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samedi 13 juin 2015

Conan (2011)


Robert Howard, romancier tourmenté (il se suicida à l'âge de 30 ans, en 1936), est l'un des pères fondateurs de la fantasy. Son personnage le plus connu, Conan, a déjà donné lieu à des adaptations cinématographiques, en plus d'avoir inspiré des comics, des jeux de plateau (la dernière création en date a pulvérisé les records de souscription sur Kickstarter), des dessins animés et plus encore. Pourtant, les aventures de Conan au cinéma n'ont pas toujours rencontré le succès. La dernière en date, réalisée par Marcus Nispel (à qui l'on devait déjà "Pathfinder") a été un bel échec commercial et critique. 

Conan, le Cimmérien, est né sur un champ de bataille, où a péri sa mère. Élevé par son chef de clan de père, il est devenu un garçon solide. Quand les troupes de Khalar Zym, venu chercher le dernier morceau d'un masque qui lui donnera la toute-puissane, envahissent son village et le déciment, Conan, devenu orphelin, n'a plus qu'un but : venger son père.
Khalar, de son côté, n'aspire qu'à réassembler le masque et à procéder à la cérémonie qui fera de lui l'égal d'un dieu. Lorsque Conan atteint l'âge d'homme, il est sur le point d'y parvenir (et on se demande pourquoi il a attendu autant, d'ailleurs).

En visionnant ce film, étant amateur des écrits originaux et considérant le film de John Milius comme une adaptation finalement réussie, j'avais un pressentiment. Ce "Conan", cuvée 2011, ne pouvait être qu'un ratage. J'aurais aimé me tromper.
Le premier problème de ce film est son réalisateur, Marcus Nispel, visiblement persuadé qu'énervement est synonyme de dynamisme. Sur l'écran, ça bouge dans tous les sens et les scènes perdent souvent toute lisibilité et tout sens. Le montage quasiment frénétique (les plans font rarement plus de quelques secondes) rendent nombre de séquences épuisantes en plus d'être brouillées. Et pourtant, malgré cette rapidité qui leur nuit, nombre de scènes réussissent à paraître trop longues. Marcus Nispel, le réalisateur, avait déjà fait montre de son style avec "Pathfinder", il récidive ici au point qu'on aimerait lui offrir un trépied, afin qu'il nous offre une fois de temps en temps un plan fixe.

Du côté de l'interprétation, il va sans dire que Jason Momoa (le Khal Drogo de "Game of Thrones") n'a pas l'épaisseur d'Arnold Schwarzenegger. On pourra se consoler avec la présence de Ron Perlman (visiblement venu pour le chèque et dont le rôle est presque trop important, surtout si on compare avec le Conan de 1982), de Stephen Lang (le méchant de "Avatar" et de "Terra Nova", visiblement abonné aux rôles de bad guy), de  la très jolie Rachel Nichols, de Saïd Taghmaoui (il semblerait qu'on ait perdu définitivement cet acteur, pourtant bouleversant à ses débuts dans "La haine") ou de Rose McGowan. 

Cependant, le plus grand reproche qu'on peut faire à ce "Conan" reste son scénario et le peu d'intelligence avec laquelle le personnage du Cimmérien est exploité. Celui décrit dans les romans comme un homme hanté par son destin, qui ne rechigne pas à se faire voleur quand le besoin s'en fait sentir, devient ici une brute épaisse qui fonce tête baissée et donne de l'épée avant de discuter, quand il en prend la peine. On entrevoit de temps à autre, qu'il s'agisse du décor ou du contexte, les ombres ou les fantômes de l'oeuvre originelle, mais les espoirs qu'ils suscitent sont rapidement torpillés par la réalisation outrancière de Nispel. 

Etait-il bien utile de produire un remake du film de John Milius (avec, a fortiori, un scénariste bien moins talentueux qu'Oliver Stone) ? La réponse est clairement négative. Ce n'est pas encore cette fois qu'un film rendra hommage à l'oeuvre du grand Robert Howard.





samedi 28 juillet 2012

Solomon Kane (2009)



Pour la très grande majorité du public, Robert E. Howard est le romancier qui créa le personnage de Conan, incarné à l'écran par Arnold Schwarzenegger à l'écran(1), et donc l'inventeur d'un héros bien bourrin, sans la moindre finesse. De là à cataloguer cet auteur comme un écrivain mineur, il n'y a qu'un pas, bien souvent franchi. Demandez autour de vous, vous verrez bien. 

C'est fou comme les gens peuvent se tromper, parfois. Tout d'abord, Conan n'est pas le héros débile qu'on veut bien croire, et surtout, Robert E. Howard, romancier tourmenté (il se donna la mort à 30 ans) est un des pères de la fantasy moderne et on lui doit bien plus que les aventures du culturiste en pagne à poils. Le personnage de Solomon Kane, puritain hantant un XVIème siècle où sorcellerie et violence règnent, est une pièce majeure de son oeuvre, même s'il n'est connu que des amateurs de Howard. Au passage, je vous signale l'édition récente, chez Bragelonne, d'une intégrale des aventures du Puritain, fort recommandable. 

 La fantasy étant fort en vogue au cinéma, depuis les triomphes de certaines adaptations ("Le Seigneur des Anneaux" en tête), on a eu droit, ces dernières années, à quantité d'adaptations, certaines fort réussies, d'autres beaucoup moins. J'ignore ce qui est passé par la tête des producteurs de "Solomon Kane", tant le personnage est peu connu (et donc a priori peu bankable) mais le fait est qu'ils osèrent porter à l'écran ce antihéros sorti de l'imagination d'Howard. malheureusement, le succès public ne fut pas au rendez-vous.  

Résumons rapidement l'histoire : après avoir combattu sans pitié au service de l'Angleterre puritaine, Solomon Kane a décidé de renoncer à la violence et à la folie meurtrière qui lui dévoraient l'âme. En quête de rédemption, il devra faire denouveau appel à ses talents de tueur pour affronter un démon sans pitié... 

Rien de très original dans le pitch, comme vous pouvez le voir. Les connaisseurs de l'oeuvre originale (sur le  format des nouvelles, comme la mythique revue Weird Tales en publiait des centaines à l'époque) pourraient d'ores et déjà tiquer : Solomon Kane, sur le papier, est un homme hanté, poursuivant sans relâche ses démons, avec un entêtement rarement vu dans la littérature. Mais ne nous arrêtons pas à ce synopsis : pour dire du mal (ou du bien, sait-on jamais) d'un film, la moindre des choses est de le visionner jusqu'au générique de fin. 

La présence de Michael J. Bassett à la réalisation est déjà, en soit, un bon point L'homme a déjà réalisé le très angoissant "La tranchée", dont je vous recommande le visionnage. Metteur en scène, Bassett met tout son talent au service de l'histoire. Rien à redire donc, de ce côté là.  

Du côté du casting, peu de reproches à porter au discrédit de "Solomon Kane". Si l'interprète principal, James Purefoy (surtout connu pour son rôle dans la série "Rome") aimerait visiblement bien ressembler à  Hugh Jackman (mais je suis peut-être mauvaise langue), ce film est l'occasion de retrouver le grand Max Von Sydow ("L'exorciste", pour ne citer que ce film) et le regretté Pete Postlethwaite ("Usual Suspects", "Inception", "Les virtuoses") dans un rôle bref, mais marquant. 

De la même façon, l'ambiance générale du film contribue à la crédibilité de celui-ci. Le décor de "Solomon Kane" est un monde rude, sale, ou l'espoir a depuis longtemps disparu pour laisser place à la peur. Qu'il s'agisse des décors, des costumes ou des accessoires, tout joue en faveur du film. 

Cependant, quand arrive le générique de fin (bien fichu aussi, d'ailleurs), c'est un sentiment de semi-échec qui subsiste. Malgré tous les moyens mis en oeuvre pour sa réussite (que j'ai listé ci-dessus), il faut bien reconnaître que "Solomon Kane" ne tient pas toutes ses promesses, étant à la peine du niveau du téléfilm d'action lambda. Et la faute en incombe a un seul fautif, si vous voulez mon avis : le scénario. Solomon Kane, en héros hors du commun, méritait mieux que cette banale histoire de vengeance pour son passage à l'écran. Quitte à s'emparer d'un monument de la littérature (fût-il peu connu du grand public), autant le faire bien. En l'occurrence, ça aurait pu donner un grand film.  

Dommage. 




(1) : le récent remake est fort dispensable et aurait toute sa place dans ces colonnes...