Au rang des films ayant été un tel désastre qu'ils condamnèrent la carrière de leur réalisateur, on songe souvent à "La porte du paradis". L'exemple britannique de "Revolution", mis en image par Hugh Hudson, pourtant auréolé pour "Les chariots de feu" et "Greystoke, la légende de Tarzan", est moins connu, mais tout aussi exemplaire. Narrant les aventures d'un américain devenant héros malgré lui et porté par Al Pacino, ce film mettait en lumière la révolution américaine, l'aube d'une grande nation. Hélas, à sa sortie, ce fut un échec public et critique comme on en vit rarement.
1776 : tandis que l'insurrection contre l'occupant anglais commence, un émigrant écossais, Tom Dobb, n'aspire qu'à vivre en paix avec son fils, seule famille qui lui reste. Quand celui-ci est enlevé par les Anglais, Dobb va s'engager dans un combat qui n'était pourtant pas le sien. Après avoir connu l'horreur des batailles et la honte de la fuite devant la mort, il va traverser maints périls et croiser nombre de protagonistes. L'histoire est en marche.
Une chose est certaine, au visionnage de "Revolution" : Hugh Hudson a disposé de moyens conséquents pour mettre en images cette fresque. Qu'il s'agisse des décors ou des costumes, force est de reconnaître qu'on en a pour son argent. Seulement, la forme n'a jamais compensé un fond maigrichon et c'est là qu'est le défaut majeur (et rédhibitoire) de "Revolution". En effet, le scénario du film, particulièrement décousu, peine à entraîner le spectateur dans la tourmente qu'il est sensé décrire. Tandis que son personnage principal subit mille avanies, à la recherche de son fils ou en compagnie de celui-ci, sans parfois de cohérence entre elles, Pour faire court, tout ça ne tient pas toujours debout. Et, lorsqu'on se targue de vouloir faire un film historique, ça fait désordre, comme disait l'autre.
Il y eut quelques circonstances atténuantes dans la production de "Revolution", c'est vrai. Le grand Al Pacino, sur qui tout le film repose, était malade durant la plus grande partie du tournage (et cela se voit) et nombre d'interprètes reconnurent que ce film fut pour eux une épreuve propre à les dégoûter du septième art (comme Annie Lennox, à l'époque moitié du groupe Eurythmics). Mais, sans doute dépassé par l'ampleur de l'entreprise et par le naufrage annoncé, Hudson semble impuissant à limiter (et a fortiori à réparer) les dégâts. Si la mise en scène reste potable (l'homme sait filmer, et le prouva par le passé), le montage et la bande originale (dramatiquement inappropriée) parachèvent le désastre.
On pourra se consoler en profitant de l'esthétique du film, sans doute son plus bel atout (et probablement le seul), mais cela n'est pas suffisant pour consoler les cinéphiles, et plus largement les amateurs d'histoires bien filmées. La révolution américaine, événement majeur dans l'histoire de ce grand pays et dans celle du monde, aurait mérité mieux.



















