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mardi 30 octobre 2018

Tout pour être heureux (2015)


De temps à autre, on a envie de se poser et de visionner, du fond du canapé, une petite comédie toute simple. Ça tombe bien, il y en a pléthore, dans ce registre. Seulement, toutes ne sont pas couronnées de succès et certaines ne valent pas franchement le déplacement (même si, en l'occurrence, le déplacement ne concerne que la main tenant la télécommande). 

Antoine, quarante ans et père de deux petites filles, n'est pas vraiment responsable. Seule la musique, dont il a fait son métier, l'intéresse et Alice, sa femme, n'en peut plus de son immaturité. Un beau jour, elle le met à la porte : voilà Antoine obligé de se prendre en main, voire de se remettre en question. Pire encore, pour lui : Alice lui confie peu après ses deux filles. Voilà Antoine forcé de grandir, d'un seul coup. Et si c'était le meilleur moyen d'être heureux ?

A lire le pitch du film, on peut se dire que c'est le genre de comédie française qu'on a déjà vu, voire revu : l'homme immature, forcé par les événements à prendre ses responsabilités, ça n'est pas sans rappeler "Daddy Cool", par exemple. C'est vrai : on est ici dans une case déjà occupée de la comédie française, à tel point que, quelques semaines plus tard, je vous avoue que je ne me souviens pas intégralement de ce film. Comme je ne pense pas souffrir d'un quelconque syndrome neurodégénératif, et surtout que ce n'est pas la première fois qu'un film (souvent français) me fait cet effet là, j'en conclus que "Tout pour être heureux" n'a rien d'inoubliable.

Le thème était pourtant sympathique, à défaut d'innover grandement, et pouvait parler au public. De même, pour une fois, on évitait le travers habituel qui consiste à utiliser des personnages issus d'une frange aisée de la population, habitant dans d'incroyables appartements (ça, c'est le domaine de la romcom) ou, aux antipodes, des héros peinant à joindre les deux bouts (domaine réservé du film social). Bref, la crédibilité qui aurait pu donner à "Tout pour être heureux" un peu d'épaisseur vole rapidement en éclats.

C'est d'autant plus dommage que la prestation de Manu Payet est convaincante et qu'il porte presque à lui seul le film sur ses épaules. Derrière lui, Audrey Lamy, moins agaçante qu'à l'accoutumée (il était temps) et Aure Atika (mal servie par un rôle assez bancal) font "le job", comme on dit. Enfin, on se régalera du (petit) rôle de Pascal Demolon, un acteur que les réalisateurs devraient engager plus souvent. Enfin, au rayon des éléments positifs, la bande originale est plutôt sympathique (c'était le minimum syndical, puisque le personnage principal travaille dans le milieu de la musique).

Malgré ses quelques qualités, "Tout pour être heureux" souffre d'un scénario souvent défaillant. Ses belles intentions sont vite torpillées, au profit d'un traitement qui en fait un film très oubliable. Tant pis pour lui.





mardi 27 février 2018

L'un dans l'autre (2017)


La substitution des personnages (qui peut aller jusqu'au body swap), voilà un sujet classique en comédie. Qu'il s'agisse de "Un fauteuil pour deux" ou "Echange standard", le septième art a déjà maintes fois utilisé ce ressort pour faire rire son public, avec des réussites souvent variables. En reprenant le canevas de "Dans la peau d'une blonde" (de Blake Edwards), Bruno Chiche nous a proposé l'an dernier "L'un dans l'autre", où Louise Bourgoin et Stéphane De Groodt subissaient un échange de corps. Il faut croire que le public n'a pas été intéressé. Alors, sommes-nous passés à côté d'une bonne comédie française ?

Pierre, Aimée, Eric et Pénélope sont deux couples d'amis, très proches, trop proches peut-être. Alors que Pierre emploie Eric dans son entreprise, il est aussi l'amant de Pénélope. Mais le couple illégitime décide de cesser sa relation adultère : Pénélope et Eric comptent adopter bientôt, et passer également par la case "mariage".
Après une dernière étreinte, les deux amants se réveillent avec une drôle de surprise. Pierre se retrouve dans le corps de Pénélope et vice-versa. En voilà une histoire...

L'inconvénient, avec un postulat de base aussi gros, c'est qu'il faut, derrière, un scénario en béton armé, capable de mener jusqu'au bout l'histoire et, si possible, de retomber sur ses pattes. Pour le coup, c'est raté. Le traitement de "L'un dans l'autre" est surtout prétexte à une accumulation de clichés qui ne sont pas vraiment à son honneur : "possédé" par Pénélope, Pierre se met à être vegan et à faire le ménage, ce qu'il ne pratiquer nullement jusque là. De l'autre côté, Pénélope fume, boit et ce n'est pas tout. C'est fâcheux : en permutant les personnages, qui plus est de sexe opposé, il y avait tant à dire, ne serait-ce qu'au sujet de la féminité et de la masculinité.

A visionner "L'un dans l'autre", on a souvent l'impression d'être tombé sur le premier téléfilm venu, tant son traitement est pauvre et sans ambition : Partant d'une situation de départ qui avait quelques atouts dans sa manche, Bruno Chiche, qui avait fait parler de lui avec son premier long métrage, "Barnie et ses petites contrariétés" échoue complètement à l'exploiter et ne fait jamais rire. Ses comédiens, visiblement mal dirigés, sont entraînés avec lui dans le naufrage. Le défi de jouer "à la manière de" était pourtant un sacré challenge, dans lequel Louise Bourgoin et Stéphane De Groodt échouent. A l'arrière-garde, Pierre-François Martin-Laval et Aure Atika sont condamnés à assister au désastre sans rien n'y pouvoir faire. 

Accumulant les clichés et les situations outrancières, "L'un dans l'autre" n'est finalement jamais drôle et est souvent embarrassant. Voilà encore une comédie française à ranger au rayon des ratages, une de plus.


dimanche 1 juillet 2012

(G)rève Party (1998)

(G)rève Party
(1998)

  
Bien avant de connaître le succès populaire avec « Trois zéros », « Jet Set » et autres « Camping », Fabien Onteniente avait débuté dans d’autres territoires cinématographiques. Après « A la vitesse d’un cheval au galop » et « Tom est tout seul », il réalisa « Grève Party », sorti sur les écrans français en 1998.
Indéniablement, ce film est inspiré des mouvements de grève qui paralysèrent (en partie) la France en 1995 (les années Juppé, que les moins de vingt ans peuvent ne pas connaître). Mais ces événements sont vus, dans ce cas, à hauteur d’homme (et de femme). Ce film est à classer dans la catégorie « films de potes » (à l’instar du fabuleux « Mes meilleurs copains », toutes proportions gardées cependant).
  

« Grève Party », c’est avant tout une galerie de personnages plutôt savoureux, même s’ils frôlent la caricature : Monsieur Jean (Daniel Russo), le libraire gauchiste, ancien syndicaliste tendance « dure », bien décidé à utiliser dorénavant les mots et les pensées des plus grands philosophes, Ange (Bruno Solo), le coursier motocycliste, dans tous ses états parce que sa douce et tendre (Aure Atika) a posé dans le plus simple appareil dans un magazine de charme (par souci d’honnêteté intellectuelle et pour compléter ce dossier, je cherche d’ailleurs à me procurer ce numéro), Dan (Vincent Elbaz) nonchalant scénariste d’une sitcom, relancé sans cesse par un producteur « bling-bling » avant l’heure (Gilbert Melki), sans oublier quelques rôles plus secondaires, mais tout aussi savoureux (notamment Micheline Presle, tout de même).
 
Tout ce petit monde va se croiser, pendant une journée particulière (une de celles où tout un pays se trouve paralysé par un mouvement social), se parler, s’engueuler, se perdre, se chercher, manifester son mal-être, se faire charger par les CRS.
 
Si le scénario n’a rien d’exceptionnel (au sens où il ne réserve pas de surprise, de « twist » qui tue), les dialogues sont particulièrement percutants. On sent la patte de Bruno Solo (déjà en partie responsable, dois-je le préciser, de l’excellent « Caméra Café ») dans certaines réparties piquantes et savoureuses.
  
Ajoutez à cela une galerie de personnages sympathiques, incarnés avec sincérité par leurs interprètes (même si Russo fait « du Russo » et qu’on peut faire le même reproche à Vincent Elbaz), et vous obtiendrez un joli petit film, plutôt rafraîchissant.
 
Finalement, on ne peut que regretter le peu de succès que rencontrèrent les premiers films d’Onteniente, dont celui-ci. Le bougre s’est ensuite dirigé vers un style plus lourd, plus facile : si le succès populaire (toujours lui) fut au rendez-vous avec des films comme « Jet Set » ou « Trois zéros », il manque à ces poids lourds la fraîcheur de « Grève party ».

Si ce premier rendez-vous fut manqué, « Grève Party » mérite donc une deuxième séance. Si le DVD vous passe à portée de main ou (ce qui est plus probable) s’il a l’honneur d’une diffusion télévisée, laissez-vous tenter…