dimanche 12 août 2012

Another Earth (2011)


Il faudra m'expliquer comment se détermine la diffusion d'un film. Sur quels critères les distributeurs se basent-ils pour décréter que tel film aura droit à une sortie dans un circuit de salles conséquent et que tel autre sera projeté à la sauvette, dans une poignée de cinémas répartis "au petit bonheur la chance" dans l'hexagone ?

Certes, je ne suis pas totalement candide. Le pedigree du réalisateur, le casting qu'il aligne dans son film et le talent du producteur y sont pour beaucoup. N'empêche que, parfois, certains films mériteraient d'être plus exposés qu'ils ne le furent...et d'autres mériteraient moins de tapage, si vous voulez mon avis. La preuve par l'exemple : l'an dernier, après un Festival de Cannes où il fit son petit scandale, Lars Von Trier nous offrit son "Melancholia", fresque intimiste à gros budget dans laquelle une planète jusqu'alors inconnue menaçait la Terre. Je suis persuadé que peu d'entre vous ignorent l'existence de ce film (assez surestimé, à mon goût). Mais qui a entendu parler de "Another Earth", sorti dans une quinzaine de salles en France, et où une planète jumelle de la nôtre apparaît dans le ciel ? Certes, les moyens mis en oeuvre ne sont pas comparables, mais à l'arrivée, je ne suis pas sûr que le meilleur des deux films soit celui que l'on croit. 

Farouchement ancré dans le bastion du cinéma indépendant américain, "Another Earth" revendique son appartenance à cette mouvance radicale du septième art. Ici, point d'effets visuels superflus, ni d'interprétation alambiquée : on est dans le cinéma à hauteur d'homme, dans l'hyper-réalisme, et je pense que certaines scènes comportent de l'improvisation. Vous voilà donc prévenus.  

Dans "Another Earth", le destin de plusieurs personnages bascule lorsqu'apparaît une deuxième terre. Rhoda, jeune astrophysicienne terminant ses études, percute (en état d'ébriété) la voiture de John Burroughs, compositeur au sommet de sa carrière, tuant sa femme et son fils. Quatre ans plus tard, alors qu'elle sort de prison, Rhoda, brisée et en quête de rachat, s'inscrit pour partir à destination de la deuxième terre, tout en cherchant à retrouver celui dont elle a détruit l'existence. 
   
On pourra reprocher à "Another Earth" sa mise en scène parfois erratique, son côté brouillon, que ces deux traits soient volontaires ou non.Comme s'il voulait à tout prix revendiquer son appartenance au cinéma indépendant américain, le réalisateur Mike Cahill cède aux défauts les plus flagrants de ce genre particulier. Fort heureusement, il emprunte aussi à cette niche du septième art ses plus belles qualités. L'histoire sort des canons traditionnels et ne répond pas à tous les standards scénaristiques en vigueur à Hollywood.
 
L'interprétation est un des points forts de "Another Earth". Brit Marling, en particulier, illumine le film de sa  présence tout au long de l'histoire, bâtie autour de son personnage à fleur de peau. il y a fort à parier que l'on n'a pas fini d'entendre parler de cette jeune actrice prometteuse. Face à elle, William Mapother (essentiellement remarqué dans des séries télévisées) évite l'écueil de l'excès et nous livre une composition toute en nuances. 
 
Face au très médiatisé "Melancholia", "Another Earth" n'a pas à rougir de la comparaison. Là encore, le postulat fantastique n'est qu'un prétexte à une histoire finalement très ordinaire, très humaine.
 
Un film à découvrir, sans l'ombre d'un doute, si l'on sait passer sous silence ses petits défauts (mineurs).


vendredi 10 août 2012

Pathfinder (2007)


C'est bien connu, Christophe Colomb n'est qu'un vil usurpateur, les Vikings ayant découvert l'Amérique bien avant lui. Se basant sur cette vérité historique, le réalisateur Marcus Nispel, ayant déjà commis les remakes de "Massacre à la tronçonneuse", de "Vendredi 13" et (plus récemment) de "Conan le Barbare" nous propose une confrontation entre Amérindiens et Vikings, choc des cultures dont on devine aisément qu'il ne se résoudra pas tranquillement autour d'une table, mais plutôt les armes à la main.

Il y a bien longtemps, un drakkar viking aborda les côtes du Nord de l'Amérique. Lors de l'affrontement avec les autochtones, le choc fut violent, à tel point que seul un enfant viking survécut, avant d'être adopté par les Indiens.Quinze ans plus tard, les Vikings reviennent et massacrent tout le village. Survivant encore une fois, l'enfant viking, devenu homme, va devoir les affronter, pour sauver la femme qu'il aime.  
C'est beau, un pitch pareil, non ?

Je vous préviens tout de suite : je ne connais pas le comics dont est tiré le film (paru chez Dark Horse), ni le film original, "Le Passeur" (1987). la critique qui suit ne concerne donc que le long métrage de Marcus Nispel. 

On est tout de suite mis dans le bain, lorsque commence "Pathfinder" : il s'agit d'un film d'action brutal, rude et sale. Il y a de la boue, du sang et de la testostérone chez les protagonistes de cette dark-fantasy sur grand écran. Cela dit, il n'y a rien de déshonorant ni de honteux dans ce style de film, bien au contraire. Ce créneau cinématographique vit l'éclosion de quelques pépites, parfois mésestimées : je pense notamment au "Treizième guerrier".  

Hélas, dans le cas de "Pathfinder", force est de constater que l'on a affaire à un ratage. Si le scénario tient la route, si la photographie est indéniablement réussie et contribue à donner une ambiance particulière au film, quantité de défauts majeurs coulent irrémédiablement "Pathfinder", à commencer par son réalisateur. 

Marcus Nispel, sans doute victime de son passé de réalisateur de clips, et de l'influence néfaste de Zack Snyder (mes lecteurs les plus réguliers auront remarqué le peu d'estime que je voue au metteur en scène de "300") chorégraphie à outrance chaque scène, jouant du ralenti ad nauseam et utilisant un montage souvent fait en dépit du bon sens. 

L'interprétation est elle aussi, pour beaucoup, dans le sentiment d'échec. Si les seconds rôles, notamment Clancy Brown, l'inoubliable Kurgan de "Highlander", sont honorables, il faut bien avouer que Karl Urban, ayant pourtant remaquablement tiré son épingle du jeu en Eomer dans "Le Seigneur des Anneaux", fait preuve ici d'un charisme d'huître. La preuve en est que diriger les acteurs est une composante indispensable du métier de réalisateur. 

Au final, "Pathfinder" laisse une impression de gâchis et, s'il se laisse regarder sans peine, fait partie de ces films qu'on a vite oublié. C'est dommage : confié aux bons soins d'un réalisateur digne de ce nom (ah, si les producteurs avaient eu la présence d'esprit de missionner John MacTiernan, par exemple), et affranchi de l'influence esthétique en vogue lors de sa sortie (merci Zack Snyder), il eut fait un film de genre particulièrement efficace, et aurait sans doute rencontré lors de sa sortie le succès mérité.


mercredi 8 août 2012

Instinct de Survie (2009)


Avant de commencer l'épluchage en bonne et due forme du film susdit, je vais d'abord pousser un petit coup de gueule. Y a-t-il, dans les studios hollywoodiens, quelqu'un dont le job consiste à traduire les titres de films pour les adapter aux différents pays où ils sont exportés ? Parce que, si c'est le cas, le lascar en question mériterait qu'on lui remonte les bretelles, si ce n'est plus. Le cas de « The new daughter », devenu dans nos contrées « Instinct de survie » pourrait faire office d'exemple, aux côtés d'autres titres massacrés par les traducteurs (le pompon étant toujours détenu par « Voyage au bout de l'enfer », initialement titré « The deer hunter »)...

Et, si ça se trouve, ce sinistre individu, responsable de la traduction des titres, il partage son bureau avec celui qui décrète que tel ou tel film ne sortira pas en salles et finira dans le circuit « direct-to-dvd ». J'imagine que le jour où « The new daughter » leur a été soumis, tous deux étaient particulièrement de mauvaise humeur, parce que ce film, on peut dire qu'ils ne l'ont pas loupé...

« Instinct de survie », qui n'eut donc pas les honneurs d'une sortie en salles, est sorti récemment en DVD, bien que tourné il y a déjà deux ans. Pourtant, son casting était plutôt bankable, puisque le rôle principal est tenu par Kevin Costner (la grande star des années 90, dont la carrière continue de suivre une pente dramatique depuis « Waterworld »), et que dans le rôle de sa fille aînée se trouve Ivana Baquero, déjà remarquée dans le très beau « Labyrinthe de Pan ». Derrière la caméra, Luiso Berdejo a déjà acquis ses lettres de noblesse en tant que scénariste, notamment avec « Rec ». La non-carrière de « Instinct de survie » est donc étonnante à bien des égards. Parce que, figurez-vous, ce film n'a rien d'honteux, bien au contraire.

Un petit pitch, pour avoir une idée de la chose ?
John James, sortant douloureusement de son divorce, emménage, avec ses deux enfants, Louisa et Sam, dans une maison loin de tout, au fond des bois. Très vite, il se rend compte des changements qui affectent Louisa, qui entre dans l'adolescence. Mais la véritable cause du comportement déroutant de la jeune fille est toute autre. Je n'en dirai pas plus, afin de laisser aux futurs spectateurs de ce film tout le plaisir de la découverte.

La mise en scène de Luiso Berdejo, sans être audacieuse, est très efficace et est mise au service d'une ambiance pesante, qui réussit à distiller l'angoisse, au point qu'on est parfois mal à l'aise. L'interprétation, tout à fait remarquable, contribue à l'instauration de l'atmosphère quasi malsaine qui émane de ce film. Kevin Costner, d'une rare sobriété, est parfait dans le rôle du père dépassé par une situation qui lui échappe. Quant aux enfants, ils sont interprétés avec justesse par Ivana Baquero et Gattlin Griffith, ce qui est plus que notable (on songera, par exemple, au premier opus des « Harry Potter », en partie gâché par le surjeu de ses jeunes interprètes(1)).

Alors, pourquoi tant de haine ? Qu'est-ce qui fait que ce film n'ait pas mérité une sortie digne de ce nom ? C'est une bonne question, je vous remercie de me la poser.
Il faut, en effet, reconnaître que « Instinct de survie », hormis son titre, a bien des défauts. On citera, par exemple, la bande originale, excessivement présente et insistante, au point de torpiller parfois les effets de la réalisation. Quelques maladresses de montage, également, sont à noter. Mais le principal coupable de l'échec de « Instinct de survie » (mis à part les deux bougres cités dans mon coup de gueule), c'est son final. Après 90 minutes irréprochables de tension, durant lesquelles les nerfs du spectateur sont mis à rude épreuve, la dernière partie du script , en s'évertuant à donner à tout prix un dénouement explicite, paraît bâclée et bien en-deça de tout ce qui a été mis en place depuis le début du film.

Sans expliquer le destin cruel qui fut celui de ce film, ce final torpillé est pour beaucoup dans l'échec final de l'entreprise. Cependant, malgré ce défaut majeur, « Instinct de survie » (et son titre stupide) mérite largement un visionnage, voire une place dans votre dévédéthèque.



(1) : Opinion qui n'engage que moi.

mardi 7 août 2012

L'aigle de la neuvième légion (2011)


Genre longtemps relégué aux oubliettes (après l’âge d’or de la période « Cecil B De Mille »), le péplum a connu, il y a quelques années, un retour en grâce, avec le très bon « Gladiator » de Ridley Scott. Dans la foulée, d’autres fresques historiques mettant en scène des hommes en jupe ont été mises en chantier, avec plus ou moins de bonheur. A titre d’exemple, et comme on ne fait jamais assez d’auto-promotion, citons le décevant « La dernière légion », le très esthétique "300", ou les séries « Rome «  ou « Spartacus ».
Suite au matraquage publicitaire dont « L’aigle de la neuvième légion » est l’objet ces derniers temps, j’ai décidé de visionner ce film, que les producteurs tentent visiblement de rentabiliser sur le marché vidéo (sa sortie en salles n’ayant pas déchaîné les foules).
 
Basé sur un roman de Rosemary Stutcliff (qui s’inspire lui-même d’écrits de l’époque), « L’aigle de la neuvième légion » nous narre le destin de Marcus Aquila, fils d'un centurion disparu au nord du mur d'Hadrien avec la Neuvième Légion. Vingt ans plus tard, en pleine disgrâce, Marcus, avec l'aide d'Esca, son esclave personnel, va entreprendre de retrouver l'Aigle de la Neuvième Légion, et ainsi réhabiliter l'honneur de sa famille.
 
Blockbuster en puissance, « L’aigle de la neuvième légion » est réalisé par Kevin McDonald (qui fut aux manettes du « Dernier roi d’écosse »). Le casting, même si il ne comporte pas de véritables stars est plus qu’honorable, puisque les rôles principaux sont tenus par Channing Tatum (vu dans "Sexy Dance") et Jamie Bell (le Billy Elliott du film éponyme, qui prêta également sa silhouette au rôle titre des « Aventures de Tintin » de Peter Jackson et Steven Spielberg), mais aussi le vétéran Donald Sutherland, qu'il est toujours agréable de revoir, et également Tahar Rahim, quasiment méconnaissable et fort surprenant.

D'emblée, le film évite toute démarche spectaculaire à outrance. Les effets spéciaux sont discrets, voire absents, le réalisateur cherchant visiblement à garder un ton réaliste, voire sale. A titre de comparaison, l'ambiance générale du film fait plus penser au "Treizième guerrier" (ce qui, venant de moi, est un compliment) qu'à "Gladiator" : point de toges blanches immaculées, ici, mais des hardes sales (et trouées, qui plus est) en guise de costumes. Esthétiquement parlant, "L'aigle de la Neuvième Légion" est une vraie réussite, surtout au niveau des décors. A de nombreuses reprises, on est soufflé par la beauté plastique des images et l'efficacité de la photographie... 

Alors, pourquoi un tel insuccès (que rattrapera peut-être le marché vidéo) ? c'est vrai, quoi, à lire les précédentes lignes, vous devez tous penser que "L'aigle de la neuvième légion" aurait du rencontrer son public, alors que ce ne fut pas précisément le cas. Après visionnage du film, il faut bien reconnaître que, même s'il est réussi sur plusieurs points (l'esthétique, comme je le disais plus haut), ce film pêche en bien d'autres et principalement en son ossature principale : le scénario.

La faute en incombe sans doute à un pitch un peu léger et ne réservant que peu de surprises au spectateur. Du coup, il s'agit plus d'une longue ballade en terre bretonne, parsemée, ça et là, d'affrontements bien virils.
J'avoue n'avoir pas lu le roman dont est tiré ce film et ne pourrait donc comparer les deux œuvres. Le fait est, cependant, que le long métrage aurait gagné à être doté d'un scénario un peu plus épais.


dimanche 5 août 2012

Never let me go (2011)



Il est des thèmes qui, selon le traitement qu'ils subissent, peuvent donner des films radicalement différents. A titre d'exemple, je pourrais citer "Armageddon" (de Michael "Bulldozzer" Bay) et "Deep Impact" (réalisé par Mimi Leder) : partant du même pitch de base, les deux films n'ont, au final, que peu en commun, l'un (devinez lequel) accumulant les effets spectaculaires, tandis que l'autre réussit à garder une dimension humaine. 

En visionnant "Never let me go", on ne peut s'empêcher de faire la même comparaison, son pendant "hollywoodien" étant cette fois "The Island" (de Michael "char Panzer" Bay, encore !). En effet, il est question, dans ce film de science-fiction, de clones "élevés" pour servir de donneurs d'organes, en vue de prolonger l'existence des nantis leur ayant servi de modèle.
Même si le décor a changé (nous ne sommes plus sur une île, mais en Angleterre), nul n'est besoin d'être devin pour voir les similarités entre les deux films. Le parallèle entre "The Island" et "Never let me go" est l'occasion de mesurer la différence de traitement entre deux réalisateurs (j'irais même jusqu'à parler de deux conceptions du cinéma). D'un point de vue "business", le verdict fut sans appel : "The Island" fut couronné de succès, tandis que son pendant britannique est passé aux oubliettes. Faites le test autour de vous, vous constaterez sans peine, j'en ai peur, que peu de gens connaissent "Never let me go", tandis que le film de Michael "Caterpillar" Bay jouit d'une relative notoriété. 

Pour résumer le film, sachez que, dans "Never let me go" (tiré du roman "Auprès de moi toujours" de Kazuo Ishiguro), les "clones" futurs donneurs d'organes sont élevés dans une institution coupée du monde vouée, semble-t-il, à leur apporter le meilleur. Quand ils arrivent en âge d'accomplir leur mission, ils quittent cette école pour remplir leur mission, consciencieusement, puisque théoriquement dépourvus d'âme. Le seul espoir d'un sursis réside dans l'existence entre eux de l'amour, qu'ils doivent néanmoins prouver. 
 
Entre science-fiction et tragédie romantique, "Never let me go" est réalisé par Mark Romanek, sur un scénario de Alex Garland, collaborateur régulier de Danny Boyle. Son casting compte les jeunes (et excellents) Andrew Garfield (tête d'affiche du récent reboot de "Spiderman"), Keira Knightley et Carey Mulligan, mais aussi Charlotte Rampling, impériale de sobriété. Sur un rythme lent, le film éblouit par sa beauté plastique. Mais, surtout, il est de ces films qui font réfléchir, une fois leur visionnage terminé. L'un des buts de la science-fiction est de servir de miroir à notre monde, et à y projeter ses travers. "Never let me go" excelle dans cette utilisation d'un genre si souvent décrié. 

A ce titre, comme à celui de la réussite cinématographique, l'échec commercial de ce film est foncièrement injuste (surtout au regard du succès du blockbuster de Michael Bay, dont vous aurez tous compris à quel point j'ai peu d'estime). Il mérite amplement une deuxième séance...

vendredi 3 août 2012

Fanboys (2008)


Que les choses soient bien claires : j'aime beaucoup l'hexalogie "Star Wars" (bon, d'accord, je suis surtout fan la trilogie originelle). Et ça ne me dérange absolument pas qu'on vienne se moquer de l'oeuvre de George Lucas, bien au contraire : certaines scènes de "Space Balls" ("La folle histoire de l'espace", en français) de Mel Brooks, ou de "Y a-t-il enfin un pilote dans l'avion" l'ont fait, avec le talent qu'on sait. 

Alors, qu'une petite bande de rigolos décident de s'attaquer à ce monument de la science-fiction, a priori, je n'y voyais rien de mal, surtout au vu de la bande-annonce (en bas de cet article, vous pourrez juger par vous-mêmes). Pour ne rien gâcher, le film promettait d'allier parodie et hommage, un cocktail franchement tentant, pourvu qu'il soit réussi.  Même le pitch avait l'air intéressant : en 1998, une bande de fans de Star Wars (les fanboys du titre, donc) décident de réaliser le rêve de l'un de leur copains, à qui il reste peu de temps à vivre. Et, pour ce faire, ils vont tenter de pénétrer dans le Skywalker Ranch, le grand QG de George Lucas, pour y dérober une copie de l'épisode I ("La menace fantôme", pour ceux qui auraient vécu ces trente dernières années dans une grotte) et lui permettre de voir ce film, attendu depuis des lustres par les fans. 

Réalisé par Kyle Newman, qui joue également dans le film, "Fanboys" est interprété par de joyeux drilles visiblement bien contents de leur blague. Parmi eux, on citera Dan Fogler, Kristen Bell, Sam Huntington, . Notons l'apparition remarquée de quelques acteurs de la trilogie lucasienne, dont Carrie Fisher et Billy Dee Williams, mais aussi d'autres icones de la culture populaire, tels William Shatner,  Danny Trejo ou Seth Rogen. Les plus attentifs remarqueront aussi la présence de Ray Park, qui incarna Darth Maul dans "La menace fantôme" : la boucle est bouclée, comme disait l'autre.
Au vu de ce casting et du pitch précédemment résumé, nous devrions nous trouver face à un honnête hommage et nous attendre à passer un bon moment, non ? Eh bien, nous, chers lecteurs, il n'en est rien. "Fanboys", visiblement peu habité par la Force, rate son coup et n'est que peu drôle, voire souvent ennuyeux. 
 
 Pour un morceau de bravoure ou un moment vraiment amusant, il y a dix lourdeurs ou gags sous la ceinture, dignes d'un "American Pie". A en croire ce film, les fanboys de Star Wars seraient donc des geeks immatures, uniquement hantés par les querelles qui les opposent aux Trekkies et leur hypothétique vie sexuelle à venir. Face à "Fanboys", on a souvent l'impression d'assister aux improvisations délirantes d'une bande de copains ayant décidé de faire un film sans avoir la moindre idée de l'histoire qu'ils veulent raconter. Ils sont visiblement contents de leur blague (et des private-jokes qui les amusent énormément), mais tout cela ne fait pas un film.
 
Ce film, même s'il ne dispose pas des mêmes moyens de production, souffre de la comparaison avec "Galaxy Quest", qui tentait la même expérience du côté de "Star Trek". La faute en incombe, sans l'ombre d'un doute, à un scénario qui part en roue libre, comme un délire de fans laissés à eux-mêmes et aux moins bons de leurs penchants. C'est vraiment dommage car il y avait matière à une vraie comédie sur ce thème. A titre d'exemple, le  très réussi "Paul" est beaucoup plus drôle que ne l'est "Fanboys". 
 
Il faudra qu'un jour, d'autres fanboys de Star Wars s'attaquent à leur oeuvre de chevet pour effacer cette erreur de jeunesse qu'est ce film (mineur, certes). Il y a, dans les trilogies sorties de l'imagination de George Lucas et dans la trace qu'elles ont laissé dans la culture populaire, matière à écrire une oeuvre à la croisée des chemins entre hommage et humour. 

jeudi 2 août 2012

King Rising (2006)



Parmi les films archi-multidiffusés sur la TNT (sur NRJ12, en l'occurrence), il en est un que je n'ai pas encore épluché dans ces colonnes. Ayant (enfin) réussi à le voir intégralement (mon abnégation m'étonne parfois), je peux enfin vous livrer ce billet, qui part plutôt mal, vous avez du vous en rendre compte. 
 "King Rising", produit en 2006, est l'adaptation pour le grand écran du jeu vidéo éponyme. J'avoue d'emblée que, ne connaissant pas le jeu, je ne juge ici que le long métrage, réalisé par l'Allemand Uwe Boll, connu pour son goût de la provocation. Son prochain film, intitulé "Auschwitz" a fait l'objet d'un petit scandale, suite à la diffusion d'une bande annonce insoutenable.

Doté d'un casting en béton armé, "King Rising" a pourtant fait un flop monumental, qui aurait du condamner définitivement Uwe Boll à chercher un autre métier. On peut logiquement se demander pourquoi. Je vous rassure, une fois le film visionné, la réponse est évidente : il s'agit d'un colossal ratage(1). 

Situé dans un univers heroic-fantasy, "King Rising" utilise tous les canons et clichés du genre. Pensez donc : le héros, Farmer (nommé ainsi parce qu'il est fermier), pensait vivre tranquille sa petite vie de paysan, jusqu'à ce qu'une horde à la solde du sorcier Gallian vienne dévaster son village, tuer son fils et enlever sa femme (la ravissante Claire Forlani, sans doute le meilleur atout du film). Se souvenant qu'il fut maître d'armes, Farmer s'engage alors dans le conflit qui oppose Gallian et le roi Konreid...

Rien que du grand classique, comme vous pouvez le voir. Mais, après tout, les ingrédients les plus ordinaires, bien utilisés, peuvent, sinon donner de grands plats, du moins faire d'agréables repas. Hélas, dans le cas de "King Rising", on a affaire à un bien piètre cuisinier. 
 
Je ne résiste pas à la tentation de vous lister les grands noms ayant accepté de faire partie du voyage (et, finalement, du naufrage) : Jason Statham, Ron Perlman, Burt Reynolds, John Rhys-Davies, Ray Liotta, et je ne cite que les archi-connus. Au vu de ce que donne ce film, j'ai du mal à leur trouver des excuses, fussent-elles fiscales, pour avoir participé à cette mascarade.

Soyons brefs : c'est mal scénarisé, filmé sans aucune conviction, et jamais crédible. A titre d'exemple, quand le village du héros est dévasté par les terribles hordes de Gallian, ce dernier décide de partir à la recherche de sa femme, ayant disparu pendant l'assaut. En deux scènes, il passe du plus profond désespoir (son fils ayant été tué dans l'attaque) à une quasi-jovialité, comme si l'appel de l'aventure suffisait à le regaillardir.  

Uwe Boll, qualifié par beaucoup de "plus mauvais réalisateur du siécle" a obtenu le Razzie Award 2009 pour ce film. C'est amplement mérité, si vous voulez mon avis. Alignant plans inutiles et cadrages maladroits, Boll massacre sans vergogne son film, persuadé d'être aussi talentueux que son modèle avoué, Peter Jackson.
 Un réalisateur est censé savoir diriger ses acteurs. Livré à lui-même, le casting de "King Rising" en fait le minimum, voire moins. Enfin, cerise (pourrie) sur le gateau (périmé), la bande originale, visiblement composée par un fan de Bontempi, achève de rendre le film insupportable.





Il est dommage que, quitte à se donner les moyens d'une grosse production, les producteurs ne mettent pas autant de soin à choisir réalisateur et scénaristes. Il est également navrant que pareil film soit confié à des metteurs en scène qui n'aient pas le talent et l'ambition nécessaire. A l'heure où l'adaptation du "Trône de Fer" est un éclatant succès critique et public, il est évident que la réussite est possible, même sur le terrain de la fantasy. Il suffit de s'en donner les moyens, et l'envie.
 
 
(1) : un malheur n'arrivant jamais seul, la suite de "King Rising" (qui est sortie directement sur le marché vidéo) est régulièrement diffusée sur la TNT, souvent à la suite du premier opus.
Chose amusante, elle fut réalisée par le même Uwe Boll, celui-là même qui expliquait que si le premier s'était gaufré, ça n'était pas sa faute et qu'il n'avait pas l'habitude des films à gros budgets... Sans commentaires.