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vendredi 31 juillet 2020

1492 : Christophe Colomb (1992)



Lorsqu'approchèrent les 500 ans de la découverte de l'Amérique par Christophe Colomb, les projets de célébration furent nombreux. Parmi eux, plusieurs films furent produits pour raconter l'histoire d'un homme qui voulut repousser l'horizon, avec les conséquences que l'on sait. Arrivé dans les mains de Ridley Scott, "1492 : Christophe Colomb" offrit à Gérard Depardieu un rôle digne des plus grandes stars hollywoodiennes. Si le film eut un succès honorable, quoiqu'en deçà de ce qu'on put espérer, en France et en Europe, il fit un four aux Etats-Unis. Presque trente ans plus tard, penchons-nous sur son cas. 
En Europe, au XVème siècle, le navigateur Christophe Colomb peine à financer l'expédition qu'il veut mener. Selon lui, il est possible de rejoindre les Indes en passant par l'ouest et en affrontant l'Océan Atlantique. C'est à la cour d'Espagne qu'il sera entendu. Ses trois navires pourront prendre le large et, après un long et éprouvant voyage, Colomb pose enfin le pied sur un nouveau monde, que l'ancien va s'atteler à coloniser, et qu'importe le prix à payer. Colomb, lui, saura-t-il rester fidèle à ses idées et ses nobles valeurs ?

Avec "1492 : Christophe Colomb", Ridley Scott, qui avait hérité du projet ambitieux après que celui-ci soit passé dans les mains de Francis Ford Coppola et d'Oliver Stone (pour ne citer qu'eux), se devait de ne pas rater un rendez-vous avec l'histoire. A l'arrivée et avec quelques décennies de recul, c'est plutôt l'amertume qui prévaut. On est loin des grandes et mémorables réussites qu'a su parfois nous offrir ce cinéaste capable du meilleur ("Blade Runner", "Alien", par exemple) comme du pire ("Robin des bois" ou "Prometheus", dans ma liste personnelle).

Si, sur certaines séquences, on reconnaît au premier coup d’œil la patte de Ridley Scott (patte parfois un brin lourdaude, si vous voulez mon avis), "1492 : Christophe Colomb" a souvent des allures de téléfilm de luxe, le réalisateur ne sachant pas trop comment aborder telle ou telle scène. De plus, les scénaristes ont cru malin d'agrémenter l'histoire de quelques ajouts dont, avec le recul, on se serait bien passé. Ainsi, on a droit à un méchant caricatural (et forcément joué par Michael Wincott, spécialiste de ce genre de rôle, à l'époque) qui n'apporte pas grand chose à l'histoire et donne l'impression d'être là pour enrichir l'intrigue d'un film trop long.

Au centre de toute cette entreprise, Gérard Depardieu, au sommet de sa gloire internationale, juste avant sa chute, joue les acteurs habités par leur rôle. S'il est la plupart du temps crédible en Colomb, il sombre parfois dans l'excès, à l'image d'un film trop gras et ne sachant plus comment remplir le temps réglementaire.  La ribambelle d'acteurs de haut niveau venus pour le soutenir, de Sigourney Weaver (portant perruque, puisqu'elle s'était rasé le crâne pour "Alien 3", coïncidence qu'on goûtera... ou pas) à Armand Assante, est finalement plus convaincante que la star frenchie, en quête d'un statut à Hollywood, qui lui fermera violemment la porte sur les doigts peu après.

Force est de constater que "1492 : Christophe Colomb", malgré ses grands moyens et son ambition, rate le rendez-vous qu'il ne fallait pas manquer et vient rejoindre l'inventaire des films dont la filmographie de Ridley Scott se serait bien passé. Près de trente ans (bigre !) après sa sortie, c'est surtout la forme que l'on retient de cette épopée, et non son fond. C'est bien dommage.


dimanche 12 janvier 2020

Les confins du monde (2018)



La guerre d'Indochine, prélude à un Viet-Nam qui inspira quantité de films, n'a pas été portée à l'écran de manière excessive. Il y aurait pourtant matière à exorciser quelques démons, du côté français. En dehors de quelques incursions remarquées, le cinéma de guerre s'est rarement penché sur ce "sale" conflit (quoique je ne suis pas certain qu'il en existe des "propres"). Avec "Les confins du monde", Guillaume Nicloux ("Le Concile de Pierre", "Valley of Love") a proposé au public un voyage au bout de l'enfer. Hélas pour lui, ils furent peu nombreux à lui emboîter le pas.

Indochine, 1945 : alors qu'il est le seul survivant d'un massacre perpétré par les Viet-Minh, Robert a décidé de venger son frère, mort sous ses yeux. Retrouvant l'armée, il peine à reprendre sa place parmi les hommes. Entre sa recherche des assassins de son frère et la belle Maï, jeune prostituée indochinoise, dont il est épris, Robert va devoir faire des choix et verra ses convictions vaciller...

En explorant un pan peu glorieux de l'histoire coloniale, Guillaume Nicloux, avec "Les confins du monde", explore la face sombre de l'humanité. Les horreurs de la guerre ne seront pas épargnées au spectateur. Les corps suppliciés traversent l'écran, témoignant de l'inventivité dont fait preuve l'esprit humain quand il s'agit de s'en prendre à son prochain. Qu'on se le dise, donc, ce voyage, dans le sillage d'un jeune homme égaré et ne sachant plus qui ou quoi croire, risque d'être éprouvant. Pour autant, ce film ne suscite que rarement l'admiration : la route semble bien longue, au regard de la distance vraiment parcourue. En effet, c'est souvent l'ennui qui est le compagnon de voyage de ceux qui voudraient découvrir ce qu'il y a aux confins, si loin, si proches.

La réalisation, au plus proche des personnages, s'attache à mettre en avant l'humanité, mais est trop décousu pour convaincre tout à fait. La plongée au cœur des ténèbres est souvent dépourvue d'une véritable orientation et la partie "romance" est trop mal exploitée pour avoir du sens. S'agit-il d'un film de guerre, de vengeance ou d'une quête philosophique ? Bien malin qui pourrait se prononcer à la fin du visionnage.

Et puis, il y a l'interprétation de Gaspard Ulliel, décidément peu convaincant (à mes yeux, en tout cas), dans la peau de ce soldat perdu que ses semblables inquiètent autant qu'ils l'attirent. C'est du côté des seconds rôles qu'il faudra se tourner pour trouver quelque consolation, notamment avec la prestation de Guillaume Gouix ou de Lang-Khê Tran, tous deux aux antipodes des aspirations du héros.

Avec un casting des plus remarquables, "Les confins du monde", poisseux et violent, souffre d'un scénario finalement assez plat et d'une certaine prétention. A trop vouloir se détacher du ton documentaire, il prend des airs parfois supérieurs qui nuisent à sa crédibilité.



dimanche 17 juin 2018

RRRrrr !!! (2003)



Enfant de la télévision (à laquelle il est récemment retourné avec le succès que l'on sait), Alain Chabat a fait son entrée avec le succès que l'on sait, avec "Didier", puis le triomphe de "Astérix et Obélix : Mission Cléopâtre", sans doute la meilleure adaptation de la bande dessinée éponyme. On se rappelle moins qu'il a aussi réalisé, juste après, "RRRrrr !!!", avec les Robins des Bois. Le succès ne fut pas vraiment au rendez-vous, même si cette comédie a, avec les années, acquis un statut qui n'est pas loin d'en faire un film-culte pour certains. Alors, le public de l'époque est-il passé à côté d'un grand film ?
A l'âge de Pierre (prénom très usité à l'époque, d'ailleurs), deux tribus très différentes voisinent tant bien que mal : les Cheveux-Propres, qui ont découvert le secret du shampoing, et les Cheveux Sales, qui aimeraient bien accéder à ce savoir.
Un jour, dans la tribu des Cheveux Propres, est commis le premier meurtre de l'histoire de l'humanité. Alors, puisque le sorcier de la tribu l'a décidé, deux des Cheveux Propres vont se lancer dans la première enquête criminelle de l'humanité.

Une chose est sûre, lorsqu'on regarde "RRRrrr !!!", quinze ans (bigre, déjà !) après sa sortie : ce film porte la marque de fabrique des Robins des Bois, aux manettes du scénario avec Alain Chabat. La vanne et le gag, maîtrisés à merveille par l'ex-Nul, font mouche. Le problème de "RRRrrr !!!" est ailleurs : s'il contient pas mal de bons morceaux d'humour, cela ne suffit en rien à faire un film. Il faut aussi une histoire et des personnages. La première est presque inexistante et les seconds n'ont rien d'attachant. C'est d'autant plus dommage que la préhistoire est un thème trop peu exploré dans le cinéma, a fortiori lorsqu'il se lance dans la délicate mission de faire rire. 

Les critiques assassines qui furent réservées à "RRRrrr !!!" lors de sa sortie affectèrent fortement Alain Chabat, au point qu'il mit longtemps avant de repasser derrière la caméra. Certaines comédies qui rencontrèrent un succès notable et furent applaudies par les mêmes critiques n'offrent même pas au public les quelques moments vraiment drôles de cette farce préhistorique inégale.

Maladroit et parfois lourdingue, "RRRrrr !!!" contient quelques gags franchement amusants et certaines références assez rigolotes, mais ne dispose d'aucune ossature sur laquelle se développer. C'est d'autant plus regrettable qu'Alain Chabat avait démontré qu'il maîtrisait largement l'exercice de style avec ses films précédents.

Il n'y avait sûrement pas de quoi faire un grand film dans "RRRrrr !!!", mais ceux qui y participèrent se firent plaisir, à n'en pas douter, et ne méritaient pas le vilain traitement qui leur fut réservé. On a vu pire depuis...mais on a aussi vu largement mieux.




jeudi 22 février 2018

Bonne pomme (2017)


Quand deux monstres sacrés du cinéma français se retrouvent à l'occasion d'un film, on peut se réjouir. Gérard Depardieu et Catherine Deneuve, le couple mythique du "Dernier métro" ou du "Choix des armes" se sont retrouvés pour la dixième fois à l'occasion de "Bonne pomme", un film réalisé par Florence Quentin, la complice habituelle d'Etienne Chatiliez. Hélas (pour eux), le succès public et critique ne fut pas au rendez-vous. Difficile à croire, ou bien mérité ?

Il est trop gentil, Gérard. Ce garagiste, trompé par sa femme, exploité par tous ou presque, est vraiment une bonne pomme. Alors, un jour, sans prévenir personne, il part, jusqu'à un village du Gâtinais où il a déniché un garage qu'il compte acheter. Mais là-bas, les gens ont tôt fait de se rendre compte que Gérard est trop gentil. Qu'il s'agisse de celui qui veut lui vendre son garage ou de l’hôtelière qui l'accueille pour quelques nuits, tous ont flairé le pigeon. 
Non, vraiment, il est trop gentil, Gérard. Ne devrait-il pas changer ?

Connue surtout pour ses scénarios (elle officia maintes fois pour Etienne Chatiliez), Florence Quentin s'est essayé à plusieurs reprises à la réalisation. Cette tentative derrière la caméra n'est pas la dernière, puisqu'elle a également réalisé "J'ai faim !!!" ou "Olé !" (dans lequel elle dirigeait déjà Gérard Depardieu. Ce portrait d'un homme que tout son entourage exploite sans vergogne, parce qu'il a bon fond et ne voit pas le mal chez les autres, aurait pu être touchant. Mais là, le trait est si épais que l'on est plus gêné que réellement amusé.C'est à se demander, en visionnant le film, si Florence Quentin (la scénariste, cette fois) savait vraiment comment elle allait traiter sa situation de base et ses personnages lorsqu'elle donna le premier coup de manivelle. Entre scènes approximatives et redites inutiles, on a maintes fois l'impression de faire un pas en avant, puis un pas en arrière : ce n'est pas le meilleur moyen de progresser.

Pour leurs dixièmes retrouvailles, Gérard Depardieu et Catherine Deneuve ratent leur coup. Dans leurs filmographies respectives, vous trouverez sans peine d'autres films en commun où ces deux monstres sacrés du cinéma français font montre de leur talent. Ce n'est en effet pas dans cette "Bonne pomme" qu'ils donnent le meilleur d'eux-mêmes, faute de matière à exploiter, faute d'envie aussi, peut-être. Dans ce film paresseux et qui aurait du faire la part belle à ses personnages, les scènes où Depardieu et Deneuve se font face sont finalement décevantes. En arrière-plan, les seconds rôles, tenus par Grégoire Ludig, Guillaume de Tonquedec ou Chantal Ladesou, pour ne citer qu'eux, n'apportent rien ou presque, comme si la cause était entendue et vaine.

On aurait pu se réjouir de retrouver à l'écran deux des monuments du cinéma hexagonal, quitte à ce que ce soit pour un film mineur dans la liste déjà bien longue de leurs rencontres sur grand écran. Celle-là fait partie de celles à oublier. La faute en revient surtout à un scénario sans intérêt, visiblement bricolé à la va-vite. Oublions vite cette "Bonne pomme", donc.


Ce film a été vu dans le cadre du Movie Challenge 2018, pour la catégorie 
"Un film qui a eu de mauvaises critiques"

samedi 19 novembre 2016

Vatel (2000)


Le film historique est souvent un exercice périlleux et il ne suffit pas de disposer de beaux décors et de jolis costumes pour raconter une histoire dans l'Histoire. Nombreux sont ceux qui échouèrent dans cet exercice. Roland Joffé, qui pourtant avait, avec "Mission", récolté maintes récompenses et louanges, échoua à séduire avec son "Vatel", qui racontait l'histoire tragique d'un des plus grands cuisiniers français, à la cour du Roi Soleil.

Maître des plaisirs au service du Grand Condé, qui cherche à retrouver les faveurs du Roi-Soleil, François Vatel a fort à faire en organisant les festivités accompagnant le séjour de Louis XIV au château de Chantilly. Entre les intrigues de cour, les exigences des courtisans et l'ambition de la tâche que lui a confié Condé, Vatel a fort à faire, d'autant plus qu'il considère son oeuvre comme un art. 

On connait tous, ou presque, la tragique destinée de Vatel, qui alla jusqu'à se donner la mort parce que la livraison indispensable à son prochain service n'arrivait pas. Mettre en scène la destinée d'un homme d'honneur, non noble de surcroît, lâché au milieu d'une faune cultivant l'intrigue, l'arrogance et les apparences, voilà qui avait de quoi réjouir l'amateur de films historiques. Une époque riche, des personnages hauts en couleurs, et un destin particulier, les ingrédients étaient réunis pour un grand film. Hélas, alors qu'il avait réussi à mettre en images le combat perdu d'avance des missionnaires en Amérique du Sud, Roland Joffé échoue à orchestrer le bal des hypocrites et de l'honnête homme.

Les décors sont somptueux, les costumes le sont tout autant, la partition d'Ennio Morriconne (qui retrouve le réalisateur après sa sublime partition pour "Mission") est remarquable, mais le flacon n'est pas synonyme d'ivresse, hélas, tant le pauvre Vatel semble perdu dans un tourbillon contre lequel il ne peut rien faire, et où il entraîne le spectateur, souvent perdu dans la tempête, fût-elle esthétiquement remarquable.

Doté d'un casting royal (pardonnez-moi le mot), "Vatel" ne fait hélas pas honneur à sa distribution, tant il est confus. On pardonnera cependant à ses interprètes, qui font de leur mieux, mais voient leur performance diluée dans les méandres d'un scénario qui donne envie d'un nouveau montage. Qu'il s'agisse de Gérard Depardieu (alors très en vue de l'autre côté de l'Atlantique, mais cela ne dura pas), d'Uma Thurman ou de Julian Glover, on ne peut que saluer la performance de ceux qui incarnent les personnages de cette fresque souvent brouillonne. J'émettrais quelques réserves quant à celle de Tim Roth, qu'on sent parfois peu concerné par son rôle d'intrigant. 

Alors qu'il avait fait montre d'un immense talent avec "Mission" ou "La déchirure", Roland Joffé semble s'être emmêlé les pinceaux en s'attaquant à l'histoire de François Vatel, maître des plaisirs au service du Grand Condé. En revisionnant ce film qui ne laissa pas de grandes traces dans la mémoire collective des cinéphiles, on ne peut qu'avoir des regrets. Pareil destin méritait tout de même mieux...




samedi 6 août 2016

Je préfère qu'on reste amis... (2005)


Avant "Intouchables" et son phénoménal succès, Eric Toledano et Olivier Nakache avaient déjà mis en scène un duo masculin, pour une comédie traitant du mal d'aimer et d'être aimé. Il s'agissait de leur premier film et il n'augurait encore en rien de ce qui les attendait, quelques années plus tard, puisque ce long métrage n'avait eu qu'un succès d'estime, malgré la présence en tête d'affiche de Gérard Depardieu et de Jean-Paul Rouve. Régulièrement rediffusé sur les chaînes de la TNT, "Je préfère qu'on reste amis..." a donc sa place dans ces colonnes.

Trentenaire, timide, informaticien, célibataire : tout est dit quand on évoque Claude. Alors qu'il se remet difficilement d'une histoire qui lui brisa le cœur,  ce dernier va croiser le chemin de Serge, cinquantenaire divorcé et père de deux filles. Prototype du célibataire qui s'assume et profite de la vie, Serge va aider Claude dans sa reconstruction et sa quête de l'âme sœur. Mais, au fond, dans cette amitié qui se construit, tous deux ont quelque chose à apprendre l'un de l'autre...

Une histoire d'amitié masculine, sur fond de l'éternelle recherche de l'amour, voilà un thème qui peut parler à tout le monde, ancré dans la réalité. Les deux hommes dont "Je préfère qu'on reste amis..." suit le parcours ont beau être différents, ils se ressemblent sur bien des points, sans doute les plus touchants de leur personnalité. Tous deux ont la solitude pesante, bien qu'ils refusent de se l'avouer, et ne demandent qu'à voir leur cœur battre la chamade. 

On regrettera la mise en scène sans grande audace de Toledano et Nakache. Pour leur premier film, les deux compères se contentent souvent d'aligner les séquences sagement et ne bousculent pas leur spectateur. Cela peut être rassurant pour certains, ou agaçant pour ceux qui cherchent un peu de nouveauté. De même, le scénario ne contient rien de bien révolutionnaire et ne surprendra que peu les cinéphiles habitués de ce style de comédie douce-amère, qu'elle soit romantique ou pas.

Là où la "patte" des deux réalisateurs s'affirme cependant, dès ce premier opus, c'est dans la grande bienveillance qu'ils portent à tous leurs personnages. Tous, malgré leurs travers et leurs défauts (parce qu'ils sont humains) ont une bonne raison d'être aimés, parce qu'on les comprend et que l'on croit en eux. Bon nombre de cinéastes plus chevronnés échouent à insuffler cette étincelle d'humanité dans leurs héros et seraient bien inspirés d'en prendre de la graine, si vous voulez mon avis.

C'est essentiellement le duo d'acteurs qui vaut le déplacement (ou le zappage, en l'occurrence) pour ce film. Si Jean-Paul Rouve n'a pas toujours eu mes faveurs et si Gérard Depardieu peut, par ses frasques et certains de ses choix, faire de la peine à ceux qui aimaient le grand acteur, force est de constater que le binôme qu'ils forment fonctionne à merveille. Souvent émouvants, tous deux sont le plus grand atout de ce film humain, mais manquant souvent d'élan.

Ce n'est pas la première fois qu'un film trouve grâce à mes yeux à cause de ses acteurs ou des personnages qu'il met en scène. J'espère aussi que ce n'est pas la dernière...


mardi 24 février 2015

Turf (2013)


Que cela plaise ou non, Fabien Onteniente a, ces dernières années, aligné quelques beaux cartons au box-office. Faisant sien le créneau de la comédie populaire (dont le flambeau était autrefois porté bien haut par des cinéastes du calibre de Gérard Oury), il a fait péter les compteurs avec des œuvres comme "Camping" et sa suite, ou "3 zéros". Désolant les cinéphiles autant qu'il ravit la France profonde, Fabien Onteniente a cependant, avec "Turf" connu le revers de la médaille, puisque le jackpot annoncé sur l'affiche fut loin, très loin d'être au rendez-vous, malgré une campagne de promotion digne de certains blockbusters...

Quatre amis passionnés de courses hippiques en ont un jour assez de systématiquement perdre leurs économies aux courses. Alors qu'ils envisagent de renoncer à leur hobby commun, ils font la connaissance du peu recommandable Monsieur Paul, qui les convainc d'aborder les courses autrement : et s'ils devenaient propriétaires d'un cheval ? 
Le problème, c'est que l'animal en question, Torpille, n'a rien d'un crack, mais tout de la carne. Qu'à cela ne tienne, les quatre amis vont lui trouver un entraîneur, une cavalière et tout mettre en oeuvre pour accomplir leur rêve.

Que dire de "Turf", une fois son visionnage terminé ? Qu'il s'agit, une nouvelle fois, d'une comédie se voulant populaire décalquée sur un thème qui ne lui apporte rien ? On a le sentiment, en regardant ce film comme les précédents opus d'Onteniente, que le long métrage est calibré pour sa prochaine diffusion sur la sacro-sainte case du dimanche soir sur TF1, où il fera inévitablement un carton d'audience. Sur un scénario qu'on a l'impression d'avoir déjà subi mille fois, le réalisateur et l'équipe se contente de faire du remplissage, alignant les scènes convenues et les péripéties sans surprise. 

Au vu du casting, et comme c'était déjà le cas dans les précédentes œuvres d'Onteniente, on ne peut s'empêcher d'avoir un pincement au cœur en voyant des comédiens comme Alain Chabat, Philippe Duquenne, Lucien Jean-Baptiste, Edouard Baer ou Sergi Lopez se commettre dans pareille entreprise. S'ils semblent tous s'amuser (et encore !) à interpréter ces français ordinaires cherchant à réaliser leur rêve, le spectateur prend nettement mois de plaisir qu'eux. Je passerai sous silence les apparitions grotesques de Gérard Depardieu, qui fut autrefois le plus grand acteur français, et fut l'un des architectes de ce film. 

A en croire les déclarations de Fabien Onteniente, "Turf" revendique l'héritage de films tels que "Le
gentleman d'Epsom" ou les grandes comédies italiennes des années 1950-60. Ces propos ont de quoi faire bondir n'importe quel cinéphile, tant le résultat est ici indigent, puisqu'il livre un énième film où le bonheur doit nécessairement passer par l'enrichissement, morale éminemment discutable. Il ne faut traiter personne par le mépris. Il n'empêche qu'à force d'exploiter, dans ses films, le côté le plus beauf du public français, Fabien Onteniente finit par lasser même ses amateurs. Pourtant, j'ai bien peur que l'homme ne soit irrécupérable puisqu'il a en projet le troisième opus de "Camping", ainsi qu'une version filmée de la comédie musicale "Robin des bois" et un "Mozart" (rien à voir avec le grand compositeur qui a déjà eu maintes fois l'occasion de se retourner dans la fosse commune qui lui sert de tombe) avec M. Pokora dans le rôle principal.
L'homme est donc multirécidiviste et n'éprouve visiblement aucun remords. Tant pis pour le cinéma populaire français. 


vendredi 19 septembre 2014

La marque des anges (2013)


Jean-Christophe Grangé, véritable locomotive du thriller français, est une référence en la matière. Chacun de ses romans cartonne et plusieurs d'entre eux ont déjà fait l'objet d'une transposition au grand écran (je ne citerais que "Les rivières pourpres", sans doute le plus mémorable). Mais ce n'est pas parce que ses romans se vendent bien que les films qui en sont adaptés sont couronnés de succès. Le dernier en date, "La marque des anges" (basé sur le roman "Miserere") a même été l'un des gros échecs de l'an dernier, malgré la présence sur l'affiche de deux "noms" : Gérard Depardieu et Joey Starr. 

Paris : le commissaire Kasdan, bien qu'étant à la retraite, décide d'enquêter sur le meurtre d'un chef de chœur, dont les tympans ont été percés par son assassin. De son côté, Frank Salek, un agent d'Interpol enquêtant sur un trafic d'enfants, est suspendu par sa supérieure, après un nouvel éclat de violence.
Découvrant que les deux affaires sont liés, les deux hommes vont faire alliance et découvrir tant bien que mal que cette sale histoire a commencé longtemps auparavant, et qu'elle tire ses racines dans la Seconde Guerre Mondiale. 

Je vais faire bref : "La marque des anges", s'il a réussi à attirer quelques milliers de spectateurs en salle, n'en méritait pas tant. Ce prétendu thriller n'est, en effet, ni fait ni à faire. Voilà, c'est dit. 
Tout au long du film, on a l'impression d'assister à une succession de scènes n'ayant pas forcément de lien entre elles, collées tant bien que mal par un scénario bricolé à la va-vite. Sylvain White, le réalisateur (associé au projet à venir d'adaptation de "Castlevania") a, sans doute, fait ses preuves dans le milieu de la publicité et les clips, mais une évidence s'impose vite au visionnage de "La marque des anges" : le bonhomme ne tient pas la distance. La réalisation d'un long métrage ne se limite pas au collage de séquences, fussent-elles bien tournées. Il faut que les éléments du puzzle aient leur cohérence, que tout s'enchaîne de façon lisible et attractive. Il n'en est rien ici.

Du côté de l'interprétation, c'est une véritable catastrophe. Qu'il s'agisse de Depardieu, dont on peine à croire qu'il fut le plus grand acteur français au vu de la prestation qu'il livre ici, ou de Joey Starr, alternant scènes mutiques et éclats auxquels on ne croit pas un instant, le duo de tête est affligeant. Livrés à eux-mêmes et partant en roue libre, les acteurs (et j'inclus ici les seconds rôles) font leur petit numéro dans leur coin, ajoutant au chaos qui semble avoir gouverné à la genèse de ce film.

A aucun moment, le film ne réussit à convaincre et à entraîner le spectateur. Ne croyant pas à l'histoire qu'il essaie de conter laborieusement, Sylvain White s'englue rapidement dans une ornière dont jamais il ne sort. Il ne reste plus qu'à contempler le désastre ou, mieux, à s'en épargner le visionnage...





samedi 29 décembre 2012

Je hais les acteurs (1986)


Oublié sous la poussière, au fond du placard des films français, "Je hais les acteurs" est sans doute inconnu de la majorité des lecteurs de ce blog. Et pourtant, ce premier film de Gérard Krawczyk (oui, celui qui commit "Taxi")et produit sous l'égide d'Alain Poiré (à qui l'on doit quelques monuments du cinéma hexagonal) disposait d'un casting à faire pâlir pas mal de producteurs actuels. Pensez donc : s'y bousculaient, sans ordre de préférence, Jean Poiret, Bernard Blier, Michel Blanc, Michel Galabru, Pauline Lafont, et j'en oublie. L'entreprise était ambitieuse et audacieuse, puisque ce film, en noir et blanc (ce n'était donc pas une défaillance de votre navigateur, soyez rassurés !) adaptait un roman de Ben Hecht (l'un des plus prolifiques scénaristes de l'âge d'or des grands studios), en se voulant fidèle au ton unique des grands films hollywoodiens.
A l'arrivée, il faut croire que les cinéphiles ne se sentirent pas interpellés par "Je hais les acteurs", lui réservant un accueil froid et des salles bien peu remplies.  Malgré une nomination au César du meilleur premier film, aujourd'hui, ce film a sombré dans l'oubli, ou presque...


Hollywood, les années quarante : un détective privé enquête sur une série de meurtres et se trouve plongé dans le monde du cinéma, dont il découvre l'envers du décor. Des producteurs sans scrupule, des acteurs à l'ego démesuré, des starlettes écervelées, des réalisateurs psychotiques (le premier qui dit que rien n'a changé depuis gagne la palme du mauvais esprit). 

Soyons clairs : le scénario n'a rien de follement original et ne surprendra guère le public. A défaut de fond, c'est surtout la forme qui est l'intérêt de ce film. Car on est ici, dans l'exercice de style appliqué, d'un côté de la caméra comme de l'autre. pour sa première mise en scène, Krawczyk s'efforce de respecter tous les codes des grands classiques qui bercèrent sans doute sa jeunesse de cinéphile. Alors, certes, tout cela peut laisser froids les cinéphiles actuels, mais il faut reconnaître que, d'un point de vue esthétique, "Je hais les acteurs" tient ses promesses. 

Pour servir cette reconstitution, Krawczyk réussit à convoquer une bonne partie de la fine fleur des acteurs français des années 80. Alors, certes, Patrick Floersheim, qui tient le rôle du détective (et celui de fil conducteur de l'histoire) n'a pas la renommée nécessaire au statut de locomotive qu'il endosse pour ce film. Mais, au cours de sa trajectoire, il croise le ghotta du cinéma hexagonal (j'en ai déjà cité un bon nombre plus haut) : Claude Chabrol, Jean-François Stévenin, Dominique Lavanant, Claire Nadeau, et même Marcel Gotlib se font visiblement plaisir en voyageant dans le temps et l'espace. Et je ne vous parle même pas de ceux qui ne firent dans ce film que des apparitions fugaces ou des participations amicales. Le plus célèbre évadé fiscal du moment, Gérard Depardieu pour le nommer, joue ici un rôle fugace (non crédité, qui plus est).

On s'en rend vite compte au visionnage, ce film est bâti sur un mensonge : Krawczyk et son producteur aiment les acteurs, infiniment, au point de leur offrir avec ce film un sublime terrain de jeu. Il eut fallu, pour que la fête soit réussie, que les scénaristes soient de la partie et épaississent un peu l'intrigue, pour faire de ce film un peu plus qu'une balade dans des décors de stuc et de plâtre. Le spectateur y aurait probablement trouvé son compte. Faute de cela, l'insuccès de cette grosse production plomba sérieusement la carrière de son réalisateur. Gérard Krawczyk réalisa ensuite le très joli "L'été en pente douce" avant de tomber sous la coupe de Besson, pour remplacer Gérard Pirès sur le tournage du premier "Taxi" (le destin est parfois cruel). Nul doute que si "Je hais les acteurs" avait connu plus de succès, sa carrière aurait pris un tout autre tournant. En attendant, les cinéphiles nostalgiques peuvent offrir à ce film une seconde chance...