Avant que Disney ne s'empare, à grands coups de dollars, de Lucasfilm, il y eut de la part du géant aux grandes oreilles une tentative d'incursion dans la science-fiction. Utilisant comme matériau de base le roman "Une princesse de Mars" d'Edgar Rice Burroughs (le papa de Tarzan), Disney s'aventura sur les terres de George Lucas, le space opera. Il est intéressant de noter que, depuis Star Wars, aucune autre saga sidérale n'a réussi à s'implanter durablement et à générer un triomphe comparable. A ce titre, l'expérience "John Carter" (budgetée aux alentours de 250 millions de dollars) est déjà louable. Malheureusement, elle se solda par un des échecs commerciaux les plus mémorables de ces dernières années.
Mars n'est pas la planète qu'on croit : il s'y déroule des luttes entre des peuples ennemis depuis toujours. Sur Barsoom (le nom qu'elle porte là-bas), les martiens rouges (ressemblant aux humains) se déchirent, tandis que les martiens verts (des humanoïdes de grande taille à quatre bras) tentent de se maintenir à l'écart du conflit.
Sur Terre, John Carter, soldat de l'Etat de Virginie, poursuivi par l'armée américaine et les Amérindiens, se retrouve propulsé sur la planète rouge sans comprendre ce qui lui arrive. Il devra faire ses preuves et devenir un héros...
Le roman "Une princesse de Mars", d'Edgar Rice Burroughs (le papa de "Tarzan", accessoirement) a probablement nourri bon nombre de réalisateurs de science-fiction. Burroughs, l'un des pionniers de la science-fiction, aurait mérité depuis des décennies qu'on lui rende hommage autrement qu'en digérant lentement son oeuvre, pour n'en livrer ça et là que quelques traces d'un legs indéniable. Car le plus grand défaut du "John Carter" de 2012 (il en existe une autre adaptation, datée de 2010 et sortie directement en vidéo), c'est d'arriver trop tard, tel le fils légitime et prodigue revenant au foyer après que l'héritage ait été dilapidé.
A la réalisation, on retrouve un ancien de Pixar (vous savez, l'ancienne division "animation" de LucasFilm, avalée il y a quelques années par...Disney, décidément) : Andrew Stanton, qui avait fait preuve d'un énorme talent créatif sur le génial "Wall-E" et "Le monde de Nemo". A la réflexion, pour réaliser un film gorgé d'effets spéciaux numériques, c'était sans doute l'un des meilleurs choix : le fait est que Stanton fait montre de tout son talent dans certaines séquences où il arrive à faire oublier la présence des fonds verts.
Il y avait de la matière, dans le roman originel de Burroughs (dont le personnage apparaît furtivement dans le film), d'une densité telle qu'on s'y perd un peu, du moins dans la première heure du film qui aurait gagné à être simplifiée. A force d'ellipses et parce qu'il injecte beaucoup de personnages, d'enjeux et de nouveautés, "John Carter" peut dérouter, voire perdre une partie de son public. Il faut attendre la seconde heure du film pour que l'épopée l'emporte et qu'on prenne vraiment plaisir au spectacle. C'est dommage, parce que cet univers avait un réel potentiel et surtout un ton unique, quelque part entre space opera et steampunk.
On pourra déplorer le jeu un peu fade de Taylor Kitsch, qui incarne John Carter sans foi ni charisme. De même, le scénario n'est en rien novateur et ne surprendra pas les amateurs du genre. Cela dit, la réalisation de Stanton et l'esthétique du film sont souvent de haute volée. Ajoutez à cela une superbe bande originale de Michael Giacchino (qui assurera prochainement la partition de "Rogue One") et vous comprendrez que les atouts de film sont à la hauteur des regrets qu'il inspire.
Mais le fait est que "John Carter", sans être le film du siècle, est un honnête divertissement, sabordé par la façon dont il fut vendu au public : un space opera, dont les affiches annonçaient qu'il était destiné aux enfants, tout en affichant clairement son côté adulte : de quoi y perdre son latin. Ce n'est pas la première fois qu'on peut se faire cette réflexion, ni la dernière, mais le fait est que Disney semble ne plus savoir vendre un film.
On connaît la fin de l'histoire : le film fut un gouffre financier qui eut raison du président de Walt Disney Studios, débarqué après ce cuisant échec. La boîte à Mickey s'en remit cependant fort bien, en achetant quelques mois plus tard LucasFilm (pour quelques milliards de dollars) : plutôt que de loucher sur le succès de la licence Star Wars, autant s'en emparer. Une fois de plus, Disney prouva qu'il savait vendre des licences, mais pas des univers.
Mais, si "John Carter" avait eu le succès qu'il méritait, l'histoire aurait été radicalement différente, sans doute...
Mais, si "John Carter" avait eu le succès qu'il méritait, l'histoire aurait été radicalement différente, sans doute...

.jpg)



