de Michael Dudok de Wit, déjà repéré pour ses précédents courts-métrages (toujours dans l'animation), mêlant à la fois le numérique et le fusain, emporte presque instantanément l'admiration du spectateur. 

En plus d'être esthétiquement très beau, "La tortue rouge" se paie le luxe de prendre son temps et de narrer une histoire aux frontières du rêve. Sans aucun dialogue, ce dessin animé n'est pas pour autant une oeuvre simple. Le cheminement de son héros, simple naufragé ballotté par les flots et jeté sur le sable d'une île perdue, va au-delà de sa simple survie : c'est aussi la rencontre avec sa destinée que nous narre Michael Dudok de Wit.

Alors, certes, "La tortue rouge" peut désarçonner, par ses silences et les errements de son héros, mais il peut aussi séduire parce qu'il choisit un autre moyen de conter une histoire. Si on ajoute à cela sa beauté plastique et sa réalisation remarquable, il faut reconnaître qu'on est en présence d'un des plus beaux films d'animation de ces dernières années, capable de rivaliser avec les meilleures productions venues du Japon.




Ce film a été vu dans le cadre du Movie Challenge 2018, pour la catégorie 
"Un film muet"

dimanche 8 avril 2018

Zombillénium (2017)


Elles sont rares, les incursions hexagonales dans le territoire de l'animation, et plus rares encore celles qui réussissent à faire de l'ombre aux géants du secteur. Alors, quand une bande dessinée à succès est adaptée au grand écran, on peut se prendre à croire au miracle. Quand le film d'animation tiré de "Zombillénium" sortit, on aurait pu penser qu'il allait entraîner nombre de ses adeptes dans les salles obscures. Il n'en fut rien, ou presque et le dessin animé tiré des albums d'Arthur de Pins disparut rapidement de l'affiche. Caramba, encore raté, comme disait l'autre. 


Hector n'est pas le père idéal pour la petite Lucie, qu'il confie chaque semaine aux bons soins d'une pension où elle s'ennuie ferme. Ce qu'elle aimerait, c'est que son papa s'occupe plus d'elle et l'emmène, par exemple, au parc d'attraction Zombillénium. Arrivé dans ce fameux parc pour y contrôler que toutes les normes y sont bien respectées, Hector y découvre que les monstres y sont bien réels...et c'est loin d'être fini, pour lui.

Arthur de Pins, avec sa série "Zombillénium", parue dans Spirou (et comptant à ce jour trois tomes), s'est fait un nom avec son graphisme très particulier et ses albums "Péchés mignons" (qui visent un tout autre public, cela dit). Aux manettes (avec Alexis Ducord) de l'adaptation à l'écran de cette série plutôt savoureuse, il nous livre une histoire indépendante de ce qui a été publié jusque là. C'est sans doute une bonne idée, en plus d'être nécessaire, afin de pouvoir, en un seul film, présenter l'univers et développer une intrigue complète. Mais, en procédant ainsi, il lisse le ton si caractéristique de ses albums, qui hésitent moins à utiliser le concept de base (pourtant novateur) pour traiter de thèmes sociaux. 

L'humour n'est finalement pas si sinistre qu'on aurait pu l'espérer, sans totalement tomber dans le mièvre. C'est le plus grand défaut de ce film d'animation, finalement : "Zombillénium", à force de viser trop large, loupe sa cible. Trop sombre pour les plus jeunes, pas assez noir pour les plus grands, il reste entre deux chaises et ne séduit finalement personne.


On pourra déplorer les trop nombreux morceaux musicaux, certes de grande qualité, mais cassant le rythme de l'histoire et ses enjeux, puisqu'on a parfois l'impression d'être tombé dans une comédie musicale (ce qui n'enlève rien à l'excellence des morceaux de Skip the Use, ne me faites pas dire ce que je n'ai pas dit).  

L'impression générale reste donc très mitigée et bien en-deçà des espoirs qu'on pouvait avoir au regard du matériau originel. En gommant les aspérités de l'oeuvre originale, Arthur de Pins et son comparse livrent un film bien trop lisse. A vouloir ne choquer personne pour séduire tout le monde, "Zombillénium" n'emballera que peu de spectateurs. 


Ce film a été vu dans le cadre du Movie Challenge 2018, pour la catégorie 
"Un film d'animation"

vendredi 24 mars 2017

Kubo et l'armure magique (2016)


Dans le registre du cinéma d'animation, il est difficile de se faire une place aux côtés des poids lourds du genre que sont Pixar ou Dreamworks, pour ne citer qu'eux. Quand, en plus, la technique d'animation ne cède pas complètement au digital, le handicap est encore plus lourd. L'an dernier, "Kubo et l'armure magique", qui mêlait animation image par image et images de synthèse, a pourtant été remarqué sur les écrans. Son audience fut cependant moindre que celui de "Zootopie" ou "". C'est le moment de sa séance de rattrapage.

Vivant à l'écart du monde, seul avec sa mère plus morte que vive, Kubo se cache de la colère de ses tantes et de son grand-père, le Roi Lune, qui veut lui voler le seul oeil qu'il lui ait laissé. Chaque jour, le jeune garçon se rend au village et enchante tout le monde par ses histoires, où ses origamis prennent vie. Mais un jour, la colère de ses tantes et du Roi Lune finit par rattraper Kubo. Pour ce dernier, l'aventure commence... 

Dès les premières images de "Kubo et l'armure magique" (traduction française de "Kubo and the two strings", ne cherchons pas à comprendre), on est frappé par deux choses : la beauté formelle des images et l'identité visuelle que ce film réussit à affirmer. Le fait est que ce film d'animation ne ressemble guère aux autres, et qu'en s'inspirant du folklore japonnais, il en tire une substance exploitée avec talent. Et, quitte à parler de talent, on ne peut qu'être admiratif devant celui déployé par Travis Knight (dont c'est le premier long métrage)  et son équipe. Réussissant la prouesse de faire cohabiter l'animation traditionnelle en stop-motion et images de synthèse, les magiciens de Laïka (déjà aux commandes de "Coraline", "L'étrange pouvoir de Norman" ou "Les boxtrolls") livrent ici leur plus beau film à ce jour. 

Visuellement superbe, "Kubo et l'armure magique" possède également une vraie densité en ce qui concerne l'histoire narrée. Les héros ne sont pas de simples coquilles vides, animées pour le bon plaisir du spectateur et l'histoire n'est pas simpliste, n'en déplaise à un public souvent habitué à plus de confort. 


Certes, plus exigeant que le film d'animation "standard" auquel Hollywood nous a habitués, "Kubo et l'armure magique" aurait mérité plus que de belles critiques : un succès public, dépassant certaines productions du genre (je songe au très moyen "Comme des bêtes", qui eut dix fois plus de succès), était amplement mérité.

Ce film a été vu dans le cadre du Movie Challenge 2017, dans la catégorie "Un film d'animation".



mercredi 9 novembre 2016

Steamboy (2004)


Le genre steampunk, qui a ses adeptes en littérature, par exemple, a jusqu'à présent été assez mal servi par le septième art. On se souvient (ou pas) de "Capitaine Sky et le monde de demain" (qui mériterait un article ici, d'ailleurs) ou du dessin animé "La planète au trésor", mais rares sont les œuvres faisant plus qu'exploiter ce genre, révérant Jules Verne comme figure paternelle. Le créateur du manga "Akira", Katsuhiro Otomo, avait produit en 2004 un ambitieux long métrage d'animation. Ce dernier, "Steamboy" n'a pas autant marqué les mémoires que son précédent opus. Penchons-nous un instant sur ce film, si vous voulez bien. 

Dans un Age de la vapeur où Londres rayonne au centre de son Empire, le jeune Ray Steam, fils d'Edward et petit-fils de Lloyd, deux scientifiques ayant disparu suite à une expérience ayant mal tourné, reçoit un colis contenant une étrange sphère. Quand deux individus envoyés par la Fondation O'Hara surgissent pour s'en emparer, Ray comprend que cette invention va lui attirer pas mal d'ennuis. Qu'à cela ne tienne, le jeune garçon est plein de ressources...

Dès son début, "Steamboy" annonce la couleur : ça fume et ça explose dans tous les sens. l'action est au rendez-vous, et le décor est planté : c'est le règne de l'industrie qui est exposé. N'allons pas par quatre chemins : techniquement parlant, "Steamboy" est sublime, ni plus ni moins. Qu'il s'agisse des décors ou de l'animation, pour un dessin animé de plus de dix ans, il n'a pas pris une ride et pourrait encore en remontrer à certaines productions récentes. Bourré de trouvailles visuelles et s'avérant véritablement steampunk, au lieu de s'accoler ce qualificatif à la hâte, ce long métrage s'est donné les moyens de ses ambitions.

Graphiquement parlant, Otomo plonge son public dans un univers auquel il croit et auquel il réussit à faire adhérer le spectateur. S'autorisant des scènes d'exposition bienvenues, il allonge aussi celles consacrées à l'action (parfois excessivement, dans les séquences de batailles, qu'on pourra juger trop longues pour certaines). Résultat : "Steamboy" est long, peut-être un peu trop (plus de deux heures, ce qui est rare en animation), et aurait sans doute gagné à être raccourci d'un bon quart d'heure (voire plus) pour gagner en efficacité. La répétitivité des scènes d'action peut, en effet, provoquer quelque lassitude chez le spectateur.

Cela dit, au vu de la très belle utilisation des techniques d'animation de l'époque, dont certaines étaient encore à l'état de babillement, on ne peut qu'être admiratif du résultat obtenu, au moins en ce qui concerne la forme. Malgré un scénario qui aurait gagné à être condensé, "Steamboy" mérite d'être vu et sera forcément goûté par les amateurs du genre.





jeudi 11 août 2016

Tad l'explorateur : à la recherche de la cité perdue (2012)



Lorsqu'on évoque le film d'animation, les noms de Pixar et de Dreamworks s'imposent, comme les maîtres du genre. Rares sont les autres studios qui marquent l'esprit du public, au point qu'on puisse parler d'hégémonie. S'il avait connu dans son pays d'origine un vrai succès, "Tad l'explorateur : à la recherche de la cité perdue" eut peine à remplir les salles hexagonales. Avec un pitch fleurant bon l'aventure et une affiche qui annonçait la couleur, Tad méritait-il mieux ?

Depuis qu'il est enfant, Tad a toujours voulu être explorateur. Élevé par sa grand-mère, le jeune homme doit cependant se contenter de travailler sur les chantiers de travaux publics, même s'il a tendance à s'imaginer en archéologue aventurier. Un concours de circonstances va lui permettre de partir vers le Pérou à la place de son ami le Professeur Humbert. Là, il va vivre des aventures dignes de ses rêves, à la recherche d'une mystérieuse cité perdue.

Après deux courts métrages mettant en scène le personnage de Tad Jones, Enrique Gato passa, avec "Tad l'explorateur : à la recherche de la cité perdue", à la vitesse et au format supérieurs. On peut penser que ce n'est pas forcément une excellente idée, au vu du résultat. En regardant ce film d'animation avec sévérité, on peut en pointer les défauts, avant d'en apprécier les quelques qualités. 

Mettant en scène des personnages sympathiques, mais vite caricaturaux, "Tad l'explorateur : à la recherche de la cité perdue" manque fortement d'épaisseur et ne marque guère les mémoires. La faute en incombe sans doute à une histoire convenue, se réfugiant derrière ses scènes d'action (efficaces) et ses gags (pas toujours efficaces). Mais, le coupable majeur est le scénario, qui aurait mérité une bonne séance chez un script-doctor, tant il multiplie les fautes et les répétitions.

L'autre grosse faiblesse de "Tad l'explorateur : à la recherche de la cité perdue" est son manque d'ambition. S'il est difficile de reprocher à un film de ne pas disposer d'un budget confortable, on peut cependant se demander où sont passés les quarante cinq millions d'euros de budget dont disposa Enrique Gato. En effet, hormis les personnages principaux et leur environnement proche, les décors et tous les personnages qu'on qualifierait de figurants (dans un film "live") manquent cruellement de soin, lorsqu'ils ne sont pas absents. Du coup, la crédibilité de l'ensemble en pâtit durement. En comparaison avec un Pixar, dont chaque séquence foisonne de détails (parfois inutiles), "Tad l'explorateur : à la recherche de la cité perdue" fait figure de parent pauvre. 

Malgré un gros potentiel, Tad, faute d'un scénario plus solide et d'une véritable ambition, n'arrive jamais à marcher sur les plates-bandes des géants du secteur. C'est d'autant plus regrettable que la tentative était plus qu'intéressante. Gageons que cela sera pour une autre fois. 


dimanche 5 juin 2016

Le garçon et la bête (2015)


C'est un fait : les films d'animation venus du Japon, lorsqu'ils ne sont pas ceux du grand studio Ghibli, ont peu de visibilité dans l'Hexagone. Combien de salles ont projeté, par exemple, "Miss Hokusai" ou "La traversée du temps" ? Si l'immense qualité des œuvres produites par Ghibli n'est plus à prouver, elles semblent faire de l'ombre aux autres dessins animés et, hormis un public d'initiés à l'affût de la moindre sortie venue du pays du soleil levant, peu nombreux sont ceux qui ont le bonheur de découvrir un "Les enfants loups, Ame et Yuki", par exemple. A l'instar de ce dernier, "Le garçon et la bête", sorti l'an dernier, n'a attiré que peu de spectateurs français, malgré un beau succès mondial. 

Ren, neuf ans, vient de perdre sa mère avec qui il vivait depuis le divorce de ses parents. Refusant d'être recueilli par les tuteurs désignés, le garçon s'enfuit dans Tokyo, empli de haine pour tous ceux qui l'entourent. Seul, perdu, désemparé, il est remarqué par deux étranges voyageurs capuchonnés, n'ayant rien d'humain, en recherche d'un disciple. Basculant dans un monde où vivent des animaux anthropomorphiques, réincarnations de divinités, Ren va devenir Kyûta, seul humain parmi les bêtes. Il n'en oubliera pas pour autant le monde des hommes. 

Une évidence s'impose, dès le début du visionnage du "Garçon et la bête" : graphiquement, ce film d'animation est sublime, tout simplement. Mais, au-delà de la simple beauté des images, la réalisation est tout aussi remarquable. Le studio Chizu (retenez ce nom), fondé par Mamoru Hosoda, réalisateur de cet anime, donne ici la preuve flagrante qu'il faut compter avec d'autres acteurs du domaine. Sur le fond comme sur la forme, "Le garçon et la bête" est une réussite.

Mamoru Hosoda, en s'emparant de cette histoire d'apprentissage et de dualité, fait preuve d'un talent dont nombre de réalisateurs (et pas seulement de ceux qui officient dans l'animation). Quelques séquences de toute beauté marqueront les rétines des amateurs, et pas seulement parce qu'elles sont belles au regard, mais témoignent aussi d'un véritable talent de mise en scène. Quand tout cela est mis au service d'une histoire qui mêle habilement fantasy  et voyage initiatique, on ne peut que se réjouir de la réussite de l'ensemble. 

On pourra reprocher au film quelques longueurs (notamment dans sa dernière partie), quelques plans pas totalement parfaits (souffrant de leur proximité avec des séquences touchant au sublime) et des répétitions (essentiellement dans les rapports entre Kyûta et Kumatetsu). Quitte à le raccourcir d'un bon quart d'heure, Mamoru Hosoda aurait sans doute rendu "Le garçon et la bête" plus efficace. 

Triomphe partout ou presque (ce fut le deuxième plus gros succès de 2015 au Japon), "Le garçon et la bête" aurait indéniablement mérité une plus grande visibilité en France. Malgré ses quelques défauts (tous mineurs), ce film d'animation avait tout pour mériter une sortie digne de ce nom.


vendredi 6 mai 2016

Miss Hokusai (2015)


Katsushika Hokusai est sans doute l'artiste japonnais le plus connu. J'en veux pour preuve le grand succès de l'exposition qui lui fut consacrée en 2015, à Paris. sa fameuse vague orne bien des salons, démonstration simple et éclatante d'un art à son apogée. L'an dernier, un long métrage animé réalisé par Keichi Hara, d'après un manga de Hinako Sugiura, fut proposé aux spectateurs, mais ne rencontra pas le succès habituellement réservé aux productions nippones, quand celles-ci viennent du studio Ghibli, par exemple.

Japon, durant la période Edo : le peintre Hokusai, artiste reconnu, croule sous les commandes, qu'il s'agisse de grandes fresques ou de dessins minuscules. Au faîte de son art, il se fait assister par l'un de ses quatre filles, O-Ei. Cette dernière, en plus de supporter les humeurs variables de son père, prend parfois en charge la finition de certains dessins.
Et puis, il y a la petite soeur d'O-Ei, dont Hokusai semble ne pas vouloir entendre parler.

Une chose est sûre, au visionnage de ce film : on découvre l'histoire du grand peintre sous un autre angle, celui de ses proches, quitte à faire descendre le grand homme du piédestal où son art l'a posé. Les rapports d'Hokusai avec O-Ei et l'absence de ces rapports avec sa petite fille sont ici décrites sans le vernis habituellement réservé aux grands hommes. Les angoisses et les souffrances d'O-Ei face aux sarcasmes et à la nonchalance de son artiste de père sont autant de fissures dans la légende.

Pour décrire ces pans méconnus de l'histoire d'Hokusai, Keichi Hara met en scène de sublimes dessins : c'était évidemment le moins qu'on puisse attendre, au vu du thème abordé. malheureusement, le scénario, qui manque cruellement d'une véritable intrigue et se contente d'aligner les anecdotes, peine à servir les images. La bonne idée de départ, consistant à se pencher sur la personnalité d'un des artistes majeurs de l'archipel nippon tombe à l'eau, et le spectateur doit se contenter de la contemplation. Si cet art qui consiste à s'abandonner, voire à se perdre devant une oeuvre, s'adapte tout particulièrement aux dessins d'Hokusai, il est moins bien adapté au dessin animé. 

Les images sont jolies, mais la structure de l'histoire, ou plutôt l'absence de celle-ci donne l'impression qu'il manque une ossature à l'édifice. Hokusai méritait sans doute mieux.


mardi 28 août 2012

The Prodigies (2011)



Elles sont rares, les incursions françaises dans le film d'animation, et plus rares encore, parmi elles, les oeuvres adultes. Inspiré du roman-culte "La nuit des enfants rois" de Bernard Lentéric, "The Prodigies" fait donc figure d'exception culturelle. En y réfléchissant bien, on peut d'ailleurs se demander pourquoi il fallut trente ans pour voir débarquer sur les écrans l'adaptation de ce roman. Mais là, je m'égare...

Pour ceux de mes lecteurs qui ne connaîtraient pas le livre originel (fort recommandable, d'ailleurs), voici un petit résumé : jeune prodige doté de pouvoirs hors du commun, Jimbo réussit à trouver d'autres prodiges aussi doués que lui, par l'entremise d'un jeu en ligne. Alors qu'il les réunit tous à New York, les cinq enfants exceptionnels sont victimes d'une agression particulièrement brutale. Dès lors, ils n'ont plus qu'un seul but : mettre leurs pouvoirs au service de leur vengeance envers le monde "normal". Seul Jimbo sera à même de les arrêter..à moins qu'il ne les rejoigne. 

Marc Missonnier, le producteur du long métrage, a toujours été un admirateur du roman. Malgré son style très cinématographique, il lui aura fallu près de dix ans pour en boucler l'adaptation. Force est cependant d'avouer que le résultat est à des années-lumière du matériau originel, en termes d'efficacité et de réussite. Là où le roman était épique, le film joue sur le style, préférant les effets visuels à la richesse narrative. Le réalisateur, Antoine Charreyron (qui fut réalisateur de deuxième équipe sur le calamiteux "Babylon AD" de Mathieu Kassovitz), est peut-être à blâmer pour cela. Toujours est-il que l'on a maintes fois l'impression que toute cette vaine agitation cache un immense vide scénaristique. 

Le style graphique du long métrage joue également en sa défaveur. Pourquoi avoir choisi d'en faire un film  d'animation (qui plus est en 3D) ? Même s'il faut saluer l'audace du procédé, l'adaptation (déjà casse-gueule) du livre de Lentéric aurait été plus facile, et sans doute plus probante si elle avait donné lieu à un film "live". Comprenons-nous bien, il n'est pas question de juger ce film sur sa forme, mais il eût fallu que celle-ci serve l'histoire. Or, dans le cas présent, il faut bien reconnaître qu'elle la dessert. D'un point de vue technique, l'animation et le graphisme sont bien en-deça des références du genre (on est loin du foisonnement d'un Pixar, par exemple). 

En ce qui concerne le fond, ça n'est guère mieux. La force du roman s'est-elle diluée au cours des trentes années écoulées ? Ou (comme j'ai tendance à le penser) les choix scénaristiques d'adaptation ont-ils appauvri le sujet et l'intrigue ? Certes, le roman multipliait les effets peu transposables. Cela dit, certains choix sont particulièrement calamiteux (les séquences à la Maison Blanche, par exemple).

Au final, il semble que le public ne s'y soit guère trompé en ne se rendant pas dans les salles obscures à la sortie de ce film. Annoncé comme une révolution, "The Prodigies" ne fut rien d'autre qu'un pétard mouillé. Il nous reste cependant le roman, à défaut de son adaptation. 




lundi 9 juillet 2012

Max and Co (2008)




Les incursions hexagonales sur les territoires du film d'animation sont suffisamment rares pour mériter qu'on se penche sur elles. « Max and Co », sorti il y a de cela quelques années, et n'ayant pas eu l'heur de déchaîner les passions, est de celles-là. A ce titre (et à d'autres), ce petit (76 minutes) film d'animation a droit à son billet dans ce blog.

A l'heure où la plupart des dessins animés font appel aux dernières technologies, à grand renfort d'images de synthèse et de technologie ébouriffante, certains irréductibles, tels les Gaulois d'Astérix, continuent d'utiliser l'animation image-par-image, à l'instar des célèbres studios Aardman (qui créèrent les géniaux Wallace et Gromit). Samuel et Frédéric Guillaume, deux frères, ont utilisé cette technique, que d'aucuns jugeront  obsolète, pour mettre en scène « Max and Co » et son esthétique d'un autre âge (que je situerai entre celle des « Noces Funèbres » et « Delicatessen », histoire de vous donner une idée).

L'histoire de « Max and Co » est d'une facture assez classique et met en scène des animaux « anthropomorphiques », comme on dit. Le héros, Max, est en quête de son père, le célèbre Johnny Bigoude, inventeur de l'instrument de musique homonyme (le bigoude, pour ceux qui n'auraient pas suivi). La ville dans laquelle il arrive en début d'histoire est, quant à elle, secouée par une violente crise sociale. L'usine « Bzzz & Co », qui fabrique des tapettes à mouche, se trouve en effet confrontée à une violente chute de ses ventes, à tel point que son président, Rodolfo, met en œuvre un plan machiavélique...


A lire les quelques lignes qui précèdent, on pourrait se dire que tout cela est un brin confus, voire totalement foutraque. C'est -hélas! - le sentiment que l'on a au sortir de la projection du film. Le scénario, en effet, semble hésiter et rester « le cul entre deux chaises » tout au long du film. Navigant entre comédie burlesque, fable écologique et pamphlet social, « Max and Co » loupe sa cible. A vouloir satisfaire plusieurs publics (les petits et les grands), il ne fonctionne finalement avec aucun : trop complexe pour les petits, tenant à peine debout pour les plus grands.
 Ensuite, si d'un point de vue purement esthétique, il peut se targuer d'originalité, techniquement parlant, « Max and Co » ne tient pas toutes ses promesses. L'animation reste en effet très en deçà des standards actuels. Les personnages sont extrêmement rigides et, lorsqu'ils « bougent », seule une portion congrue de leur corps est animée. De même, les décors, les arrières-plans et personnages de second plan sont, la plupart du temps, totalement figés et limités au minimum syndical. J'ai particulièrement tiqué lors de la scène où les ouvriers en colère prennent l'usine « Bzzz & Co » d'assaut. Pour rendre cette séquence crédible, il eût fallu qu'ils s'y attaquent en masse. Or, seuls sept ou huit courageux s'en prennent à Rodolfo, leur patron honni. Du coup, la scène ne fonctionne pas.


Tout n'est cependant pas complètement loupé dans « Max and Co ». Comme je l'ai évoqué plus haut, l'esthétique générale du film est plutôt réussie, même si elle souffre d'une évident pauvreté de moyens. Ensuite, les personnages sont extrêmement attachants, en grande partie grâce au doublage qui leur donne  une vraie personnalité. Parmi les « voix » de ce dessin animé, on citera, par exemple Lorant Deutsch (Max), Sanseverino (Sam), Virginie Efira (Katy), Micheline Dax (Madame Doudou), Patrick Bouchitey (Rodolfo)...


Avec un peu plus de moyens, un rien d'ambition, et une scénario plus travaillé, « Max and Co » aurait, à n'en pas douter, un vrai succès. Espérons qu'il ne s'agisse là que d'un rendez-vous raté...