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mercredi 1 juillet 2020

Le prince oublié (2019)

 

Réussir un film capable de réunir plusieurs générations n'est pas chose aisée. Dans la catégorie "cinéma familial", on trouve bien souvent des films (d'animation ou pas) ciblant les enfants et faisant en sorte que les parents y trouvent aussi (un peu) leur compte. Mais l'équilibre n'est pas toujours atteint et souvent, seule une partie du public trouve satisfaction. En réalisant "Le prince oublié", Michel Hazanavicus (qu'on ne présente plus, après le triomphal "The artist", récompensé à plusieurs reprises) tentait l'exercice. Avec au casting les très bankables Omar Sy et François Damiens, il mettait toutes les chances de son côté. Cependant, ce ne fut pas le triomphe espéré. la faute à qui ?

Élevant seul sa fille Sofia, Djibi lui raconte chaque soir une histoire dont le héros est un prince ayant son apparence.  Lorsque Sofia, ayant grandi, entre au collège, elle ne réclame plus à son père l'histoire du soir. Le prince auquel elle rêve est un de ses camarades de classe, Max. C'est le drame pour Djibi, qui voit sa fille lui échapper et pour le prince des contes, qui risque l'oubli. 
Avec l'assistance de Clotilde, sa voisine, Djibi décide de redevenir le héros de Sofia. Mais le temps des histoires est passé, pour cette dernière.

Le thème porté par le scénario de Bruno Merle est à la fois simple et riche et c'est de ce matériau qu'on peut faire de grands films. On pense évidemment à "Vice-versa", le joyau animé proposé par Pixar il y a quelques années, dans lequel les émotions avaient fort à faire dans l'univers intérieur de la petite fille au centre de l'histoire. Ici, le film multiplie les allers-et-retours entre le monde réel et le pays imaginaire où sont mis en scène les contes narrés par Djibi. C'est la partie la plus ambitieuse du film, qui témoigne d'une véritable ambition visuelle et d'un vrai talent de réalisateur de la part de Michel Hazanavicius. Il y a longtemps qu'on n'avait pas vu pareille tentative d'emmener le spectateur hors des sentiers battus, en se donnant les moyens d'être à la hauteur du rêve. 

C'est dans la partie la plus terre-à-terre du film que "Le prince oublié" s'enlise un peu. L'affrontement entre Djibi et sa pré-ado de fille est un parcours sans surprises, jalonné de scènes auxquelles on s'attend et dont la résolution ne surprend finalement personne. Sans doute la catégorie "familiale" dont se revendique le long métrage empêche-t-elle tout bouleversement inattendu, cela dit et on peut facilement être magnanime, tant l'enthousiasme de l'équipe, Omar Sy en tête, est communicatif. Se prêtant de bonne grâce au jeu, les comédiens prennent parfois le spectateur par la main pour l'emmener sur un chemin très balisé, mais plutôt agréable à parcourir. 

Le jeu d'équilibriste que joue "Le prince oublié", consistant à capter à la fois l'enfant et l'adulte, tout en n'oubliant pas le pré-ado, joue sans doute en sa défaveur. Il ne s'agit ni d'un film pour enfants, ni d'un conte pour les parents. C'est un film familial qui permet de passer un bon moment, même s'il ne marquera pas les mémoires. 


mardi 17 mars 2020

Des nouvelles de la planète Mars (2015)



Le réalisateur Dominik Moll, est essentiellement connu pour "Harry, un a:i qui vous veut du bien", son deuxième long métrage, qui fut un réel succès public et critique. S'attachant souvent à créer des ambiances particulières, basées sur un élément perturbateur, il a aussi œuvré du côté du petit écran, notamment avec la série "Tunnel". L'un de ses derniers films, "des nouvelles de la planète Mars", malgré un casting intéressant, ne reçut pas le succès attendu, bien qu'il fut passé par la case de la Berlinale. Avons-nous laissé passer un grand film ?

Philippe Mars, informaticien et père de famille divorcé, est sans doute trop gentil. Élevant comme il le peut ses deux adolescents d'enfants, il rencontre un jour Jérôme, un collègue particulièrement perturbé. Pour rendre service, Philippe accepte de l'héberger. La vie déjà compliquée de Philippe devient encore plus difficile, quand Jérôme s'immisce de plus en plus dans la famille Mars, en y introduisant son amie Chloé, évadée d'un hôpital psychiatrique.

Dominik Möll, qui avait déjà livré le très étonnant (et dérangeant) "Harry, un ami qui vous veut du bien", joue ici encore de l'intrusion d'un élément perturbateur et de ses conséquences dans un univers a priori bien rodé. Si, avec son opus le plus célèbre, il pratiquait l'exercice du thriller psychologique, tout en froideur et en malaise, "Des nouvelles de la planète Mars" s'aventure de temps à autre sur le territoire de la comédie, sans pour autant mettre le spectateur totalement à l'aise.

C'est un curieux film que ce "Des nouvelles de la planète Mars", qui voit son héros jongler tant bien que mal avec les péripéties du quotidien, alors que ce même quotidien se fait un malin plaisir de lui mettre des bâtons dans les roues. Si, quand il s'agit de décrire cet ordinaire qui ne le reste pas longtemps, "Des nouvelles de la planète Mars" réussit son coup, il est moins convaincant pour ce qui est de mener à bien son intrigue, si tant est qu'il en contienne vraiment une. C'est le peu de consistance de son axe principal qui est son plus grand défaut. Faute d'une vraie colonne vertébrale, le film suit tant bien que mal son petit bonhomme de chemin (pas toujours carrossable) mais peut, à l'arrivée, décevoir.


Une fois encore, c'est avec les interprètes que l'on pourra se consoler, si besoin. Tout en sobriété, François Damiens montre ses talents de comédien, face à un Vincent Macaigne remarquable, soutenu dans la seconde partie du film par l'épatante Veerle Baetens. Tous se coulent sans mal dans l'étrange univers de Dominik Moll et concourent à la crédibilité de l'ambiance, où le malaise s'instille doucement dans un univers a priori normal. Leur prestation aurait sans doute mérité une intrigue plus épaisse, mais reste l'atout principal de "Des nouvelles de la planète Mars".

S'il est quelques faiblesses dans ce film, il comporte cependant de vrais points positifs qui empêchent de mal le considérer. Pour son ambiance et ses comédiens, "Des nouvelles de la planète Mars" mérite le détour, même s'il ne laissera sans doute pas un souvenir impérissable.


samedi 7 mars 2020

Otez-moi d'un doute (2017)


La famille, voilà un thème qui a déjà alimenté et continuera longtemps d'inspirer le cinéma. De "Little Miss Sunshine" à "Un air de famille", les films sont nombreux à explorer les liens entre ceux d'un même sang. A l'intérieur de ce registre, la paternité n'a pas démérité, quant à son traitement sur le grand écran. Les pères ont eu droit à de nombreux films et "Ôtez-moi d'un doute", réalisé par Carine Tardieu (dont le joli "Du vent dans mes mollets" avait fait belle impression) aurait peut-être mérité plus de succès lors de sa sortie en salles. C'est le moment de se pencher sur ce film, mené par François Damiens et Cécile de France.

Démineur en Bretagne, Erwan va devenir grand-père et sa fille tient à élever son enfant toute seule. A l'occasion d'un test de dépistage, Erwan apprend que son père n'est pas son géniteur. Après enquête, il découvre que ce dernier vit non loin et qu'il est lui aussi père d'une jeune femme, au charme duquel Erwan n'est pas insensible.
Voilà donc notre futur grand-père dans une drôle de situation, coincé entre deux pères et une femme qui pourrait bien être sa sœur...

Le matériau de base qui nourrit "Ôtez-moi d'un doute" est riche et rend hommage aux pères, quel que soit leur âge et leurs choix. Qu'il s'agisse de celui qui tient son monde à bout de bras (François Damiens, étonnamment convaincant), de ceux qui regardent leur progéniture de loin (Guy Marchand et André Wilms, souvent touchant) ou d'un père en devenir (Esteban, surprenant), c'est bien d'eux qu'il s'agit ici. Ces pères sont incarnés par autant d'acteurs qui sont le meilleur atout de ce film, auquel la romance annoncée sur l'affiche n'apporte finalement pas grand chose.

On sent, par moments, la "patte" de Michel Leclerc (à qui l'on doit "Le nom des gens" et "La vie très privée de Monsieur Sim"), coscénariste sur ce long métrage : les personnages sont profondément humains et ce qu'ils traversent permet d'évoquer l'ordinaire, avec ce qu'il contient de drôle ou de touchant. C'est néanmoins un sentiment d'inabouti qui prédomine, sans doute parce qu'en voulant enrichir son propos sur la paternité par une romance problématique, Carine Tardieu se tire une petite balle dans le pied. Tout cela est bien gentil mais, à force de jouer avec les quiproquos et les situations téléphonées, cela finit par émousser l'intérêt initial qu'on pouvait avoir à "Ôtez-moi d'un doute".

La réalisatrice, signe ici un film qui se prend parfois les pieds dans le tapis. C'est d'autant plus agaçant que son précédent long métrage, "Du vent dans mes mollets", en explorant le territoire de l'enfance, était plus réussi, bien que plus casse-gueule. Évoquant la paternité, ce film avait pourtant un riche potentiel et l'exploite maladroitement. N'eût été le charme de ses interprètes, ce panorama des pères n'aurait rien d'inoubliable.






jeudi 2 janvier 2020

Le Tout Nouveau Testament (2015)

Avant tout, je souhaite aux lecteurs (habitués ou non) de ce blog, une très belle année 2020. Qu'elle soit pleine de bonheur(s), petit(s) et grand(s) !


Jaco Van Dormael, connu surtout pour "Toto le héros" et "Le huitième jour", a montré plus d'une fois une véritable ambition, notamment avec "Mr Nobody", qui n'avait pas connu un franc succès. Son dernier opus, "Le Tout Nouveau Testament", dont le pitch était des plus prometteurs, mais également très risqué, fait également partie des films qui passèrent à côté de leur public. Malgré un casting remarquable, avons-nous laissé filer un grand film ? Aurions-nous dû nous presser dans les salles pour y rencontrer ce Dieu qui habite à Bruxelles ?


Dieu est un sale type, omnipotent qui plus est. Il passe son temps à créer des catastrophes et à nuire à l'humanité, sa création. Tandis que sa femme est cantonnée aux tâches ménagères, la fille de Dieu, Ea décide d'intervenir. Elle choisit d'envoyer à chaque être humain, par SMS, la date de sa mort. Ce mystère majeur levé, les hommes perdent la foi en Dieu. Puis, suivant les conseils de son frère aîné, J.-C., Ea décide de se rendre parmi les hommes, pour trouver les apôtres qui rédigeront un Tout Nouveau Testament. 

Comme vous aurez pu le comprendre, le pitch du "Tout Nouveau Testament" est plutôt gonflé et joue habilement du sacrilège (salvateur), tout en se permettant de vraies séquences burlesques (savamment dosées). Souvent absurde, parfois touchant, ce dérapage reste cependant sous contrôle du début à la fin. Corrosif et humaniste, le scénario, s'il s'égare parfois en chemin, impose un ton et une identité indéniable (c'est du belge, dirons certains). 

La mise en scène et l'image, particulièrement soignées. A l'instar de ce qu'il avait montré dans "Mr Nobody", par exemple, Jaco Van Dormael livre ici un film techniquement irréprochable, dont la mise en scène est au service de l'histoire et non l'inverse.  
L'interprétation est également de haute volée. Qu'il s'agisse de Benoît Poelvoorde, en démiurge infect, ou de ceux qui incarnent les êtres humains croisés par Ea (incarnée par la jeune Pili Groyne, qui crève l'écran), les acteurs et actrices sont convaincants, et ce n'était pas gagné d'avance, au vu du scénario. 

Si quelques séquences dispensables émaillent encore, ça et là, "Le Tout Nouveau Testament", ce long métrage est sans conteste une réussite. Si, avec "Mr Nobody", Jaco van Dormael avait fait montre (à mes yeux en tout cas) de prétention, ce film m'a permis de me réconcilier avec lui.


dimanche 31 mars 2019

Je fais le mort (2013)




Je ne vous cache pas que Jean-Paul Salomé ne jouit pas dans mon esprit d'une très bonne réputation, en tant que réalisateur. Entre le sinistre "Bélphégor, le fantôme du Louvre" et le très moyen "Arsène Lupin" qu'il réalisa (et qui mériteraient de passer sur le gril de ce blog), celui qui est devenu il y a quelques années président d'UniFrance (et n'est donc plus derrière la caméra) n'a pas vraiment de grands films à son palmarès, à mes yeux. Son dernier long métrage, "Je fais le mort", lorgnait du côté de la comédie policière (et romantique, au passage) et est passé presque inaperçu lors de sa sortie. Revenons sur ce dernier, si vous le voulez bien.

Jean Renault remporta, plus jeune, le César du meilleur espoir masculin. Depuis, sa carrière n'a jamais décollé et il vivote en cachetonnant ça et là, de téléfilms en spots publicitaires, son perfectionnisme agaçant les metteurs en scène.
Contraint d'accepter une dernière proposition, Renault est engagé pour "faire le mort" : il va tenir le rôle de la victime dans la reconstitution d'un meurtre, dans une station alpine. Entre les autorités locales et la juge qui supervise les opérations, c'est un public différent qui va le voir à l'oeuvre. 

Autant le dire tout de suite : ne cherchez pas du côté de l'intrigue policière, si vous voulez être surpris. Cette dernière est, en effet, plutôt téléphonée et artificielle. C'est bien évidemment le versant "comédie romantique" de ce film qui est le plus exploré. Sortant, pour une fois, des décors habituels du genre (ici, point d'appartement luxueux ou de quartier huppé), "Je fais le mort" est de ces comédies jouant essentiellement sur les caractères des personnages pour fonctionner et, pour cela, grossit chacun de leurs traits. La caricature est parfois tout sauf drôle au cinéma : encore une fois, ce procédé ne fonctionne pas vraiment, dans le cas présent.

En effet, Jean-Paul Salomé n'y va pas de main morte pour faire comprendre que son héros, sous couvert de professionnalisme, a un caractère épouvantable, ni que la juge qui lui fait face a une conception bien à elle de la justice. Les personnages, même s'ils se montrent attachants dans quelques jolies scènes (trop rares, hélas), sont souvent de simples caricatures ambulantes auxquelles on finit par ne plus trop croire. Alors qu'ils auraient du porter le film, dont l'intrigue est bien légère, les personnages l'handicapent plus qu'autre chose. Dommage.

Dans l'inventaire des points positifs du film, on saluera l'interprétation de François Damiens (qui évite d'en faire trop, ce que l'on aurait pu craindre) et de la charmante Géraldine Nakache, ainsi que la très bonne idée d'avoir placé l'histoire dans le décor d'une station alpine hors-saison. Cela confère à l'histoire une atmosphère particulièrement réussie.

Hélas, l'atmosphère ne fait pas tout : pour fonctionner, un film nécessite une histoire solide et des personnages crédibles. Dans le cas de "Je fais le mort", même si on a le sentiment de n'être pas passé loin d'une vraie réussite, ces deux composantes majeures font défaut.


lundi 15 octobre 2018

Tip top (2013)


C'est essentiellement la réputation très mitigée de "Tip top" auprès des critiques qui lui vaut sa place dans ses colonnes. C'est aussi la méconnaissance que j'ai de Serge Bozon, son réalisateur (dont le récent "Madame Hyde" est passé sous mon radar). C'est, enfin, la présence au casting de Sandrine Kiberlain, je l'avoue, qui m'a poussé à visionner ce film. Annoncé comme une comédie policière, adapté d'un roman de Bill James ("Mal à la tête"), "Tip top", avec son drôle de titre allait-il être une bonne surprise ? 

Deux inspectrices de l'I.G.P.N., la Police des Polices, sont envoyées dans une petite ville du Nord, parce qu'un indic y a été assassiné. L'une est expérimentée et compte bien règler cette histoire au plus vite. La seconde, admirative de son aînée, découvre le sombre univers dans lequel toutes deux sont plongées. 
Qui a tué cet indic ? Pourquoi ? Qui tire les ficelles derrière toute histoire ?


On ne va pas se mentir : très vite, on se moque éperdument des questions posées ci-dessus. D'ailleurs, c'est une autre question qui se pose au visionnage de ce film : c'est quoi, ce truc (pour faire bref) ? Parce qu'il faut bien dire que "Tip top" revendique une certaine identité, tant visuelle que scénaristique. L'intrigue policière est presque secondaire, tant ce sont les personnages qui sont mis en avant, chacun y allant de son petit sketch. 

Le problème, c'est que ces personnages, tous caricaturaux, n'incitent jamais le spectateur à sourire et encore moins à rire. Alors, il devient difficile d'attribuer à "Tip top" le statut de comédie policière qu'il était censé recevoir. On m'objectera que c'est du deuxième, voire du troisième degré (ou plus encore), mais je ne suis pas persuadé que, même avec beaucoup de recul, cette dimension puisse être captée (en plus, si on recule beaucoup, on ne voit plus rien). 

Du côté de la réalisation, c'est une catastrophe : les plans sont dignes du premier téléfilm allemand de deuxième partie de soirée sur la TNT, et le montage met régulièrement en évidence de grossières fautes de mise en scène. Si ça se trouve, c'est fait exprès, me direz-vous, mais l'effet obtenu (sur votre humble serviteur, en tout cas) est rédhibitoire : ça ne fonctionne pas et inciterait plutôt à la fuite. 

L’interprétation est, c'est le moins que l'on puisse dire, inégale. Si la divine Sandrine Kiberlain (ça se confirme, j'aime de plus en plus cette actrice) illumine chacune des scènes qu'elle joue et qu'Isabelle Huppert est une fois de plus remarquable, on se demande quel est l'intérêt de leur faire jouer des séquences pareilles, qui gâchent leur immense talent (cela dit, elles sont libres de leurs choix et Isabelle Huppert a rempilé chez Bozon pour "Madame Hyde"). Il est difficile d'en dire autant de leurs comparses à l'écran. François Damiens fait son numéro habituel, tandis que le passage éclair de Samy Naceri constitue un vrai moment de gêne. Là encore, le jeu "en décalé" des interprètes (et encore, pas toujours) est peut-être une démarche volontaire. Là encore, ça m'est passé au-dessus de la tête.

Au final, ce "Tip top" est un film sans véritable intrigue, donnant à chaque acteur l'occasion de faire un numéro parfois embarrassant, mais dont le visionnage vire souvent à l'épreuve pour le spectateur.


mercredi 24 septembre 2014

Une pure affaire (2011)


Quand des gens ordinaires sont, tout à coup, confrontés à un événement extraordinaire (au sens qu'il sort de la banalité, sans le moindre contexte fantastique), ce peut être le début d'un film mémorable. Nombreux sont les cinéastes qui se sont servis de pareil prétexte pour livrer de grandes œuvres, souvent dans le registre de la comédie. Décalage aidant, on peut obtenir de grands effets, quand un modeste peintre en bâtiment et un chef d'orchestre tyrannique se croisent alors qu'ils n'auraient jamais du le faire (je vous laisse devine à quel grand classique je fais allusion), ou quand un homme à la dérive fan de football rencontre son idole et se reconstruit grâce à lui ("Looking for Eric"). La recette est éprouvée, mais ce n'est pas pour autant qu'elle assure le succès. Le film "Une pure affaire", par exemple, n'a pas déchaîné les passions. 


 David et Christine, mariés depuis vingt ans, sont dans l'impasse. La carrière de David n'a jamais décollé, bien qu'il fasse partie d'un grand cabinet d'avocats. Leur vie de couple est en sommeil, tandis que leur fille aînée leur en fait voir de toutes les couleurs. Bref, le bilan est bien terne. 

C'est en sortant le chien le soir de Noël que David va voir sa vie basculer : entrant par hasard en possession d'un sac rempli de cocaïne et du téléphone du dealer, ce loser va obtenir une occasion de changer de vie. Mais pareille opportunité n'est pas sans conséquences...


A en croire les informations disponibles sur ce film (qui a failli s'appeler "Sur des rails"), c'est d'une nouvelle de l'auteur britannique Matthew Kneale qu'est inspiré le scénario du film. Revendiquant un humour tout british, le réalisateur lorgnait sûrement vers l'inimitable style de certaines comédies britanniques. Hélas, "Une pure affaire" n'adopte à aucun moment le ton corrosif qu'on pouvait attendre après pareille promotion. N'osant pas s'aventurer sur le territoire du trash ni sur celui du film social (ce point de vue aurait été le plus intéressant, à mon humble avis), Alexandre Coffre se contente de suivre le courant. 


A force de trop hésiter entre la tonalité à donner à son film, le réalisateur livre un long métrage sans identité propre. On n'est donc ni tout à fait dans la comédie, ni dans la chronique familiale, ni dans le policier, d'où un certain sentiment de malaise et d'insatisfaction pour le spectateur. 


Fort heureusement, "Une pure affaire" est sauvé par ses interprètes, qu'on aura rarement vus aussi inspirés. François Damiens en tête, le casting vaut à lui seul le déplacement, réussissant à nous faire croire à l'improbable histoire qui se déroule à l'écran. A ses côtés, Pascale Arbillot est elle aussi brillante et crédible, tandis que dans des rôles plus accessoires, on appréciera les jolies prestations de Laurent Lafitte (dans le rôle d'un collègue aux dents longues) et de Gilles Cohen (délicieux en gangster manipulateur). Bien souvent, les comédiens sauvent le film des fâcheuses situations où il s'est engouffré.

Ne nous inquiétons pas trop pour la carrière d'Alexandre Coffre, réalisateur de ce film ni réussi ni raté. Il enchaîna peu après avec "Eyjafjallajökull" qui, lui, fit le carton que l'on sait. A l'inverse de ce triomphe qui laisse bon nombre d'observateurs dubitatifs, "Une pure affaire", souvent bancal et maladroit jusque dans sa conclusion, reste regardable, mais ne laisse pas un souvenir impérissable.