S'il est un réalisateur français qu'on ne saurait qualifier de tiède, c'est bien Mathieu Kassovitz. Dès son deuxième film, "La haine", il fut accusé de partialité : prenant fait et cause pour les jeunes des "quartiers", Kasso livrait là un film coup-de-poing, largement anti-police, mais redoutablement efficace d'un point de vue cinématographique. Depuis, sa carrière a connu les sommets du box-office (avec notamment "Les rivières pourpres"), avant de connaître une dégringolade dès lors qu'il traversa l'Atlantique (j'ai déjà parlé de "Babylon AD" dans ces colonnes). "L'ordre et la morale", son dernier long-métrage, revenait sur la tragique prise d'otages d'Ouvéa (en Nouvelle-Calédonie) qui vit sa conclusion dans un assaut sanglant en 1988. Face à l'échec public, à la polémique déclenchée par le film et au fait qu'il ne récolte qu'une nomination aux César, Mathieu Kassovitz réagit par des tweets virulents au sujet du cinéma français, qui n'est sans doute pas prêt de lui pardonner.
Alors que l'élection présidentielle de 1988 se prépare, en Nouvelle-Calédonie, c'est l'insurrection. Un groupe d'indépendantistes kanaks vient de prendre en otage vingt-sept gendarmes français. Le GIGN, avec à sa tête le Capitaine Legorjus, arrive sur place et découvre que l'Armée a mis en oeuvre les grands moyens. Des négociations s'ouvrent alors, mais la tension est telle que tous craignent que le pire arrive.
Malgré ce que l'on pu lire ça et là dans la presse, lors de la sortie du film, "L'ordre et la morale" n'a pas nécessairement la complaisance dont on l'a accusé. Personne n'y est complètement bon ou mauvais. En cherchant ça et là sur la Toile, il est difficile de se faire une réelle opinion sur la véracité des faits décrits là. Je me contenterai donc de parler du film, sans évoquer (n'en ayant pas la compétence) l'aspect historique qu'il prétend avoir. Ceux qui souhaitent polémiquer (qu'ils soient dans un camp ou dans l'autre) peuvent donc aller voir ailleurs, merci.
Avec "L'ordre et la morale", Mathieu Kassovitz retrouve en partie le ton qui avait habité "La haine". Souvent filmé comme un reportage (le décompte des jours avant l'assaut final y est pour beaucoup), le film évolue dans la zone floue qui sépare documentaire et fiction pure. Il faut reconnaître que le réalisateur maîtrise parfaitement ce style et sait semer le trouble dans l'esprit du spectateur.
C'est cependant dans les scènes les plus cinématographiques que Mathieu Kassovitz fait montre de son talent. Certaines scènes (et pas forcément les plus tapageuses) démontrent, s'il en était besoin, la maestria technique dont l'enfant terrible du cinéma français est capable. A cela s'ajoute un montage redoutablement efficace et une bande originale du tonnerre (ré-entendre les Tambours du Bronx fait toujours son petit effet).
J'émettrais des réserves sur l'interprétation, parfois inégale, certains acteurs donnant l'impression, par moments, de lire leur texte (il s'agit peut-être d'un défaut généré lors de la post-production). Ce défaut (mineur) renforce l'impression d'assister à la projection d'un documentaire et de générer le malaise évoqué plus haut.
Certes, "L'ordre et la morale" est porteur d'un parti-pris et peut, pour certains, paraître ré-écrire l'histoire. Encore une fois, ce n'est pas l'objet de cette chronique que de juger s'il est fidèle ou non aux événements. En tant que film, il est cependant assez réussi et aurait mérité que l'on passe outre la maladresse de son propos et les réactions plus que virulentes de son réalisateur.

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