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dimanche 7 février 2021

Le doudou (2018)

Autrefois, la comédie française était souvent synonyme de qualité, à moins qu'à l'instar de beaucoup de morceaux du passé, elle ait été enjolivée par le temps qui passe. Toujours est-il que j'ai eu maintes fois l'occasion de me lamenter dans ces colonnes de la pauvreté, voire de la vacuité des films récents revendiquant ce registre. Comme pour en avoir le coeur net, je persiste cependant à visionner des comédies récentes (à petite dose, cela dit) : l'autre soir, une certaine chaîne diffusait (en le tronçonnant à coup de spots publicitaires) un film qu'elle avait co-produit : "Le doudou", avec en tête d'affiche le très bankable Kad Merad et le jeune Malik Bentalha, allait-il faire honneur à la comédie française ?

Parce que sa fille a perdu son doudou à l'aéroport de Roissy, Michel a affiché là-bas des pancartes promettant récompense contre l'ours en peluche égaré. Responsable des chariots dans cette immense structure, Soufiane flaire la bonne affaire et contacte Michel, pour lui soutirer la prime. Tous deux vont bientôt se retrouver à remonter la piste du doudou perdu. Ils ne sont pas au bout de leurs peines.

Il n'y a rien de surprenant, dans le pitch de "Le doudou", ni dans son traitement : deux personnages que tout oppose se trouvent obligés d'accomplir une tâche, malgré les obstacles qui se dressent sur leur chemin. On pourrait logiquement s'attendre à ce que le pseudo-buddy-movie qui nous est servi s'alimente des différences entre les deux protagonistes pour nous faire rire. Ce n'est pas l'option que choisissent Philippe Mechelen et Julien Hervé, les deux co-réalisateurs (et co-scénaristes aussi), qui préfèrent miser sur les situations auxquelles leurs héros sont confrontés pour générer des gags. Il apparaît vite que ce choix n'était pas judicieux : on a vite l'impression d'assister à une succession de sketches, pas toujours heureux et souvent pas drôles du tout, chacun étant destiné à amener le suivant, souvent laborieusement.

L'un des ressorts de la comédie réside dans ses personnages : "Le doudou" oublie ce pré-requis et,
d'emblée, se condamne à l'échec. Si Malik Bentalha s'en sort à peu près avec les honneurs, il est difficile d'en dire autant de Kad Merad, dont le personnage a autant d'épaisseur qu'un billet d'avion et aucune personnalité. Endossant un rôle de clown blanc, tout en en oubliant la pétillance attendue, il ne convainc que rarement. C'est d'autant plus dommage que cet acteur a fait ses preuves dans d'autres registres (je songe à la superbe série "Baron Noir", où il était magistral).

Pour ce qui est d'une comédie efficace (c'est-à-dire qu'elle permet d'oublier un instant la morosité et de dérouiller un peu les zygomatiques), on repassera : "Le doudou" est un énième modèle de film du dimanche soir, coproduit par TF1 et destiné à remplir la juteuse tranche horaire dominicale. Cette mission-là est accomplie, mais celle d'apporter un peu de rire dans les foyers ne l'est pas. 



mardi 16 juin 2020

J'invente rien (2005)



Ce n'est un secret pour aucun des lecteurs de ce blog : j'aime beaucoup le cinéma de Michel Leclerc. Plusieurs de ses films ont (dommage pour eux) eu droit à une chronique dans ces colonnes, mais souvent avec un regard bienveillant de ma part. Pourtant, il restait l'un de ses longs métrages que je n'avais pas encore vu : "J'invente rien", tout premier opus d'une jolie carrière (cependant pas couronnée du succès mérité, à mes yeux). Quinze après sa sortie, donnons donc un coup de projecteur à ce film, dont Kad Merad (depuis devenu un acteur incontournable du cinéma comique hexagonal) et Elsa Zylberstein partageaient l'affiche. 

Depuis qu'ils se sont rencontrés, Paul et Mathilde s'aiment et entretiennent toute une gamme de petits rituels qui n'appartiennent qu'à eux. Pourtant, Mathilde aimerait bien que Paul se mette à travailler et l'aide dans la vie quotidienne. Malgré ses réticences, le nonchalant Paul décide de se lancer : il sera inventeur ! Il ne lui reste qu'à trouver, sans trop se fatiguer si possible, l'idée qui fera de lui un homme riche et célèbre, que Mathilde continuera d'aimer. 
Ce sera la poignette. 

Pour son premier long métrage, Michel Leclerc, qui ne travaillait pas encore avec Baya Kasmi, à l'époque, marque déjà son territoire. Mélangeant légèreté et gravité, fantaisie et réalisme social, il jette ici les bases d'un cinéma humain et humaniste. Ses personnages sont bourrés de défauts, mais on ne peut s'empêcher de les aimer. A l'instar de ceux qui donneront vie au "Nom des gens" ou à "La lutte des classes", les protagonistes de "J'invente rien", qui pourraient d'ailleurs être des voisins des précédents, ont un paquet de défauts, mais on s'attache à eux parce qu'ils sont comme nous, humains. Quitte à me répéter, nombre de scénaristes et réalisateurs de comédie pourraient en prendre de la graine : l'empathie attire la bienveillance, envers un personnage autant qu'envers un film. 

Ancré dans son décor habituel (Leclerc est un fidèle de Ménilmontant), "J'invente rien", filmé au plus
près de ses personnages, avec une économie de moyens flagrante, n'est pas pour autant exempt de défauts, mais on aura pour eux l'indulgence inhérente aux premières fois. Si quelques scènes donnent parfois l'impression que le scénario fait du sur-place et que d'autres souffrent du manque de moyens dont disposa le film, l'énergie apportée par les interprètes est pour beaucoup dans le charme que dégage "J'invente rien". Pas encore devenu star de comédies populaires (ni éminence grise de série télévisée), Kad Merad est étonnamment convaincant dans le rôle de Paul, enfant refusant de grandir et de se laisser mettre au travail. Face à lui, Elsa Zylberstein montre la meilleure facette de son talent, en incarnant Mathilde, figure à la fois féminine et maternelle. Enfin, on saluera la très jolie prestation de Claude Brasseur, en beau-père baratineur, ou de Liliane Rovère, dont le personnage permet à l'histoire de basculer joliment et de trouver un bel épilogue (mais je n'en dirai pas plus). 

Après ce premier film, couronné de peu de succès, Michel Leclerc mettra en scène "Le nom des gens", son plus gros succès (mérité !) à ce jour. C'est une raison supplémentaire pour jeter un œil à "J'invente rien", coup d'essai précédant le coup de maître. 


lundi 28 janvier 2019

Le grand méchant loup (2013)


Le couple et l'adultère, voilà un thème rebattu. Pour surprendre le spectateur et éviter de copier les grands classiques du théâtre de boulevard (celui avec les portes qui claquent et les "Ciel, mon mari !"), les scénaristes doivent faire preuve d'inventivité. Après avoir réalisé "La personne aux deux personnes" (qui mériterait sans doute un billet sur ce blog), Nicolas Charlet et Bruno Lavaine, réalisateurs travaillant en duo, se sont attaqués à un registre pour le moins usé, tout en évoquant d'autres grands classiques, venus des contes pour enfants. Le grand public a sans doute pris peur du grand méchant loup, car le succès ne fut pas au rendez-vous.

Ils sont trois frères, Riri, Fifi et Loulou, ou plutôt Henri, Philippe et Louis, et chacun d'eux a une vie bien différente. Un jour, leur mère est victime d'un accident. C'est alors que leurs existences vont faire un drôle de virage.
Et si ces trois frères, avec leurs maisons de bois, de paille ou de pierre, étaient les trois petits cochons ? Et si le grand méchant loup portait jupon et s'apprêtait à souffler doucement sur leurs vies ?

Inspiré du conte des trois petits cochons (de Charles Perrault), mais également du film éponyme du Québecois Patrick Huard (réalisateur de "Starbuck"), "Le grand méchant loup" offre un triple point de vue sur les affres du cœur (et du corps) lorsque la quarantaine arrive et que la vie (et la mort, sa consœur) fait des siennes. L'air de rien, tout en gardant (ou presque) le ton qui est le leur, Nicolas et Bruno, les créateurs des excellents "Messages à caractère informatif", nous offrent ici un film choral plutôt malin.

En suivant la trajectoire des trois petits cochons (qui portent les noms des trois petits canards de Disney, mais c'est drôle), le film est tour à tour touchant, drôle, sarcastique et dramatique. Sa réussite (partielle) tient en grande partie à une réalisation plutôt élégante, à un scénario habile, et à une distribution au cordeau. Les interprètes de ce conte pour grands enfants sont tous remarquables, sans doute parce qu'ils sont excellemment dirigés : qu'il s'agisse de Benoît Poelvoorde, de Fred Testot ou de Kad Merad, le trio de comédiens qui mène le bal prouve qu'avec un bon script, ils peuvent donner le meilleur. Derrière eux, les seconds rôles sont tout aussi méritoires : de Charlotte Lebon à Zabou Breitman, en passant par Valérie Donzelli (et je ne cite pas tout le monde), les acteurs croient à ce qu'ils jouent, cette histoire fût-elle parfois fantaisiste.  Ce casting, finalement très équilibré, est le plus bel atout du film.

Si "Le grand méchant loup" aurait gagné à être un peu plus court (en consacrant peut-être moins de temps au personnage incarné par Benoît Poelvoorde), il n'en reste pas moins qu'il est d'une belle efficacité, parce qu'il se permet quelques audaces bienvenues.







mardi 17 juillet 2018

Essaye-moi (2006)



Après des débuts à la télévision et sur les planches, les Robins des bois ont chacun suivi leur voie, se retrouvant parfois sur des projets en commun (je pense notamment à "RRRrrr !!!"). Parmi eux, certains sont passés derrière la caméra, avec plus ou moins de bonheur. Maintenant qu'ils ont tous tracé leur route, il peut être intéressant de jeter un œil dans le rétroviseur. A ce titre, "Essaye-moi", le premier film de Pierre-François Martin-Laval, alias Pef, mérite un deuxième regard. 


Quand il était petit, Yves-Marie était déjà amoureux de Jacqueline et lui demanda de l'épouser. Elle répondit qu'elle accepterait le jour où il irait dans l'espace. Vingt-quatre ans plus tard, Yves-Marie est devenu cosmonaute et compte bien rappeler à son aimée sa promesse. Seulement Jacqueline a grandi et compte épouser Vincent d'ici peu. qu'à cela ne tienne : Yves-Marie a une idée et propose à sa belle de l'essayer pendant une journée. Jacqueline finit par céder : voilà le début de nombreuses péripéties. 


On retrouve dans "Essaye-moi" la naïveté du personnage souvent lunaire de Pef, l'alter ego de Pierre-François Martin-Laval. L'innocence de ce premier long métrage est indéniable et le héros porte une insouciance et un manque de maturité revendiqué. Enfant dans un corps d'adulte, Yves-Marie ne pouvait avoir comme père de cinéma qu'un seul acteur : Pierre Richard, que l'on retrouve comme une évidence dans le rôle du papa. Le grand blond du cinéma français, adoubant au passage Pierre-François Martin-Laval (qui le sollicitera de nouveau dans "King Guillaume"), peut sans doute le considérer comme son fils spirituel. "Essaye-moi" est léger, amusant, mais cependant sans réelle grande profondeur, comme certains des films qui mirent en vedette Pierre Richard (et que l'on revoit avec plaisir et nostalgie).

Pour ses premiers pas derrière la caméra, Pierre-François Martin-Laval a évidemment fait appel à toute sa bande, pour des rôles plus ou moins importants, mais aussi à sa professeure de théâtre, Isabelle Nanty, ainsi qu'à Kad Merad (alors pas encore encombré du statut de star qu'il a acquis aujourd'hui), à Julie Depardieu et au trop rare Wladimir Yordanoff, pour ne citer qu'eux. Tout ce petit monde semble bien s'amuser et entre avec plaisir dans l'univers fantaisiste de Pef, là où les rêves prennent corps et où la gentillesse peut l'emporter. 

C'est fantaisiste, souvent enfantin, mais cette légèreté est aussi celle du scénario, qui patine parfois sur place et force le film à jouer de gags faciles et à allonger un peu la sauce, quitte à perdre son rythme. C'est un défaut récurrent chez nombre de comédies, cela dit. "Essaye-moi" a cependant pour lui le mérite d'essayer, justement, d'emprunter un chemin plus doux pour amuser son spectateur, alors que nombre de films du même registre se fourvoient dans l'outrance. A ce titre, et même si l'objectif n'est pas toujours atteint, il mérite un bon point, ce dont nombre de comédies ne peuvent se targuer. 


vendredi 4 novembre 2016

On voulait tout casser (2015)


Les amis sont une famille que l'on se choisit, paraît-il. L'amitié, thème riche, a bien souvent été traitée par le cinéma, donnant parfois de grands films et souvent de moins bonnes cuvées. Les lecteurs de ce blog ne l'ignorent pas, je suis amateur du film dit "choral". deuxième réalisation de Philippe Guillard après "Le fils à Jo",  "On voulait tout casser" n'a pourtant pas cassé la baraque lors de sa sortie. Penchons-nous sur ce film, histoire de voir s'il valait mieux que cet accueil frileux. 

Ils sont amis depuis des années et ont chacun leur vie, leurs problèmes, leurs défauts. Quand l'un d'entre eux décide de tout plaquer et de se lancer dans un tour du monde à la voile, ses quatre potes s'interrogent, jusqu'à découvrir que Kiki, qui semblait le plus assagi d'entre eux, est atteint d'une maladie incurable et leur a caché la vérité. Autour du condamné, les amis sont là, comme toujours...

J'aurais du me méfier. Philippe Guillard (dont je n'ai pas vu "Le fils à Jo") est, depuis pas mal d'années, le coscénariste de Fabien Onteniente, l'un des coupables à mes yeux du naufrage de la comédie française (je vous rassure, il y a d'autres noms sur ma liste). Malgré le bénéfice du doute, il faut reconnaître, très rapidement que nombre des défauts que portent des films comme "Camping", "Turf" ou "Jet Set" se retrouvent ici, étant même amplifiés par le genre auquel Guillard se frotte sans complexe. Convoquant des thèmes forts et souvent intimes (la maladie, le couple, les enfants), le réalisateur choisit de les aborder avec la délicatesse d'un tractopelle, broyant sur son passage tout début d'émotion qu'il aurait pu générer. 

Au centre d'un film de potes, doivent normalement se trouvent des personnages attachants, humains, avec leurs belles qualités et leurs faiblesses humaines. Dans "On voulait tout casser", les amis en question ne suscitent aucune empathie, parce qu'ils sont des caricatures ambulantes, souvent vulgaires, toujours agaçants, et l'on comprend mal comment ces cinq là ont pu devenir et rester amis. Entre le beauf parvenu cherchant à épater les autres par ce qu'il a et non ce qu'il est, le père divorcé qui a toujours un train de retard ou d'avance (au sens figuré) et la brute de la bande, pour ne citer qu'eux, on n’éprouve jamais le moindre attachement pour ce club des cinq, qui affiche constamment un machisme assez nauséabond. Incarnés par des acteurs en roue libre et peu convaincants, les personnages qui devraient être le principal intérêt du film deviennent vite son défaut majeur. C'est fâcheux.

Et puis, il y a le scénario. Alors que le destin funeste du personnage joué par Kad Merad (qu'on sent à peine concerné par son rôle, d'ailleurs) devrait être l'axe autour duquel se construit ce film choral, il devient presque anecdotique, comparé à ce qui préoccupe ses amis, entre leurs paternités, leurs couples (passés, présents ou futurs), leurs petits ennuis matériels et les comptes qu'ils n'ont pas su ou pu régler entre eux. Là aussi, c'est la maladresse qui l'emporte et donne au résultat final un tour bien peu engageant. 

Là où il aurait fallu de la finesse, c'est l'épaisseur et la lourdeur qui règne. En fin de compte, ce film ne casse pas grand chose, si ce n'est pas l'enthousiasme initial du spectateur. Passez votre chemin, si vous cherchez un film choral digne de ce nom, ce n'est pas encore pour cette fois. 


lundi 16 mai 2016

Ce soir je dors chez toi (2007)


Première réalisation d'Olivier Baroux, "Ce soir je dors chez toi" n'est pas le plus connu de ses films, malgré ses multiples diffusions et rediffusions télévisées. Librement inspiré de la bande dessinée "Monsieur Jean", cette comédie abordait, une fois de plus, les thématiques du jeune couple. Porté par Jean-Paul Rouve et Mélanie Doutey, ce film ne draina pas les foules lors de sa sortie et hante depuis les grilles de la TNT. Oliver Baroux, quant à lui, mena la carrière que l'on sait, avec des hauts et des bas. 

Alex, écrivain trentenaire, aime Laëtitia depuis un an, mais s'oppose farouchement à ce qu'ils vivent sous le même toi. Selon lui, la cohabitation signe systématiquement la mort du couple. Qu'à cela ne tienne, sa douce prend l'initiative de bousculer les choses. Alex fait alors tout pour qu'elle ne s'installe pas avec lui, allant jusqu'à demander l'aide de son éditeur et ami, Jacques, encombré de son fils Eugène. 
Dans sa quête d'indépendance, Alex ne risque-t-il pas de perdre Laëtitia ?


Nul n'est besoin d'être un grand cinéphile pour identifier le thème dans lequel on doit ranger "Ce soir je dors chez toi" : c'est une comédie romantique, avec cependant un net penchant sur la composante humoristique du genre, que cela tienne au "passif" du réalisateur ou au matériau originel. Les scènes de "Ce soir je dors chez toi" s'enchaînent, comme autant de petits sketches, pas forcément tous drôles, mais sans l'harmonie nécessaire à la composition d'un film. C'est là que le bât blesse : les rebondissements, ingrédients inévitables du genre, donnent l'impression d'être là pour faire durer le film ou donner l'occasion de placer de petites saynètes, parfois hors de propos. 

Qui dit comédie romantique, dit aussi émotion : si elle montre parfois le bout de son nez, cette composante est systématiquement chassée au profit du comique, territoire de prédilection d'Olivier Baroux et de son casting. Encore au début de sa carrière de cinéaste, l'ex-comparse de Kad ne sait guère se détacher de son héritage et peine à convaincre, dans un genre nouveau pour lui. Il aurait sans doute mieux valu qu'il se lance, pour son premier long métrage, dans une comédie pure (oui, ce registre sinistré du cinéma français). 

Bien entendu, Olivier Baroux fait appel pour ce film à ses fidèles : Kad Merad, en vrai-faux dépressif, et Jean-Paul Rouve, ex-Robin des bois. Tous deux sont égaux à eux-mêmes, c'est-à-dire qu'ils enchanteront leurs admirateurs et agaceront leurs détracteurs. Mélanie Doutey, toute en sourire, est l'atout charme du film, mais j'avoue avoir du mal à comprendre qu'elle ait été récompensée pour son interprétation. 

Malgré quelques rares moments sympathiques, "Ce soir je dors chez toi" est plus une comédie faite de sketches qu'une romance, mais ne possède rien d'inoubliable, ni d'inspirant. 



mardi 20 janvier 2015

Trois amis (2006)



L'amitié a maintes fois inspiré les scénaristes, de "Mes meilleurs copains" aux "Petits mouchoirs", en passant par "Comme des frères" ou "Peter's friends", pour ne citer qu'eux. Cette alchimie étrange qui fait que certains individus tissent des liens plus étroits que des frères et sœurs n'a pas fini d'alimenter les fictions. Michel Boujenah, qu'on ne présente plus au regard de son immense carrière sur les planches et au cinéma, a voulu brosser un tableau en l'honneur de ce grand et noble sentiment, avec "Trois amis", sa deuxième (et dernière) réalisation, après "Père et fils". Las, "Trois amis" n'eut guère de succès et hante désormais les grilles de la TNT.

Jeunes quadragénaires, Claire, Baptiste et César sont amis depuis toujours. Certes, leur amitié connaît des hauts et des bas, certes, leurs histoires de cœur et leurs passés respectifs viennent parfois fendiller le ciment qui les unit. Ils se disputent, se réconcilient, se perdent de vue et se retrouvent, comme tous les amis, malgré leurs différences, leurs caractères, malgré la vie qui les malmène.

En réalisant "Trois amis", Michel Boujenah tentait, à en croire le pitch, de répondre à des questions majeures : qu'est-ce qu'un ami ? Jusqu'où peut-on aller par amitié ? Il revendiquait même l'influence de Claude Sautet pour la construction de ses personnages. Il faut croire qu'il pécha par excès d'ambition, si l'on se fie au simple ressenti post-visionnage. Autrement dit, l'ami Boujenah a eu les yeux plus gros que le ventre. A défaut d'épaisseur et de sens, il nous livre ici un film au scénario semblant écrit au fil du tournage, sans cohérence ni véritable colonne vertébrale. La réalisation mollassonne  n'arrivant pas à faire illusion, les nombreuses faiblesses de l'histoire sont prises de plein fouet par le spectateur qui, du coup, n'adhère pas et ne peut s'attacher aux personnages.

Du côté de l'interprétation, c'est bien décevant : Kad Merad fait son numéro habituel, face à un Pascal Elbé qui réalise sans doute la meilleure des performances du film (ce qui n'était pas difficile). Mathile Seigner, égale à elle-même, agacera ceux qui ne la supportent pas (dont je suis). On pourra, à la limite, se consoler grâce aux seconds rôles, avec un Yves Rénier inattendu et surtout les scénes émouvantes où apparaît le regretté Philippe Noiret, dans son dernier rôle (et visiblement déjà très malade). 

Michel Boujenah a raté son coup, avec "Trois amis". Pensant sans doute célébrer l'amitié, il se
contente d'un film au scénario plus bricolé qu'écrit, accumulant les scènes incongrues et n'étant que très rarement drôle. On est sensé passer un bon moment entre amis. Il faut croire que ceux-là n'en sont pas de vrais.


vendredi 17 janvier 2014

Superstar (2012)


Nous vivons une drôle d'époque. A la faveur d'un buzz, n'importe qui peut, du jour au lendemain, passer de l'ombre à la lumière, avant de retomber dans l'oubli aussitôt. Les cas abondent, de pseudo-vedettes ayant monopolisé les unes, avant d'être avalées par l'anonymat. Le réalisateur Xavier Giannoli, déjà responsable du très beau "A l'origine", s'est penché sur ce phénomène en adaptant "L'idole" (roman de Serge Joncour) : "Superstar", qui mettait pourtant en scène le très bankable Kad Merad, n'a cependant pas atteint le succès attendu.

Martin Kazinski est un homme comme un autre, plutôt modeste, tout le contraire d'une célébrité. Mais, un beau matin, les gens le reconnaissent dans le métro, et se mettent à le photographier sous tous les angles, à lui demander des autographes, bref : à le harceler comme s'il était une star. 
Ne comprenant rien à ce qui lui arrive, Martin prend la fuite, avant d'être invité sur le plateau d'une émission de télévision. Sa mésaventure prend alors de toutes autres proportions...

Une chose est sûre : Xavier Giannoli, réalisateur de "Superstar" a un intérêt certain pour le malentendu et les histoires qui bouleversent le destin de gens ordinaires, comme en témoignait déjà "A l'origine". Le présent film portait de belles promesses : s'en prendre aux célébrités éphémères de tel ou tel star de pacotille et (surtout) à celles et ceux qui exploitent ce juteux et peu ragoûtant filon aurait pu donner un film coup-de-poing. Hélas, après un premier quart d'heure presque angoissant, "Superstar" tombe dans les excès qu'il entendait dénoncer. 

A en croire le scénario, deux mondes s'affrontent : celui des "gentils" qui s'entassent dans le métro et ne sont finalement que de beaufs prêts à se prosterner aux pieds de la première vedette qui passe, et celui des "méchants", ceux qui produisent les émissions de télévision et roulent en Porsche (je caricature à peine). Cette approche simpliste fait que le film devient vite absurde, dans le mauvais sens du terme, et s'embourbe vite, alors qu'il y aurait eu matière à un vrai questionnement, à une véritable critique (la comparaison avec le sublime "The Truman show" fait du tort au film de Giannoli). 

Certes, "Superstar" contient quelques séquences marquantes (notamment au début du film), mais son déroulement (et ne parlons pas de son dénouement) effacent l'impression que ces scènes efficaces donnent. On constatera également que l'interprétation est assez peu réussie, Kad Merad utilisant excessivement le même registre, tandis que Cécile de France semble à peine croire au personnage qu'elle incarne. Quelques jolis seconds rôles sont cependant à souligner, même s'ils ne suffisent pas à relever la moyenne...

Mise en abyme vertigineuse par instants, tragédie poussive la plupart du temps, "Superstar" ne réussit finalement pas à convaincre. Malgré une belle réalisation, c'est un scénario qui patine et une interprétation essoufflée qui prévalent. Gageons que Xavier Giannoli saura, dès son prochain film, de nouveau faire vibrer ses spectateurs.