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mercredi 11 décembre 2013

Le dernier pub avant la fin du Monde (2013)



Existe-t-il une malédiction sur le nom d'Edgar Wright ? Ou, plus probablement, doit-on mettre sur le compte des distributeurs, le peu de visibilité et donc de succès qui entourent chacun de ses films, du moins dans l'Hexagone ? Parce qu'après "Scott Pilgrim", c'est le deuxième film de Wright qui a droit à un billet en ces colonnes. "Le dernier pub avant la fin du monde" n'a même pas drainé 100 000 spectateurs en France, lors de sa sortie, il y a quelques mois. Troisième et ultime volet de la trilogie "Cornetto" (les connaisseurs comprendront), après "Shaun of the dead" et "Hot Fuzz", ce film semble hélas confirmer le peu de goût de notre pays pour les œuvres de Wright.

En 1990, à la fin de leurs études, Gary King et ses quatre meilleurs copains échouèrent dans le défi qu'ils s'étaient lancés : essayer les douze pubs (dont le dernier se nomme "La fin du monde") de Newton Heaven. Vingt ans plus tard, Gary, immature et alcoolique, convainc le reste de la bande de se lancer une nouvelle fois dans l'aventure. Voilà la petite bande de retour dans leur ville natale pour une expédition qui s'annonce agitée, au grand désarroi des compagnons de Gary, des quadragénaires responsables.
Ce qui les attend à Newton Heaven dépassera leurs attentes. En effet, la petite ville qui fut le foyer de leur adolescence a bien changé...et ceux qui la peuplent semblent eux aussi être différents, très différents.

La promotion de "The World's end" en France est un véritable cas d'école. Messieurs les distributeurs, si vous tenez absolument à ce qu'un film fasse un four, voici l'exemple à suivre ! Affublé d'un titre qui signifie bien à quel point les spectateurs sont pris pour des idiots, sorti dans une combinaison réduite de salles, puis retiré de l'affiche au bout de deux semaines, "Le dernier pub avant la fin du monde" n'avait quasiment aucune chance de succès de notre côté de la Manche.

C'est bien dommage, si vous voulez mon avis (et si vous lisez ces colonnes, c'est que vous êtes ici pour cela). Les précédents opus de la trilogie avaient, malgré une diffusion à la sauvette, réussi à conquérir sur le long terme, un noyau d'admirateurs. En spéculant sur le capital sympathie de l'équipe Wright-Frost-Pegg, on pouvait espérer mieux pour cette conclusion, d'autant plus que ce film vaut largement le déplacement.

Menée tambour battant par un quintette d'acteurs remarquables (Simon Pegg, Nick Frost, Martin Freeman, Paddy Considine et Eddie Marsan), cette comédie est mille fois plus efficace que n'importe quel film français s'essayant dans le même registre. Remarquablement réalisé (mais Edgar Wright n'a plus rien à prouver de ce côté là), "Le dernier pub avant la fin du monde" réussit à surprendre, à émouvoir et, ce qui est plus rare encore, à donner à réfléchir (mais sans être à aucun moment ennuyeux, je vous rassure). En basculant d'un coup dans la science-fiction, le film prend d'un coup toute sa saveur et tout son sens. 

Loin de n'être qu'une comédie mâtinée de science-fiction, "Le dernier pub avant la fin du Monde" laisse souvent songeur. Quand Gary et ses potes découvrent que leur ancienne ville est devenue l'exemple parfait du conformisme et du lisse, le propos prend un tour social et quasiment politique (si ça se trouve, j'ai vu dans ce film ce que j'avais envie d'y voir). En y regardant de plus près, les années 1990 après lesquelles court Gary (et, de façon moins avouée, le reste de sa bande), apparaissent comme une période de liberté et d'épanouissement désormais révolue, à beaucoup de points de vue (et ce point de vue peut évidemment s'appliquer au septième Art).

Je vous rassure, il est également possible de visionner "Le dernier pub avant la fin du Monde" avec le seul but de passer un bon moment. Cette multiplicité des niveaux de lecture est, à mon sens, l'apanage des grands réalisateurs : Edgar Wright est de ceux-là, sans l'ombre d'un doute. Espérons qu'un de ses prochains films rencontrera le succès auquel il a légitimement droit.


dimanche 29 juillet 2012

Petits meurtres à l'anglaise (2005)




Les plus cinéphiles d'entre vous, chers lecteurs, connaissent sans doute "Cible émouvante", première réalisation de Pierre Salvadori (à qui l'on doit, entre autres, l'excellent "Les apprentis"). Ce que l'on sait moins, c'est que ce film français a fait il y a peu, l'objet d'un remake outre-Manche, sous le titre de "Petits meurtres à l'anglaise" (titre que je trouve particulièrement nul, à titre personnel), "Wild target" en VO. Il faut dire que ce film, lors de sa sortie dans les salles hexagonales, est passé quasiment inaperçu. A tort ou à raison ? 


Déjà un tel flop est étonnant, au vu du casting particulièrement prestigieux : Bill Nighy (vu dans "Love Actually", mais aussi "Good Morning England"), la craquante Emily Blunt ("L'agence"), Rupert Grint (oui, vous avez bien lu, le Ron Weasley de la saga "Harry Potter"), Martin Freeman (le Watson de la série "Sherlock", mais surtout Bilbo dans le film très attendu de Peter Jackson), ainsi que le toujours excellent Rupert Everett qu'on ne présente plus. A la réalisation, on retrouve le moins connu Jonathan Lynn, essentiellement connu pour le très moyen "Mon voisin le tueur" (avec Bruce Willis et Matthew "Chandler" Perry). 

A priori, beaucoup d'atouts jouaient en faveur de ce remake, donc. Et l'histoire, que je vais vous résumer en quelques mots, avait un ton résolument "british" : Victor Maynard (Bill Nighy) est un tueur à gages, et l'un des meilleurs de sa profession. Vivant sous la coupe de sa mère, ce sexagénaire assassin vit confortablement installé dans sa routine tranquille. Se retrouvant contraint liquider la ravissante Rose (Emily Blunt), Victor, attiré par sa victime, va se retrouver pris dans une succession d'événements, et perdre malgré lui le contrôle de sa vie d'ordinaire bien réglée. 

Décalque (trop) parfait de l'original, "Petits meurtres à l'anglaise" est, il faut en convenir, bien réalisé, même si la mise en scène manque cruellement d'audace. Quelques longueurs et répétitions viennent bien entâcher tout cela, mais restent mineures, il faut le reconnaître. Du point de vue de l'interprétation, il y a peu de choses à redire hormis, peut-être, le jeu de Rupert Grint qui ne m'a franchement pas convaincu. Martin Freeman et Rupert Everett semblent particulièrement s'amuser. Cependant, il faut impérativement visionner ce film en Version Originale, le doublage français lui faisant perdre tout intérêt.  

Alors, me demanderez-vous, pourquoi un tel insuccès pour ce film ?  

Lorsqu'on visionne "Petits meurtres à l'anglaise", la réponse semble évidente : ce remake ne s'imposait pas, tout simplement. Disparu, le ton inattendu du film de Pierre Salvadori, envolée l'irrévérence portée par Jean  Rochefort, Guillaume Depardieu et Marie Trintignant. Quitte à le dire franchement (et un peu cruellement) :! voilà un film pour rien. 

A ne recommander, finalement, qu'à ceux qui n'ont pas vu l'original, et tiennent absolument à ne voir que le remake (mais ils feraient bien de m'expliquer pareil choix !).